Je croyais que l'école ne voulait pas de moi 

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Largement inspiré de la réalité, ce livre retrace le quotidien d’un lieu hors du commun : le seul lycée public en France offrant aux adultes la possibilité de reprendre leurs études, de la seconde à la terminale, jusqu’au baccalauréat. Les cours ont lieu le soir, sur du temps pris à la vie de famille, au repos des fins de journée de travail, aux loisirs, aux amis. Du lundi au vendredi, de 18 à 22 heures, presque en catimini, à l’abri des regards, des jugements. À la façon d’un reportage, le livre saisit des moments de vie et des temps forts d’une scolarité d’adultes imprégnée de l’atmosphère feutrée et intime propre aux cours du soir. Ce lycée se découvre à travers des personnages clés. Des auditeurs, comme Loïc le ripeur, Sylvie la battante, Selma la brunette, Farid le sportif, Bouaké de Côte d’Ivoire ou Mathieu le gamer. Ou des membres de l’équipe, comme Gérard, le gardien, ou Lucyna et Alexandre, les assistants. Le récit mêle de nombreuses voix, montre comment les relations se tissent entre des personnes d’âges, d’origine et de milieu différents, et prouve la force de l’énergie collective.
Publié le : vendredi 20 mai 2016
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EAN13 : 9791026205494
Nombre de pages : non-communiqué
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Françoise Noël-Jothy Je croyais que l'école ne voulait pas de moi
© Françoise Noël-Jothy, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0549-4
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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À Alexandre et à toute mon équipe.
J’ai vu le soleil devenir reine et la lune devenir roi.
Samuel, 7 ans
Préface Voici un vrai roman d’aventure, le récit d’une extraordinaire course d’endurance. Cet étonnant voyage ne se déroule pas au bout du monde mais dans le secret d’un bâtiment vieillot du quatorzième arrondissement à Paris. Les héros anonymes de cette expédition ont vingt-quatre, quarante ou soixante-dix. Ils sont chauffeur de bus, aide-soignante, gardien d’immeuble, électricien, mère de famille ou comédienne. Souvent, la vie ne leur a pas fait de cadeau. Généralement, ils ont détesté l’école qui les a largués en cours de route. Mais ils avaient envie d’avancer. Ou bien ils étaient, malgré tout, taraudés par la soif d’apprendre. Certains caressaient un vieux désir de revanche face à une société souvent méprisante avec les sans-diplômes. Un jour, ils ont poussé la porte du Lycée d’Adultes Philippe Leclerc de Hauteclocque. Et voilà comment deux cent soixante personnes embarquent chaque année pour cette folle équipée : mener leur vie professionnelle tout en préparant en cours du soir un bac S, ES4, ou L. Ils sacrifient pour cela loisirs, soirées, vie sociale, weekends. Le parcours est long – souvent plusieurs années – difficile, douloureux, truffé d’obstacles, mais aussi exaltant, disent-ils. Dépassement de soi, excitation intellectuelle, bonheur de la découverte, nouveau regard sur le monde : l’effort se révèle fructueux. Et la réussite attend souvent, au bout du chemin, ceux qui tiennent bon ; avec la perspective d’une nouvelle vie.
C’est ce que raconte Françoise Noël-Jothy, la directrice de cet établissement hors norme, avec un enthousiasme qui, on le devine, dope les élèves appelés ici « auditeurs». Quant aux professeurs, très engagés, tous volontaires, ils profitent du statut autonome de ce lycée de la Ville de Paris pour réinventer les méthodes de l’école. Ici, inlassablement, le maître soutient, entraîne, redonne confiance, efface les humiliations passées.
Les experts en éducation devraient s’empresser d’aller observer ce laboratoire pédagogique, unique en France. L’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Suisse, ont multiplié les Lycées d’Adultes. Alors pourquoi pas les élus français dans leur région ? Le modèle, affirme Françoise Noël-Jothy, est reproductible. Elle nous livre ici le mode d’emploi.
Jacqueline de Linares
Avertissement
Le Lycée d’Adultes de la Ville de Paris propose de nombreux cours en journée et un lycée en cours du soir.
Mon récit dépeint uniquement la vie du lycée. Les portraits des auditeurs et des membres de l’équipe se découvrent au fil d’une seule année rythmée par les saisons depuis les inscriptions au printemps jusqu’à la fête du baccalauréat douze mois plus tard.
Par souci de discrétion,j'ai pris soin de respecter la vie privée des personnes qui ont croisé mon chemin tout au long de ces années. Par conséquent, j'ai contacté tous les protagonistes dont je me suis inspirée pour leur demander s'ils souhaitaient être cités dans le livre. Par souci d'anonymat, j'ai modifié les identités des personnes dont je n'ai pas réussi à obtenir de réponse.
