Je m'en sors en classe ! Tome 2

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Je m'en sors en classe est une version bonifiée et améliorée des Clés d'une réussite scolaire. C'est un ouvrage qui indique aux parents comment contribuer efficacement à la réussite scolaire de leurs enfants. Aussi, ce livre montre aux élèves eux-mêmes, du primaire comme du secondaire, la manière de procéder en classe ainsi qu'à la maison pour améliorer leur niveau en mathématique, en physique-chimie, en sciences de la vie et de la terre, en histoire-géographie, en langue vivante, en philosophie... Avec ce livre, l'école ne sera plus une corvée pour les enfants. Et plus aucune matière ne sera un boulet à leurs pieds.
Publié le : mercredi 15 avril 2015
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EAN13 : 9782332910103
Nombre de pages : 118
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-91008-0

 

© Edilivre, 2015

 

 

Liste des principaux personnages :

– Aoussa : sœur de Mbembale. Tous les deux sont issus d’une mystérieuse contrée d’Afrique Noire.

– Aulus Varro : autrefois légionnaire, il a terminé ses vingt-cinq ans de service.

– Avishaï : compagnon hébreu de la bande d’Aulus Varro et Craton.

– Braghlad : guerrier Trinovante de Bretagne, frère de Diarmaid.

– Caius Iulius Caesar : Jules César. Homme d’État et général romain.

– Celtill : peut-être le prénom originel de l’homme que l’Histoire a appris à connaître sous celui de Vercingétorix, le Grand Roi de tous les Guerriers.

– Conconnetodumnos : compagnon historique de Cotuatos ayant pris part à la révolte des Carnutes en -52.

– Cotuatos : personnage historique qui, avec Conconnetodumnos, prend la tête du soulèvement des Carnutes en -52, déclenchant ainsi la confrontation finale entre les Gaulois et Jules César.

– Craton : personnage d’origine grecque et père adoptif de Cybille.

– Curmagh : barde de bas échelon. Le narrateur.

– Cybille : Carthaginoise d’origine celte. Elle est la fille adoptive de Craton et la femme d’Aulus Varro.

– Diarmaid : la sœur de Braghlad. Le Conseil druidique de Bretagne lui intime l’ordre, sous peine de mort, de rapporter le Feu de Lug en Bretagne.

– Diviciacos : druide historique des Héduens et proche allié de Jules César et de Rome.

– Eloas : fils adoptif de Curmagh.

– Enigan : jeune guerrier arverne.

– Eowëlle : Curmagh le barde tombe amoureux de cette guérisseuse qui vit recluse dans la forêt.

– Gnaeus Pompeius Magnus : homme d’État et général romain.

– Hamilcar : Carthaginois d’ascendance phénicienne. Compagnon de Craton, Aulus et leur bande.

– Ketomagos : druide et magicien Trinovante.

– Mbembale : frère d’Aoussa.

– Morholt le Germain : capturé sur le continent, il entra au service d’Oweïn qui fit de lui un Homme Libre.

– Niall : orpheline Morini recueillie par les protagonistes et confiée aux bons soins d’Eowëlle.

– Oweïn : noble Trinovante et chef de clan. Sa famille a été massacrée par les légionnaires de Jules César.

– Philoxenos : oncle de Scopas et riche négociant grec installé à Rome.

– Scopas : capitaine de l’équipage de la Dionée.

– Segomios : fils de Cotuatos.

– Tylis : fille d’Ithoed et descendante des rois Arevaques de Numancia. Les druides lui imposèrent la même mission, assortie de la même menace, qu’à Diarmaid.

– Vercingétorix : titre honorifique qui signifie « Le Grand Roi de tous les Guerriers ». Il fut porté par un jeune noble arverne qui fédéra autour de lui la majorité des tribus gauloises en -52. Il dirigea pendant quelques mois une guerre de libération qui connut quelques succès, mais finalement la défaite. Le Vercingétorix fut emprisonné à Rome pendant six ans avant d’être étranglé au soir du Triomphe de Jules César.

– Zacharias : esclave de Philoxenos. Né en servitude à Rome, il ne connaît pas ses origines.

La lieue gauloise :

La longueur exacte de cette unité de distance mentionnée part des auteurs de l’antiquité donne encore lieu à débat. La réponse se trouverait apparemment dans une fourchette allant de 2200 mètres à 2500 mètres.

