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Illusions sur mesure

De
144 pages
"Je n'ai pas inventé ces 'Illusions sur mesure', que proposait l'enseigne d'un tailleur à Montréal.
Mais il m'a semblé que l'expression pouvait désigner le musée de l'ombre qui se cache à Prague, aussi bien que les jardins de Kyôto, sans parler des sirènes, de la clé des songes ou de la postérité. Il m'a semblé que ce titre, trouvé dans la rue, pouvait s'appliquer à nos livres, à nos voyages, à nos peurs et à nos espérances. À toutes ces représentations qui nous accompagnent partout, à toutes ces imaginations, les unes fastes et les autres funestes, grâce auxquelles nous rêvons notre vie, en inventant notre rapport au monde.
Ai-je dit que le monde lui-même était une illusion ? Je ne crois pas, sinon j'en aurais trop dit."Gérard Macé.
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couverture
 
GÉRARD MACÉ
 

ILLUSIONS
SUR MESURE

 
image
GALLIMARD

Le musée de l’ombre

Pour Aleš Pohorsky

Il revenait à la ville de Kafka d’inventer le musée de l’ombre, ou du moins de l’abriter. Avec son château démesuré, ses ruelles sombres et son baroque éclatant, avec sa passion pour la lanterne magique, aucune autre ville au monde ne semblait ainsi désignée, élue devrait-on dire, pour donner refuge à la plus aléatoire, la plus fugitive, la plus insaisissable des matières. Et la moins facile à conserver, contrairement à tous les objets hétéroclites qui encombrent des musées de toutes sortes, du meuble au jouet en passant par les vieilles charrues, toute une brocante dont fait désormais partie l’art moderne, quand il n’est plus qu’un perpétuel dernier cri.

Musée de l’ambre ou musée de Londres ? J’ai craint d’avoir mal compris, la première fois que j’ai entendu parler de ce lieu improbable ; c’était à Vilnius, et l’on se demande ce que serait venu faire un musée de Londres au cœur de la Lituanie, mais un musée de l’ambre avait quelque chance d’exister, car cette résine roulée par d’anciens icebergs et par les vagues toujours nouvelles, fossilisée au cours d’innombrables millénaires, se trouve en abondance sur les rivages de la Baltique : on en fait des bagues et des colliers couleur de miel (ou de papier tue-mouches) dans lesquels on trouve parfois des insectes pris au piège.

Il s’agissait donc bien d’un musée de l’ombre, et l’étonnement laissant la place à l’imagination, j’ai aussitôt peuplé Malá Strana de formes mouvantes et légères, plus impalpables encore que celles qui sont l’œuvre du grand jour ; mais les ombres elles-mêmes ne sauraient vivre à l’état de fantasmagories : à défaut d’incarnation elles ont besoin de réalité, c’est pourquoi j’ai décidé de revoir Prague, et de visiter ce musée d’un nouveau genre.

C’était en hiver, et le musée n’ouvre que d’avril à septembre : il était même en travaux, car on profitait de la fermeture pour aménager la salle qui sert aujourd’hui d’amphithéâtre et de salle de projection. J’ai donc arpenté les rues pendant quelques jours, dans la grisaille et le froid, mais j’ai eu la chance qu’il neige : la chance, parce qu’on a l’impression que la ville apparaît et disparaît, et qu’on est à la lisière d’un autre monde. Car la neige est l’envers de l’ombre, ou plutôt une ombre blanche qui se dépose en d’autres endroits que l’ombre noire : dans les creux des bassins, sur les surfaces où personne ne marche, dans les plis des vêtements, sur les statues noircies par l’air, sur tous les rebords où elle peut se poser sans fondre aussitôt. Pendant ces promenades où j’évitais le château (pour lui garder le caractère inaccessible qu’il a chez Kafka, mais aussi parce qu’il est trop vaste et trop officiel, avec ses nombreuses cours et ses portes successives, où les gardiens de la loi ne sont plus que des soldats en habits du dimanche), je suis passé et repassé devant le musée de l’ombre, en levant les yeux vers la façade, qui était loin d’être muette.