L’objectif de ce livre est double : encourager ceux qui le souhaitent à reprendre des études et convaincre toutes les bonnes volontés de l'utilité de ce genre de structure.
1. Ouverture Laserpillière au bout du balai, la gardienne réprime un soupir en me voyant entrer. L'établissement ne me parait guère plus accueillant. Le carrelage jaunâtre du sol jure avec la couleur des murs, les fauteuils en Skaï rouge brique tournent le dos aux visiteurs, d’énormes photocopieurs encombrent le hall. La cour, où je me suis retirée discrètement, est minérale et grise. En attendant de rencontrer la responsable des cours d’adultes de la Ville de Paris, dont je ne connais alors que le nom et la voix, je sens pourtant le soleil briller comme une promesse. Pressentie pour diriger ce centre de formation pour adultes, je commence à rêver d'une vie nouvelle. Depuis plusieurs mois, mon avenir me paraît mal assuré : 41 ans, séparée, trois enfants à charge, licenciée économique d'un poste auquel je tenais. Un seul atout, une formation de bon niveau car j'ai repris mes études deux ans auparavant. Début juillet, après la remise des diplômes, j'ai pris la poudre d’escampette avec mes trois petits loups, mon frère et sa fille, direction le sud. Face à la mer, je veux me convaincre que mon horizon est ouvert, voire grand ouvert, selon le jour et son lot d’optimisme.
Le lendemain de notre arrivée, je suis réveillée par un appel fort matinal. Une consultante du ministère de l’Éducation nationale, rencontrée récemment pour un éventuel recrutement, m’informe que la Ville de Paris recherche un double profil, en pédagogie et organisation, pour prendre en charge un établissement un peu particulier. Elle me conseille de contacter au plus vite la responsable des cours pour adultes de la Ville de Paris qui porte le même nom que mon grand-père. Dans mon for intérieur, je me dis que c’est bon signe. Après un long coup de fil, les rendez-vous sont fixés ; je regagne Paris le jour même. * La responsable des cours pour adultes me rejoint dans la cour, elle me salue et entreprend de m'expliquer ce qu'elle attend de moi, tout en me faisant visiter les lieux. Nos premiers échanges sont cordiaux, déjà empreints de confiance.
Elle m’explique qu’il s’agit du seul équipement municipal entièrement dédié aux cours municipaux d’adultes, proposant des cours en journée et un lycée en soirée. Elle décrit la précédente organisation : une gestion dédoublée, une méconnaissance entre les équipes de jour et du soir, des situations de conflits et de blocages. Parmi les objectifs qui me seraient assignés : opérer une réorganisation, mettre en place une gestion globale du site, créer une nouvelle dynamique entre les équipes de professeurs et les services administratifs, proposer un projet pédagogique adapté aux différents publics.
Deux jours plus tard, après plusieurs entretiens avec des responsables de l’administration parisienne, je suis de retour côté sud. Au petit matin, le téléphone retentit de nouveau dans la maisonnée endormie ; la décision est arrêtée, le poste est pour moi. Je suis nommée à la tête de cet établissement unique, improbable, dont j'ignore à peu près tout. Je deviens alors proviseure du seul lycée pour adultes de l’hexagone.
La peur d’être propulsée dans un nouveau contexte professionnel n’est rien comparée à l’excitation qui me gagne. Organiser la formation d'un millier d'adultes qui souhaitent eux-mêmes recommencer à apprendre ? Je suis enthousiasmée à l’idée de cette nouvelle mission. Mes enfants voient soudain une nouvelle lueur scintiller dans mes yeux. Je ne sais pas encore pourquoi, mais je pressens que cette expérience sera extraordinaire et pleine d’inattendus. * Au début du mois de septembre 2007, je prends les commandes du navire, un deux mâts en quelque sorte, puisque j’ai une double responsabilité : responsable des cours de jour et proviseure du lycée du soir. À mes côtés, un adjoint, deux secrétaires, deux assistants, trois agents d'entretien, une gardienne de jour, un gardien du soir et quatre-vingts professeurs dont trente-cinq pour le lycée du soir. L’équipe, c’est l’épine dorsale d’un tel établissement. Tous concourent à la réussite de l’ensemble. Chaque professeur, chaque assistant, chaque agent participe à l’effort collectif ; le fonctionnement repose sur cette bonne synergie.
