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Alain Crémieux est ingénieur général de l’armement (aéronautique et électronique). Il s’intéresse à l’histoire et à l’éthique de l’armement.

En poste à Washington en 1983, il a été conduit à réfléchir à la logique qui sous-tend la théorie de la Mutually Assured Destruction dont le sigle MAD signifie « fou ».

Depuis soixante-dix ans, la guerre réelle est interdite par la menace virtuelle d’une horreur sans égale : l’horreur nucléaire. Alain Crémieux analyse cette contradiction logique par le biais d’une fiction qui se déroule dans un avenir indéterminé. Elle met en jeu les affres d’un commandant de sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE).

H analyse la plus étrange contradiction qui ait jamais été à la base de l’avenir d’une partie de l’humanité, voire de l’humanité toute entière.

Autres livres de l’auteur : Quand les Ricains repartiront, Les armements du prochain siècle, L’éthique des armes et Mémoires d’un technocrate.


Publié le : jeudi 10 juillet 2014
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EAN13 : 9782332726544
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ISBN numérique : 978-2-332-72652-0

 

© Edilivre, 2014

Du même auteur

Du même auteur :

• L’armement à l’heure du désarmement

• Quand les Ricains repartiront

• L’éthique des armes

• Mémoires d’un technocrate

• Les armements du prochain siècle (le vingt-deuxième)

Ouvrages disponibles chez l’auteur

Commandes directes par mail : alain.cremieux@free.fr

Dédicace

 

 

Pour Pierre et Simone

Pour Marcel et Gilberte

Citation

 

 

 

It remains questionable whether the execution of a so-called retaliatory strike can serve national interests, once it has failed as a threat1

Fred Iklé in “Every war must end”

Columbia University Press

New York

1991


1Savoir si l’exécution d’une frappe de représailles sert l’intérêt national, alors qu’elle a échoué en tant que menace, reste une question ouverte.

Remerciements

Je remercie Philippe Roger, Ingénieur de l’Armement (Génie maritime) et architecte de systèmes de combat devant l’Éternel, d’avoir bien voulu faire l’effort de me relire et de me signaler toutes les erreurs, voire les sacrilèges, qui trahissaient celui qui, Ingénieur de l’Armement (Air), ne s’est jamais trouvé (à son grand regret) à bord d’un SNLE en plongée. Quant aux progrès que j’ai fait faire à l’acoustique sous-marine, et à diverses autres branches de la science, pour les besoins de l’intrigue, ils restent de mon entière responsabilité.

Je remercie ma fille, Anne, pour sa relecture attentive, critique et instructive.

Chapitre I

En ce mardi de juin 20… le Capitaine de Vaisseau Michel Le Clerc traversait Brest lentement. Plus lentement que d’habitude. Son pas n’était jamais très rapide mais la démarche de ce jour trahissait une préoccupation. C’est tout juste s’il évitait les flaques d’eau qu’avait laissées ici et là l’orage de la veille. Alors qu’il ne passait jamais devant l’église Saint-Louis sans lui jeter au moins un regard, il ne sembla même pas se rendre compte qu’il avait quitté le trottoir et qu’il traversait la rue sans se soucier aucunement du trafic. Un taxi le sermonna d’un léger coup de klaxon auquel il ne prêta pas attention. Plus loin, il ne rendit leur salut ni au brigadier de gendarmerie qui, étonné, se retourna pour l’observer, ni à un adolescent qui l’avait pourtant gratifié d’un Bonjour Commandant très poli. Ce n’était pas son comportement habituel et il eut certainement été très étonné si quelqu’un lui avait fait remarquer ces manquements à une politesse élémentaire qui correspondait à des habitudes acquises dès l’enfance.

Les difficultés du Commandant Le Clerc n’étaient pas d’ordre personnel. Son ménage ne lui donnait pas de souci particulier. Sa femme, Chef-comptable dans la Marine, avait été mutée à Brest en même temps que lui à trois semaines près et ses enfants ne lui causaient pas de tracas excessif. L’aînée venait de passer brillamment sa première année de médecine. Les deux garçons franchissaient sans trop de mal les étapes du cursus lycéen et la petite dernière réussissait aussi bien en classe que dans son club de football féminin (section poussines).

Dans trois jours, le Sous-marin Nucléaire Lanceur d’Engins, le SNLE, que commandait Michel Le Clerc devait appareiller pour deux mois.

Ce n’était pas la première patrouille de notre homme. Il avait déjà à son actif plus de deux ans de service à la mer en tant que sous-marinier. À peine sorti de Navale, il avait participé à des essais de sous-marins classiques, c’est-à-dire de sous-marins à propulsion diesel et dépourvus d’armes nucléaires. Après avoir fait les stages nécessaires, notamment à Cherbourg, il était passé à la propulsion nucléaire et avait commandé deux fois des Sous-marins Nucléaires d’Attaque dits SNA. Enfin cette patrouille était la troisième qu’il ferait à bord d’un SNLE et la deuxième comme commandant.

