Je veux vous parler d'école

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Tout élève est un être complexe, il est tout à la fois un sourire, une déception, un refus, une somme d’envies, de générosité et de souffrances.
Et les 20 premières années de la vie ! Grandir, assimiler les programmes, affronter la tempête de l’adolescence, recevoir les sollicitations d’un monde conquérant. Il doit souvent franchir le mur du son de l’efficacité et le gentil s’égare, le moins assidu sombre.
Croyez-vous que chacun puisse faire cette espèce de course que proposent les programmes ? Que notre école puisse parler à tous dans leur différence et les faire grandir tous avec comme complice le plaisir d'apprendre ! Mais notre école existe-t-elle ; Non, des écoles ; Oui.
Des lignes où se mêlent l'approche de l'époque qui a vu naître l'école et de celle d'aujourd'hui. Chaque ligne fait attendre la suivante. Utile aux parents, grands-parents.


Publié le : vendredi 7 février 2014
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EAN13 : 9782332618184
Nombre de pages : 190
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-61816-0

 

© Edilivre, 2014

Citations

 

 

Que c’est beau l’école !

Elle est comme un fertile jardin

Dont les sublimes fleurs

Sont comme les plus beaux savoirs

Qui durent le temps d’une vie.

Dédicaces

 

 

À mes parents,

Vous ne pourrez pas lire ces mots,

Cependant je les veux beaux.

Avec discrétion et réussite,

Vous avez tracé pour moi

Un si beau chemin.

Le temps de l’école primaire

Est rangé dans ma mémoire

Avec tous les moments heureux.

Qu’elle était belle, mon école !

À ma première institutrice, Madame B,

Vous avez su me donner l’indispensable savoir, l’envie d’étudier mais aussi l’imprévu qu’est le plaisir d’apprendre. J’ai toujours senti se faufiler dans vos mots, entre les pleins et les déliés, une bienveillance qui attirait l’adhésion des esprits les plus rebelles et une douce autorité qui ne voulait pas dire son nom. Longtemps après, mais un peu tard, ma mémoire dresse ce bref tableau et me demande de vous dire encore merci.

Votre petite école primaire sans nom a beaucoup créé pour mon avenir, peut-être même pour l’éternité.

Je veux vous parler d’école

 

 

Les noms et prénoms des personnes citées dans cet ouvrage ont été modifiés. – Le clin d’œil à Jean Ferrat que je veux faire par la parodie ci-dessus m’est inspiré par son départ récent… lui qui a tant chanté la liberté.

Prologue

Chaque année beaucoup plus d’un demi-million d’élèves font leur première rentrée à l’école. C’est une chance qui a été offerte il n’y a pas si longtemps, et les longs siècles qui n’ont pas connu l’instruction pour tous n’ont pu suivre la marche du progrès que très lentement. Chargée de tant de missions, elle connaît de brillantes réussites mais elle laisse trop d’élèves au bord du chemin. Sa mission reste celle de donner des notes, de préparer des réussites aux examens mais, pour mieux parler à l’oreille de tous les élèves, elle doit être assurée qu’elle donnera beaucoup de joie et de réussite chaque fois qu’elle permettra aussi de découvrir le plaisir d’apprendre.

Pendant longtemps les siècles ont succédé aux siècles sans apporter de notables transformations. Le dernier quart du 19° avec l’école pour tous apporte force et équilibre à une société ainsi prête pour le progrès.

*
*       *

J’ai tenu à ce que mon propos soit allégé par des temps de respiration. Ainsi, je fais parler notamment un interlocuteur qui a enseigné à une autre époque et qui apporte un autre éclairage. J’introduis aussi quelques descriptions qui placent devant nos yeux l’image d’une école dans son cadre géographique et historique précis. Quelques mots, choisis et jolis, sont indispensables pour donner une juste place à l’institution qui a été un immense cadeau fait à toutes les familles de France.