Fleuves :

– Druentia : la Durance.

– Garruna : la Garonne.

– Liger : la Loire.

– Rhenos : le Rhin.

– Rhodanos : le Rhône.

– Samara : la Somme.

– Sequana : la Seine.

– Thames : la Tamise.

Mers et océan :

– Le Chenal : la Manche.

– Mare Internum : mer Intérieure. Terme antique latin pour la mer méditerranée.

– Mare Nostrum : Notre Mer. C’est ainsi que Rome désignait la mer Méditerranée.

Villes et agglomérations :

– Agedincum : Sens. Capitale des Senones. Département de l’Yonne.

– Aquae Sextiae : Aix-en-Provence, département des Bouches-du-Rhône. Colonie romaine et ville thermale fondée par Gaius Sextius en -122.

– Arelate : Arles, département des Bouches-du-Rhône. Ville aux multiples origines celtes, grecques et romaines bâtie au début du delta du Rhône et aux portes de la Camargue.

– Bibracte : capitale des Héduens établie sur le mont Beuvray, près d’Autun (département de Saône et Loire).

– Bratuspentium : environ de Beauvais. Capitale des Bellovaques (département de l’Oise).

– Burdigala : Bordeaux, préfecture du département de la Gironde. Ville portuaire celte dont les origines remontent au moins au Ve siècle av J.C.

– Camulodunum : Colchester, comté d’Essex, Angleterre.

– Cularo : Grenoble. Ville des Allobroges. Département de l’Isère.

– Genabum : Orléans. Capitale des Carnutes. Département du Loiret.

– Gergovia : lieu emblématique marquant une défaite de Jules César en -52. Situé aux environs de Clermont-Ferrand, préfecture du Puy-de-Dôme.

– Île de Mona : certainement l’île d’Anglesey (Ynys Môn) au large du Pays de Galles en Angleterre.

– Lucotetia : Paris (Lutèce). Capitale des Parisis. Île de France.

– Lugdunum : Lyon. Chef-lieu du département du Rhône.

– Nemausos : Nîmes, préfecture du département du Gard.

– Noviodunum : environ de Soissons. Capitale des Suessiones. Département de l’Aisne.

– Portus Itius : Boulogne sur mer. Territoire Morini. Département du Pas de Calais.

– Portus Pisae : la ville de Pise en Toscane, Italie, est célèbre pour sa tour penchée.

– Samarobriva : Amiens. Capitale des Ambiens. Département de la Somme.

– Stonehenge : ensemble mégalithique à la signification mystérieuse établi près d’Amesbury, comté du Wiltshire, Angleterre.

– Tauroentium : Le Brusc, commune de Six-Fours-les-Plages. Département du Var.

– Taurinorum : Turin. Chef-lieu de la province de Turin (Italie).

– Ostia : Ostie, ville située à 35 km au sud de Rome, était le port maritime et commercial de l’Urb.

– Rome : la capitale de l’Italie située dans la région du Latium, à la confluence du Tibre et de l’Aniene.

Tribus, ou tuathas, principalement citées dans le livre :

– Allobroges : peuple établi sur le territoire qui deviendra la Savoie et le nord de l’Isère.

– Ambiens : peuple belge dont la capitale était Samarobriva, littéralement « le pont sur la Samara ». Samarobriva deviendra Amiens, la préfecture du département de la Somme.

– Arevaques : Les Arevaques composaient l’une des plus puissantes tribus des Celtes d’Ibérie.

– Arvernes : L’emplacement supposé de la capitale des Arvernes, Nemossos, n’est pas confirmé, mais devait se trouver aux environs de l’actuelle ville de Clermont-Ferrand, chef-lieu de la région d’Auvergne et préfecture du Puy-de-Dôme. L’oppidum de Gergovie était aussi établi dans le même secteur.

– Bellovaques : peuple belge qui occupait le pays de Beauvais, préfecture du département de l’Oise.

– Cantates : les Cantates sont établis au sud-est de la Grande-Bretagne, sur le territoire qui correspond aujourd’hui au comté du Kent.

– Carnutes : le sanctuaire druidique établi en territoire carnute semble avoir été un des plus importants de Gaule. La capitale carnute était Genabum (ou Cenabum), aujourd’hui Orléans, chef-lieu du département du Loiret.