En passant devant l’église où il s’était marié, plus de vingt ans auparavant, il ralentit puis s’arrêta. Catholique croyant et pratiquant, il ne fréquentait cependant l’église qu’irrégulièrement et trouvait parfois de bonnes justifications pour ne pas y accompagner sa femme quand il n’y avait pas de raison particulière de la suivre. En tous cas il ne lui était jamais venu à l’idée, comme aujourd’hui, d’y faire une halte avant d’aller prendre son service. Immobile au centre du parvis, il s’étonnait lui-même et se demandait ce qui motivait son comportement. Finalement, il repartit sans entrer dans l’église mais non sans avoir donné un billet de vingt euros au mendiant, heureux mais lui aussi étonné, qui le gratifia d’un Merci, Commandant à peine murmuré.

Il n’est jamais agréable de sentir son inconscient prendre sans prévenir la direction des affaires et Michel Le Clerc, sans doute dans l’espoir de retrouver son ego habituel, pressa le pas et se dirigea plus résolument que jamais vers l’Amirauté.

Si, depuis une demi-heure, il se disait que rien de particulier ne le tracassait, il s’agissait bien en fait de cette sorte de mensonge à soi-même que chacun a expérimenté et qui tient tout autant du courage que de la lâcheté. Si le commandant de l’un des fleurons de la Royale voyait son front se plisser imperceptiblement et ses mains s’agiter juste assez pour que lui seul s’en rende compte, c’était bien parce que cette troisième patrouille sur SNLE s’annonçait différente.

Les fois précédentes, il avait affronté ces séjours à la mer de deux mois dans une bonne humeur et une tranquillité d’esprit qui, a posteriori, finissaient même par l’étonner. Quitter femme et enfants pour deux mois n’est pas sans causer des regrets mais c’est une caractéristique acceptée du métier de marin et tout particulièrement de sous-marinier nucléaire. On s’y fait vite, comme à tout ce que l’on sait inévitable. Après tout, les marins des siècles précédents partaient pour bien plus longtemps, ne revenaient pas toujours et, comme les sous-mariniers d’aujourd’hui, étaient dans l’impossibilité de communiquer avec leur famille. Certains de ses camarades de promotion de l’École Navale avaient dû accepter des affectations lointaines pour un à deux ans en célibataire. Son plus jeune fils était né pendant l’un de ses séjours en mer et cela restait un petit regret. C’est même aussi pendant l’un d’entre eux que la France avait changé de Président de la République et donc, lui, en quelque sorte, de patron direct ! Par ailleurs, ces périodes de deux mois en atmosphère confinée et dans un espace restreint étaient physiquement éprouvantes. Il était difficile d’en revenir sans avoir pris quelques kilos et on arborait toujours un teint blafard. Cela faisait dire à ses enfants qu’il s’agissait maintenant de manger moins et de faire du sport, au soleil de préférence, c’est-à-dire aussi loin que possible de Brest et de son crachin.

Les motifs de son inquiétude étaient ailleurs.

Lors de son dernier passage à Paris, il avait prolongé sa mission d’une demi-journée pour déjeuner avec son cousin et lui avait demandé de ne rien prévoir pendant la première moitié de l’après-midi.

Le colonel Georges Duvernoy était l’un des adjoints de l’amiral Chef d’État-Major Particulier du Président de la République, le CEMP. Un peu moins occupé que son patron, il avait pu lui consacrer cet espace de temps sans être dérangé par le moindre coup de téléphone, s’étonnant même que le portable crypté dont il était doté soit resté silencieux si longtemps. Le déjeuner et la conversation s’étaient déroulés autour de quelques sushis dans le studio qu’habitait Georges Duvernoy à Paris, sa femme étant restée à Metz avec les enfants. On ne sait jamais ce que dure une affectation à l’Élysée et il avait considéré plus prudent de ne pas risquer de changer deux fois les enfants d’établissement scolaire en cours d’année. Le studio avait l’allure qu’avait pu lui donner un célibataire occasionnel de quarante-deux ans. La femme de ménage Cap-Verdienne avait beau faire de son mieux pendant les deux heures hebdomadaires qu’elle y passait le mercredi, le désordre s’y réinstallait dès le jeudi matin. Le bureau était encombré de plusieurs ordinateurs et de divers terminaux qui firent sourire Michel. Son cousin lui expliqua qu’il n’avait rien trouvé de mieux pour faire disparaître le stress des journées à l’Élysée que de manipuler les jeux vidéo de l’année précédente que lui passait son fils quand il en était blasé.