*
*       *

On dit souvent « la vie » pour parler de cet ensemble d’années dans lequel on peut saisir la succession de trois temps dont chacun correspond à des années assez précisément définies et qui ont chacune une mission particulière. Le temps de la petite école puis des autres écoles jette les bases de ce que sera la vie entière. Il met en place les savoirs et les principes utiles pour guider la vie professionnelle et la vie sociale. Le temps d’après est celui qui, en donnant les premiers emplois, les premiers salaires, semble plus sérieux. Et pourtant on peut aussi le comprendre comme la période qui apporte des remerciements aux parents, à l’école car il valorise les acquis des premières années. Le temps d’après est souvent celui d’un temps sans montre qui donne plus de place au choix, au plaisir qu’à l’obligation. Ne pas admettre qu’il est un peu comme une reconnaissance de ce qui a été fait avant serait un oubli. Le montant de la retraite le rappelle ! C’est le temps de l’expression forte des goûts et des passions.

Pour que la période des premiers apprentissages tienne ses promesses pour chacun, il faut que les efforts des parents dans leur tâche d’éducation s’attachent à bien définir de manière précise ce qui est interdiction et ce qui est permission. La tâche des maîtres est plus facile quand ces mots, leur sens sont en place et tracent une ligne de comportement acquise qui fait gagner tant de temps et évite tant d’erreurs. Parents et enseignants savent bien que leur tâche est complexe, ingrate parfois. Le maître sait bien aussi que ses élèves sont attachants chacun à leur manière et il les dira bons élèves, élèves lents ou bien intelligents mais polissons. Et il sait qu’à partir de cet ensemble « classe » bâti sur autant de diversité, il doit faire vivre comme un essaim qui chercherait sa force parmi la multitude qui œuvre dans la même direction pour faire un meilleur parcours. Il sait qu’il devra aider à libérer les énergies, affûter la curiosité et tenir les freins parfois de tout ce petit monde pour en faire un ensemble souriant si possible, qui entend, écoute et sait même que le temps de l’école ne passe qu’une fois. Ainsi, patiemment, chaque jour un peu plus, il cherche à construire un ensemble qui écoute, qui travaille et qui vit bien en groupe. Il devra même, pour s’en sortir et protéger le faible, aimer le moins sage car il est aussi là pour apporter des leçons de sagesse et de tolérance. C’est bien dans l’école, je crois, qu’existe la plus grande tolérance, ne pas l’apprendre aussi à l’école conduirait ce monde si divers à des catastrophes. Le sens de la solidarité que l’on ne nomme pas souvent pour mieux la faire accepter fait bien partie des grandeurs que doivent avoir les élèves d’une classe. Et que ce maître n’oublie pas pour réussir davantage que les principales satisfactions, il les trouvera dans sa classe plus que dans les remerciements ou reconnaissances d’une hiérarchie. Il sait bien aussi que ses choix le feront souffrir et que le temps passé pour remettre à l’écoute un élève n’est pas inscrit dans les programmes et qu’il peut lui manquer un jour pour mener à terme sa progression. On ne demande pas au maître quelle est sa souffrance quand il n’a pas réussi à éveiller un élève. Il la cache un peu mais elle existe.

Chaque quartier reçoit certaines étiquettes qui veulent un peu le caractériser. On dit que l’on y vit bien, que l’on y vit mal, on le dit bruyant… L’école primaire installée dans ce quartier est comme un de ses produits et souvent elle est à son image même si elle cherche souvent à se détacher de celle qui ne peut l’aider. Et donner la dénomination de « bonne école », « de mauvaise école », c’est donner seulement une image qui conforte les mieux classées mais n’aide pas les autres. Une fois que la rentrée est là il n’est plus bien possible d’inverser les profils et d’améliorer le fonctionnement ou les chances de succès. Et l’année scolaire poursuit son cours. L’enfant est d’abord l’enfant de son quartier.

