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Haïti : le paradis perdu

De
358 pages

En retraçant la vie du général Leclerc, beau-frère du premier consul Bonaparte, et en examinant les circonstances de sa mort à Saint-Domingue en novembre 1802, on ne peut éviter de s’intéresser aux raisons pour lesquelles ce qui était la plus libre, la plus riche et la plus convoitée des colonies du monde est tombée dans l’extrême misère que l’on connaît aujourd’hui. Haïti, actuellement peuplée de 95% d’hommes noirs et de 5% de métis, n’a plus rien du paradis terrestre auquel Christophe Colomb croyait être parvenu. Ce sont des citoyens français dotés de tous leurs droits civiques et comblés d’honneurs par la patrie des droits de l’homme qui ont provoqué sa chute. Estimant qu’il valait mieux régner en enfer que servir au paradis, ils ont ordonné le massacre de leurs rivaux : tous ceux qui avaient la peau plus claire qu’eux. Ce faisant, ils ont tué la poule aux œufs d’or...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-72679-7

 

© Edilivre, 2014

Préface de l’auteur

Pourquoi ai-je écrit ce livre ? Aux environs de l’année 1985, alors que j’avais plus de trente ans, j’ai envoyé au syndicat d’initiative de Pontoise une lettre à laquelle je n’ai jamais eu de réponse. Je demandais « une documentation aussi complète que possible » sur la vie du « général Victor-Emmanuel Leclerc ». « Peut-être », écrivais-je, « connaissez-vous une biographie détaillée de ce personnage ? ».

J’avais lu le livre Vingt cas suggérant la réincarnation d’Ian Stevenson, professeur de psychiatrie à l’université de Virginie. Ce chercheur a consacré sa vie à rendre visite, dans tous les coins du monde, à des parents dont l’enfant prétendait qu’ils n’étaient pas les siens et insistait pour retrouver ce qu’il appelait sa « vraie famille ». En scientifique rigoureux, il vérifiait minutieusement les assertions et les comportements de ces tout jeunes enfants qui s’étaient mis à raconter, avec force détails et dès qu’ils avaient été en mesure de parler, une vie antérieure généralement achevée par une mort violente quelques mois avant leur naissance. Après leur avoir permis de retrouver, en sa présence, leur « ancien »village et leur « ancienne » famille, il avait pu vérifier de visu l’authenticité de leurs souvenirs et la sincérité de leurs sentiments à l’égard de ces gens âgés qui étaient, pour leurs parents biologiques, de parfaits inconnus. Et il n’avait pu faire d’autre hypothèse que celle de la réincarnation pour expliquer une vingtaine de ces cas.

Sachant cela, je m’étais dit que, les lois de la nature étant immuables et l’exception impossible, s’il est avéré qu’il y a ne serait-ce qu’une seule personne sur terre dont la vie présente n’est pas la seule qu’elle ait vécu, nous devions tous être, malgré l’absence totale de souvenirs, des êtres réincarnés. Au cours d’une séance de méditation profonde, je m’étais donc posé la question : « Si j’ai vécu d’autres vies avant celle-ci, qui étais-je avant ma naissance ? Quel était mon prénom ? » Et j’ai aussitôt cru entendre une voix très claire et très distincte qui me répondait « Victor ». « Ce n’est pas possible ! », me suis-je dit, « C’est le prénom de mon grand-père maternel, décédé trois ans avant ma naissance, auquel ma mère et ma grand-mère m’ont toujours dit que je ressemblais beaucoup ! » J’ai donc demandé « Quel était mon nom de famille ? » La réponse, immédiate et beaucoup plus surprenante, fut « Leclerc », et non « Hamel ». « Quel était mon métier ? » « Général de Napoléon » et non « Douanier ». Voilà pourquoi, j’ai voulu en savoir davantage au sujet de ce général Leclerc, né à Pontoise le 17 mars 1772, au numéro 5 de la rue de Rouen, et baptisé à l’église Notre-Dame toute proche.

Rien de ce que j’ai vécu, rien de ce que j’ai appris en classe ou de ce que j’ai pu lire au sujet de Charles Victoire Emmanuel Leclerc n’avait pu m’amener à m’identifier à lui vers l’âge de trente ans. Ne dit-on pas qu’il était venu à Saint-Domingue avec la secrète mission d’y rétablir l’esclavage et la traite des noirs ? Ne raconte-t-on pas, avec délectation, les frasques supposées de son épouse, Pauline Bonaparte, dont on prétend qu’elle le rendait cocu ? Comme tout bon élève de terminale, j’avais appris que cet homme avait arrêté Toussaint Louverture par traitrise, sans avoir réussi à le soumettre en combat loyal.