Car la maison qui abrite le musée a elle-même une histoire : son bâtisseur fut une sorte de Job (mais sans intervention divine ni tas de fumier), puisqu’il connut la réussite et la ruine avant de refaire fortune. Ce bourgeois de Prague s’appelait Rotlev, il exploitait des mines d’argent à Kutna Hora, en un temps où ces mines à ciel ouvert étaient de la première importance pour le royaume de Bohême. Après une période faste, les ressources de la colline s’épuisèrent, et le spectre de la faillite menaça Rotlev : il mit alors en gage un voile brodé d’or qui appartenait à sa femme, et paya une dernière fois ses ouvriers. Son geste fut évidemment récompensé : les ouvriers découvrirent un nouveau filon, la chance revenue Rotlev reprit le voile de sa femme au prêteur sur gages, et construisit dans Havelska cette maison U ZAVOJE (« Le Voile ») sur laquelle il fit inscrire en relief, juste sous les toits, deux lignes qui résument ce conte moral.

 

Il ne me restait plus qu’à revenir au printemps ou en été, saisons plus propices aux ombres et aux touristes. La maison était la même, à ceci près que l’actuel propriétaire (ou le conservateur, que sa passion pour les danses macabres désignait sans doute à ce poste) avait installé sur la façade un cadran solaire qui servait d’enseigne au lieu, d’emblème pour le papier à lettres et les publications, de décor pour une vaisselle vendue dans la boutique. « Nihil sine sol », rien sans le soleil, la devise inscrite sur le cadran résume d’ailleurs l’esprit du musée : on dit même que le conservateur avait envisagé, avant de renoncer devant la complication, de n’ouvrir qu’aux heures où le style donne une ombre.

C’est dans l’escalier qui mène au premier étage (éclairé par une fenêtre à l’ancienne, une croisée dont la découpe se reflète sur les marches, et suggère avec sa géométrie variable un cadran aux arêtes vives, sans qu’on puisse vraiment parler d’ombre, ou alors d’une ombre claire, pour une forme plus pâle que son support), c’est là qu’une première surprise est réservée aux visiteurs : un personnage emperruqué comme un maître de cérémonie les retient un instant, pour dessiner leur profil à la craie ou au fusain, en suivant le contour de leur ombre projetée sur le mur, grâce à l’éclairage oblique. Ainsi la foule des visiteurs (ou le petit nombre, selon les jours) a plus d’existence que dans les autres musées, d’autant que chaque soir le mur est photographié par le veilleur de nuit : il efface après cela les profils d’inconnus qui se superposent ou se regardent en vis-à-vis, mais leur trace est gardée chaque jour dans le livre d’or, qui devient une œuvre à part entière, et que l’on peut d’ailleurs demander à voir.

Sur le palier, la première salle est dédiée à Platon et à l’inévitable caverne, mais la trouvaille est qu’à la place des ombres, qui ne pourraient illustrer qu’avec lourdeur la célèbre allégorie, on n’aperçoit que des livres : toutes les traductions de ce qui est devenu un mythe, toutes les traductions dans toutes les langues possibles, et cette Babel de papier qui évoque une grotte au lieu d’une tour est l’illustration d’une pensée banale mais profonde : toute traduction n’est jamais que l’ombre de l’original, auquel elle veut rester fidèle et qu’elle déforme pourtant. On est d’ailleurs invité à le vérifier, en lisant la version grecque sur un mur demeuré libre, et cette traduction française qui se trouve dans le Larousse du XIXe siècle, que j’ai ouvert sur place : « Imagine-toi, Glaucon, un antre souterrain, très ouvert dans toute sa profondeur du côté de la lumière du jour, et dans cet antre des hommes retenus, depuis leur enfance, par des chaînes qui leur assujettissent tellement les jambes et le cou, qu’ils ne peuvent ni changer de place, ni tourner la tête, et ne voient que ce qu’ils ont en face. La lumière leur vient d’un feu allumé à une certaine distance, en haut et derrière eux. Entre ce feu et les captifs s’élève un chemin, le long duquel tu imagineras un petit mur semblable à ces cloisons que les charlatans mettent entre eux et les spectateurs, et au-dessus desquelles apparaissent les merveilles qu’ils montrent. Suppose encore qu’il passe le long du mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui paraissent au-dessus de ce mur : des figures d’hommes et d’animaux, en bois ou en pierre, et de mille formes différentes. Les uns se parlent entre eux, les autres ne disent rien. Voilà un étrange tableau et d’étranges prisonniers, diras-tu ; eh bien ! Voilà pourtant ce que nous sommes. Étant obligés de rester toute leur vie la tête immobile, ces hommes ne verront autre chose d’eux-mêmes et de leurs compagnons que les ombres qui iront se retracer par la lueur du feu sur le côté de la caverne exposé à leurs regards ; ils ne verront aussi que l’ombre des objets qui passent derrière eux. S’ils pouvaient parler ensemble, ils désigneraient certainement comme des objets réels les ombres qu’ils voient s’agiter sur le mur ; et si la prison avait un écho, toutes les fois qu’un passant viendrait à parler, ils croiraient entendre parler l’ombre marchant devant eux. Enfin, ces captifs n’attribueront de réalité qu’aux ombres seules… » On connaît la suite : l’éblouissement du captif au soleil de la vérité, puis son douloureux retour dans le monde des ombres, qu’il ne distingue même plus, et les commentaires de Platon sur l’âme qui s’élève dans la région du Bien, inaccessible pour nous.

