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Hommage ŕ Francis Ponge N' 45 (Septembre 1956)

De
200 pages
Hommage ŕ Francis Ponge :
Albert Camus, Lettre au sujet du Parti pris
Jean Grenier, Présentation de Francis Ponge
Philippe Jaccottet, Remarques sur Le Soleil
André Pieyre de Mandiargues, Le Feu et la Pierre
Josep Carner, Francis Ponge et les choses
Betty Miller, Personne ŕ l'horizon
Piero Bigongiari, Le Parti pris de Ponge
Gerda Zeltner-Neukomm, Un Počte de natures mortes
Francis Ponge, Les Hirondelles ou ŤDans le style des hirondellesť - Malherbe
Michel Planchon, Les Yeux entr'ouverts
Marcel Jouhandeau, Réflexions sur la Vieillesse et la Mort (II)
François Nourissier, Les Orphelins d'Auteuil
Chroniques : recherches :
Maurice Blanchot, Freud
Chroniques :
Dominique Aury, Incroyables Florides
Chroniques : le théâtre :
Jacques Lemarchand, Un Festival, des Festivals
Chroniques :
René de Solier, Jeux d'encre
Notes :
Marc Bernard, Henri Calet
Notes : la poésie :
Jean Grosjean, Raymond Schwab ou L'invitation ŕ l'avenir
Notes : la littérature :
Robert Campbell, Philosophie de la Révolution française, par Bernard Groethuysen (Gallimard)
Roger Judrin, Présence des Morts, par Emmanuel Berl (Gallimard)
Notes : le roman :
Marcel Arland, Le Soleil de Cavouri, par Jean Blot (Gallimard)
Roger Judrin, Adeline Vénician, par André Chamson (Grasset) - L'Amour de toi, par Jacques Perry (Julliard)
Notes : lettres étrangčres :
Alain Bosquet, Gottfried Benn
Knud Ferlov, Giovanni Papini
Georges Anex, Lettres ŕ Milena, de Franz Kafka (Gallimard)
Dominique Fernandez, Lénine et les problčmes de la littérature russe, par Boris Meilakh (Éditions Sociales)
Yvon Belaval, Harlequin Phnix, par Thelma Niklaus (The Bodley Head)
Notes : les spectacles :
Jean Texcier, Moulin-Rouge
Notes : les arts :
André Berne-Joffroy, De Giotto ŕ Bellini : Primitifs italiens des musées de Province (Orangerie des Tuileries, Musée des Arts décoratifs)
Georges Lambrichs, Allons ŕ Matta
De tout un peu :
Pierre Oster, Fomalhaut, par Romain Weingarten (Falaize) - Ręve et Folie et autres počmes, par Georg Trakl (G. L. M.) - Počmes choisis, d'Ilarie Voronca (Seghers)
Marcel Arland, Fugue ŕ Waterloo, par René de Obaldia (Julliard) - L'Espace d'un Matin, par Jean-Pierre Servin (Gallimard)
Jean Guérin, Deux Anglaises et le Continent, par H.-P. Roché (Gallimard) - Jeunes Proies, par Roger Peyrefitte (Flammarion) - La Liberté ou la Mort, par Nicolas Kazantzaki (Plon)
Emmanuel Berl, Télévision
Les revues, les journaux :
André Thérive - Jean Guérin, Julien Benda - Le souvenir de Vincent Muselli - Vieilles querelles
Anonymes, Divers - Quelques mots sur...
Le temps, comme il passe :
Henri Calet, Déclaration
Anonymes, Petit glossaire des mots retrouvés
Henri Thomas, Miroir du moyen Tourisme
Alexandre Vialatte, Les Drames de l'alimentation
Textes :
Roger Shattuck, Apollinaire et l'École Française
Guillaume Apollinaire, Le Salon d'Automne L'Exposition d'Ingres
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Heureuxdetémoignermavivesym-pathieàFrancisPonge,lepoètequi, évitanttoutesspéculationsaléatoires,ala sagessedepartirduplusbas(rienn'est plusbasquelaterre),gardantainsipour luilachancedes'élever. Quittantlesroutesetlessentiers,nous suivronssatrace.
GEORGESBRAQUE
LETTRE
AU
SUJET
DU
"PARTI
PRIS"
27janvierig43.