Pourquoi n’éprouvais-je pas davantage de sympathie, au contraire, pour l’ancien esclave, le « Spartacus moderne » dont on dit qu’il a eu le mérite incomparable de chasser de son île natale tous les colonialistes qui la convoitaient : les Anglais et les Espagnols puis les Français envoyés par Bonaparte, probablement jaloux de la gloire acquise par celui qui prétendait, non sans raison, être « le Premier des Noirs » ?

Il est vrai que j’avais été très impressionné, une quinzaine d’années plus tôt, quand j’étais lycéen, par la forme de l’île de Saint-Domingue. Elle me rappelait celle d’une pince de crabe. En écoutant le récit fait par mon professeur d’histoire de l’échec de l’expédition lancée pour y rétablir l’ordre et l’autorité de la Nation française, j’ai immédiatement pensé que cette forme symbolisait fort bien les dangers du piège qu’elle avait refermé sur des milliers de nos soldats et sur leur chef, le général Leclerc.

La France est pleine de rues et d’avenues « du Général Leclerc » et mes parents habitaient dans l’une d’elles. Mais ce nom n’est généralement connu que parce qu’il a été adopté pendant la seconde guerre mondiale par Philippe de Hauteclocque, saint-cyrien de la promotion Leclerc, puis libérateur de la France en 1945 avec le général De Gaulle. Peut-être est-ce parce que je l’avais si souvent entendu que son patronyme fut le premier à me venir à l’esprit lorsque j’ai voulu savoir quelle était mon identité passée.

Toujours est-il qu’en octobre ou novembre 1967, alors que je m’apprêtais à fêter mon vingtième anniversaire en Amérique, loin de chez mes parents, je m’étais rendu dans une salle de spectacle pour écouter une chorale chanter des negro spirituals, j’ai soudain été saisi d’une terrible angoisse. J’avais besoin de sortir prendre l’air et, en même temps, je n’avais pas la force de me lever de ma chaise. J’avais l’impression d’être entouré de Noirs menaçants dont je ne comprenais pas l’animosité à mon égard. Je me souviens, par ailleurs, d’un cauchemar que j’ai fait peu après cette étrange expérience, dans lequel une vielle sorcière vaudou brandissant une espèce de baguette magique me maudissait en me tapant sur la tête. A chacun de ses coups, aussi léger qu’ait pu être le bâton, je me tassais davantage, malgré moi, sur le sol.

Je ne suis pas d’un naturel angoissé. Je n’ai de cafard que pour des raisons évidentes. Cette fois-là, il n’y en avait aucune. J’adorais et connaissais par cœur les chansons que chantaient des noirs américains comme Paul Robeson et Mahalia Jackson. Mes parents avaient leurs disques. Je me sentais en totale sympathie avec ces esclaves opprimés qui attendaient la venue d’un nouveau Moïse pour les libérer. Et si j’avais eu peur des noirs, il n’y en avait pas un seul, dans les collines du centre de l’état de New York où je suivais des études, à cinquante kilomètres à la ronde.

Je suis fier d’appartenir à une nation aussi peu raciste que la nôtre. A l’époque de cette incompréhensible crise d’angoisse, je suivais des cours en classe de terminale dans une « high school » américaine afin de perfectionner mon anglais. Parmi ces cours, il y en avait un qui s’appelait « social studies », un mélange d’instruction civique et de cours d’histoire des Etats-Unis. Tout ce que j’y ai entendu a renforcé chez moi la fierté d’être français. Il n’y a pas d’autre nation qui soit aussi reconnue pour son ouverture à d’autres ethnies et à d’autres cultures que la nôtre. Lorsque Lafayette a obtenu de Louis XVI les moyens logistiques de se battre aux côtés des rebelles américains contre les Anglais, il y est allé avec des Noirs recrutés aux Antilles. Sur place, il fut chargé, en particulier, de rallier à leur cause les « indiens » qui avaient conservé de nos compatriotes la langue et l’amitié. Encore de nos jours, en conséquence de leur métissage, certains amérindiens portent des noms français ou s’expriment, dans leur réserve, au beau milieu d’un océan anglophone, dans notre langue. J’étais fier d’entendre mon professeur dire que la France avait aboli l’esclavage bien longtemps avant toute autre nation.

Le 2 novembre 1802, 165 ans avant cette crise d’angoisse inexplicable, Leclerc est mort. Le 8 ou le 9 novembre 1802, 145 ans exactement avant ma naissance, son corps était rapatrié à bord d’un vaisseau pris aux Anglais : le Swiftsure. L’événement lui-même ne m’attriste pas. Au contraire, je le vois comme une délivrance. La pince du crabe avait enfin lâché sa proie et Leclerc allait pouvoir reposer en paix sur la terre de ses ancêtres.