Apercevant en entrant des dossiers dont le titre lui laissait présager que des informations secrètes avaient des chances de s’y trouver, Michel demanda plus sérieusement à son cousin s’il ne craignait pas de se voir un jour subtiliser des documents qu’il aurait mieux valu ne pas laisser traîner. L’affaire Dreyfus n’avait-elle pas commencé par le simple geste d’une femme de ménage ramassant dans la corbeille à papiers de l’attaché militaire allemand un document froissé qu’il aurait certainement mieux fait de brûler ? Georges le rassura en lui montrant le contenu de l’un de ses dossiers : une liasse d’informations touristiques sur la Cappadoce. On peut être colonel, servir à l’Élysée et regretter que des classeurs presque neufs soient jetés lorsque les affaires sont terminées. Michel se demanda s’il s’agissait d’écologie ou d’un sens de l’économie un peu excessif mais ne jugea pas nécessaire de se répondre.

Autour des sushis tout à fait convenables et de pâtisseries asiatiques, que Georges avait achetées chez le traiteur au pied de l’immeuble, un Breton pure souche reconverti pour s’adapter à la mode du moment, la conversation ne porta pas longtemps sur la santé des épouses et les études des enfants.

Michel avait toujours considéré qu’un commandant de SNLE est en droit de connaître au plus près la situation internationale telle qu’elle se présente au moment de son départ. Les conférences auxquelles il avait assisté et les entretiens officiels de rigueur ne lui en avaient donné qu’une vue très formelle qui l’avait laissé insatisfait. Il ne s’agissait pas de mauvaise volonté, d’incompétence, d’ignorance ou d’une discrétion mal placée de la part de ses interlocuteurs. C’était plutôt cette tendance classique chez les hauts fonctionnaires, militaires aussi bien que civils, de présenter la réalité comme elle devrait être plutôt que comme elle est, selon un travers universel. Georges était d’accord avec lui sur ce point et son séjour à l’EMP n’avait fait que renforcer ses opinions. Il suffisait de mesurer la distance qui séparait les conversations privées entre membres du cabinet du Président des notes officielles qu’ils rédigeaient. Tenu par ses fonctions au secret le plus strict, Georges considérait aussi que rien de ce qu’il connaissait n’avait à être caché à un commandant de SNLE en partance. Il savait d’autre part que la promesse de son cousin de ne rien répéter de ce qu’il lui demanderait de taire valait un écrit. On ne confie pas un SNLE et ses quatre-vingt-seize armes nucléaires à quelqu’un à qui on ne pourrait pas faire une confiance absolue !

Et ce qui s’était dit au cours de ces quelques heures d’entretien ne laissait pas d’être inquiétant. Lorsque trois ans plus tôt, un peu avant son embarquement précédent, il avait aussi rencontré, dans les mêmes circonstances, un camarade de l’École de Guerre Navale adjoint du chef de cabinet militaire du ministre de la Défense, la conversation ne lui avait guère appris que ce que, lecteur régulier du Monde, il y trouvait quotidiennement, plus quelques détails anecdotiques. Rien, tout simplement, de stratégique.

Ce n’était plus le cas cette fois-ci.

La guerre froide faisait maintenant partie des sujets de concours général et le sigle « URSS » valait une fortune aux jeux télévisés. Mais la Russie n’en existait pas moins pour autant et l’évolution vers un système mafieux de son mode de gouvernement était presque achevée. Il fallait être mathématicien ou entomologiste pour ne pas devoir sa place à un pot-de-vin et encore, à condition de ne pas viser un siège à l’Académie des Sciences. Ce genre de dérives était une des caractéristiques de l’époque et il ne s’agissait pas que de la Russie. On trouvait des parrains de la Mafia elle-même au sein du gouvernement italien et sa demi-sœur, la Camorra, tenait tout le sud de la péninsule. La Mafia albanaise s’était étendue au nord vers Zurich, Paris, Berlin et même Stockholm. Les Triades de Hong-Kong fonctionnaient en symbiose avec la diaspora chinoise dans le monde entier et avaient profité à plein de l’essor de la Chine et de la position de monnaie de réserve du yuan. Quant aux systèmes mafieux sud-américains, ils couvraient maintenant l’ensemble de ce qu’on avait un temps appelé le Nouveau Monde et avaient investi une bonne partie de l’Europe occidentale avec des têtes de pont au Portugal, en Suisse et, de façon plus surprenante, au Danemark. Seule l’Afrique, trop pauvre, et l’Australie, trop éloignée, leur avaient échappé. Quant aux Yakusa, elles ne sortaient pas du Japon, se contentant de la dîme de près de dix pour cent qu’elles prélevaient sur une économie qui, pour ne plus être la deuxième au monde, restait conséquente.