Et pourtant notre école écoute, modifie, réforme, mais tantôt par désir de rapidité, tantôt par désir d’économie, que l’on peut comprendre, tous les buts ne sont pas atteints. Qui ne connaît pas un des problèmes majeurs que rencontre notre école ? Oui, il s’agit bien de faire apprendre à chacun à bien lire, écrire et compter. Ces trois mots sont courts mais ce qu’ils recouvrent est d’une extrême importance. Ces mots ne sont pas d’une grande beauté mais ils correspondent à un patrimoine personnel énorme qu’il faut acquérir et dont on ne peut pas se priver. Ces trois forces acquises ou non modifieront considérablement le parcours de chacun. Eh bien, il n’est pas de bonne réforme qui ait eu le pouvoir d’inverser le sens de tant de parcours rendus complexes par les difficultés liées à ces apprentissages. Quand ils se font mal, il faut tout faire pour corriger les insuffisances et gommer le plus tôt possible leurs effets.

Le législateur, les enseignants doivent s’attacher à transformer en réalité cette phrase qui est d’or : « que chaque élève apprenne en premier lieu à bien lire et à bien écrire ». On sait de nos jours car on a aussi appris par expérience que si les fondamentaux que nous pouvons aussi appeler les trois grands ne sont pas bien maîtrisés, c’est tout un parcours scolaire qui souffre. Beaucoup de démarches pour améliorer ces situations peuvent être mises en place mais il faut avoir le temps comme ami. C’est une des raisons qui font que le législateur pressé par la nécessité d’obtenir des progrès visibles pendant le temps de son mandat, n’a pas beaucoup de goût pour entreprendre des réformes s’inscrivant dans la durée.

Nos classes, pour lesquelles le plus souvent on ne recherche pas une homogénéité, demandent des prouesses de la part des enseignants. Comment travailler plus vite pour les uns, ralentir pour les autres et pouvoir avoir un déroulement du programme convenable pour tous ? La difficulté est grande mais l’enjeu en vaut la peine comme chaque fois qu’il en va de l’intérêt des élèves. Ainsi progressent des classes qui laissent par obligation tant d’élèves au bord du chemin ! Ainsi dans cette course au savoir souvent un peu injuste, le faible ne trouve pas son compte, et les moins choyés par la vie et dont les parents peinent au quotidien, vont souvent moins bien et moins loin que les autres.

Un message fort vient de nous être donné, celui des étudiants qui veulent moins souvent qu’il y a quelques années se diriger vers le métier d’enseignant. Il faut tenir compte de ce désamour qui par certains aspects peut inquiéter car l’école ne peut se passer de maîtres titulaires, de remplaçants. On sent qu’au travers de ce choix les candidats aux concours ont livré plusieurs messages qui peuvent inquiéter mais que l’on doit recevoir. Ils prennent en compte les problèmes rencontrés par le monde enseignant et perdent l’envie d’être prof, qui était beaucoup plus marquée il y a peu d’années encore. Ont-ils peur de la violence qui s’installe, ont-ils peur de connaître trop souvent le sentiment d’échec face aux classes avec lesquelles il faut savoir simultanément mettre en œuvre des méthodes différentes pour coller aux difficultés de chaque élève ? Toi, élève de tous les temps, tu es en formation, tu peux être sans cesse changeant, tu portes en toi l’influence des copains, tu portes des attentes familiales et tu es pendant de nombreux mois souvent dans le temps des turbulences de l’adolescence. C’est bien pourquoi le temps de l’éducation, celui de l’instruction réservent aussi l’alternative de l’échec mais pas lorsque la clé de l’énigme a été trouvée.