Pour compléter le tableau, si l’on peut dire, ce premier étage du musée comporte un cabinet de travail où l’on a réuni sous la lampe quelques ouvrages sur le sujet, à commencer par l’Éloge de l’ombre de Tanizaki, cet essai qui semble écrit au fil du pinceau, et qui déplore, sans nier l’apport des Lumières ni les vertus de l’électricité, la destruction un peu partout de ces recoins obscurs, de ces refuges où l’on pouvait se livrer aux nécessités intimes autant qu’à la méditation ; puis la Brève histoire de l’ombre de Victor Stoichita, L’étrange histoire de Peter Schlemihl de Chamisso, qui inaugure une nouvelle ère dans une histoire qui en réalité est loin d’être brève, la partition et le livret de La femme sans ombre, des ouvrages sur les démons de midi et le théâtre chinois, ainsi que sur la lanterne magique, un répertoire des pièces de Séraphin, Ombres et lumières de Michael Baxandall et bien sûr les Ombres portées de Gombrich, puisque cette conférence est une commande, pour l’inauguration du musée en 1993, même si elle fut publiée par la National Gallery de Londres un peu plus tard, pour accompagner une exposition qui n’était pas dans les moyens des Tchèques. Si Gombrich s’était contenté de trouver des exemples dans la peinture, il aurait pu appeler sa conférence Une ombre au tableau, mais à côté de Pontormo, Holbein, Turner, le Caravage et Chirico il convoque aussi des dessinateurs et des photographes, ce qui lui permet de reproduire un Autoportrait au soleil couchant : son ombre allongée sur le pavé d’une rue, peut-être londonienne, soulève une canne et un appareil photo qu’on ne fait que deviner, mais qui lui permet cette mise en abyme et ce clin d’œil.

Sur le palier du deuxième étage, ce sont les enfants qui sont à la fête, des enfants qui ne se souviennent déjà plus de l’époque pourtant si proche où ils ont appris à reconnaître leur ombre, en même temps que leur image dans le miroir, mais qui cherchent encore à marcher dessus comme s’ils voulaient éprouver la solidité de leur corps. Désormais on leur apprend, les mains l’une sur l’autre et les doigts repliés, à projeter sur un mur l’ombre du loup, de l’âne, du canard ou du diable : artistes en herbe, qu’on entraîne à la suite des adultes dans la salle dédiée à Pline, et à l’invention de la peinture en même temps. Dans son Histoire naturelle, il raconte en effet l’invention d’une jeune fille de Corinthe (mais c’est une légende qui vient d’Égypte) amoureuse d’un homme qui devait partir au loin, et dont elle voulait garder l’image : elle traça le contour de son ombre sur un mur, une ombre qui fut colorée par d’autres, et que son père potier remplit d’argile, si bien que l’origine de la peinture se confond avec celle de la sculpture, mais c’est toujours une histoire d’amour et de simulacres, d’absence et d’idolâtrie. Dans le musée de Prague, la salle dédiée à Pline est confiée chaque année à un artiste contemporain, et j’y ai vu l’intervention de Markus Raetz, qui depuis trente ans, avec les matériaux les plus divers (mais surtout avec un esprit d’enfance qui n’exclut pas la complexité), piège le spectateur en jouant avec les illusions engendrées par l’image. Un dispositif de brindilles et de fils de fer, apparemment tordus de façon hasardeuse, devenait autant de profils humains dans un miroir, et un assemblage mobile de formes en aluminium, dont la découpe ménageait un vide ne ressemblant à rien, révélait un visage, mais là encore dans le miroir. L’exposition était complétée par des dessins à la mine de plomb, précis et toujours surprenants, qui semblaient exiger du spectateur un don de double vue.