CherPonge, Avantdevousrépondre,j'aiprisletempsderelire attentivementLePartiprisdesChosesainsiquevos notesletdelireleBoisdePins.Jevousdistoutde suiteque jenel'aipasfaitsansémotionpuisque,vous avezraison,jerencontrechezvous,cristalliséesurun pointprécisetavecuneconstancequejenepeuxpas revendiquer,lapréoccupationquim'estessentielle.Mais vousluiavezdonnéuneexpressionquin'appartient qu'àvous. Jevoudraisvousenparlerunpeulonguementici, fautedepouvoirlefaireailleursetpubliquement. JepensequeleParti-prisestuneœuvreabsurde à l'étatpurjeveuxdirecellequinaît,conclusion autantqu'illustration,àl'extrémitéd'unephilosophie delanon-significationdumonde.Elledécritparcequ'elle échoue.Maiscequimeparaîtinappréciablechezvous, c'estque,surleplanquevousavezchoisi(ouquivous achoisi),celuidel'expression,c'estvotremaîtrise mêmequirendconvaincantvotreaveud'échec.Je veuxdirececilesromantiquesnemepersuadentpas etsurtoutilsnem'émeuventpaslorsqu'ilsme
t.SurLeMythedeSisyphe(F.P.).
LETTREAUSUJETDU«PARTIPRIS»
parlentdesentimentsoudesituationsineffables,indi-cibles,infinis.Cespréfixesprivatifssontseulement lessignesdeleurpauvretépersonnelle.Ilsm'affirment quetelsentimentestindicible,ilsnemelefontpassentir. C'estencelaqu'ilssontgénéralementdefoutusartistes, l'artisten'étantpasceluiquidit,maisceluiquifaitdire. Aucontraire,quandunécrivainfaitlapreuved'une admirablemaîtrisedel'expression,c'estalorsqueson aveud'échecdevientenseignant.Cen'estpasl'im-puissanceàparleroulebalbutiementquimecon-vaincrontdumutismeauquelnoussommescondamnés, cesontlesréussitesrelativesdulangagedontvous parlez.QuandonafinilePartipris,onajustement consentiaurelatif,maispardesmoyenssupérieurs. Celaestbiendansladialectiquedel'absurde.Comme Kafkafaitconsentiraufantastiqueavecdunaturel, Melville'ausymboleavecduquotidien,vousfaites accepterlemutismeparunescienceprestigieusedu langage.C'estcettemodestietragiquequej'admire danslePartipris.Ellefaitquevousrésumezen quatre-vingt-quatrepagesnonpasplusieursannéesde réflexions,cequineseraitrien,maisuneréflexionde plusieursannées.Ellefaitaussiquevousrésumez paradoxalemententableauxfragmentairescetesprit d'insistancedontvousparlezavecgrandeur.Vousavez tiréunbeaupartidecetteimageduflotetdelaparole qu'ilprofèreinlassablementsurlesgrèves.C'estjuste-mentcetteparole«parfoispartempsàpeineunpeu plusfortclamée»quisoutientvotreœuvreetlui donnesavraieperspective. Mais,ensomme,vousauriezpu,pourlesdécrire, choisirparexemplelecœurhumainoulespassions politiques,quisontchosesaussiréellesquelegranit. Votreoriginalité,aucontraire,estd'avoiréluplusparti-
i.Avez-vousluMobyDick,admirableromandel'échec?(A.C.).
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE culièrementl'objet,le«mondequisevoit».Carles sensautresquelavuen'ontqu'uneplacerestreinte dansvotretravaildedescription(vousvousenexpli-quezd'ailleurs,page39).J'entendsbienquevousne vousêtespasdétournédeshommes.Lestextessur HachetteetsurleRestaurantsontdesréussites, peut-êtrerelatives,maissûrementétonnantes.Maisce quipersonnellementmefrappeleplusdansvotrelivre, c'estlanaturesanshommes,lematériau,lachose commevousdites.C'estlapremièrefois,jecrois,qu'un livremefaitsentirquel'inaniméestunesourceincom-parabled'émotionspourlasensibilitéetl'intelligence (nouvellecoïncidencej'aiécritdespagesassez lyriquesmalheureusementsurlespierres.Elles devaientparaîtreàAlger).Enlisantvotrelivre,je puisdiredéjàsicesontleschoses,queleschoses sontpassionnantesMaisvousneseriezalorsqu'un poète(etvous vousyrefusez).Cequim'intéresseaussi bien,c'estquevousmedémontrezquel'illustration, l'imageriedernièredumondeabsurde,c'estl'objet. Lesensdumondeestcommel'eauellem'échappe, échappeàtoutedéfinition»),levégétalestl'esprit