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L'Affaire Jean Moulin. Trahison ou complot ?

De
595 pages
Dans la nuit du 4 au 5 février 1983, Klaus Barbie, l’ancien chef de la Gestapo de Lyon, est extradé de la Bolivie vers la France. Son arrivée réveille quelques spectres, dont l’affaire Jean Moulin. Depuis l’arrestation du résistant à Caluire, le 21 juin 1943, la plaie est restée ouverte : 'l’unificateur de la Résistance' a-t-il été victime d’une trahison, d’un complot?
Deux procès impliquant René Hardy ont échoué à faire la lumière. Le résistant a été acquitté chaque fois sur le fil. Quarante ans plus tard, Me Vergès, l’avocat de Barbie, cria haut et fort que Moulin avait été livré par des membres de Combat, le mouvement d’Henri Frenay, auquel appartenait aussi Hardy et son ami Pierre de Bénouville, parce qu’ils le jugeaient trop proche des communistes.
Introduit à cette affaire par une amie de Moulin, Antoinette Sachs, et guidé dans son dédale par un autre membre de Combat, Claude Bourdet, Jacques Gelin a d'abord enquêté en journaliste dans les coulisses du procès Barbie, en 1986 et 1987. Puis il a rencontré tous les acteurs, nombreux à l'époque à être encore en vie. Enfin, il a découvert de nouveaux témoins et des documents inédits.
Au terme de ce travail étalé sur plus de vingt ans, il apporte des réponses concluantes sur la culpabilité de Hardy et ses mobiles possibles. Moulin était soupçonné d’être un 'cryptocommuniste', voire un agent soviétique, par certains résistants, qui redoutaient une prise de pouvoir des 'rouges' à l'occasion du débarquement allié, jugé imminent au printemps de 1943.
Les opérations d’intoxication mises en place par les Alliés et leurs relais pour couvrir leurs opérations en Sicile et en Corse avaient convaincu ces résistants de la réalité du débarquement en métropole. Le sacrifice de Moulin a-t-il été la conséquence ultime de cette conjonction? Telle est la grave question que pose l'ouvrage.
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G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2013.
À mon père, Jean Gelin
Introduction
Autant le dire d’emblée, dans la ténébreuse affaire Jean Moulin, ce récit ne prend pas en compte une hypothèse souvent évoquée, mais jamais retenue : l’imprudence. Moulin, le représentant du général de Gaulle en France en1942 et1943, et les participants à la réunion de Caluire, le21juin1943, ne sont pas tombés entre les mains des Alle mands à cause de libertés multiples prises avec la sécurité. Il y a eu des imprudences, cela ne fait aucun doute. Mais elles ne sont pas la cause du drame. La réunion a été livrée à la Gestapo lyonnaise. Au terme d’une enquête à certains égards interminable, cet ouvrage apporte des réponses solidement étayées sur les deux questions les plus problématiques de l’affaire Moulin, du moins sur son versant « policier » : qui a donné aux services de sécurité allemands la réunion de Caluire, le 21juin1943? Existetil un, au cours de laquelle Moulin a été arrêté mobile autre que la simple trahison qui pourrait rendre compte de cet épi sode dramatique ? Bien que soixantedix ans se soient écoulés depuis les faits, que deux procès aient été consacrés à cette affaire, en1947et1950, et de très nombreux livres et études publiés, je crois apporter des éléments suffisamment nouveaux et probants pour rouvrir le dossier. Avant d’évoquer en détail ces deux pistes, ainsi que les autres péri péties de cette affaire éclairées par mon enquête, je dois rappeler le contexte de cette dernière. Commencée à la fin de1985 et achevée pour l’essentiel en1988, elle a été prolongée sur quelques points, après une éclipse, jusqu’en2011. Klaus Barbie, l’homme fort du Sipo 1 SD (SicherheitspolizeiSicherheitsdienstLyon en) de 1943, avait été
1. Littéralement, police de sécurité (Sicherheitspolizei, ou Sipo) et service de sécurité (Sicherheitsdienst, ou SD). Les deux ont été réunis, mais sans véritable fusion, au début de
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L’Affaire Jean Moulin : trahison ou complot ?
extradé vers la France en1983. Les chefs d’inculpation de son procès n’englobaient pas l’affaire Moulin. Mais l’avocat de l’ancien officier e allemand, M Jacques Vergès, avait tôt fait de promettre des révéla tions fracassantes sur la disparition du représentant du général de Gaulle en France en19421943. Fracassantes, elles l’étaient. Mais elles ne reposaient que sur la parole de Barbie, et la sienne. Or l’un et l’autre étaient suspects de vouloir détourner l’attention des crimes contre l’humanité commis par celui que l’on a surnommé « le boucher de Lyon ». Ils se proposaient donc, dans une révolution quasi coperni cienne, de faire le procès de la Résistance. Pour résumer leur théorie, Moulin, soupçonné d’être communiste, avait été éliminé à l’occasion d’une conspiration à laquelle participaient l’officier nazi Barbie, vio lemment anticommuniste, le mouvement de Résistance Combat, en conflit aigu avec Moulin, et les services secrets américains, particuliè rement hostiles au général de Gaulle et, par voie de conséquence, à son représentant au printemps de1943.
Deux acquittements sur le fil
Durant l’aprèsguerre, deux procès ont été consacrés à cette affaire, au cours desquels un résistant important du mouvement Combat, René Hardy, en charge des sabotages sur le réseau ferroviaire pour le compte de l’Armée secrète des Mouvements unis de la Résistance (MUR), a été acquitté : la première fois, en1947, par la cour de jus tice de la Seine, et la seconde, en1950, par un tribunal militaire. Ces acquittements ne furent qu’arrachés au bénéfice du doute en1947et à la minorité de faveur en1950, et des questions subsistaient. Mais avec plus d’une centaine de témoins entendus et des documents allemands produits et décortiqués durant ces procès, il ne faisait guère de doute dans l’esprit de la plupart des historiens, des mémorialistes et des journalistes concernés que les choses en resteraient là, figées à jamais dans le doute et l’incertitude. Les documents allemands comportaient assez d’erreurs pour être entachés de soupçons, et quant aux témoi
la guerre en un « SipoSD », mais on utilise le plus souvent SD seul. Ce SD est historique ment le service de renseignements et de sécurité du parti nazi. La section IV du SipoSD est la Gestapo proprement dite (Geheime Staatspolizei, « police secrète d’État »). À Lyon, Klaus Barbie était le chef de la section IV, donc de la Gestapo au sens strict et restreint. Il ne dirigeait pas le SipoSD lyonnais, lequel comprenait bien d’autres sections, que l’on désigne abusivement par synecdoque comme la Gestapo de Lyon. La section IV était en charge, entre autres, des contreespionnages défensif et offensif et, à ce titre, des opéra tions d’infiltration.