– Celtibères : Celtibère est un terme qui ne désigne pas précisément une tribu, mais plutôt l’ensemble des peuples celtes ayant migré en Espagne. Parmi ces peuples, les Arevaques, les Carpétans, les Lusones, les Pelendones, les Turmogis, les Vaccéens. Il en existait d’autres.

– Héduens : tribu de l’est de la France fidèle aux Romains depuis plusieurs générations. Quand le Vercingétorix lança la guerre de libération, les Héduens finirent toutefois par rejoindre ses rangs. Leur capitale était Bibracte.

– Mandubiens : petit peuple allié des Héduens établi dans l’ancien pays d’Auxois. On suppose qu’Alésia était leur capitale, mais l’emplacement exact de celle-ci a donné lieu à de nombreuses polémiques. Le plus large consensus penche en faveur d’Alise-Sainte-Reine en Côte d’Or et un autre pour Syam dans le Jura.

– Menapes : tribu belge établie aux bouches du Rhin et de l’Escaut.

– Morinis : tribu océane côtière établie en Pas-de-Calais (France) et Flandre et Zélande belges.

– Nerviens : tribu belge établie entre Escaut et Sambre, au sud des Menapes.

– Osismis : les Osismis peuplaient la pointe de l’Armorique, aujourd’hui le département du Finistère en Bretagne.

– Parisis : ancêtres des Parisiens dont la capitale se nommait Lucotecia ou Lutèce.

– Rèmes : fidèles alliés des Romains, les Rèmes étaient établis le long de l’Aisne. Leur capitale était Durocortorum (Reims).

– Sequanes : puissante tribu peuplant les départements du Doubs, de la Haute-Saône, du Jura et d’une partie du Haut-Rhin.

– Senones : ils habitaient le sud de la Champagne et le nord de la Bourgogne. Leur capitale était Agedincum (Sens).

– Suessiones : peuple belge de l’ancien pays Soissonais.

– Trévires : une des plus puissantes tribus du nord de la Gaule établie sur le fleuve Moselle, avec pour capitale Trèves en Rhénanie-Palatinat (Allemagne).

– Trinovantes : tribu bretonne établie au nord de la Tamise, dans les comtés du Suffolk et de l’Essex.

Citation

 

 

Honore les Dieux

Ne fais pas le mal

Pratique la bravoure

Proverbe celte

 

Prologue

Il y a très longtemps, quelque part au sud-ouest de l’île de Bretagne, le crépuscule tombait, voilant davantage une morne journée d’automne sur laquelle avaient régné une pluie glaciale et un vent teigneux. Les violentes bourrasques parachevaient leur travail saisonnier qui consistait à dépouiller patiemment les arbres de leurs dernières feuilles. Celles-ci s’en allaient rejoindre le tapis bruissant accumulées au cours des âges aux pieds des troncs majestueux. Sous l’humus trouvaient refuge les petites créatures de la forêt, hors de portée du déluge. Seuls quelques prédateurs erraient, le ventre désespérément vide.

Une fois encore, suivant le cycle immuable des saisons, la Grande-Mère entrait en hibernation. Elle renaîtrait de son long et froid sommeil au printemps pour se parer d’une robe neuve, verte et éclatante.

Au milieu d’une clairière perdue dans la forêt se trouvait une petite maison en bois couverte, comme il était d’usage en cette contrée, d’un épais toit de chaume. De la fumée, rapidement emportée par le vent, s’échappait du conduit d’une cheminée en pierre.

À l’intérieur de la modeste chaumière, un feu diffusait sa chaleur bienfaisante depuis un solide âtre de pierre adossé au mur. À l’autre extrémité de la pièce, on devinait une porte derrière l’épais rideau de laine et de cuir qui tenait plus ou moins en échec la froidure automnale. D’un côté de l’entrée, une table flanquée de deux bancs, et de l’autre, un lit avec un large coffre en bois à son pied. Au sol, un grand tapis usé aux motifs orientaux couvrait un parquet.

Laissant quelques recoins dans l’ombre, les flammes projetaient des formes fantasques à travers la pièce.

Un confortable fauteuil en bois sculpté d’entrelacs compliqués sur lequel était négligemment posé un tas de couvertures trônait près du feu.

Apparemment, la chaumière semblait déserte.

Soudain, quelqu’un frappa à la porte.