d'insistancequirépètesonéchecmalgrétousleurs effortspours'exprimer,ilsneparviennentjamais qu'àrépéterunmilliondefoislamêmeexpression, lamêmefeuille»),laservitudehumainealafigure ducristalunevolontédeformationetuneimpos-sibilitédeseformerautrementqued'unemanière»). Ainsil'homme,chezvous,chercheparlepartipris saparentéaveclemonde.Etenréalité,quoiquevous vousdirigiezverslerelativismehumain(ethuma-niste)dontvousparlezdansvosnotes,ilyadansvos textespoétiquesunmessagepluscatégoriqueetmoins conciliant.J'ydécouvrelessignesdecequi,aujourd'hui, mepréoccupeetmepressequ'unedesfinsdelaréflexion absurdeestl'indifférenceetlerenoncementtotal
LETTREAUSUJETDU«PARTIPRIS» celuidelapierre.Jepourraisenplaisanteretvous direqueSisyphedevientalorsrocherlui-mêmeetqu'il fauttrouverquelqu'und'autrepourlepousser,d'où têtedesdieux.Maisjeleprendsausérieux.Cars'il yadansvospagesunecurieusenostalgiedecequ'on appellestupidementlesformesinférieuresdelavie, c'estdanslamesuremêmeSchopenhauerattribue lapaixquitombedesarbresaucontrastequiexiste entrenotrevouloirvivretumultueuxetceluiplusralenti, plusendormi,quicirculedanslevégétal.Enfait,ilya dansvotrepensée,commedanstoutepenséeabsurde, lanostalgiedel'immobilité(vousenparlez,page68). Ilestsignificatifàcetégardquevotrelivresetermine parletextesurlegalet,j'ailu,avecungrandsenti-ment,cettephrasequi(avecsoncontexte)figureà monsensladernièretentationdel'espritabsurde «Dansundécorquiarenoncéàs'émouvoiretsonge seulementàtomberenruines,lavies'inquièteets'agite de nesavoirqueressusciter.»Oui,c'estunpoint d'aboutissementattirant,aumoinspourmoi.Mais jereconnais quec'estuneextrémitédelapenséeoù, sil'onestsincèreet«engagé»,onnes'aventurepassans lacrainteetletremblementdontparleKierkegaard. C'estpourtoutcela,moncherPonge,quejemesuis permis,audébutdecettelettre,deparlerd'émotion. J'aisouvententenduparlerouludeshommesquifai-saientétatdeleurpensée.Maisjen'aiquetrèsrarement eul'impressionque,poureux,cettepenséeétaitvivante jeveuxdirequ'ilsensouffraientetqu'ilsl'aimaient àlafois.Jevousdoiscetteimpressionaujourd'huiet jevousenremercietrèsamicalement.Celamemeten particuliertoutàfaitàl'aisepourrépondreàquelques-unesdevosobservationssurleMythe. Jeneposepas,eneffet,leproblèmequinousinté-ressesurleplandel'expression.Jel'aiposéseulement surleplanquim'estleplusintime,celuidesidéeset
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
despassions,ou,sivousvoulez,delaconnaissance(qui sefaitparl'idéeautantqueparlapassion).Maisnotez queleproblèmedel'expressionn'estsivitalpourvous queparcequevousl'identifiezàceluidelaconnais-sance(page22duBoisdePins«Maismondessein estautrec'estlaconnaissanceduBoisdePins»). Pourvous,dansunecertainemesure,trouverlemot juste,c'estpénétrerunpeuplusaucœurdeschoses. Etsivotrerechercheestabsurde,c'estdanslamesure vousnepouveztrouverquedesmotsjustesetnon lemotjustecommelarechercheabsurdeparvient àsesaisirdevéritésetjamaisdelavérité.Ilyaainsi, danstoutêtrequis'exprime,lanostalgiedel'unité profondedel'univers,lanostalgiedelaparolequirésu-meraittout(quelquechosecomme«Aum»,syllabe la sacréedesHindous),duverbeenfinquiillumine.Je croisainsiqu'enréalitéleproblèmedulangageest d'abordunproblèmemétaphysique,etquec'estcomme telqu'ilestvouéàl'échec.Ilexigeluiaussiunchoix total,un«toutourien».Vousavezchoisilevertigedu relatif,selonlalogiqueabsurde.Maislanostalgiedu maîtremot,delaparoleabsolue,transparaîtdanstout cequevousfaites.Cecin'estpasdutoutpourvous mettredanslemêmevilainsacquemoi,carvousme semblezenmêmetempsheureusementtrèsdifférent. Voustouchezjustedansvosobservationsilestvrai quejerestel'homme«énervé»etque jenepuisme laverdusoucimétaphysique.Jemegarderai d'allerlà-contre,puisquejeneprétendspasàpensernouvelle-ment,maisàpenserhonnêtement.C'estpourcela quej'aimultipliélesprécautionspour montrerlecarac-tèreprovisoiredelapositiondéfiniedansleMythe. C'estquejememéfiedemoi-mêmeetjeveuxme ménagerlapossibilitéd'êtretoutàfaitpersonnel, c'est-à-diredepenserenmargedecenihilismemoderne dontleMytheesttrèsexactementunessaidedéfini-
