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Griseldis

De
229 pages

Salle richement décorée et pompeusement éclairée. Au fond, circule la foule des conviés ; sur le premier plan, à la gauche du spectateur, il y a un trône surmonté d’une impériale.

Des pages et d’autres domestiques richement vêtus et portant des coupes d’or ou autre vaisselle traversent le théâtre. Chevaliers et Dames, au nombre desquels : le Roi, le Sénéchal, Tristan le Sage, Percival de Galles. Le Roi et le Sénéchal occupent l’avant-scène.

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Friedrich Halm

Griseldis

Poème dramatique en cinq actes

PRÉFACE

*
**

Dans le dénoûment de la Pucelle de Schiller, dénoûment qui n’a rien de commun avec celui que donnait l’histoire, l’héroïne tombe au fort de la bataille, et sa main défaillante cherche à retenir la bannière qui lui échappe. Après la mort de Schiller et de Goëthe, la tragédie allemande aurait pu dire comme Jeanne d’Arc : « Je ne vois plus ma bannière. Où donc est-elle ? Je n’oserais pas marcher sans ma bannière. Elle me fut confiée par mon souverain maître, et je dois la rapporter au pied de son trône. » Cette bannière, depuis Schiller et Goëthe, nul ne s’est senti la force ou le courage de la prendre en main. Avant le règne de ces deux grands hommes, l’Allemagne était à genoux devant la tragédie française. Ils l’ont glorieusemenl affranchie par leurs chefs-d’œuvre ; mais, eux morts, on a vu s’arrêter le vaste mouvement poétique qui a marqué, autour d’eux, la fin du dernier siècle et le commencement du nôtre ; et si leurs successeurs n’y prennent garde, cette grande époque est menacée de ne paraître, un jour, qu’un épisode et comme un magnifique effort dans l’histoire de la poésie germanique. La voilà cette poésie qui, après avoir, pendant un demi-siècle, secoué le joug de notre théâtre dont la perfection autrefois l’avait séduite et comme endormie dans une admiration stérile, lui revient, aujourd’hui que cette perfection a fait place chez nous à une agitation encore sans grandeur et sans originalité véritable. D’un bout de l’Allemagne à l’autre, on recommence à traduire, à jouer, à applaudir ce qui s’écrit de ce côté du Rhin. Un moment encore, Kærner. Uhland, Tieck, Raupach, Grillparzer, Werner, Immerman, Michel Berr, ont pu faire illusion sur la décadence commencée, mais de ces poètes distingués les uns ont suivi dans la tombe leurs deux illustres maîtres, les autres se taisent et abandonnent de plus en plus la scène aux pâles œuvres de l’imitation.

Il y a cependant, en Allemagne, un homme qui semblait fait pour être, au besoin, l’Arminius d’une délivrance nouvelle. Je pensais au jeune poète qui, sous le pseudonyme de F. Halm, a écrit la tragédie dont nous offrons ici au public une traduction datée de Gotha.

M. Münk Bellinghausen, fils du respectable président de la diète de Francfort, et neveu du prince de Metternich, n’a pas cru devoir attacher son noble nom à cette tragédie. Est-ce modestie ? Aucun de ceux qui liront Griseldis ne comprendra cette défiance. Est-ce dédain de gentilhomme ? Mais s’il y a de la gloire à combattre pour les frontières de son pays, peut-être n’y en a-t-il pas moins à sauver de l’invasion étrangère l’intelligence de ses compatriotes ; et je ne sache pas de nom si haut placé dans l’aristocratie moderne qui ne puisse gagner encore à s’inscrire en toutes lettres sur la première page de Griseldis.