Ce phénomène n’était pas nouveau ; depuis des siècles, les systèmes mafieux avaient été présents sur une bonne partie du monde. Ce qui était nouveau, c’était leurs interconnexions, grâce à la mondialisation et aux avatars successifs du Net. C’était aussi leur influence croissante sur plusieurs gouvernements réputés fréquentables. Rome et Moscou étaient devenues pour eux de véritables sanctuaires.

Michel Le Clerc avait parfaitement réalisé les inquiétudes de son cousin. Il était gênant de devoir préparer un sommet franco-italien ou un voyage du Président à Moscou en sachant que nos interlocuteurs relevaient plus du grand banditisme que de la diplomatie et qu’ils étaient directement ou indirectement responsables de la mort de plusieurs de nos gendarmes. Cela ne le concernait cependant pas directement. On ne combat pas une Mafia avec des armes nucléaires !

Mais Georges avait évoqué ensuite une course aux armements allant au-delà, et de beaucoup, de ce que Michel avait appris officiellement. La Russie préparait une flotte de haute mer dont les Tsars auraient rêvé, la Chine modernisait avec autant d’application ses trois armées et la Turquie, qu’on faisait toujours languir aux portes de l’Union Européenne, se revoyait déjà non comme l’homme malade de l’Europe mais comme l’homme fort de la Méditerranée, ce qu’elle avait d’ailleurs été pendant des siècles. Enfin le comportement de l’Italie conduisait à se demander s’il était bien adapté à son statut de membre fondateur de l’OTAN et de l’Union Européenne. Ses moyens militaires s’étaient de toute évidence développés au cours des dernières années dans des proportions très importantes, alors que son budget de défense officiel augmentait à peine. L’opacité de son système économique et financier était telle que beaucoup de questions sur sa politique restaient sans réponse.

Enfin Georges avait avoué à Michel que contrairement à ce qui lui avait été dit, plus personne ne savait exactement, ni à Paris, ni à Washington, ni à Londres, combien de pays disposaient réellement d’armes nucléaires opérationnelles et quel était l’état des flottes, maintenant nombreuses, de SNA et de SNLE.

La liste officielle des puissances nucléaires n’avait pas bougé depuis des décennies : huit virgule cinq ! Les cinq du Conseil de Sécurité des Nations Unies, l’Inde et le Pakistan, Israël qui venait enfin de se déclarer et la Corée du Nord dont les essais plus ou moins réussis des dernières années faisaient qu’on ne la comptait que pour une moitié. À l’EMP on n’y croyait plus. L’Iran, l’Égypte, le Nigéria, le Brésil, l’Indonésie et le Japon étaient sur la liste des possibles. Les relations qu’ils entretenaient entre eux et avec plusieurs des « 8,5 » rendaient tout à fait imaginable qu’ils soient devenus membres du club. Aucune explosion nucléaire caractérisée n’avait été décelée dans ces pays mais que pouvait-on dire de la nationalité des engins qui, en violation des traités et sans que personne ne les dénonce explicitement, faisaient régulièrement osciller les sismographes du monde entier ? La Direction Générale de la Sécurité Extérieure, la DGSE, consciente de son rôle de service secret d’une puissance nucléaire, faisait un rapport sur ce sujet environ tous les six mois et s’était apparemment entendue avec le journal satirique bien connu pour qu’aucune trace n’en apparaisse le mercredi. Elle devait échanger ces silences contre quelques révélations savoureuses mais, de moindre importance, dont on savait très bien à l’EMP qu’elles ne pouvaient provenir que de La Piscine.

Quant aux sous-marinades, elles étaient répertoriées mais là aussi les doutes s’accumulaient. Ni la Turquie, ni l’Italie, ni aucun de ces pays dont on pouvait se demander s’ils avaient ou non franchi le seuil du nucléaire n’étaient supposés détenir de SNA, encore moins de SNLE. Les photos satellitaires révélaient cependant qu’au voisinage de plusieurs de leurs principaux arsenaux régnait une activité qui ne pouvait s’expliquer que par des installations clandestines. Nos SNA avaient d’ailleurs plusieurs fois décelé des sous-marins dont la nationalité n’avait pas été déterminée et nos alliés nous avaient fait part de semblables expériences. Paraphrasant Shakespeare1 on pouvait dire qu’il se passait plus de choses dans les mers du globe à quatre cents mètres de profondeur que ce que les comptes-rendus du Conseil de Sécurité prétendaient. Les pages de Wikipédia correspondant aux intitulés SNA ou SNLE étaient d’ailleurs bien fournies en conditionnels, en allusions ambigües, en points d’interrogation et en points de suspension.

Un monde en voie de tomber aux mains de la Mafia, des pays s’armant au-delà du raisonnable et des doutes sur la liste des pays détenant des armes nucléaires, des SNA et même des SNLE ; Michel Le Clerc n’avait jamais embarqué avec une image aussi inquiétante de la situation stratégique mondiale.