Le plaisir d’apprendre n’est pas un concept dont on parle souvent quand on parle d’école, il n’est jamais incorporé dans les notes et pas davantage dans les programmes. Pour le définir, on cherche les mots. Il est comme un vent favorable qui favorise l’effort et porte plus loin la réussite ou le talent. Il dessine souvent aussi un sourire sur les visages et donne un pas plus ferme sur le chemin de la réussite. Les discussions tenues à propos de l’école d’il y a 50 ans ne contenaient pas cette dimension. Par contre, elles contiennent encore aujourd’hui souvent nostalgie, reconnaissance, voire fierté quand elles parlent du bonnet d’âne, des coups de règle sur les doigts. Oui, avoir reçu des coups sur les doigts que personne n’accepterait plus aujourd’hui est parfois présenté comme une belle expérience et un moyen qui a permis de faire grandir. L’élève qui a connu ces moments est comme intronisé et sera davantage prêt pour affronter les épreuves qui suivront ! Ces méthodes disaient très tôt à un enfant qu’obéissance et même résignation étaient nécessaires à un bon apprentissage. C’est une histoire d’un autre temps que n’applaudissent pas tous les adultes d’aujourd’hui… de nombreux psychologues non plus.

Les parents d’aujourd’hui, à qui revient l’effort d’éducation, doivent aussi avoir la perception que leur tâche est rendue encore plus complexe du fait qu’ils ne sont pas seuls à élever les enfants. Eh oui ! chaque enfant a ses modèles, ses conseillers, non nommés mais efficaces, ses tentateurs même. L’école subit la concurrence de tant d’images, de tant de modèles de comportement et de certitudes de copains qu’elle a de plus en plus de mal à faire prévaloir ses demandes pourtant simples.

Le titre retenu pour ce livre ne cherche pas à surprendre ou même à choquer, il ne veut que poser quelques questions sous un angle encore inhabituel. Évidemment, il est osé de parler aussi du plaisir d’apprendre à certains lecteurs encore trop marqués par notre école primaire du passé avec les rigidités de son époque. Depuis quelques années on se penche plus facilement sur l’épaule d’un enfant à l’écoute de ses bobos car les psychologues nous ont fait avancer dans la compréhension de chacun. C’est une grande chance. Faire une place au plaisir d’apprendre, croire en cet atout, c’est ouvrir une porte sûre pour que fonctionnent une autre famille et bien entendu une autre école. Tant pis si l’on vous rétorque « l’école n’est pas faite pour s’amuser, pour être agréable ». Le plaisir d’apprendre ne cède en rien à un quelconque manque d’autorité, il veut seulement conduire à un bonheur à l’école. Il est peut-être une vraie force, discrète mais efficace, dont on ne semble pas avoir pris la dimension. Je pense à des situations vues trop souvent dans mes classes. Quand le prof voit un bambin de douze ans quitter sa position assise, chercher une position qui lui convient mieux, s’agiter même un peu, il faut comprendre que son esprit n’est plus disponible et peut-être qu’il est même parti un peu. C’est un vrai problème pour un nombre croissant d’élèves que de rester assis. Dans quelle colonne peut-on classer ces élèves ? Dans les mauvais ou dans ceux que l’école dans sa structure actuelle fait souffrir ? Prendre un enfant comme il est et lui proposer une école adaptée porterait beaucoup de fruits.

Permettez-moi d’encenser beaucoup l’école primaire le temps de quelques lignes. Trop nombreux sont ceux qui n’ont pas fixé les fondamentaux du primaire et qui sont un peu condamnés à aborder un parcours sombre au collège. Le niveau primaire franchi avec succès permet de faire des projets solides car il fournit les outils indispensables que demandent tous les parcours scolaires qui viennent après lui.

