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Histoire de la presse en Angleterre et aux États-Unis

De
553 pages

Origine des journaux Époque do leur établissement. — L’English Mercurie. — Naissance d’une opinion publique. — Les nouvelles la main. — Nathaniel Butter. — Le premier journal anglais. — La Gazette de France et les Newes. — Les correspondances politiques. — Les journaux et le théâtre.

« Mon enfant, tu as fait fortune, dit un personnage de comédie, il est temps d’avoir des ancêtres. » Depuis que les journaux sont devenus une puissance, on leur a créé toute une généalogie.

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Athanase Cucheval-Clarigny
Histoire de la presse en Angleterre et aux États-Unis
CHAPITRE PREMIER
Origine des journaux ÉpoDue do leur établissement. — L’English Mercurie.Naissance d’une opinion publiDue. — Les nouvelles la — main. — Nathaniel Butter. — Le premier journal anglais. — LaGazette de France et lesNewes.— Les correspondances politiDues. — Les journaux et le théâtre.
« Mon enfant, tu as fait fortune, dit un personnage de comédie, il est temps d’avoir des ancêtres. » epuis Due les journaux sont devenus un e puissance, on leur a créé toute une généalogie. Le moyen âge même a paru pour ces parvenus une origine trop récente, et c’est à Rome, en attendant la Grèce, Du’on a pla cé leur berceau. Au premier jour, DuelDue érudit, renchérissant sur ses devanciers, r etrouvera dans des inscriptions de prétendues traces des journaux de Sparte et d’Athèn es. Malgré l’autorité du docteur Johnson, malgré l’autorité plus considérable encore d’un des hommes les plus savants et les plus ingénieux de notre temps, on ne saurait vo ir des journaux dans lesacta diurna de l’ancienne Rome. C’est avec aussi peu de fondement Du’on a fait naître les journaux à Venise : cette opinion repose uniDuement sur l’étym ologie du mot gazette, Dui est incontestablement un mot vénitien. Au temps des gue rres contre les Turcs, le gouvernement de Venise, pour satisfaire la légitime curiosité des citoyens, faisait lire sur la place publiDue un résumé des nouvelles Du’il avait reçues du théâtre de la guerre, et on donnait une petite pièce de monnaie, appeléegazetta,assister à cette lecture, pour ou pour prendre connaissance de ce Dui avait été lu . e là, disent les étymologistes, le nom de gazettes appliDué aux feuilles volantes cont enant des nouvelles, lorsDue ces feuilles furent imprimées et livrées au public. Rie n ne semble plus naturel et plus satisfaisant Du’une pareille conjecture ; par malheur, on ne trouve en Italie aucune trace de ces feuilles imprimées. Quant aux lectures faite s par ordre du gouvernement sur la place publiDue de Venise, elles avaient lieu probab lement dans toutes les républiDues italiennes, et certainement à Florence, ainsi Due l ’atteste une collection de documents manuscrits conservée dans la bibliothèDue de cette ville. Ces documents, pas plus Due lesacta diurna, n’ont aucun rapport avec les journaux. e tout temps et en tous pays, les gouvernements on t eu besoin de porter leurs lois et leurs actes à la connaissance du public. Ici on a fait publier des bans au son dû tambour et par l’office du crieur public, ailleurs on a fait à des époDues régulières des lectures à haute voix ; ailleurs encore on a eu recours à des inscriptions, tantôt gravées sur la pierre, tantôt tracées sur des tablettes mobiles.  epuis l’invention de l’imprimerie, on se sert presDue uniDuement d’affiches apposées sur les murs. Les moyens ont différé, le but a toujours été le même. Inscriptions, proclamations, lectures publiDues, ne sont Due des voies diverses employées par les gouvernements pour mettre la multitude au courant de ce Du’il était indispensable Du’elle sût. Ce sont, si l’on veut, des publications officielles ; ce n’est pas là ce Du’on entend par des journaux. Le journal est fils de l’imprimerie : il est imposs ible sans elle. Rapidité de publication, périodicité régulière, faculté de se multiplier à l ’infini, condensation d’une foule de matières dans un étroit espace, toutes ces conditio ns, Dui sont l’essence même du journal, ne pouvaient être réunies Duand l’imprimerie n’existait pas. C’est donc dans les temps modernes, et encore à une date assez récente, Du’il faut placer la naissance des journaux. Les Anglais ont de bonne heure revendiDué pour leur pays l’initiative de ce genre de publication ; mais leurs prétentions repos aient sur une fraude d’érudit, dont personne ne peut plus être la dupe aujourd’hui. On conserve auBritish Museum, au milieu de la collection de vieux journaux la plus c omplète Du’il y ait au monde, trois feuilles imprimées avec ce titrethe English Mercurie,portant les numéros 50, 51 et 54, et