Il avait de nouveau ralenti le pas sans s’en rendre compte, comme si son inconscient refusait la rencontre prochaine avec l’amiral commandant la Force Océanique Stratégique (ALFOST). C’était le plus jeune « Cinq étoiles » de la Marine et il n’avait que douze ans de plus que lui. Bien entendu c’était aussi un ancien commandant de SNA et de SNLE. Il avait été le supérieur direct de Michel Le Clerc plusieurs fois et les deux hommes se connaissaient bien.

Dire qu’ils s’appréciaient mutuellement serait insuffisant. L’amiral Yves de Laborde était apprécié de toute la Marine et il n’aurait pas confirmé l’affectation de Michel si, lui aussi, ne l’avait pas apprécié. Il vaudrait mieux parler de connivence. Sans s’être jamais beaucoup parlé, ni très longuement, les deux hommes s’étaient trouvés de nombreuses fois sur le même bâtiment et parfois dans des circonstances délicates. Ils s’étaient aussi rencontrés à maintes reprises au cours de réunions à Paris. En général, c’était Laborde qui les présidait et Michel Le Clerc avait remarqué la qualité de sa conduite de réunions. Parce qu’il les menait an respectant scrupuleusement les ordres du jour et l’horaire prévu, parce qu’il savait clore les discussions quand il le fallait, aboutir à des conclusions et prendre des décisions, mais aussi parce qu’il savait au préalable écouter et demander éventuellement des compléments, pour finalement tenir compte des opinions exprimées autour de la table. De son côté l’amiral avait toujours apprécié la franchise de ton de Michel Le Clerc et la clarté avec laquelle il savait présenter la position du service qu’il représentait, la manière aussi qu’il avait de contredire sans blesser et parfois aussi, tout simplement, de se taire au bon moment.

Ils s’étaient aussi connus un peu plus intimement pendant les deux ans où Michel Le Clerc avait fréquenté l’École de Guerre alors qu’Yves de Laborde en était l’un des instructeurs. Dans un moment propice aux confidences lors d’un voyage d’études dans quelque pays exotique, devant une bière et un whisky, il avait avoué à son jeune camarade comme il lui était difficile de porter le nom de cet aïeul lointain qui avait dû donner l’ordre de saborder la flotte de Toulon, en novembre 1942. Il y a des blessures qui nécessitent plusieurs générations pour se refermer ! Il n’en avait ensuite plus jamais reparlé.

La conversation entre les deux hommes, dans le grand bureau de l’amiral ne fut pourtant pas différente de celles dont Michel Le Clerc se souvenait, lors de ses précédents embarquements : des phrases banales, plus destinées à dédramatiser l’atmosphère qu’à en clarifier les contours, des informations personnelles sur quelques officiers que l’amiral de Laborde connaissait bien, et quelques conseils inutiles.

En se serrant la main, les deux hommes se regardèrent cependant avec une intensité qui fit penser à chacun d’eux que l’autre n’envisageait pas la prochaine croisière du de Grasse comme un exercice d’entraînement et que ce qui n’avait pas été dit au cours de cette étrange conversation était plus important que ce qui l’avait été.

Le SNLE en partance avait en effet été baptisé d’après le nom de ce grand marin qui avait gagné la bataille de la Chesapeake en 1781. Une victoire qui avait contribué de façon déterminante à l’issue de la bataille terrestre de Yorktown et à la victoire définitive de ceux qu’on appelait encore, cinq ans après la proclamation de la déclaration d’indépendance, les insurgés.

Alors que Michel Le Clerc avait repris son manteau et sa casquette et qu’il s’apprêtait à sortir, l’amiral se leva, lui demanda de se rasseoir et lui dit lentement : « Vous n’avez rien de plus à me dire ou à me demander ? ». La véritable conversation pouvait commencer.

Sachant qu’il pouvait compter sur la discrétion de son interlocuteur, Michel Le Clerc, sans pourtant nommer son cousin, exprima alors ses inquiétudes sur la situation politique mondiale, montrant clairement qu’il disposait d’informations personnelles dont il laissait à l’amiral le soin de deviner l’origine. Celui-ci lui fit rapidement comprendre qu’il ne lui apprenait pas grand-chose et qu’il disposait d’informations tout aussi personnelles et tout aussi hors circuits officiels. Depuis que la France avait rejoint la structure intégrée de l’OTAN, nos officiers fréquentaient quotidiennement d’autres officiers appartenant maintenant à trente-huit pays. Ceux-ci avaient souvent eu accès, lors de leur affectation précédente, qui bien souvent ne remontait qu’à quelques mois, à des informations réputées secrètes mais dont le contour devenait rapidement connu de beaucoup de monde. La généralisation des liaisons téléphoniques parfaitement cryptées faisait qu’on hésitait de moins en moins à évoquer ces questions en marge de conversations professionnelles, d’un bout à l’autre du monde. Le résultat en était qu’il existait au sein de la communauté militaire une zone grise, un nuage informationnel semi-ouvert et semi-classifié où circulaient des scoops, dont certains se révélaient être de l’ordre de la rumeur, mais dont beaucoup correspondaient très exactement à la réalité.