Le XIXsiècle, un siècle-clé tant il a apporté de modernisations, ce siècle a été le point de départ d’un monde nouveau qui demandait aussi qu’une population entière sache lire et écrire au moins. 1881, 1882, les lois Jules Ferry, grandes dates qui jettent les bases d’un enseignement pour tous, années qui demanderont très vite à toutes les écoles créées jusque dans le plus petit village d’apporter à chaque enfant les connaissances indispensables que n’avaient alors que les populations favorisées. Notre pays a assisté peut-être à cette époque à la plus grande transformation de tous les temps à portée sociétale. Il existait bien des écoles dans ces années-là mais elles ne recevaient pas tous les enfants. C’est la première fois que l’égalité est mise en avant pour que tout enfant puisse accéder au moins à un savoir de base. Ces choix ont été guidés par une époque qui refusait un peu la prépondérance de la naissance car les grands esprits qui avaient précédé, issus d’un autre enseignement, avaient bénéficié d’une autre école. Les siècles d’avant l’époque de l’école obligatoire pour tous offraient une chance à une catégorie sociale réduite, ils avaient ainsi créé une société figée et détentrice d’un savoir qu’elle ne souhaitait pas partager avec tous. Jules Ferry, en ce siècle finissant, affiche l’importance d’une école pour tous qui puisse préparer de nouvelles forces sociales mais aussi des transformations économiques qui sont là ou se profilent déjà. Ces nouvelles lois font faire de grands pas vers l’égalité et la mise en place d’un monde meilleur et plus fort. L’école est le bon outil car les nouvelles avancées techniques ou scientifiques ne seraient rien sans la force des hommes pour assurer leur rayonnement. D’ailleurs les mots de Jules Ferry reflètent bien la direction qu’il voulait prendre : « une révolution par l’école et le savoir ». Condorcet, arrivé un peu trop tôt à la fin du siècle des Lumières, n’avait pu mener à bien un projet semblable et déjà un peu pensé.

Une petite école primaire

Si je porte un regard prolongé sur cette petite école peu éloignée du centre du village, c’est parce que celle-ci, ainsi que les autres ont joué un peu dans l’obscurité un rôle colossal. Elles ont été le moteur de toutes les modernisations et transformations demandées par un monde qui s’annonçait différent et avait besoin d’un esprit nouveau. Regardez comme le monde sans école pour tous allait lentement !

Les lignes qui suivent veulent donc être un hommage au rôle tenu par l’école primaire dès ses premières années d’existence et qui, 150 ans après, est encore le sien. Cette première école obligatoire s’ouvre dans de nombreux villages pour accueillir les enfants dès six ans. La France, après s’être couverte au XIIIsiècle d’un blanc manteau d’églises, se couvre d’un blanc manteau d’écoles. C’est là que, pour la première fois, des esprits qui ne sont pas issus de la classe favorisée peuvent acquérir des connaissances et s’enrichir. Ils se nourrissent aussi d’un espoir de mieux-être, même si chacun ne voit pas très bien le chemin à suivre. Le garçon qui tient souvent très jeune les mancherons de la charrue peut penser que la compréhension de ce monde qu’il découvre lui-même lui donnera peut-être un laissez-passer pour un petit emploi dans la commune ou dans le canton voisin à la compagnie des trains. Beaucoup d’élèves des campagnes, à une époque où l’on ne parlait pas d’échec scolaire, ont obtenu ce fameux certificat dont ils n’attendaient pas le permis de quitter la campagne et le village. Chacun attendait avant tout le bonheur de prendre un journal, un livre peut-être, et de s’affirmer par une signature qu’il pouvait tracer lui-même.

Un vrai savoir, c’est celui qui, même s’il n’est pas utilisé souvent, demeure ancré de manière durable, enrichit la pensée, embellit l’argument et alimente des projets. Le « certif » a toujours apporté un savoir fort et durable que beaucoup de gens déjà âgés de nos jours ont gardé sans failles et ont la fierté de montrer. Pas question ici de comparer la valeur de la liste des chefs-lieux apprise par cœur et celle des savoirs d’aujourd’hui. Le projet éducatif ne cherche pas à copier les temps un peu anciens. Une autre époque impose d’autres besoins et une autre réponse de l’école. Il n’est pas très sain de comparer deux époques car chacune cherche d’abord à répondre aux besoins de son temps. Des comparaisons que l’on fait encore trop souvent aujourd’hui sont un moyen très sûr de faire de fausses démonstrations qui ne servent pas nos élèves.