Le troisième étage est consacré à l’astronomie, ou du moins au système solaire, avec des moyens à peine plus compliqués que ceux des plus vieilles leçons, quand une orange et une chandelle suffisaient à expliquer comment vient la nuit : à cette époque, on croyait encore pouvoir attraper un cheveu de la comète. À l’entrée de ce qui sert de planétarium, un bonimenteur reprend parfois la méthode, pour mettre un peu d’animation. Mais les planètes s’en chargent, en tournant plus vite que dans la réalité, car le dispositif en place reproduit le cours d’une journée en un quart d’heure. Le plus spectaculaire est évidemment le jeu des ombres sur les plaies et les bosses d’une Terre en relief, et l’éclipse totale une fois par jour, mais jamais à la même heure.

À cette mécanique céleste, je préfère le théâtre d’ombres de l’étage au-dessus, où l’on devine que les marionnettes de Java sont des invitées régulières, et les ombres chinoises des pensionnaires attitrées. Mais on n’a pas oublié non plus le théâtre de Séraphin, qui eut tant de succès au Palais-Royal, à la fin du XVIIIe siècle, et dont on a conservé une grande partie du répertoire : des pièces entières bien que brèves, comme Le pont cassé, Arlequin corsaire, L’entrepreneur de spectacles, La perruque de Cassandre ou La caverne de la Forêt-Noire, ainsi que des intermèdes, des métamorphoses et des titres qui font rêver, tel cet Orphée aux enfers dont on ne sait rien mais qu’on croit avoir vu : « Il y a assez de détails pour qu’on comprenne. Préciser serait gâter la poésie de la chose », suivons donc ce conseil d’Antonin Artaud à propos de ce même théâtre.

 

À propos du musée de l’ombre non plus, il ne faut pas tout dire, mais il faut tout de même ajouter que dans ce lieu voué au silence, où les visiteurs sont confrontés à leurs inquiétudes autant qu’à la magie du monde, et à une image d’eux-mêmes que ni les lois de l’optique ni la philosophie n’arrivent à préciser tout à fait (de ce point de vue, la photographie elle-même ne tient pas toujours ses promesses, malgré son apparent réalisme), il est arrivé qu’on assiste à des débats enflammés, au cours du colloque annuel qui se tient dans l’amphithéâtre. Sur la vraie nature des ombres, qui a remplacé le débat sur le sexe des anges ; sur les rapports entre l’ombre et l’âme (depuis Borges, on sait que la théologie est une catégorie du fantastique), sur la différence entre l’ombre et le reflet, après une projection mémorable de L’étudiant de Prague, le film adapté de Chamisso dès 1913 (mais dans ce chef-d’œuvre du muet, c’est son image qu’a perdue le malheureux étudiant, saisi d’effroi devant les miroirs vides).

Comme on pouvait s’en douter, Chamisso fut à l’honneur dès la première année : son histoire d’un homme qui a perdu son ombre (dont on s’étonne qu’elle n’ait pas été inventée plus tôt, mais il faut croire que chaque chose vient à son heure) pourrait être murmurée à l’oreille de chacun dans le musée, et le personnage de Peter Schlemihl pourrait être l’ange gardien du lieu, aussi ambigu que l’ange du bizarre, aussi malheureux qu’un ange déchu. Les interprétations auxquelles on pouvait s’attendre (dans lesquelles la mort de Dieu et la castration se taillaient, si j’ose dire, la part du lion) n’ont évidemment pas manqué ; plus précis, et même plus vérifiables, furent les commentaires autour de la ressemblance avec l’histoire de Faust (car c’est au diable en personne que Peter Schlemihl a vendu son ombre) et le personnage du Juif errant (puisque Peter refuse de vendre son âme pour récupérer son ombre, et troque une bourse pleine d’or contre des bottes de sept lieues, qui vont faire de lui un éternel nomade) ; plus convaincants encore, les rapprochements entre le personnage et son auteur, ce Chamisso né en France dans une famille contrainte d’émigrer sous la Révolution, partagé entre deux patries, deux langues et plusieurs vocations, et qui finira comme Peter par voyager au loin pour devenir botaniste, peut-être à la recherche de la mandragore ou de la fleur bleue des romantiques. Le personnage comme ombre portée de l’auteur, et qui va jusqu’à se projeter dans l’avenir, est un thème qui a inspiré depuis de nombreuses variations.