L’amiral de Laborde en apprit donc un peu de Michel Le Clerc, mais inversement et en peu de mots, comme à son habitude, il lui dressa une image encore plus inquiétante de ce patchwork diabolique que devenait la planète.

Il lui confirma la dérive mafieuse de la Russie et de l’Italie, et ajouta que certaines informations données par des officiers de marine américains étaient encore plus troublantes. Les sous-mariniers français fréquentaient leurs homologues américains depuis toujours, depuis en fait que ceux-ci avaient réalisé que leurs French friends, s’ils ne disposaient que d’une flotte réduite, avaient atteint une qualité technique et opérationnelle rivalisant avec la leur. Ils les considéraient comme des membres du club et comme l’un des derniers remparts de la civilisation occidentale contre une agression majeure. Les rencontres étaient devenues fréquentes et, tout récemment, la coopération était allée jusqu’à un échange d’officiers (deux Français et deux Américains) qui avaient effectué une patrouille complète à bord d’un SNA « allié ». Les échanges, bien sûr, avaient porté principalement sur les caractéristiques techniques de nos SNA et des SNA américains et sur les comportements à la mer. De temps en temps cependant, au cours de conversations privées, pendant les périodes de repos, nos US friends avaient eu l’occasion de faire part de leurs inquiétudes sur l’évolution des mœurs politiques outre-Atlantique. Ils estimaient maintenant à une demi-douzaine le nombre de ministres, ou de très hauts fonctionnaires, liés à des organisations criminelles. Ils considéraient même qu’une trentaine de membres du congrès et les deux sénateurs de l’Arizona prenaient leurs consignes lors de réunions de la Mafia. Quant au représentant au Congrès du comté de Washoe, comté surtout connu pour sa capitale, Reno, qui rivalise avec Las Vegas dans le domaine des jeux de hasard, c’était un parrain notoire. Le Department of Defense leur paraissait pour l’instant épargné, mais sans garantie pour l’avenir. Nos amis britanniques, heureusement, ne nous donnaient pas le même son de cloche. Les activités mafieuses n’avaient jamais prospéré outre-Manche. L’intérêt des informations en provenance de Londres provenait plutôt de la masse des relations que les British avaient conservées, un siècle après la disparition de leur empire, avec leurs anciennes colonies. Il ne s’agissait plus de dérives mafieuses, car ce genre d’organisation criminelle n’était la tasse de thé ni des Asiatiques (hormis le Japon avec ses Yakusa et la Chine avec ses Triades), ni des Africains. Par contre, les tensions ethniques s’exaspéraient de tous côtés et surtout la montée en puissance des marines indienne, pakistanaise, nigériane et brésilienne ne faisait aucun doute, y compris en ce qui concernait les sous-marins. On sait l’importance que la Royal Navy a toujours accordée au suivi des marines ennemies, adversaires, concurrentes ou même alliées et amies !

L’amiral de Laborde termina en disant à Michel Le Clerc avec une intonation de voix un peu plus dure qu’à l’accoutumée et un plissement significatif autour de ses yeux bleus : « Commandant, cela fait maintenant des dizaines d’années que nous jouons au chat et à la souris avec nos homologues, alliés ou adversaires. Vous-même avez joué plusieurs fois le rôle du chat, quand vous étiez à bord d’un SNA, puis celui de la souris à bord d’un SNLE. Depuis longtemps cependant, depuis plus longtemps que ce dont les hommes de votre génération peuvent se souvenir, ce jeu a effectivement été, au sens propre du terme, un jeu, un war game, des manœuvres au cours desquelles les Anglais peuvent jouir de leur appétit pour le fair play et des exercices où les Russes excellent compte tenu de leur passion pour les échecs. Je crains bien que l’arbitre ait sifflé la fin (ou le début…) de la partie et que, pour parodier Georges Brassens même si c’est vraiment hors contexte, les vrais événements risquent de commencer ».

L’amiral parti, Michel Le Clerc resta un moment assis devant sa tasse de café vide. Il passa ensuite le reste de l’après-midi à effectuer un certain nombre de démarches banales qui accompagnaient très réglementairement les départs à la mer. Il y avait des documents à lire, des consignes à recevoir, des officiers responsables de telle ou telle parcelle de l’activité de l’Amirauté à rencontrer. Le caractère routinier de ces rencontres ne le surprit pas, mais le gêna un peu. Il ressentait une symétrie de façade accompagnée d’une profonde dissymétrie entre le comportement de ses interlocuteurs et le sien. Ils faisaient leur travail et lui faisait le sien, mais il y avait entre eux et lui cette différence qui distingue le soldat en temps de paix du combattant en temps de guerre qu’il se sentait devenir. Même si cela ne se voyait pas et surtout si ses correspondants ne s’en rendaient nullement compte.