Cette école primaire a rempli une mission extraordinaire avec peu d’échecs, un dévouement illimité des maîtres et l’adhésion des familles. Ces valeureux maîtres drapés dans leur blouse grise, campés sur leur estrade devant des bureaux doubles dont les encriers souvent remplis d’encre violette auraient encore fière allure si le modernisme ne les avait pas chassés. Ces maîtres ont pu et su parler à tous les élèves non encore contrariés par le trop-plein d’activités ou d’envies qui est maintenant le leur et qui bouleverse parfois la hiérarchie de ce qui est important pour une vie. Partout dans les petites écoles on peut dire à chacun « toi aussi tu sauras lire ».

Je tiens à dire quelques mots de cette école de madame B. Je ne parle d’elle que parce qu’elle a, pour la première fois, offert à ses enfants une petite fierté et sans doute une proposition pour mériter et trouver un emploi ailleurs. Cette petite école n’accueillait chaque année que quelques élèves regroupés dans une classe unique. Petite, elle mérite néanmoins tous les superlatifs. Elle est celle d’un petit village situé dans une plaine entre les monts du Forez et les monts du Lyonnais. Elle se trouve sur les marges d’un village qui est petit, il n’est traversé que par trois routes. Dans un recoin mal défini, tout près de l’endroit où elles se rencontrent, elles forment la place du village. De manière discontinue elles sont bordées de vieilles maisons de pisé. La Loire, fleuve tranquille qui a construit cette plaine, portait jadis les barques des mariniers.

L’école ressemble à beaucoup d’autres petites écoles avec son crépi gris clair, les angles de ses murs rehaussés de briques rouges. Dans ce cadre simple mais accueillant, chaque élève du village était présent sur ces bancs de six à treize ans. Chacun de manière plus ou moins confuse pensait que la mission de l’école était de donner le premier savoir sans que personne ne pense à quitter cette école avant l’âge limite. Très peu nombreux étaient ceux qui peut-être pourraient avoir la possibilité d’aller dans le premier cycle d’un lycée ou un C.E.G. On a la perception dans les années cinquante que le monde change et qu’il ne pourra le faire sans des acquis scolaires toujours plus importants. Et on sait déjà que ce monde nouveau ira désormais plus vite que celui d’autrefois ; il faudra être prêt sur la ligne de départ.

La dédicace à mon institutrice veut lui dire merci car elle a été très importante dans ma vie. Je veux aussi rendre hommage à cette école primaire qui est à l’origine des premiers savoirs qui par la suite permettront l’installation de tant de connaissances. Si l’on disait « école fondamentale », on serait encore plus près de la mission attendue des petites écoles. Son importance est tellement réelle que le collège dans sa structure actuelle a beaucoup de mal à apporter le succès à un élève qui a des difficultés de lecture et d’écriture. Et des élèves, le soir, quittaient cette petite école pour faire de petits travaux ruraux souvent confiés aux jeunes enfants. Il faut se méfier de tous ceux qui avec forfanterie affirment qu’ils étaient de mauvais élèves, qu’ils étaient nuls à l’école et affichent une brillante réussite dans la vie. C’est peut-être tout simplement le plaisir d’aller à l’école qu’ils n’avaient pas. Il est sûr maintenant que le succès après un parcours scolaire déficient sera de plus en plus rare car le monde est plus complexe et donc plus exigeant.