Ensemble, nous devons organiser des journées d’une grande amplitude. De huit heures à dix-sept heures trente, une vingtaine de cours : alphabétisation, français langue étrangère, informatique, anglais par séance de deux ou trois heures, pour huit cents inscrits. Le soir, un lycée pour adultes : de dix-huit à vingt-deux heures, les auditeurs du soir se répartissent dans neuf classes, de la seconde à la terminale.
Auditeurs, tel est le terme utilisé dans les cours de la Ville de Paris pour désigner les adultes en formation. Ce ne sont plus vraiment des élèves car ils ont au minimum dix-huit ans, et pas encore des étudiants puisqu’il ne s’agit pas d’enseignement supérieur. Auditeurs donc, mais pas tout-à-fait libres. Ils s'engagent à assister aux cours de manière régulière, l’assiduité étant le premier gage de réussite.
Dans ce lycée, les auditeurs viennent tous les soirs de la semaine, parfois le samedi matin, et passent ici deux ou trois ans à plancher des heures durant. Cela étonne, n’est-ce pas ? Pourquoi ces personnes se lancent-elles un défi d'une telle envergure ? Comment réussissent-elles à tenir dans cette course d’endurance, à vivre quotidiennement ces journées continues ? Comment peuvent-elles mener de front les multiples facettes de leur vie ? Comment parviennent-elles à leur objectif ? * Sept ans plus tard, je ressens le désir de témoigner de ces parcours et de rassembler mes expériences. Je continue d’être intriguée par ces figures de l’investissement de soi et par leurs héroïsmes discrets. Désormais persuadée que la formation peut donner lieu à une transformation, je veux tenter de faire le récit de ces tranches de vie originales et de ces métamorphoses.
Mon intention n’est pas de raconter un conte de fées – loin s’en faut, vu les aléas auxquels se trouvent confrontées ces personnes souvent vulnérables – mais de rapporter, au prisme de ma subjectivité et au travers d’une galerie de portraits, cette forme de courage qui s’incarne devant moi.
Ce qui me paraît admirable cependant n'est pas seulement le fait de préparer le baccalauréat mais de reprendre ses études et de se confronter à ce diplôme qui demeure tout à la fois imparfait et incontournable. Attirées par le symbole, les personnes viennent ici se remettre en mouvement. Leur désir de faire des études est réactivé grâce à cet établissement qui le permet.
Je désire évoquer cet endroit hors du commun, cette sorte d’oasis fertile où la plupart illustrent cette idée de Nietzsche :En tout homme un engrais, une pluie, un rayon de soleil bienvenus. Réunis dans un lieu où le lien se crée à travers le goût et le partage du savoir, ainsi que le désir de se remettre en selle, tous, auditeurs, professeurs, équipe, forment une communauté unique, portés par le sens de leur démarche ou de leur mission.
Chaque échange avec les auditeurs me permet d’entrevoir qu’il s’agit toujours de personnes peu banales dont l’histoire n’est jamais ordinaire. Qu’ont-ils à reprendre, à rejouer, à rattraper, à recommencer en venant ici ? Leur récit est en général aussi touchant que leurs aspirations sont audacieuses malgré leur manque de confiance. Et la plupart du temps, en dépit de leur fragilité ou de leurs difficultés, de leurs doutes et de leurs manques, leur parcours dans ce lycée démontre leur opiniâtreté et la possibilité d’infléchir leur destin.
Tous les membres de mon équipe, assistants, gardien ou professeurs, ont aussi des motifs de venir ici plutôt qu’ailleurs, et soif d’une certaine forme de reconnaissance humaine et sociale. Tous sont animés d’un désir d’accompagner, de venir en aide, de transmettre, d’être utiles aux auditeurs.
Un tel établissement est un lieu vivant. Ici, de nombreuses personnes, le public autant que le personnel, l’équipe pédagogique ou administrative, croisent leurs destinées pendant des mois, des années. Au contact les unes des autres, ces personnes partagent des joies ou des peines, des coups durs ou des coups de foudre, des moments d’humanité. Mon projet est de faire entendre ces voix multiples, de restituer par des mots, des
sensations et des émotions gravées dans ma mémoire, l’atmosphère singulière de ce lycée, ces vies invisibles et réinventées, ces épiphanies inattendues, vécues dans cette école de la diversité. Depuis les entretiens du printemps jusqu’à la fête du bac un an plus tard, ce récit regroupe plusieurs années en une.
Mes perceptions et ma mémoire sont inévitablement partielles. Les histoires que je m’apprête à livrer ne sont ni l’exacte vérité de chacun, ni la reproduction de leur expérience brute. Ce sont des récits chargés du sens que je leur donne, riches des nombreuses répliques des auditeurs et des professeurs, notées fidèlement tout au long de ces années.
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