Depuis cette tragédie applaudie avec enthousiasme sur la plupart des théâtres de l’Allemagne, l’auteur en a donné une seconde, dont il ne paraît pas que le succès ait été aussi brillant. Toutefois la critique ne saurait en tirer cette conclusion, que c’est là une œuvre isolée dans le talent du poète, comme elle l’est encore dans l’ensemble des drames qui, depuis dix ans, ont tenté de se produire sur la scène allemande. Quand on a si bien trouvé une fois, on doit savoir trouver encore. Je crois peu, je l’avoue, à de tels hasards. Les bonnes fortunes, en poésie, n’ont ni cet éclat ni cette beauté pleine et soutenue. Si l’auteur de Griseldis devait en rester là, au lieu de le croire épuisé par l’enfantement d’un premier chef-d’œuvre, j’aimerais mieux en accuser l’entraînement des plaisirs de Vienne, l’ambition politique, ou simplement cette paresse d’esprit qui, de nos jours, gagne parfois les meilleurs. Mais ce ne sont là que des conjectures, et quand il y va do l’honneur littéraire de l’Allemagne, l’épreuve me paraît si digne de tenter le courage et le talent de M. Münk, que je persisterais à croire en lui, malgré lui-même.

 

Le sujet de Griseldis est tiré du poème de Percival de Galles. Percival, chacun le sait, était un des chevaliers du roi Artus, l’un des preux de la Table-Ronde. Ses exploits sont rapportés tout au long dans le poème allemand d’Eschenbach et dans le vieux roman de Chrétien de Troyes. Son aventure avec Griseldis a été souvent racontée en prose et en vers ; elle figure même dans le recueil de Bocace, où elle contraste par la grâce chaste et naïve avec tant d’autres histoires aussi naïves sans doute, mais à coup sûr moins chastes. En l’empruntant aux trouvères, F. Halm (laissons-lui ce nom) a animé l’antique fabliau d’une inspiration toute nouvelle. Le drame n’y perd rien de son intérêt attachant et pathétique, mais la pensée qui le dénoue communique à la fable entière une moralité plus profonde. Dans la tradition, Percival doute impunément ; dans la tragédie, il est puni pour avoir douté. En soupçonnant l’amour de sa fidèle épouse, il lui apprend à elle-même qu’il y a en effet quelque chose de mortel dans l’amour. Je ne connais pas au théâtre de dénoûment plus dramatique, et cependant plus simple, et qui sorte plus naturellement des entrailles mêmes du sujet. Il réagit avec force, à l’insu même du lecteur, sur les détails les plus familiers. L’épreuve, au fond, ne semble qu’un jeu ; et cependant je ne sais quoi de triste plane sur toute cette épreuve née d’une parole légère, dans le tumulte d’une fête. Tout nous prépare si bien à l’impression du dénoûment, qu’il se fait accepter tout d’abord comme la sentence de Dieu même.

 

La fable qui mène à ce dénoûment est conduite avec beaucoup d’art : elle nous replace, sans trop d’effort, au sein de ce monde chevaleresque dont la tradition, perdue depuis des siècles, no s’était retrouvée dans quelques compositions modernes qu’à la condition de s’y cacher sous l’ironie, et de se faire pardonner son invraisemblance par le sacrifice même de ce qui devait la sauver, je veux dire sa naïveté. Ici rien de semblable : le poète a pris ses personnages au sérieux, et nulle part dans le développement do l’action on ne sent la gêne et le travail de l’érudit. Le vieux charbonnier, père de Grisoldis, a bien quelques-uns des traits du roi Lear ; mais cette ressemblance n’est pas une ingénieuse réminiscence de l’esprit, elle sortait naturellement de l’analogie des situations.

 

L’auteur de Griseldis a-t-il évité cette teinte idéale que la muse allemande ne manque jamais de répandre même sur les plus humbles détails de la vie commune ? Non, sans doute, et s’il l’eût fait, j’avoue que pour ma part, je l’eusse regretté. Où donc est le mal d’idéaliser la forme, lorsqu’au fond, après tout, l’éternelle vérité demeure ? Ici, d’ailleurs, le mal serait moins sensible, si toutefois la chevalerie est encore du domaine de la poésie, et si elle a échappé aux inquisitions de l’histoire de plus en plus avide de porter sa jalouse lumière dans les poétiques ténèbres de la tradition.

 

Après avoir parlé de Griseldis et de F. Halm qu’il me soit permis d’ajouter ici quelques mots sur le traducteur.