La femme sans ombre a fait l’objet d’une rencontre, mais les actes n’ont pas été publiés : sans musique ils seraient d’ailleurs fastidieux, d’autant que pour l’essentiel ils comparaient des enregistrements, dont celui de Léonie Rysanek à Prague dans les années cinquante. Je regrette malgré tout de ne pouvoir lire une communication au titre engageant, sur les rapports entre l’ombre et l’écho dans l’opéra. Mais de Chamisso à Hofmannsthal, cette absence d’ombre aurait fini par gâcher le plaisir, on attend donc avec impatience le colloque de l’an prochain sur « Le royaume des ombres ». On redonnera Orphée aux enfers à cette occasion, puis on évoquera encore une fois le vaisseau noir d’Ulysse quittant Circé la magicienne, pour aborder au monde des morts. On imaginera les libations au bord du fleuve Océan, le sacrifice des bêtes auquel on cherchera un sens, on entendra les clameurs des défunts qui viendront boire leur sang, et l’on ne pourra plus se leurrer sur la vraie nature des ombres, que connaissaient déjà les Anciens. Tel Ulysse dialoguant avec Tirésias, puis avec Œdipe et Phèdre, comme s’il avait lu par avance tout le répertoire tragique, on saura de nouveau que le pays sans soleil dont parle Homère n’est pas seulement un théâtre, ou que derrière les feux de la rampe ce sont toujours les morts qui nous adressent la parole, pour nous dire notre avenir autant que leur passé.

 

La silhouette des passants imprimée sur un mur, l’ombre insolée des objets firent parmi les effets les plus saisissants de la bombe atomique, à Nagasaki. Si j’avais quelque influence sur l’avenir du musée de l’ombre, j’aimerais qu’on y montre ces images muettes, qui en disent tellement long sur la réalité du XXe siècle.

DU MÊME AUTEUR

Aux Éditions Gallimard

LE JARDIN DES LANGUES. Préface d’André Pieyre de Mandiargues.

LES BALCONS DE BABEL.

EX LIBRIS. Nerval — Corbière — Rimbaud — Mallarmé — Segalen.

BOIS DORMANT.

BOIS DORMANT et autres poèmes en prose. Postface de Jean Roudaut (« Poésie/Gallimard »).

LES TROIS COFFRETS.

LE MANTEAU DE FORTUNY.

LE DERNIER DES ÉGYPTIENS (« Folio », no 2933).

VIES ANTÉRIEURES.

LA MÉMOIRE AIME CHASSER DANS LE NOIR.

L’AUTRE HÉMISPHÈRE DU TEMPS.

COLPORTAGE I. Lectures (« Le Cabinet des lettrés »).

COLPORTAGE II. Traductions (« Le Cabinet des lettrés »).

COLPORTAGE III. Images (« Le Cabinet des lettrés »).

L’ART SANS PAROLES (« Le Cabinet des lettrés »).

UN DÉTOUR PAR L’ORIENT (« Le Cabinet des lettrés »).

LE GOÛT DE L’HOMME (« Le Cabinet des lettrés »).

Aux Éditions Marval

ROME, L’INVENTION DU BAROQUE. Photographies d’Isabel Muñoz.

UN MONDE QUI RESSEMBLE AU MONDE : LES JARDINS DE KYÔTO. Photographies de l’auteur.

Aux Éditions Le Temps qu’il fait

LE SINGE ET LE MIROIR. Dessins de Sam Szafran.

LA PHOTOGRAPHIE SANS APPAREIL.

MIRAGES ET SOLITUDES.

GÉRARD MACÉ

Illusions sur mesure

Je n’ai pas inventé ces « Illusions sur mesure », que proposait l’enseigne d’un tailleur à Montréal.

Mais il m’a semblé que l’expression pouvait désigner le musée de l’ombre qui se cache à Prague, aussi bien que les jardins de Kyôto, sans parler des sirènes, de la clé des songes ou de la postérité. Il m’a semblé que ce titre, trouvé dans la rue, pouvait s’appliquer à nos livres, à nos voyages, à nos peurs et à nos espérances. À toutes ces représentations qui nous accompagnent partout, à toutes ces imaginations, les unes fastes et les autres funestes, grâce auxquelles nous rêvons notre vie, en inventant notre rapport au monde.

Ai-je dit que le monde lui-même était une illusion ? Je ne crois pas, sinon j’en aurais trop dit.

G. M.

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Cette édition électronique du livre
Illusions sur mesure de Gérard Macé
a été réalisée le 27 juin 2016 par les Éditions Gallimard.

Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage
(ISBN : 9782070771875 - Numéro d’édition : 130207).

Code Sodis : N28838 - ISBN : 9782072284090.

Numéro d’édition : 199655.

 

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