Deux de ces démarches lui prirent un peu plus de temps que les autres.

L’une, pourtant banale elle aussi, consistait en la lecture, la dernière lecture avant embarquement, du rôle de l’équipage. Son second, qu’il connaissait un peu, se nommait Gérard Krichner, un homme très différent de lui.

Il était d’origine alsacienne, avec des ramifications de part et d’autre de la vallée du Rhin. Aucun marin ni aucun officier dans sa famille : des artisans et des paysans. Il avait fait Navale comme il aurait pu faire Centrale ou une école de commerce. Il avait ensuite gravi consciencieusement les échelons obligés d’une carrière traditionnelle avec ce qu’elle comportait, à la Vigny, d’honneurs et d’obligations, de petites rancœurs et de grandes satisfactions. Ce serait sa deuxième patrouille à bord d’un SNLE et sa première comme second. Michel Le Clerc lui téléphona et l’invita à dîner le soir chez lui.

Il lut ensuite avec attention le rôle d’équipage et prit mentalement quelques notes. Certains noms lui rappelaient des souvenirs précis, d’autres évoquaient un visage accompagné parfois d’une anecdote. D’autres enfin étaient nouveaux pour lui. Il resta un instant de plus sur les deux prénoms féminins. Le maître principal Florence Martin était une technicienne sonar. Elle serait l’une des oreilles du de Grasse. Liliane Duval serait l’une des responsables de la bonne marche du réacteur nucléaire qui produirait l’énergie nécessaire à la propulsion du sous-marin. Leur autonomie était l’une des caractéristiques qui donnaient aux SNA et aux SNLE leur primauté, leur valeur inégalée, en un mot leur indétectabilité. Liliane Duval était une jeune ingénieure de l’armement à qui sa détermination avait permis de triompher des habitudes et des préjugés pour obtenir cette affectation opérationnelle, exceptionnelle, une première parmi les ingénieures.

En se rendant pour son rendez-vous suivant, dans un couloir décoré de gravures représentant des bâtiments d’un autre siècle, il envoya de son portable personnel un bref SMS à sa femme pour l’avertir qu’il y aurait un invité ce soir, puis pénétra sans frapper dans un bureau occupé par trois officiers mariniers, dont une femme. Chacun d’eux était penché sur son ordinateur et se livrait à une tâche administrative banale.

Ils levèrent la tête, se mirent un instant au garde-à-vous pour saluer le commandant et se rassirent, à l’exception de l’un d’entre eux qui fit le tour de son bureau et s’approcha du visiteur. Celui-ci lui serra la main et l’accueillit d’un BonjourLéonetti dont l’intonation dénotait une connaissance de longue date. Alexandre Léonetti était un Marseillais égaré sous les brumes bretonnes. C’est là qu’il avait commencé sa carrière, c’est là qu’il avait épousé une femme née à la pointe extrême du Finistère, et c’est donc là qu’il avait obtenu d’être affecté pour son dernier poste avant de se retirer dans la petite maison qu’il avait fait construire à Porspoder et où il passait ses vacances depuis plus de vingt ans. Il avait servi plusieurs fois sous les ordres de Michel Le Clerc et il s’en fallait de peu qu’ils ne se tutoient.

Alexandre Léonetti appartenait au service des télécommunications et il verrait passer tous les messages, peu nombreux et fort brefs, qui seraient adressés à son correspondant à bord du de Grasse. Il y aurait bien sûr les messages officiels, en provenance de Paris, y compris, ce qu’à Dieu ne plaise, les ordres de tir, mais il y aurait aussi les messages personnels adressés par leurs familles aux cent-deux membres de l’équipage, du commandant au cuisinier.

Depuis la première patrouille d’un SNLE et même depuis bien plus longtemps, à l’époque des sous-marins diesel, l’usage, connu de tous, était que ces messages devaient être vérifiés et censurés des mauvaises nouvelles qui n’auraient pu qu’inquiéter leurs destinataires sans qu’ils puissent rien y faire. En quoi aurait-il servi d’avertir qu’un tremblement de terre un peu important avait fait dix morts dans les Alpes ou qu’une catastrophe ferroviaire avait fait trente victimes à Guéret dont dix enfants, au risque que tel ou tel membre d’équipage dont personne ne savait à Brest qu’une partie de sa famille vivait à Grenoble ou que son plus jeune fils était en colonie de vacances dans la Creuse s’en inquiète inutilement ?