L’école propose sans doute un parcours qui dure trop longtemps des classes primaires au lycée, voire à l’université. Beaucoup d’élèves voient leur énergie un peu émoussée par la durée du parcours ou par des raisons différentes. L’échéance est trop lointaine et elle repose aussi sur des efforts d’enfant, des réussites et des paris. La place que garde l’école primaire dans l’esprit de chaque adulte se mesure aussi sans doute à la nostalgie de certains, aux vrais souvenirs de certains autres. Mais il ne faut pas oublier aussi toutes les relations amusées et embellies que l’on entend si souvent à propos des malheurs ou des bonheurs à l’école !

Quel pouvoir que celui de la maîtresse !

Quel jeune enfant ne parle pas déjà de la maîtresse avant son entrée en première année d’école. Les instituteurs sont maintenant pour la plupart « professeurs des écoles ». Ce n’est pas l’appellation que beaucoup d’enseignants du primaire préfèrent, ils ont un faible pour « instituteur », ce mot chargé de sens, « celui qui fonde ». Nous garderons ce nom pendant notre propos. L’instituteur est l’architecte, le maçon qui commence par la base et qui aide l’enfant à construire son parcours scolaire, il concourt à la mise en place des premiers savoirs scolaires. C’est lui qui fait émerger certains goûts, utilise des aptitudes mais aussi en éveille de nouvelles. Ce métier est très féminisé, c’est pourquoi les petits de la maternelle disent tous « maîtresse ». Maîtresse sait aussi mieux qu’un homme entendre et écouter ce qui fait mal dans le cœur d’un petit, elle a aussi une réserve d’énergie et de compétences qui porte dans certains cas son efficacité à un niveau que les hommes ne peuvent pas atteindre, le dire est juste. Et puis quand tout va bien avec les enfants, il faut aussi convaincre les mamans qui sont parfois comme autant d’institutrices improvisées au travers de trop nombreux conseils dont il faut parfois tenir compte. C’est utile de travailler tous ensemble mais chacun à sa place pour espérer tirer un grand bénéfice pour les enfants.

Les enfants avant d’entrer à l’école primaire ont déjà quantité de connaissances, la maîtresse les aide à les mettre en ordre à pouvoir les utiliser mais tant qu’ils ne lisent pas, n’écrivent pas, le savoir n’est pas bien fixé. Le plaisir d’apprendre a du mal à s’installer dans le vertige des activités trop nombreuses qui leur font perdre leur fraîcheur d’enfant et une partie de leur envie d’effort. C’est bien pourquoi la maîtresse peut être fière de ses leçons et de l’écoute qu’elle sait développer. C’est elle qui peut développer la soif d’apprendre. Quelle responsabilité que d’avoir toutes ces missions et surtout celle de fixer des apprentissages qui seront les vraies poutres maîtresses qu’il faut ajuster sans erreur. Et son rôle va plus loin et a beaucoup de noblesse. Philippe MÉRIEUX, à l’occasion d’un discours, faisait récemment une réflexion riche et exigeante : « Les enfants ne sont pas des récipients que l’on remplit mais des libertés qu’on accompagne. »

Lorsque les parents prennent conscience de la masse de données apprises pendant la première année du primaire, ils peuvent être en admiration devant leur enfant, devant la maîtresse. L’enfant de six ans passe tous les jours le mur du son du savoir quand il apprend, récite, communique et s’ouvre au monde.

Madame B., vous avez su faire de ma petite école un lieu magique, désiré, mes remerciements sont bien insignifiants pour qualifier tout ce que vous avez pu faire malgré mes caprices, mon esprit inégal d’enfant qui, comme celui des autres enfants, avait du mal à accepter les contraintes permanentes imposées par tout apprentissage. Et vous avez eu la même patience pour tous les élèves. Oui, c’est périlleux quand on n’a pas encore compris où l’on va. Les plus grands dans d’autres écoles savent mieux vers quoi ils se dirigent et acceptent des contraintes plus fortes.

Je me donne l’autorisation de dire moi aussi « maîtresse », car vous avez su m’apporter le plaisir d’apprendre.

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