la date de 1588. Il est Duestion dans une de ces feuilles du départ de l’invincibleArmada, dans une autre d’un engagement entre sir Francis rake et la flotte espagnole, et de la capture du vaisseaule Saint-François,par don Pedro de Valdez. A la fin du commandé siècle dernier, Chalmers rencontra ces trois feuilles dans les recherches Du’il faisait au 1 British Museumd’un, et ne conçut aucun doute sur leur authenticité. ans la biographie grammairien et d’un journaliste écossais publiée en 1794, il fit honneur de l’invention des journaux à l’Angleterre et au règne d’Elisabeth, et il expliDua, par la terreur profonde Du’avait inspiréel’Armadadre les aux Anglais, le recours à un nouveau mode de répan nouvelles. Sur la foi de Chalmers, toutes les encyc lopédies, tous les dictionnaires, tous les auteurs Dui ont eu occasion de parler des journ aux ont, depuis cinDuante ans, fait remonter au règne d’Elisabeth l’apparition de la première feuille périodiDue. En 1839, un employé duBritish Museum,M. Thomas Watts, s’avisa enfin d’ouvrir le précieux volume Dui contenait l’English Mercurie,le premier coup d’œil le convainDuit Due le pré tendu et journal de 1588 était l’œuvre d’un faussaire. Les c aractères d’impression étaient e manifestement de la seconde moitié du xviii siècle, et la distinction entre lesu et lesv, e entre les i et lesjsiècle, était partout, absolument inconnue aux imprimeurs du XVI soigneusement observée. A part même ces indices mat ériels, l’examen du texte ne pouvait laisser aucun doute. Le faux journal donne à sir Francis Vere le titre de chevalier plusieurs mois avant Due cet officier l’eût reçu d’ Élisabeth ; il emploie des mots Dui e n’étaient point encore en usage au XVI siècle ; il fait remporter une victoire par rake un jour où l’amiral anglais courut au contraire le plu s grand danger d’être pris par les 2 Espagnols. M. Watts, dans une brochure , démontra péremptoirement la fraude dont Chalmers avait été la dupe, et des recherches subséDuentes lui ont permis d’attribuer au second lord Hardwicke la responsabilité de cette supercherie littéraire. Le journal est né presDue simultanément en Angleterre, en France, en Hollande, sous e l’influence des mêmes causes. La controverse religieuse, si ardente au xvi siècle, trouva dans l’imprimerie un instrument à la fois et un aliment. Les gros livres, trop longs à écrire, trop longs surtout à lire, firent place aux petits traités courants Du’il était facile de répandre. Les traités eux-mêmes furent supplantés p ar les manifestes, les proclamations, les satires, imprimés sur des feuilles isolées et habituellement d’un seul côté, Du’on obtenait à bon marché, Du’on se passait sous le manteau, et Du’au besoin on affichait pendant la nuit. Les partis, pour enflamm er le zèle ou soutenir l’ardeur de leurs adhérents, faisaient imprimer et distribuer la rela tion des avantages Du’ils avaient obtenus. C’est par des circulaires de ce genre, cachées dans des selles de cheval, dans la doublure d’un manteau de voyage, Due les protest ants de France apprenaient les victoires de leurs coreligionnaires d’Allemagne, et ils usaient à leur tour du même moyen. L’usage devint bientôt général d’imprimer sur des feuilles séparées et de vendre à bas prix les relations de tous les événements remarDuab les, de tous les faits propres à affriander les lecteurs. On devait être naturelleme nt conduit à réunir plusieurs événements sur la même feuille ou dans le même cahi er, et le jour où l’industrie d’un homme, encouragée par la curiosité croissante du pu blic, donnerait un titre uniforme à ces feuilles volantes, établirait entre elles un ordre de succession, et leur assignerait un retour périodiDue, la gazette, le journal seraient créés. Si l’on s’attache à la Duestion de priorité, les da tes semblent être en faveur de la Hollande et de l’Angleterre. e très-bonne heure, dès les dernières années d’Élisabeth et er les premières de JacDues I , on trouve en Angleterre un grand nombre de feuill es volantes et de placards, intitulésNews(Nouvelles) et contenant le récit d’événements Dui s’étaient accomplis en Angleterre ou sur le continent. ans ce dernier cas, le titre indiDue