Revenu d’Amérique, la première fois où j’ai emmené une jeune fille au cinéma, c’est à un documentaire sur le vaudou à Haïti que je l’ai fait assister. Cette jeune fille est devenue ma femme. C’est elle qui, une quinzaine d’années plus tard, en m’entendant parler de Leclerc à Saint Domingue, m’a rappelé ce détail. N’ayant pas de réponse de la part de l’office de tourisme de Pontoise, je me suis mis à lire, à la bibliothèque municipale de Lille, tout ce que j’ai pu trouver de la biographie de Leclerc.

Il valait la peine de chercher à comprendre qui étaient vraiment Leclerc et Toussaint Louverture. Grâce à l’internet, il est facile, de nos jours, de collecter une quantité impressionnante de renseignements. En fin d’année 2012, j’ai trouvé, en quelques clics, bien plus que tout ce que j’aurais voulu savoir trente années plus tôt en écrivant à l’office de tourisme de Pontoise ou en écumant toutes les bibliothèques de France. Mes connaissances, il convient de le dire avec gratitude, proviennent aussi, en grande partie, du livre d’Henri Mézière, Le Général Leclerc et l’expédition de Saint Domingue. La vie et la mort de ces hommes telles que je les ai découvertes, et à propos desquelles, je tiens à le dire, je n’ai rien inventé, sortent tout à fait de l’ordinaire. Elles nous informent aussi, et ce n’est pas le moindre de leurs mérites, sur la mentalité des hommes qui ont fait la révolution française et sur celle des indépendantistes qui les ont combattus pour faire de ce qui était la plus importante colonie française, le malheureux pays qu’on appelle Haïti.

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La famille Leclerc, de Pontoise

Le père et le grand-père de Charles, Victoire, Emmanuel Leclerc, tous deux prénommés Jean-Paul, étaient à la tête d’une assez belle fortune. C’étaient des commerçants et des notables qui possédaient de nombreux moulins. Leur rôle était donc très important dans l’approvisionnement de Paris en grains et en farine. Jean Paul Leclerc était en outre « officier du Roi », responsable du grenier à sel de Pontoise où se collectait la gabelle, une taxe sur cette précieuse marchandise qui servait notamment à la conservation de la viande et du poisson. En tant que « grenetier », c’était un magistrat qui réglait en premier ressort les différends qui pouvaient surgir entre les transporteurs et les commerçants qui distribuaient du sel. Comme tous les greniers à sel, celui de Pontoise comportait probablement une prison dans laquelle étaient détenus les « faux sauniers » qui avaient tenté d’échapper à la gabelle en vendant du sel sous le manteau et qui avaient été arrêtés par les « gabelous ». Cette charge lui assurait, à elle seule, de confortables revenus : huit mille livres par an.

Jean-Paul Leclerc fut élu échevin à Pontoise. Cette municipalité généreuse distribua des vivres au quart de la population de Pontoise après les intempéries qui ont détruit en juillet 1788 et l’hiver suivant la plus grosse partie des récoltes, entrainant disette et hausse des prix.

Lorsque furent créés les départements, ce que l’on appelle maintenant Conseil Général était composé de vingt-cinq membres. Chaque département était divisé en districts dont le conseil comprenait, lui aussi, vingt-cinq membres. Pontoise devint le chef-lieu à la fois d’un district et du département de Seine-et-Oise. Jean-Paul Leclerc fut élu dans chacun de ces deux conseils. Il était encore conseiller de sa municipalité, en compagnie de l’abbé Aubert, curé de Notre-Dame, après les élections de février 1790. Il est décédé six mois plus tard, à l’âge de cinquante-cinq ans et peu après son propre père. S’il n’avait pu y assister, il avait donc, au minimum, entendu parler de la Fête de la Fédération organisée par le Général Lafayette sur le Champ-de-Mars, près de l’Hôtel des Invalides. Au cours de cette gigantesque célébration, trente-cinq mille députés « fédérés », venus de toute la France et trente mille gardes nationaux, rangés en bataille autour d’un gigantesque autel où le très populaire évêque d’Autun, Talleyrand-Périgord, célébrait la messe, ont prêté serment à la Nation, à la Loi, au Roi et à la nouvelle constitution. Victor-Emmanuel avait dix-huit ans.

Marie-Louise Musquinet, sa mère, née en 1743, appartenait, elle aussi, à une vieille famille de la paroisse Notre-Dame à Pontoise. Elle était la fille d’un marchand de laine. A la mort de son mari elle s’installa dans une belle maison de la Grande Rue qui est maintenant le siège de la bibliothèque Guillaume-Apollinaire. Les parents de Marie-Louise et de Jean Paul étaient cousins, l’un et l’autre descendants de la famille Rouget.