Le tas de couvertures s’agita et laissa apparaître une tête de vieillard chenu. L’ancêtre avait le nez crochu et des traits émaciés. Ses longs cheveux tressés, certainement blonds autrefois, étaient aussi blancs que les imposantes moustaches qui lui retombaient de chaque côté de la bouche.

– Entrez ! cria le vieil homme en tordant le cou en direction de la porte.

Quelques feuilles mortes s’engouffrèrent dans la pièce en tourbillonnant avant que le visiteur ne referme la porte sur l’obscurité et la tempête.

– Désolé de vous importuner en cette heure tardive, maître barde, s’excusa l’inconnu en rejetant la capuche de son long manteau de voyage.

Il était jeune, vingt ans à peine, et s’exprimait en latin, la langue officielle du vaste Empire romain. Ses cheveux étaient châtains, un peu bouclés, ni trop longs, ni trop courts et son visage à la mâchoire carrée et ses yeux marron respiraient la franchise.

– Au contraire, sois le bienvenu en ma demeure, répondit le vieil homme dans la langue de Rome, une langue qu’il connaissait assez bien. Débarrasse-toi de ces bottes couvertes de boue et accroche ton manteau près de la porte. Si tu as faim, je peux te préparer un repas.

– Je te remercie, mais j’ai mangé à l’auberge du village.

Le vieillard désigna un tabouret bas qui jouxtait le fauteuil.

– Excellent ! Viens t’asseoir près du feu. Je vais te servir quelque chose pour te réchauffer.

Pendant que le visiteur se débarrassait du sac qu’il portait à l’épaule, de ses bottes et de son manteau, le vieux se pencha, tendit le bras en grimaçant vers une cruche en terre cuite posée près des braises et emplit un petit bol en bois avec son contenu, une infusion d’herbes qui répandit une agréable odeur à travers la pièce.

À la taille de l’étranger pesaient un glaive et un poignard. Il déboucla sa ceinture d’armes et l’accrocha à la patère avec son manteau avant d’aller s’installer sur le tabouret en tendant des mains avides vers le feu. Le vieux lui passa le bol aux senteurs revigorantes.

Un silence s’établit, durant lequel le vieillard dodelina de la tête, prêt à se rendormir.

Mal à l’aise, le visiteur garda le silence. Au bout d’un moment, le vieil homme sembla se souvenir de sa présence et se redressa péniblement dans son fauteuil.

– Pardonne-moi. L’esprit s’envole facilement à mon âge, s’excusa-t-il en gaélique.

L’autre, ne parlant que peu cette langue, hocha tout de même la tête.

Le vieillard fureta quelques instants dans un recoin de son esprit en se grattant le coin du nez. Il reprit en latin :

– Tu parles la langue de Rome et tes vêtements sont de facture étrangère. Tu es un continental.

– Oui. Mon nom est Rutilius. Je viens de Gaule.

– Ah ! La Gaule. Je connais.

– Au village, on m’a dit que vous aviez beaucoup voyagé.

– Il est vrai que ma fonction de barde m’a fait connaître bien des chemins. Mes errances m’ont mené au nord de cette île, en pays pictes, et à l’ouest, sur l’île d’Errïn, une des frontières du Monde Connu. J’ai aussi traversé le Chenal en direction du continent. J’ai navigué sur la mer intérieure, la Mare Internum, et j’ai même exercé mon latin en vivant à Rome. J’ai vu du pays comme on dit.

– J’aimerais connaître ces contrées, soupira Rutilius.

– Elles m’ont beaucoup appris, acquiesça le vieux.

Un nouveau silence puis, avec un sourire espiègle :

– Bon, maintenant que nous avons fait honneur aux herbes, que dirais-tu d’un peu de vin chaud ?

– Avec plaisir.

Le barde rejeta ses couvertures au pied du fauteuil. Il était vêtu d’une tunique de laine beige qui dissimulait mal son corps maigre. Autour de son cou brillait un torque en or.

Les torques étaient des bijoux composés d’un cercle ouvert sur la gorge, en or, en fer ou en bronze, creux ou plein, toujours rigides, ils étaient plus ou moins épais et ouvragés. Chez les Celtes, le torque était la marque des Hommes Libres et de l’aristocratie guerrière, le bronze, le fer et l’or indiquant les variations de fortunes.