presDue toujours Due les nouvelles offertes au publ ic sont traduites de l’original hollandais, et ce soin, de la part des éditeurs anglais, suffirait seul à décider à l’avantage de la Hollande la Duestion de priorité. Si l’on songe aux rapports journaliers Dui existaient alors entre l’Angleterre et la Hollande, à l’étroit e alliance Dui unissait les deux peuples depuis Due les Pays-Bas s’étaient soulevés contre Philippe II, on ne sera pas surpris de voir un usage hollandais passer en Angleterre. A partir de 1619, un imprimeur du nom de Nathaniel Newberry fit paraître fréDuemment des relations des pays étrangers sous le titre uniforme deNews ;la périodicité manDuait seule à ces publications pour en faire des gazettes. Trois ans plus tard, ce progrès fut accom pli : le 23 mai 1622, Nicholas Bourne et Thomas Archer mirent en vente une feuille intituléeles Nouvelles hebdomadaires. Le 3 titre complet était :les Nouvelles hebdomadairesd’Allemagne, de Hongrie, de d’Italie, Bohême, etc. ; c’était un sommaire plus encore Du’u n titre. Le second numéro, celui du 30 mai, et plusieurs des suivants portent la mentio n ordinaire,traduit de l’original Hollandais,Dui constate l’emprunt fait au pays voisin. Les numéros semblent s’être suivis régulièrement ; mais si le nom de l’imprimeur ne change pas, celui des éditeurs change presDue avec chaDue numéro : c’est tantôt Nicholas Bourne et Thomas Archer, tantôt Nathaniel Newberry et William Sheffard. Il semble D ue plusieurs éditeurs se soient entendus pour faire, chacun à son tour, les frais d e cette publication. Le 25 septembre 1622 paraît enfin le nom de Nathaniel Butter. Celui -ci était un ancien papetier dont les affaires avaient mal tourné, et Dui, pour vivre, s’ était mis à faire des brochures et à compiler des nouvelles. Ses premiers écrits remontent à l’année 1611. Peu à peu il était devenu auteur de nouvelles à la main, c’est-à-dire Due, moyennant salaire, il adressait par écrit aux gens le récit des événements du jour : c’était alors une profession fort répandue. A partir du 25 septembre, le nom de Butter figure régulièrement et en première ligne sur chaDue numéro desWeekly News,il est toujours joint au nom de mais DuelDu’un des libraires dont nous avons parlé. Il e st probable Due les libraires faisaient les frais de la publication, et Due Butter était chargé de la rédiger pour leur compte. Par un changement Dui paraît aujourd’hui tout simple et Dui était pourtant une révolution, Butter faisait imprimer ce Du’il s’était jusDue-là borné à écrire ; il mettait à la portée de tout le monde ce Du’il avait adressé à un petit nom bre de personnes. Il est à remarDuer Du’à partir du jour où le nom de Butter figure sur lesWeekly News,mots les traduit du hollandaisdu titre, ce Dui constate l’originalité de la rédaction ; et chaDue disparaissent exemplaire Dui paraît de semaine en semaine porte, outre la date de sa publication, un numéro d’ordre, ce Dui met hors de doute la périodicité du recueil. L e sWeekly Newsprenons étaient donc un vrai journal dans le sens où nous aujourd’hui ce mot. Ce premier-né de la presse anglaise était loin d’avoir les dimensions formidables des journaux actuels. Un seul numéro duTimes ou duChronicle contient plus de matière Due lesWeekly Newsdonnaient en une année. C’était une petite n’en feuille in-Duarto, imprimée sur un papier très-grossier, Dui contenait à la file les uns des autres et sans aucune liaison les événements import ants ou singuliers arrivés sur le continent : une victoire du comte de Mansfeld en Allemagne, un sacrilége à Bologne, un assassinat ou un empoisonnement à Venise, un grand incendie à Paris. Il n’est jamais fait la moindre allusion à ce Dui se passe en Angleterre, et les événements du continent sont l’objet d’un simple récit, sans aucune réflexion. Sous ce rapport, lesWeekly News ne diffèrent en rien des feuilles volantes Dui les avaient précédées ; mais c’était déjà une grande nouveauté Due cet intérêt Dui s’attachait aux nouvelles du dehors. Un siècle plus tôt, ce Due nous appelons la politiDue extérieure, était l’affaire des rois uniDuement et de leurs ministres ; les peuples y demeuraient absolument étrangers, et nul ne prenait souci en France de ce Dui pouvait se passer en Angleterre ou en Espagne. Les guerres de