LETTREAUSUJETDU«PARTIPRIS» tionpassionnée.Quoiqu'iln'yparaissepas,cetteétude aunaspecthistoriqueet,pourbienlajuger,ilfaut aussiseplacersurceplan.Jel'aiditdansmaprière d'insérer«ils'agitdesavoirsil'onpeutdéfinirunbon nihilisme».Ilmesemblequevousdumoinsavez démontréqu'onlepouvait.Sij'enjugeparvosnotes, ladéfinitionseraitcelle-ci«Lebonnihilismeest celuiquiconduitaurelatifetàl'humain.»C'estquejevousrejoins,malgrémongoûtdel'ontologie, car,surlepointprécisdenotredestinhistorique,j'ai assezlegoûtdel'hommeetdesonbonheurpourévi-tertouteslescontradictions.Enmatièrepolitiquedu moins,lanotiondurelatifnem'estpasétrangère, croyez-le.Jeregretted'avoirlaisséenAlgérieleseul écritpolitiquequej'aiecommisetqui(coïncidence supplémentaire)faisaitétatdecequej'appelais«la révolutionpessimiste» ou«larévolutionsansméta-physique».Vousauriezétésurprisdevoirquej'ai rencontré,vousignorant,exactementlesmêmesfor-mulesquevous.Cettecommunautédevuesmeparaît unsigne.Sijen'avaispasunepeurbleuedesmagni-fiquesgénéralisationsàlaNietzsche,jevousdirais «Lesentimentdel'absurde,c'estlemondequiesten traindemourir.Lavolontédel'absurde,c'estlemonde nouveau.»Mettonsquecetteformulecontiennetrente pour centdevérité,etceseraitassezpourexalterbeau-coupd'esprits.Maisaurons-nouslaforcequ'ilfaut? Cecimeramène,avantdeterminercetteinterminable lettre,àcedontjevousaidéjàparlé.Jecroisque,dans laméditationletempsnousplonge,laseulechose quenouspuissionsfaire,c'estdeprendreconscience. Nousavonspourcelabesoinlesunsdesautres.Acet égard,jecroisquevotreexpérience,cettechasseinsis-tantedel'expression,quiaboutitàunhumanisme intolérant(aubonsens)etàunrelativismepassionné, estirremplaçable,etquevousdevriezluidonnerune
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
forme.Jen'invoqueraipaslebénéficequ'enretirerait votreœuvre.Voussavez aussibienquemoiqu'elleest destinéeàuncertainnombredemalentendus,etjesup-pose,sanslesavoir,quevousavezentendujusqu'à satiétéet(j'espère)jusqu'àl'indifférencedesaccusations depréciositéoudevirtuosité.C'estquelelecteur litviteettoujoursd'unœil(jelesaisbienilafalluque jeréapprenneàlireàvingt-cinqans).Etjevous reconnaisledroitdeluirefuserdesexplications.Mais vousnepouvezpasignorerquevotreméditationsurle problèmedel'expressionrépondauxquestionsquese posentbeaucoupd'espritscontemporains.Etjene peuxpasvouscacher,aprèsavoirluLeBoisdePins 1 (quinefigurepourtantquelestravauxpratiquesde lathéorieàédifier),quejesuisencoreplusferme dansmacuriosité.Dites-moicequevousenpensez. Pourmapart,jerêved'unePhilosophieduMinéral, oudeProlégomènesàunemétaphysiquedel'Arbre, ouàunEssaisurlesattributsdelaChose.Plaisanterie àpart,jepensequelquefoisàuneimmenserévision desvaleurs,totaleetclairvoyanteetjesaisbienque jen'aurainiletalent,nilaforcedemenercelaàbien. Maisceladumoinspeutêtre l'œuvredeplusieurs espritsetc'estunetâchequidoitvousséduire.Vous pouvezévidemmentalléguerqueSisypheestpares-seux.Maisquoicesontlesparesseuxquiremuentle monde.Lesautresn'ontpasletemps. Jevousserrelesmains.
ALBERTCAMUS
i.Dommagequelescirconstancessoientcequ'ellessontjevous l'auraisdemandépourunecollectionquejedirigeàAlger(A.C.).