Federico Fellini, romance

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Jean-Paul Manganaro, dans cette exploration si intime de l'œuvre de Fellini, a voulu laisser la place, toute la place, aux films qui se sont succédé au cours des années et qui chacun tour à tour, le plus simplement du monde, c'est-à-dire chronologiquement, forment les chapitres de ce livre. Un à un il les décrit, les écrit, un à un il les analyse, les replace dans leur contexte historique, esthétique. Et à mesure qu'il avance, des récurrences, des associations se dessinent, à mesure qu'il avance c'est aussi une histoire de l'Italie contemporaine qui se déploie sous nos yeux en même temps que celle d'une des œuvres artistiques les plus fortes du XXe siècle.
Publié le : lundi 14 mars 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818003565
Nombre de pages : 512
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Federico Fellini
Romance
DU MÊME AUTEUR
Carmelo Bene, (collectif), Éditions Dramaturgie, 1977. Douze mois à Naples, Rêve d’un masque, Éditions Dramaturgie, 1983. Le Baroque et l’ingénieur, essai sur l’écriture de C.E. Gadda, Éditions du Seuil, 1994. Italo Calvino, romancier et conteur, Éditions du Seuil, 2000. François Tanguy et Le Radeau, Éditions P.O.L, 2008.
Jean-Paul Manganaro
Federico Fellini Romance
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2009 ISBN : 978-2-84682-311-1
www.pol-editeur.fr
à Odette, à Gilles, à Jérôme, à Pierre, à David, à Françoise, à Nellotte, à Nathalie, à Laurent à Stefanos tout particulièrement, à tous ceux qui m’ont aidé
Paris-Athènes-Patmos-Avola
INTRODUCTION
Comme une caresse infinie, la ligne noire suit un dessin et le modèle : la ligne noire du tissu suit la couleur et le tissu de la chair, dessinant, par contraste entre clair et sombre, un clair-obscur, une palpitation dans la nuit de la ville, dans la nuit des hommes. Comme une caresse infinie de la nuit, le décolleté appelle un frisson : c’est le vent, un vent de saison, la lumière, une lumière qui ne passe plus par les yeux, mais par la chair elle-même, l’eau, une eau lustrale qui est là pour confondre et unifier : la figure se dresse, sa puissance envahit. Il y a une profusion dans le des-tin de cette image, une portée qui efface tout ce qui est petitesse, ce qui est misère au monde, elle est corne d’abondance : c’est un chant qui s’achève en hurlement roucoulé : elle est talc et parfum, elle est miasme et chaleur, glu et marbre, elle met l’esprit en désastre, elle largue l’inconscient vers ce qu’il a, en lui, de plus attendri, de plus en attente. Cette image se répète, sans pourtant être obsédante, elle est dans sa force calme, dans sa douceur farouche ; sans cesse, elle est redite. Le décolleté invite aux abandons, aux errances et aux flottaisons de la chair, avant même que de penser à l’esprit : c’est là, à cette source, que l’esprit vient de la chair, il en emprunte la forme et l’odeur, se glisse et se niche au creux de ses masses. Opulence qui apaise les détresses, les affres, éveille la douceur qui est en nous, en accorde à l’unisson les
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FEDERICO FELLINI ROMANCE
rythmes et les temps : c’est une ivresse, un état qui n’appartient que rarement à l’humain, puisque – paraît-il – il le refoule et n’ose pas s’en souvenir. Le décolleté – dessin de l’étoffe qui caresse le dessin des seins – est aussi une histoire d’enfant : histoire peu racontée de lèvres, de joues caressées la nuit par un drap de coton, rêche, ou un drap liquide de soie, scènes enfouies de l’enfance, si près de chacun cepen-dant, à portée de main, à portée de joue, de lèvre, du souvenir heureux, baiser. Il y a quelque chose de puissant dans la caresse de cettemorbi-dezza, de cet extérieur de la chair qui seul se livre dans tout ce qu’il confond, qu’il foule en confusion. Image de nuit, nocturne, du temps de la nuit ou de la nuit des temps, profondeur sans histoire, vestige et présence, kyrielle et comptine, longue nuit de l’homme, enfouissement. Caresse immense de la nuit, dans la nuit, caresse des yeux caressés.
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Le cinéma a tenté de tout nous apprendre. Comment se tenir debout et marcher, comment se tourner, comment regarder dans un miroir, com-ment s’approcher des autres et des choses, comment les regarder, com-ment regarder en général. Il a essayé de nous apprendre à tenir un dis-cours, à garder le silence, à fuir ou à se dérober, à trouver ce qu’il y avait à trouver et à chercher ce que nous souhaitions chercher et trouver. Chaque metteur en scène, chaque acteur, a marqué ce savoir à peine secret du film d’une empreinte qui lui était propre : à chacun d’eux a fini par être assigné un mode particulier, révélateur, qui constitue son style. S’ils nous ont parfois montré comment penser les choses, comment regarder le plai-sir ou l’effort de cette pensée, tous ceux qui ont fabriqué le cinéma ont en commun de nous avoir appris les manifestations qui entourent l’amour, comme si, au fond, là résidait l’essentiel de ce qu’il y avait à raconter, la rai-son majeure qui justifiait de se risquer à produire et engager des énergies, à les mettre en jeu, en mouvement, et qui légitimait la reproduction des anciennes fonctions liées au tragique et au comique, la tentative de resti-tuer des émotions perdues. Aucun film n’échappe à cette règle, elle est le moteur de toute volonté de créer, de donner une âme à ces ombres qui
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