Marie-Louise avait quatre frères, qui se distinguaient les uns des autres en se disant « de Tel Endroit ». La coutume, plusieurs fois centenaire, qui consistait à se dire de tel ou tel lieu n’est passée de mode qu’après la mort de Louis XVI, quand la particule est devenue la marque de fabrique de l’aristocratie. Beaucoup de gens l’ont alors supprimée de peur de passer pour monarchistes, sans pour autant renoncer à la rallonge qu’ils avaient ajoutée à leur patronyme. Ainsi, l’un des oncles d’Emmanuel Leclerc, qui se faisait appeler « Musquinet de La Pagne », apparaît-il dans les archives de la période révolutionnaire sous le nom de « Musquinet-Lapagne ».

L’ainé, Musquinet « de la Boissière », né en 1742, avait repris le négoce de son père et ne participait à la vie politique que localement, à Pontoise.

Ses trois plus jeunes frères étaient, dans l’ordre de leur naissance :

Marin Emmanuel Musquinet, « de Saint-Félix », né en 1744, était mégissier, c’est à-dire tanneur de peaux fines comme celles qui servent à fabriquer des gants. C’était un homme élégant, qui parcourait la campagne à cheval en incitant les paysans à se révolter contre l’impôt. Saint-Félix est un tout petit village situé à quelques kilomètres au nord-ouest de Nogent-sur-Oise où l’on peut encore voir un beau relais de poste et un grand moulin à eau. C’est peut-être parce qu’il aimait ce village ou qu’il y avait quelque propriété qu’il se disait de là. Marin Emmanuel « de Saint-Félix » donc, le parrain du futur général Leclerc, était un agitateur. En juin 1789, il participa à la libération des Gardes Français enfermés à la prison de l’Abbaye ainsi qu’à toutes les manifestations du Palais Royal. Il créa le Club des Cordeliers avec Danton et Marat, en juin 1790, réclama après Varennes la destitution du roi et s’acharna contre le maire de Paris, Bailly, dont il avait pourtant été le secrétaire. Bien qu’emprisonné d’innombrables fois, il survécut à la Révolution.

Louis Michel Musquinet « de La Pagne », arrivé en juillet 1792 à Ingouville, petit village introuvable de nos jours parce qu’intégré à la banlieue du Havre, s’en fit élire maire. A la tête de tous ses concitoyens, laboureurs, jardiniers et artisans, il se présenta, le 26 ventôse an II (16 mars 1794), sur la place du Havre pour manifester contre les riches aristocrates de cette ville qu’il accusait de faire monter artificiellement le prix du pain en accaparant cet aliment. Il fut condamné à mort le jour même, et guillotiné, pour avoir troublé l’ordre public.

Enfin, Jean Charles Musquinet « de Beaupré », né en 1746, qui était gendarme à la naissance de Victor Emmanuel, fit toute sa carrière dans l’armée. Il fut rapatrié de Saint-Domingue après y avoir été grièvement blessé.

L’aîné des enfants de Jean Paul et de Marie-Louise Leclerc, Jean Louis, né en 1768, était diacre en 1790. Lorsque, le 12 juillet de cette année-là, fut votée la constitution civile du clergé, il aurait enfin pu confirmer sa vocation apostolique en se faisant ordonner prêtre. Au lieu de cela, il entra dans l’armée en 1791. Il y servit quelques années avant de se faire élire député.

Né en avril 1770, Nicolas Marin s’engagea en 1792 dans l’infanterie et participa avec son frère au siège de Toulon, aux campagnes d’Italie et à celle de Saint-Domingue.

Victor Emmanuel, né comme on le sait le 17 mars 1772, bénéficia d’une excellente éducation. Il étudia le catéchisme du diocèse de Rouen et le latin et le grec afin de pouvoir étudier les textes de l’antiquité et les évangiles dans leur langue d’origine. Il étudia également les philosophes du siècle des lumières et notamment les œuvres de Voltaire, de Montesquieu et de l’abbé Raynal, fervent partisan de l’abolition de l’esclavage.

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Maison natale de Leclerc, 5 rue de Rouen

Il avait une prédilection pour les sciences et, en particulier, pour les progressions logarithmiques. Peut-être voyait-il en elles le moyen de déchiffrer l’œuvre du « Grand Architecte de l’univers » ? Nos savants actuels ne sont pas loin d’y être parvenus puisque c’est par le calcul qu’ils parviennent à décrire la naissance du monde.

Les Leclerc étaient, semble-t-il, francs-maçons. Si c’est exact, ils avaient l’habitude de réfléchir à ce genre de questions métaphysiques en même temps qu’à l’évolution de la société et au partage des pouvoirs. Dieu existe-t-il et si, c’est le cas, quels étaient ses intentions en créant la nature, dont on ne peut qu’admirer l’ordonnancement ? Le développement des sciences va-t-il faire évoluer notre civilisation dans le bon sens ? Pourquoi faut-il qu’il y ait tant d’inégalités entre les citoyens ? Les hommes ne sont-ils pas tous frères ? Pour l’immense majorité des Français qui vivaient dans un niveau de misère totalement inconcevable de nos jours, les bourgeois aisés de l’époque voulaient changer la société.