S’emparant d’une canne en buis appuyée contre le fauteuil, le barde se leva avec difficulté. Il décrocha une petite marmite d’un clou fiché dans le linteau de bois de la cheminée et se dirigea lentement vers la table où était posée une cruche en terre cuite rouge ornée de frises à motifs géométriques. Il ôta le bouchon en bois qui fermait la cruche et versa du vin dans la marmite. Il agrémenta ensuite le liquide carmin de quelques herbes séchées puisées dans un grand bol en céramique avant de revenir vers la cheminée pour accrocher la marmite à une crémaillère qui pendait au-dessus du feu. Il se réinstalla pesamment dans le fauteuil en tirant les couvertures sur ses genoux.

– Pardonne-moi, car je ne me suis pas présenté. Je me nomme Curmagh, fils de Tuïrenn, né au sein de la tuatha des Trinovantes.

– Enchanté, maître Curmagh, répondit Rutilius.

– J’espère que tu pardonneras la curiosité d’un vieil homme, mais d’où viens-tu exactement ?

– Je suis natif de Lugdunum, une cité de l’est de la Gaule établie au confluent des fleuves Rhodania et Arar.

– Lugdunum. Mmmh… La capitale des trois Gaules. Rutilius est un prénom étrange pour un Gaulois.

– Mon… père était citoyen romain. Il y possédait un grand domaine.

– Possédait ?

– Il est mort, répondit froidement le jeune homme.

– Tu ne sembles pas en concevoir un grand chagrin.

– Non. Il était violent et traitait ma mère comme une esclave.

– Ta mère ? Une Gauloise.

– Oui.

– Rome n’a jamais été tendre avec les peuples qu’elle a conquis, soupira Curmagh. Elle leur a laissé la jouissance de leurs religions pour s’emparer plus facilement des richesses dont elle est avide. Pourtant, on ne peut nier que ses innovations techniques ont grandement contribué à améliorer l’ordinaire des nombreux pays sur lesquels elle a étendu sa domination.

L’odeur épicée du vin qui chauffait leur caressa les narines. Curmagh fit mine de se lever, mais le jeune gallo-romain le devança.

– Permets-moi de te servir.

Rutilius choisit deux grandes chopes en bois parmi celles alignées sur le linteau de la cheminée et les remplit avec l’élixir fumant. Tendant un des récipients au vieil homme, il se réinstalla sur le tabouret. Un silence un peu pesant s’installa à nouveau.

– Vous êtes très respecté au village, déclara Rutilius au bout d’un moment.

– Ce sont de bonnes gens. Qu’ils soient bénis pour rendre ma vieillesse supportable. Sans leur aide, j’aurais franchi depuis longtemps l’entrée du Siddhe.

– Là où vont les morts ?

– À ce qu’on dit, fit le barde en souriant.

Il but une gorgée de vin en grimaçant.

– C’est chaud. Alors, dis-moi. Quel est le but de ton voyage ?

Rutilius prit un air peiné.

– Avant qu’elle ne meure, j’ai promis à ma mère de porter des offrandes aux temples de l’île sainte de Mona et d’y prier pour elle. Je pense y rester afin de devenir druide.

Curmagh manqua s’étouffer avec son vin.

– Druide ! Mais, jeune Rutilius, tu es trop âgé pour aspirer au noviciat !

Le jeune gallo-romain soupira.

– On m’a parlé de cela. Ne peut-il y avoir d’exception ?

– Pas à ma connaissance. Mais je ne veux pas décourager une aussi noble espérance, alors je dirais que pour en avoir le cœur net il te faudra demander audience à l’Archidruide une fois parvenu à destination.

– Je le ferais.

Le barde considéra Rutilius d’un air grave.

– Sais-tu combien de temps il faut pour devenir druide ?

– Non. À part le peu qu’en a dit Caesar dans ses écrits et quelques rumeurs. Les hommes saints craignent la Loi romaine. Elle encourage leur persécution et plus aucun d’eux ne vit à Lugdunum désormais.

– La formation complète dure une vingtaine d’années.

– J’apprendrais.

– Que sais-tu faire ?

– Je suis rompu aux travaux de la ferme. J’ai également suivi l’école romaine de Lugdunum où j’ai appris les mathématiques, la géométrie et l’histoire du Monde Connu. Je connais les lettres latines et grecques et je sais les écrire.

– Crois-tu avoir compris l’œuvre des philosophes ?