La règle s’appliquait au commandant comme aux autres marins mais, cette fois-ci, elle tracassait Michel Le Clerc. Il savait que sa mère devait subir une intervention délicate dans une quinzaine de jours et que l’issue pouvait être fatale. Refusant, pour une fois, de se voir appliquer la règle commune, il voulait savoir et croyait, à tort ou à raison, que la connaissance de la vérité valait mieux pour lui que le doute. Il savait aussi que ce n’était pas raisonnable, qu’il avait toujours considéré que la pratique en vigueur était la meilleure, et qu’il l’avait systématiquement défendue, en privé comme devant ses subordonnés. Il entraîna donc Léonetti vers un distributeur de boissons chaudes, lui offrit un café, se prépara un thé, parla quelques instants de choses et d’autres avec lui, puis se décida à lui demander de faire une entorse au règlement et d’ajouter les quatre mots, Il pleuvait sur Brest, à la fin d’un message de sa femme, pour l’avertir du décès de sa mère. Léonetti le regarda longuement, fixant ses yeux dans les siens comme pour lui montrer que c’était bien un échange d’homme à homme, pas celui d’un officier marinier à un capitaine de vaisseau et ne répondit pas. Michel Le Clerc lui serra la main et le quitta. Il savait qu’il pourrait s’endormir sereinement tous les soirs, quitte à pouvoir aussi, un jour, pleurer dans sa cabine et continuer ensuite à effectuer sa tâche tout aussi sereinement.

Michel Le Clerc passa encore dans quelques bureaux, donna quelques coups de téléphone puis, vers six heures, retourna chez lui à pied. Sa femme l’y attendait, seule avec le Saint-Bernard. Les quatre enfants se trouvaient ce soir-là l’un chez un copain, l’autre à l’anniversaire de la fille de la voisine. La plus petite était absente pour huit jours, en classe verte. L’aînée faisait ses études à Paris et ne revenait que de temps en temps. Ils seraient donc trois pour dîner.

Gérard Krichner arriva ponctuellement à dix-neuf heures cinquante-sept, le bouquet de fleurs traditionnel à la main. C’était un grand garçon sec dont la taille était peu adaptée à la vie à bord d’un sous-marin. Célibataire endurci, il apparaissait aussi taciturne qu’on peut l’être à trente-huit ans et il ne faudrait pas trop compter sur lui pour alimenter la conversation. Michel et son épouse s’en chargèrent et le dîner se passa agréablement, sans rien qui aurait pu faire deviner à un observateur que les deux hommes étaient sur le point de partir pour deux mois dans un monde à part. On parla un peu de politique, à la manière des militaires qui poussent le devoir de réserve, même en privé, jusqu’à ne faire transparaître leurs opinions qu’indirectement, par allusions compréhensibles d’eux seuls, mais sans jamais expliciter leurs préférences partisanes ni leurs choix au moment des élections. Élisabeth Le Clerc trahit ses intentions en exprimant ses préférences pour une candidature féminine lors de la prochaine élection présidentielle. Les deux hommes restèrent encore plus prudents.

Après le dîner, Michel Le Clerc essaya de lancer la conversation sur la vie qu’ils allaient mener pendant deux mois et sur les événements, minuscules ou majeurs, qui avaient des chances de se produire : sans succès. À chacune de ses avances, Gérard Krichner répondait soit par un acquiescement dénué d’enthousiasme, soit par une opposition mineure sur un point de détail, soit encore par un détour dont il était difficile de discerner si c’était une habitude ou une volonté bien déterminée de rester dans les banalités. Si tel était le cas, Michel pouvait encore se demander si la raison en était profonde ou si, tout simplement, son interlocuteur ne souhaitait pas livrer ses sentiments ; une réaction qui n’aurait au fond rien eu d’étonnant.

Dormir moins bien que de coutume la veille d’un événement important n’est pas anormal. Chacun d’entre nous y est préparé et chacun y réagit suivant son humeur. Certains recourent aux somnifères, d’autres au roman policier. Certains se couchent tard, d’autres se lèvent tôt. Michel Le Clerc se coucha à l’heure habituelle, eut une courte conversation avec son épouse et s’endormit, comme d’habitude, le premier. Par contre, lorsqu’il se réveilla, vers trois heures du matin, les procédés dont il usait généralement pour se rendormir furent sans effet. La liste des départements côtiers se déroula du Nord aux Alpes-Maritimes, et celle des rois de France défila sans anicroche d’Hugues Capet à Charles X, sans qu’il retrouve le sommeil. Il alla boire deux fois mais ne put retomber que dans une demi-somnolence agitée par des rencontres avec Achab harponnant Moby Dick ou Jonas recraché sur le sable par la baleine. Il n’eut pas de mal à en trouver l’origine mais se fit à lui-même l’observation que c’était bien la première fois que la vie en mer (et sous la mer) se reflétait dans ses rêves. Supporterait-il moins bien des caractéristiques qu’il n’avait jamais considérées comme...

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