2
Les droits de l’homme

Victor Emmanuel était âgé de quatre ans lorsqu’éclata la guerre d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Cette guerre et la déclaration des droits et des devoirs de l’homme qui avait pour but d’en justifier le bien-fondé, étaient abondamment commentées par les enseignants. Les Français en admiraient les grands principes contenus dans son préambule :

« Tous les hommes sont nés libres et égaux en dignité et en droit et, dans la mesure où la nature leur a donné la raison et la conscience, ils doivent se comporter en frères.

Il importe que chaque individu fasse son devoir pour sauvegarder les droits de tous. Droits et devoirs sont interdépendants à tout niveau de la vie sociale et politique. Tandis que les droits exaltent la liberté individuelle, les devoirs expriment la dignité de cette liberté.

Les Français étaient fiers du général de La Fayette et de tous ceux qui, en l’accompagnant, avaient permis à des hommes inspirés de tels principes de se libérer de la tutelle de l’Angleterre.

Les enseignants jésuites du collège de Pontoise voulaient faire de leurs élèves des gens travailleurs, appliqués dans l’étude des sciences, et vertueux. Ils pensaient, comme les rédacteurs de la déclaration américaine des Droits de l’Homme, qu’il fallait respecter ses parents, que l’oisiveté était mère de tous les vices, et que chacun devait s’efforcer de rendre à la Nation plus que ce qu’il en recevait.

L’enfance de Victor Emmanuel fut probablement à la fois relativement turbulente et très sage. On n’entre pas dans l’armée sans aimer affronter les dangers en se mesurant aux autres. Il aimait sans doute se battre, sans animosité, avec les enfants de son âge, s’aventurer dans les souterrains de Pontoise, jouer près des mares et des cours d’eau. Il devait aussi être studieux et, sans aucun doute, très attaché à ses frères et sœurs. Les gens qui l’ont connu adulte disaient de lui qu’il était à la fois « timide et grave », autrement dit sérieux et réfléchi. Dès qu’il a connu quelque succès dans l’armée, il a cherché à en faire profiter financièrement sa famille.

Le couronnement de Louis XVI et les premières mesures qu’il prit en lançant les cahiers de doléances ont été accueillis très favorablement par les Français. Un immense espoir est né de voir le peuple sortir de la misère en gagnant les libertés qui lui étaient jusqu’alors refusées. Les Pontoisiens conclurent la liste de leurs souhaits par une manifestation « de respect, de reconnaissance, et de dévouement à la personne sacrée de Sa Majesté. »

Ils apprécièrent tout autrement le renvoi de Necker, qui avait engagé de remarquables réformes dans les finances publiques afin de financer la guerre d’Amérique. Ils réagirent si vivement que ce ministre fut rappelé au gouvernement. Il allait pouvoir continuer à combattre les privilèges, la corruption des aristocrates, le gaspillage des biens publics et la fraude fiscale.

En 1789 fut rédigée la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Par suite de la résistance du roi, elle fut plusieurs fois remaniée et ne fut placée en tête de la Constitution que le 13 septembre 1791. En voici, pour rappel, les grands principes : les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ; le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ; tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics ; les peuples libres ne connaissent de préférence dans leurs élections que les vertus et les talents.

Tous les citoyens étant égaux aux yeux du peuple français, ils seront désormais admissibles à toutes dignités, places et emplois publics. Le petit peuple pourra choisir ses députés, les militaires pourront devenir officiers, les ecclésiastiques accéder aux plus hautes fonctions et dignités.

L’une des diverses rédactions de ce préambule portait en son article 6 une définition intéressante de ce qu’est la liberté : La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui ; elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde laloi ; sa limite morale est dans cette maxime : « Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait. »

En juin 1791 Louis XVI s’échappa des Tuileries, où il était en résidence surveillée, pour prendre la fuite en direction de la Lorraine. Il perdit alors définitivement la confiance du peuple. On le soupçonna de trahison et de collusion avec l’étranger. Le 21 juin, pour faire face au danger qui menaçait la Patrie, l’assemblée décida la conscription de volontaires pour la Garde Nationale. Victor Emmanuel s’engagera dès que le département de l’Oise sera en mesure de constituer des bataillons.

A la fin du mois d’août, à Pillnitz, l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse affirmèrent leur soutien à Louis XVI. Aussitôt, la propagande de l’aile gauche des révolutionnaires interpréta cette malheureuse initiative comme une véritable déclaration de guerre. Les Français prirent peur. On proclama partout que la Nation était en danger.

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Le volontaire de 1791

Le 17 octobre 1791, Victor Emmanuel Leclerc s’engage donc comme volontaire. Il est affecté au 2e bataillon de Seine et Oise formé à Versailles sous le commandement du lieutenant-colonel Jean-François de La Poype. Son oncle, Musquinet de Beaupré, l’ancien gendarme, sera élu Capitaine au 9e bataillon de la même unité, moins d’un an plus tard.