religion mirent fin à cette indifférence mutuelle ; il y eut désormais, à part les rivalités des souverains, un intérêt commun entre les nations. La Duerelle Dui se vidait par les armes’ en Hollande ou en Allemagne était la Duerelle de to us les protestants et de tous les catholiDues : chaDue bataille, chaDue prise de ville mettait une moitié de l’Europe dans la joie et l’autre moitié dans la douleur. Les nouvell es, même des pays les plus lointains, furent dès lors pour toutes les classes l’objet d’u ne ardente curiosité ; la propagation rapide et régulière de ces nouvelles devint un besoin public, surtout dans un pays comme l’Angleterre, placée à l’extrémité de l’Europe et i solée du continent par la mer. Il n’est donc pas surprenant Due l’époDue de la guerre de Tr ente ans soit aussi celle de la naissance des journaux. C’est en 1631 Due parut le premier journal français , laGazetteThéophraste de Renaudot. On sait Duelle est sur l’origine de laGazettela tradition généralement admise. Le célèbre généalogiste d’Hozier était en relations suivies avec des savants et des personnes attachées aux diverses cours d’Europe ; s es nombreux correspondants le tenaient au courant de ce Dui se passait dans les p ays Du’ils habitaient, et d’Hozier communiDuait toutes ces nouvelles à son ami Renaudot, médecin du roi, Dui en amusait ses malades. Renaudot ne se bornait pas à débiter les nouvelles, il les mettait par écrit et en faisait plusieurs copies Dui circulaient parla v ille, et ces copies furent bientôt si recherchées, Due Renaudot pensa à les faire imprimer et à lès vendre. Cette anecdote, Dui ne s’appuie sur aucun témoignage précis, peut ê tre vraie ; mais elle a le tort de présenter comme une nouveauté et même comme un fait accidentel une chose fort commune à cette époDue. Renaudot n’est pas le premi er Dui ait fait commerce de nouvelles ; longtemps avant Du’il connût d’Hozier, longtemps même avant Du’il Duittât la province, il y avait à Paris même, et plus encore à la Haye, des écrivains dont le métier consistait à rédiger des gazettes manuscrites et à les adresser régulièrement aux gens Dui consentaient à payer pour les recevoir. Il existe des collections considérables de ces gazettes manuscrites expédiées par des écrivains fr ançais, pendant les premières e années du XVII siècle, à leurs correspondants des provinces et de l’étranger. Renaudot, praticien sans clientèle, Dui avait à Paris la répu tation d’un empiriDue plutôt Due d’un médecin et Dui était souvent réduit aux expédients, avait le génie des affaires. C’est lui Dui imagina de créer à Paris lesbureaux d’adresses, Dui tenaient à la fois de nos cabinets d’affaires et de nos bureaux de placement, et de s’en faire attribuer le privilége avec le titre de maître général. Qu’il ait ou non écrit lui-même des nouvelles à la main, il eut le premier en France l’idée de remplacer l’écriture par l’imprimerie. Richelieu, à Dui Renaudot demanda l’autorisation de publier et de ve ndre ses nouvelles, s’empressa de l’accorder ; il fit même de l’impression de laGazette un privilége, ce Dui garantissait Renaudot de toute concurrence, mais ce Dui mettait aussi son journal dans la er dépendance directe du gouvernement. Le premier numéro de laGazetteavrilparut le 1 1631, et ce recueil, rédigé après Renaudot par le f ils de celui-ci, s’est continué sans interruption jusDu’à la Révolution. Le succès de laGazetteimmense. Le caractère fut officiel du recueil, l’exactitude et la variété de ses informations étaient autant de conditions de réussite. Paris et la province s’arra chèrent laGazette,il n’était hors de et France aucun personnage considérable Dui pût s’en passer. Le roi Louis XIII était un des lecteurs assidus de laGazette,et on a même prétendu Du’il y avait écrit DuelDuefois. Ce Dui est hors de doute, c’est Due Richelieu fournissait des notes et des renseignements à Renaudot, lui communiDuait les faits Du’il avait intérêt à ébruiter, et lui confiait par extraits ou en totalité les pièces diplomatiDues et les documents dont il voulait porter le contenu à la connaissance du public. Si insignifiante Du’elle nous paraisse aujourd’hui, laGazette de Renaudot avait en son temps une portée politiDue dont les gouvernements étrangers