– Je le pense.

– Bien ! Car peu importe la langue dans laquelle on rêve, ce sont là des sciences universelles qui te seront d’une grande aide. Mais, dis-moi, aimes-tu la Nature qui nous entoure ? Entends-tu son appel ?

– Je me sens bien au grand air. Rome, Lugdunum, les grandes villes m’accablent.

– Cela est bon, car les cités trop peuplées favorisent les dissensions. Rome, en particulier, est un univers étrange où le Bien et le Mal se côtoient à chaque pas.

Le vieillard se perdit une nouvelle fois dans quelque méandre de son esprit.

– Maître Curmagh ? fit doucement Rutilius.

Le barde leva des yeux rêveurs.

– Pardonne-moi, jeune gallo-romain. Je m’égarais dans le passé. En ce temps-là, il y a quarante ans, j’effectuais un voyage jusqu’à Rome. La Gaule était encore, bien qu’en guerre avec les légions latines, une terre libre.

– Le père de ma mère était à Alésia. Il s’est joint à l’armée qui s’est portée au secours de Vercingétorix.

Curmagh fit un bruit de bouche, comme s’il était agacé.

– On dit LE Vercingétorix. Il s’agit d’un titre honorifique qui signifie Le Grand-Roi de tous les Guerriers. Beaucoup ont accouru de toutes parts quand la nouvelle du siège d’Alésia par les légions de Caius Iulius Caesar a parcouru les campagnes. Toutes les réserves de la Gaule coalisée ont convergé là-bas. Deux cent quarante mille lances, huit mille cavaliers, une forêt de bannières et d’enseignes et des carnyxs qui beuglaient par centaines. Malheureusement, le proconsul était fin stratège. Il a réussi à contenir les troupes celtes et sa cavalerie composée de féroces Germains a mis un terme définitif à leurs espoirs. L’armée de secours n’est jamais parvenue à percer les fortifications que les légions avaient mises en place. Pour sauvegarder les vies des siens, le haut-roi, le Vercingétorix, assiégé depuis trop longtemps, s’est rendu à son ennemi juré. Caesar l’a alors fait charger de chaînes et traîner jusqu’à Rome pour le laisser croupir six années entières dans une prison infâme, le Tullianum. Au bout de tant de temps, il l’a exhibé à son Triomphe comme une bête sauvage pour le faire étrangler le même soir.

Ponctuant cette triste déclaration, une bûche craqua dans l’âtre, projetant des étincelles qui, aspirées par la cheminée, s’envolèrent dans l’obscurité. La pluie martelait toujours le chaume du toit et, du lointain, leur parvint la rumeur assourdie d’un coup de tonnerre. Cette nuit appartenait à Taranis, le Dieu de la foudre et des tempêtes qui trônait au sein des masses éthériques, sombres et tourmentées, qui emplissaient le Ciel.

– J’aurais aimé connaître cette époque, soupira Rutilius.

– Une partie de ton sang la perçoit. Ta présence en Bretagne, une terre celtique libre, le prouve.

– On me reconnaît pour Romain.

– Mais personne ne t’a agressé en route.

– Non. J’ai fait un voyage sans histoire.

– Alors, comme moi, le peuple est pragmatique et t’accepte. Pourtant, la quête de tes origines sera ardue, car, même tu parviens à intégrer une école druidique, tu trouveras un monde inconnu et tu seras confronté à des épreuves et à des Dieux que tu ne connais pas. Tu regretteras peut-être ta liberté. Pour ma part, je me suis contenté de la dignité de barde. C’est le premier échelon où l’on apprend les musiques sacrées qui captivent les foules et permettent les transes, l’organisation des cérémonies mineures telles que les danses rituelles qui animent les fêtes religieuses et la philosophie nécessaire pour manier les contes et les légendes afin que les populations qui vivent dans, disons, une certaine ignorance comprennent leur essence.

« Tu apprendras les lois qui régissent nos peuples et tu pourras, même si la fonction de juges n’est réservée qu’aux druides, te mettre au service de chefs ou de rois afin de les conseiller et de contribuer à leur gloire. Tu seras, comme je l’ai été, un barde libre de sa personne et de ses choix. Tu pourras quitter ton apprentissage en homme libre.