Louis Leclerc, l’ancien diacre, s’engage, lui aussi, mais ne reste que quelques années dans l’armée. Il sera nommé député en décembre 1800. Plus tard encore, il deviendra préfet.

Nicolas Marin Leclerc attend encore quelques mois avant d’entrer, à son tour, dans la carrière militaire.

La sécurité des Français et la défense de la Patrie sont donc une affaire de famille. C’est aussi, avec la politique, pour ces bourgeois et artisans aisés, le meilleur moyen d’accéder aux plus hauts échelons de la promotion sociale.

Dans la Garde Nationale, on manque d’officiers car les deux tiers d’entre eux ont déserté pour rejoindre l’armée des émigrés. On manque plus encore de moyens matériels : sur les 574 conscrits du bataillon de Victor Leclerc, seuls 25 ont un fusil. Tous ceux qui peuvent se le permettre se sont équipés à leurs propres frais. Leclerc en fait partie.

Il impressionne ses compagnons d’armes par sa culture et son intelligence. Il est vrai qu’il est socialement supérieur à la moyenne d’entre eux. Bien peu savent lire et écrire. Ils l’élisent Lieutenant. Il n’a que dix-neuf ans.

Le 30 octobre, le bataillon d’infanterie dont il fait partie est en marche vers Péronne et Arras dont il doit renforcer la garnison. A Gonesse, il se heurte aux chasseurs à cheval d’un régiment de Lorraine. Une grande bagarre les oppose. Heureusement la Garde Nationale de Senlis sépare les combattants. Il est bien difficile de maintenir la discipline chez ces hommes mal équipés, dont beaucoup perdent rapidement tout espoir de connaitre la gloire dont ils rêvaient. Un grand nombre d’entre eux désertent.

Ses recruteurs décrivent Leclerc comme étant « de petite taille, 5 pieds 2 pouces, la figure intelligente et ferme, les cheveux châtain clair, les yeux bleus, le nez pointu, le front ovale au front fièrement dessiné. » Lorsque ses supérieurs sont appelés à le noter, un mois plus tard, ils écrivent qu’il supporte facilement la fatigue et qu’il est bon marcheur.

Le commandant de son bataillon est le lieutenant-colonel Jean-François de La Poype, un ci-devant marquis aux idées progressistes qui a abandonné avec sa particule toute vanité quant à ses origines familiales et qui en avait eu assez, disait-il, de servir un régime despotique qui « ne lui laissait d’autre soin que de distribuer les lettres de cachet ». Cet officier supérieur avait adhéré au Club des Cordeliers. Il était donc l’ami de Barras, de Stanislas Fréron dont on entendra beaucoup parler plus tard, de Camille Desmoulins et, probablement, de Marin Emmanuel Musquinet de Saint Félix qui en était l’un des fondateurs.

Début avril 1792, l’empereur François II d’Autriche, exige que la France rétablisse les droits féodaux des princes d’Alsace, ce qui ne plait guère aux députés de l’Assemblée législative. Le 20 avril 1792, sur proposition de Louis XVI qui cherche probablement à se faire pardonner sa fuite à Varennes, la guerre est déclarée à l’Autriche et à la Prusse.

Leclerc et son supérieur ont beaucoup d’estime l’un pour l’autre. Le lieutenant-colonel La Poype apprécie tellement la manière de servir de Leclerc qu’en mai 1792, quand il se voit confier le commandement du 104ème régiment destiné à l’armée du Nord, il lui conseille de l’y suivre et d’entrer dans la cavalerie.

Le premier août 1792, le Moniteur avait publié à Paris un manifeste dans lequel le duc Charles II de Brunswick, extrêmement menaçant à l’égard des révolutionnaires, écrivait que, faute d’une reddition et d’un retour à l’ordre monarchique, les armées prussiennes livreraient Paris à « une exécution militaire et une subversion totale. » En réaction à cette menace, le peuple parisien alla chercher le Roi, la Reine et l’Assemblée Législative à Versailles afin de les obliger à travailler sous sa surveillance, au palais des Tuileries. Le 10 août 1792, une foule énorme d’émeutiers dirigea les fusils et les canons contre eux. Les Gardes Suisses qui avaient reçu l’ordre de ne pas répondre aux provocations furent bien obligés de se défendre quand on ouvrit le feu contre eux. Ils étaient 950 à protéger les Tuileries. Une centaine seulement survécut à l’assaut des Parisiens. Les autres furent massacrés, avant ou après s’être rendus.

Marin Emmanuel de Saint-Félix, le parrain de Victor Emmanuel, faisait partie de ceux qui avaient inspiré aux Parisiens cet assaut.