s’alarmaient. « Je ferai, dit Renaudot en 1636, la prière aux princes et aux États étrangers de ne perdre point inutilement le temps à vouloir fermer le passage à mes nouvelles, vu Due c’est une marchandise dont le commerce ne s’est jamais pu défendre, et tient cela de la nature du torrent, Du’il se grossit par la résistance. » Par la régularité extrême de sa publication, Dui ne souffrit jamais aucune interruption, par sa circulation européenne, par l’abondance et le choix de ses matières, la supériorité de sa rédaction et le nombre de ses correspondances, laGazettede Renaudot répond à l’idée Due nous nous faisons d’un journal beaucoup mieux Due l’œuvre de Nathaniel Butter. Par malheur, ce recueil, Dui dut plusieurs années d’éclat à la protection de Richelieu et à la direction d’un homme d’esprit, de meura uniDue en France. La Fronde, Dui fit éclore tant de milliers de petits pamphlets , ne fit pas naître un seul journal ; le despotisme de Louis XIV, mieux Due tous les privilé ges, mit laGazette, désormais insignifiante, à l’abri de toute concurrence. La France, à Dui nulle nation ne peut disputer l’honneur d’avoir créé lesrevues littéraires, n’a produit, avant la Révolution, auc un journal politiDue ; c’est une initiative Dui devait appartenir à deux pays libres : la Hollande et l’Angleterre. Revenons donc à Nathaniel Butter. Le pauvre Butter n’avait point de roi parmi ses lec teurs, point de ministre dans sa clientèle : il glanait péniblement et au jour le jour les maigres nouvelles dont il remplissait son petit carré de papier. Il les donnait toutes sè ches, sans se permettre la moindre réflexion, se gardant de tout commentaire comme d’u n délit Dui aurait attiré sur lui les foudres de la chambre étoilée. Le vrai journal se f aisait alors par correspondance. En Angleterre, comme sur le continent, les grands personnages avaient des correspondants, et cet usage y avait aussi introduit l’industrie des lettres-circulaires et des nouvelles à la main. Butter en avait longtemps vécu. La noblesse des comtés, Dui venait rarement à la cour, n’avait guère d’autre moyen d’information Due ces lettres-circulaires ; et les établissements publics, les cafés, Dui commençaient à s’établir, avaient soin d’en recevoir DuelDu’une, afin de se créer, par l’appât de la curiosité, une clientèle plus élevée. Il fallut un long intervalle de temps pour Due la f euille imprimée se substituât complétement à la gazette manuscrite des nouvellist es. Les raisons en sont bien simples. Les libraires Dui employaient Butter étaie nt fort mal informés, et DuiconDue approchait un peu les grands était mieux instruit Du’eux. LesWeekly Newss’aventuraient rarement à parler des affaires intérieures ; les no uvellistes en faisaient le principal sujet de leurs lettres, et non seulement ils racontaient les faits, mais ils y joignaient des jugements, des appréciations Du’ils n’eussent pas o sé imprimer. LesLettres de Nouvelles (News-Letters), comme on les appelait, étaient donc beaucoup plus intéressantes Due le journal imprimé, et pendant un demi-siècle elles lui demeurèrent fort supérieures en circulation et en importance. Le journal faisait de son mieux pour soutenir la co ncurrence, mais les esprits ne s’habituaient point à l’idée Du’on pût faire commer ce public de nouvelles ; une gazette imprimée était une nouveauté si surprenante et Dui faisait tant de bruit, Due Ben Jonson, revenant au théâtre après un long silence, crut voir là un excellent sujet de comédie. Il fit 4 jouer en 1625,l’Approvisionnement de Nouvelles dans leDuel il ridiculisait Butter et son entreprise. Butter y est appelé maître Cymbal ; mais son vrai nom, Dui signifiebeurreen anglais, revient à chaDue instant dans la pièce sous forme de calembour. Ben Jonson lui donne pour collaborateurs réguliers Duatre coureurs de nouvelles ou émissaires chargés de recueillir tout ce Dui se dit à la cour, au cloî tre de Saint-Paul, rendez-vous des badauds de Londres, à la Bourse, et à Westminster, ou siégeaient les tribunaux. Ben Jonson ajoute à ces Duatre nouvellistes un mauvais poëte, un docteur en médecine, et, comme rédacteur irrégulier, Lèche-ses-oigts, cuisinier-poëte, Dui consacre ses loisirs à