« Par contre, si tu choisis de persévérer et de continuer ta formation, tu devras prononcer des serments solennels qui te lieront irrémédiablement à l’Ordre afin d’aborder l’échelon des Ovates. Tu apprendras alors les arts de la divination et de la communication avec le Siddhe, l’Autremonde, sous leurs différentes formes : la transe, les drogues, la lecture des entrailles, foies et organes des animaux ainsi que le cheminement des astres.

« Ensuite viendra la pratique de la science des nombres et de la géométrie, que tu connais déjà, de la haute chirurgie et de la magie curative des plantes. Tu apprendras également le maniement juste des lois qui permettent la condamnation ou l’élargissement de ceux qui sont convoqués devant le tribunal. Tu deviendras Juge de la Loi.

« Alors, au terme d’une vingtaine d’années de recherches spirituelles et matérielles s’élaborera peut-être en toi la conscience du Druide, ultime équilibre de l’esprit au sein du monde qui nous entoure. Mais ne perds pas tes véritables buts de vue, jeune Rutilius, car le chemin de la transcendance est ardu et peut mener à la folie.

Le regard du Gallo-Romain se perdit dans les flammes.

– Tes paroles ont du sens. J’y réfléchirais.

– Bien. Beaucoup ont perdu l’esprit en cherchant à se hisser vers les Dieux et sont morts tourmentés, volontairement inconscients de leur déchéance. De grands druides sont subitement devenus fous au terme d’une vie consacrée à l’intelligence. Crois-moi, la dignité du barde n’a rien d’illusoire et ouvre la route à bien des aventures. Tous ne sont pas faits pour devenir druides. En tout cas, je ne l’ai pas été.

Peut être était-ce l’effet du vin, mais les joues du vieil homme avaient pris un peu de couleur et ses yeux verts étincelaient comme deux pierres précieuses. Il s’enferma à nouveau dans ses pensées.

– Maître ?

– Mmmh… Ah ! Je me remémorais une partie de ma vie. Il est étrange de t’entendre m’appeler ainsi, car cela me rappelle mon cher Eloas. Mais il le faisait essentiellement pour me taquiner, précisa le barde, de bonne humeur.

– Eloas ? C’est un ami à vous ?

– Un ami ? Je suppose qu’on peut le dire. La première fois que je l’ai vu, c’était un gamin de dix ans à peine, un orphelin réduit au travail forcé sur un grand domaine agricole. J’ai racheté sa liberté et l’ai pris sous mon aile. Il est devenu comme mon fils et m’a accompagné dans mes pérégrinations. C’était un jeune vaurien, si tu veux mon avis, mais il était imbattable à la fronde et touchait son gibier à cinquante pas, de sorte que nous n’avions jamais faim. Hélas, il est mort à présent.

– Je suis désolé.

Curmagh eut l’air étonné.

– Ne le sois pas. Il a eu une vie que beaucoup pourraient lui envier et la chance de rencontrer une belle femme et d’élever de beaux enfants sur une terre libre.

– Et vous-même ? Avez-vous eu des enfants ?

– Pas de mon propre sang, car Eowëlle n’a jamais pu concevoir.

– Eowëlle était votre femme ?

– Eh oui ! Même ce vieux cabochard est parvenu à intéresser quelqu’un. Note que je n’ai jamais vraiment compris, car je n’estime toujours pas l’avoir mérité. Elle m’attend au Siddhe. Du moins, je l’espère, car elle me manque cruellement.

– Cela me fait de la peine.

Curmagh fronça les sourcils, accentuant les rides qui lui barraient le front.

– Tu te lamentes facilement, jeune Rutilius. Les druides t’enseigneront bien la compassion, mais je crains qu’ils ne doivent extirper cette tendresse excessive avec un peu de brutalité. Sinon tu vas avoir mal au ventre toute ta vie.

Le barde but la dernière gorgée de son vin.

– Et si nous passions à l’hydromel à présent ? fit-il avec un sourire espiègle.

– Peut-être avons-nous assez bu ?

– Bah ! On ne refuse jamais un peu d’hydromel. Mais auparavant, aurais-tu la gentillesse d’aller chercher du bois dans la réserve ? Tu la trouveras à main gauche en sortant.

– D’accord.

– En attendant, je vais nous resservir.

Rutilius se leva, traversa la pièce et se couvrit les épaules avec son manteau humide. Il ouvrit la porte et, pieds nus, s’enfonça dans l’obscurité.

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