Les députés demandèrent vainement au peuple de « respecter la justice, leurs magistrats, les droits de l’homme, la liberté et l’égalité ». Leurs assaillants sachant qu’ils détenaient tous les pouvoirs entre leurs mains, ne voulaient pas les lâcher. La France n’avait plus de gouvernement.

En septembre 1792, la violence populaire prit un tour encore plus dramatique. La commune parisienne non contente de tenir la famille royale en résidence surveillée, se mit rapidement à multiplier les arrestations arbitraires et, le mois suivant, ne fit rien pour s’opposer au massacre des 1200 à 1400 personnes qu’elle avait emprisonnées. L’abbé Aubert, curé de la paroisse Notre-Dame de Pontoise fit partie des victimes. Victor Emmanuel, bien qu’éloigné de Paris, entendit forcément parler de ces événements. Il se réjouissait de l’avènement de la République mais n’approuvait sûrement pas les excès qui l’accompagnaient. Voilà que les Français, oubliant qu’il ne fallait pas faire à un autre ce que l’on ne veut pas qu’il nous soit fait, se mettaient à s’entretuer !

Le 21septembre1792, la Convention Nationale décrète que « la royauté est abolie en France » et que « l’An I de la République française« partira du lendemain, 22 septembre 1792. Les décrets bloqués par le veto de Louis XVI sont alors appliqués et les prêtres réfractaires sont arrêtés et souvent massacrés dans toute la France.

Le lendemain, Premier vendémiaire de l’an I comme il faut donc l’appeler, Leclerc démissionne des bataillons de volontaires afin de pouvoir s’engager dans la cavalerie de l’armée régulière. Il quittera la citadelle de Strasbourg où il est affecté depuis le mois de mai pour rejoindre La Poype, promu général, au camp sous Paris. Les membres du Conseil d’administration de son bataillon lui délivrent une autorisation de sortie dans laquelle ils déclarent que « pendant le temps de son service, il a rempli tous les devoirs de sa place avec honneur, loyauté et exactitude ». Il doit cependant attendre le mois de décembre pour obtenir sa nouvelle affectation.

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Le militaire de carrière

Le 1er décembre 1792, il entre dans l’armée chargée d’assurer la défense de Paris menacée par les Prussiens. Il est maintenant sous-lieutenant au 12ème régiment de cavalerie. La Poype en fait son aide de camp et le charge d’organiser la vie et la défense de ce camp retranché sur une ligne allant de Lagny, dans la Marne, à Pontoise. Les troupes étaient casernées à Saint-Lazare, aux Invalides, à la Sorbonne, au Palais Bourbon, à l’Ecole Militaire et dans plusieurs camps de la région parisienne.

Les Prussiens sont entrés en Lorraine. Heureusement, quelques jours plus tard, le 20 septembre, les révolutionnaires français résistent à l’attaque du duc de Brunswick. Ils remportent à Valmy, grâce à leur artillerie, leur première victoire. Ils repoussent l’ennemi au-delà des frontières.

Le 21 janvier 1793, Louis XVI est exécuté. La République semble établie à jamais.

Le 5 février 1793, Leclerc officie auprès des adjudants-généraux de l’armée d’Italie. Fin 1793, il remplit les fonctions de chef d’état-major de la division de l’est, commandée par le général La Poype, que la convention envoie secourir l’adjudant-général Carteaux en difficulté dans le sud de la France.

En effet, un certain nombre de grandes villes comme Lyon et Marseille se sont révoltées contre le pouvoir central. Après en avoir chassé les républicains, 1 500 royalistes se sont emparés de la ville et de la base navale de Toulon. Ils ont fait appel à la flotte anglo-espagnole qui entre dans la rade le 29 août 1793. 17 000 Britanniques, Espagnols et Italiens sont débarqués. Le 1er octobre, ils proclament le petit prince, enfermé dans la prison du Temple, « Roi de France », sous le nom de Louis XVII, et hissent le drapeau blanc à fleurs de lys.

Les troupes de la Convention, sous le commandement du général Carteaux, sont arrivées devant Toulon. La Poype, à la tête des 6 000 hommes de l’armée d’Italie, stationnée dans les Alpes-Maritimes, les y rejoint avec son aide-de-camp, Leclerc, et son frère, Nicolas Marin.

Le 14 septembre, Carteaux leur demande de s’emparer de « la hauteur qui domine La Malgue » (Le Mont Faron). La Poype répond qu’il manque d’effectifs et de matériel. On ne lui envoie que 14 canons et 6 000 cartouches et on lui réitère l’ordre d’engager immédiatement le combat.

Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, ses troupes parviennent à prendre pied sur le mont Faron mais non à s’y maintenir. Pour Leclerc, c’est le baptême du feu. A cheval, armé, comme il se doit, d’un pistolet et d’un sabre, il se comporte avec bravoure à la tête de sa colonne.