 

M. Millenet, professeur de littérature à Gotha, et secrétaire particulier de S.A. le duc régnant de Saxe-Cobourg, descend de l’une de ces familles protestantes qui, obligées de quitter la France à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, s’en allèrent répandre sur le nord de l’Europe les trésors de leur industrie. Le génie de la France est resté vivant dans plusieurs de ces familles1 ; si l’on comprend qu’entre M. Millenet et son aïeul proscrit, il se soit succédé deux ou trois générations, c’est parce que en retrouvant chez lui, entières et pures, les qualités de l’esprit français, on les voit heureusement unies à ce qu’il y a de plus naïf et de plus charmant dans le génie de l’Allemagne. M. Millenet était donc placé dansdes conditions admirables pour commenter l’Allemagne à la France, la France à l’Allemagne. Sous le pseudonyme de M. Tenelli (qui n’est que l’anagramme de son nom), il a traduit et fait représenter une foule de drames et de comédies empruntés à la France, et a mérité sa bonne part des reproches que nous adressions tout à l’heure aux écrivains modernes de sa patrie adoptive. Lui, du moins, il avait son excuse dans les souvenirs de son origine ; et puis c’est peut-être dans une sainte pensée d’expiation, qu’il se retourne aujourd’hui de notre côté, et qu’il nous envoie, traduite dans la langue de ses pères, l’œuvre la plus éminente de la poésie contemporaine en Allemagne, la tragédie de Griseldis.

 

Chargé de suivre, à Paris, l’impression de cet ouvrage que l’on devra, il doit m’être permis de le dire, à d’augustes encouragements, je n’ai rien voulu changer au travail de M. Millenet. Il m’a paru qu’ôter à Griseldis l’air un peu allemand qu’elle conserve encore sous son nouvel habit, c’étaitcourir le risque de lui dérober aussi quelque chose de sa physionomie naturelle, et qu’il suffisait qu’en restant Allemande, elle fût devenue suffisamment Française. Le traducteur avait une trop vive intelligence des beautés de son modèle pour le traduire dans un autre sentiment.

 

Peut-être de cette œuvre essentiellement germanique verra-t-on bientôt sortir une tragédie française. M. Frédéric Soulié, nous le savons, a conçu le plan d’une Griseldis qu’il réserve au théâtre, où naguère encore nous avons applaudi son Roméo. C’est là une indiscrétion qui ne peut avoir aucun danger : M. Soulié n’est pas de ceux qui se laissent gagner de vitesse. Beaucoup, comme nous, seront heureux de cette nouvelle ; quelle occasion éclatante de consacrer aux yeux des juges sévères une renommée digne de survivre aux apothéoses de la foule !

 

Je n’ajoute qu’un mot. Si les muses échevelées qui vivent de ces applaudissements vulgaires, et leur sacrifient ce qu’il y a de pur, d’idéal, de moral dans l’art, regardaient avec dédain notre humble Griseldis, et la trouvaient un peu trop nue, un peu trop simple, je leur appliquerais volontiers les rudes paroles que Percival adresse, dans ce drame aux railleuses beautés de la cour d’Artus :

 

« Vous toutes, mes nobles dames, vous toutes que voilà, fussiez-vous taillées d’un bois plus rare encore que vous ne l’êtes, affublées d’un clinquant plus précieux encore ; tenez, je vous le dis, aucune d’entre vous n’approche de la pauvre fille du charbonnier, aucune de vous ne vaut Griseldis. »

A. DE L.

Paris, 13 avril 1840.

PERSONNAGES

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ACTE PREMIER

Salle richement décorée et pompeusement éclairée. Au fond, circule la foule des conviés ; sur le premier plan, à la gauche du spectateur, il y a un trône surmonté d’une impériale.

*
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SCÈNE.I

LE ROI, LE SÉNÉCHAL, TRISTAN, PERCIVAL

Des pages et d’autres domestiques richement vêtus et portant des coupes d’or ou autre vaisselle traversent le théâtre. Chevaliers et Dames, au nombre desquels : le Roi, le Sénéchal, Tristan le Sage, Percival de Galles. Le Roi et le Sénéchal occupent l’avant-scène.

ARTUS.