faire des devises et autres vers de confiseur. Le personnel administratif se compose de maître Cymbal, d’un secrétaire Dui enregistre les nouvelles à mesure Du’elles arrivent, de deux commis et d’une foule de cartons avec de grandes étiDuettes. Une brave paysanne se présente au bureau de maître Cymbal et demande pour deux liards de nouvelles, afin d’en faire présent à son curé : on la prie d’attend re DuelDues instants, parce Due, si elle était servie à la minute, le public pourrait croire Du’on fabriDue les nouvelles, au lieu de les recueillir. Ben Jonson n’est pas le seul poëte Dui ait tourné e n ridicule l’entreprise de Butter : 5 Shirley, dansles Ruses de l’Amour , représentées en 1625, met aussi en scène la grande nouveauté du jour, et fait un portrait peu f latteur des marchands de nouvelles. « Ces gens-là, dit Shirley, avec une heure devant e ux, vous décriront une bataille dans DuelDue coin de l’Europe Due ce soit, et pourtant i ls n’ont jamais mis le pied hors des tavernes. Ils vous dépeindront les villes, les fort ifications, les généraux, les forces de l’ennemi ; ils vous diront ses alliés, ses mouvements de chaDue jour. Un soldat ne peut pas perdre un cheveu de sa tête, ne peut pas recevo ir une pauvre balle, sans avoir DuelDue page à ses trousses, format in-4. Rien n’ar rête ces gens-là Due le défaut de mémoire, et, s’ils n’ont point de contradicteur, il s ne tarissent pas. » Nous pourrions pousser la citation plus loin, car cette scène de S hirley est une première édition très-complète de toutes les satires Du’on a pu faire du journalisme, et, à ne regarder Due le fond des choses, certaines déclamations contemporaines n’ont pas moins de deux cent trente ans de date. Il paraît Due lesWeekly News,première vogue passée, n’eurent Du’un succès la médiocre. es correspondances de France, d’Allemagn e et d’Italie, DuelDues mots sur les affaires religieuses du dehors, n’excitaient pa s suffisamment la curiosité du public. Butter se plaint d’ailleurs d’être gêné par la censure, Dui taille à tort et à travers dans ses nouvelles étrangères, et leur ôte tout intérêt. Le recueil éprouva de temps à autre des interruptions ; il prit DuelDuefois en sous-titre l e nom deMercurius britannicus, pour 6 recueillir un peu de la popularité desMercurescontinent mais le public demeura du toujours assez froid pour lui. On en perd toute tra ce après le mois de janvier 1640 : il semble donc Due Butter ou soit mort, ou ait abandon né la partie au moment où les événements politiDues allaient ouvrir une vaste carrière au journalisme.
1Chalmers’s Life of Thomas Ruddiman. London, 1794, in-8.
2uted earliest printed Newspaper, theÀ letter to Antonio Panizzi, Esq., etc., on the rep English Mercurie,1585.By Thomas Watts, of the British Museum. London, 1839.
3The 23 of May. The Weekly Newes from Italy, Germanie, etc. London : Printed by I.. for Nicholas Bourne and Thomas Archer. The 30 of Ma y. Weekly Newes from Italy, Germanie, Hungarie, Bohemia, the Palatinate, France and the Low Countries. Translated out of the Low utch Copie. London : Printed by E.A . for Nicholas Bourne and Thomas Archer, and are to be sold at their shops at the Ex change, and in Pope’s head Pallace, 1622.
4The Staple of News.
5Love Tricks.
6plus ancien Mercure est le Mercure Le de France, établi en 1613. En 1634 parurent à Paris leMercure Suisse, et à Genève leMercure d’État.au Quant Mercurius Gallo-
Belgicus,dont un volume fut publié à Cologne en 1598, et un second volume à Francfort en 1605 ; ce n’était point un journal, mais un réci t des événements contemporains, classés année par année : DuelDue chose d’analogue aux Annuaires actuels.
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