Le chef de l’artillerie républicaine ayant été blessé, les représentants spéciaux de la Convention imposent au général Carteaux, qui se montre très réticent, le jeune capitaine Bonaparte.

Après une reconnaissance, celui-ci, convaincu que Toulon ne pourra pas être prise par l’infanterie, recommande de prendre les fortins de la colline du Caire, pour installer ses batteries aussi près que possible de la pointe de Balaguier et interdire la passe entre la petite et la grande rade du port. Il couperait ainsi le ravitaillement maritime nécessaire aux assiégés. Carteaux, toujours réticent, n’envoie qu’un faible détachement qui échoue dans sa tentative de conquête du fort de l’Eguillette, le 22 septembre.

Les Anglais, prévenus par l’alerte, édifient alors une grande redoute de terre, appuyées par trois autres plus petites au sommet de la colline du Caire. Ils surnomment l’ensemble, apparemment imprenable, le « Petit Gibraltar ».

Le 1eroctobre, après l’échec du général La Poype contre le fort Est du Faron, on demande à Bonaparte de bombarder le grand fort de Malbousquet, dont la prise conditionne celle de la ville. Il fait alors réquisitionner de l’artillerie dans toute la campagne environnante et, promu chef de bataillon le 19 octobre, il installe une grande batterie, dite « de la Convention », face à ce fort, sur la colline des Arènes.

Le 11 novembre, Carteaux, plus doué pour la peinture, sa passion, que pour la conduite de la guerre, est remplacé par Doppet, un ancien médecin qui, conscient de son incompétence, ne tarde pas à démissionner. Le 20 novembre, leur succède un soldat de métier, Dugommier, qui reconnaît aussitôt la valeur du plan de Bonaparte. Jusqu’au 14 décembre, sont établies cinq batteries dont les boulets, chauffés au rouge, incendient les navires embossés dans la rade.

Dans la nuit du 16 au 17 décembre, La Poype doit essayer, encore une fois, de s’emparer des trois forts installés sur le mont Faron. Leclerc est chargé d’attaquer le fort central, défendu par une double enceinte, des chevaux de frise, des buissons d’épineux et le feu croisé des deux autres redoutes. Par deux fois, sa cavalerie est repoussée. La troisième fois, après un corps à corps à l’arme blanche, il en chasse l’ennemi.

De son côté, Bonaparte s’attaque au « petit Gibraltar ». Dans un corps à corps avec les soldats britanniques, il est blessé à la cuisse d’un coup d’esponton.

Le 19 décembre 1793, Toulon est reprise. Les bataillons royalistes sont alors désarmés.

Bonaparte, surnommé « le capitaine Canon », est le grand vainqueur de ce siège qui aura duré deux mois. Il aura eu le temps de sympathiser avec Leclerc qui, de son côté, admire beaucoup son sens du commandement. Il lui parle probablement de sa famille, arrivée depuis peu sur le continent après avoir été chassée de Corse par Paoli.

L’une des sœurs de Napoléon, Paoletta, qui n’a que treize ans, est déjà très courtisée. Junot, le flegmatique sergent des grenadiers dont Bonaparte a fait son secrétaire parce qu’il est l’un des rares soldats à savoir écrire, est l’un de ses plus ardents admirateurs. Stanislas Fréron, journaliste beau parleur, député conventionnel, ami de Saint-Félix et régicide comme ce dernier, lui fait aussi la cour. Il a été envoyé avec Barras dans la région pour une « mission pacificatrice » qu’il a remplie avec la plus extrême brutalité. A Marseille, il a détruit les plus beaux monuments de la ville et les chefs-d’œuvre du sculpteur et peintre Puget. Paoletta qui réside chez des amis à Antibes, est sensible à son charme bien qu’il ait vingt-sept ans de plus qu’elle.

Dans la ville de Toulon, la répression est encore plus féroce. Après avoir libéré les prisonniers détenus sur le Thémistocle, les vainqueurs rassemblent les vaincus et leur demandent quels sont ceux d’entre eux qui se sont vendus aux Anglais. Naturellement, chacun accuse de préférence le voisin avec lequel il s’entend le moins. Des centaines de personnes sont fusillées, à commencer par les officiers de marine. Fréron et Barras se comportent de façon si odieuse que Bonaparte s’en indigne. Sur son intervention, le Comité de salut public les rappelle à Paris dès janvier 1794.

Leclerc a fait preuve de tant de bravoure et d’intelligence que c’est à lui qu’échoit l’honneur de porter à Paris la nouvelle de la prise de Toulon.

Sources

Le Général Leclerc et l’expédition de Saint-Domingue

Henri Mézière – Bibliothèque Napoléonienne Tallandier

Napoléon, l’esclavage et les colonies

Pierre Branda et Thierry Lentz – Fayard

J’avais vingt ans à la révolution

Jacquy Delaporte – Imprimerie...