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L'Art du comique

De
714 pages
Le rire peut-il être sérieux? Il l'est dans l'ouvrage de Dimitri Karadimos, qui nous fait profiter de son expérience et de sa culture et se lance dans une analyse d'ampleur. Qu'est-ce que le rire? D'où vient-il? Quelles sont ses origines? C'est là un échantillon des questions qu'il soulève ici, appuyant ses réponses par des exemples choisis dans une culture à la fois populaire et universelle: de Charlie Chaplin à Woody Allen, on connaît tous ces hommes de talent et d'humour. Bien loin de se moquer du lecteur, l’auteur nous montre avec sérieux et intérêt qu’on peut analyser le plus frivole et y voir autre chose qu’un simple rire: on découvre les penseurs de l’hilarité, les philosophes de l’humour, les professeurs de la pitrerie, tout cela avec un plaisir et un étonnement qui ne se démentent pas, tout au long de l’ouvrage.
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L’Art du comique Dimitri Karadimos










L’Art du comique






















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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2009


A Jerry Lewis
qui m’a donné le goût du comique dans mon enfance



« A vous les poètes du bonheur humain : l’amuseur,
l’automate, l’auguste, l’arlequin, le bouffon, le blagueur,
le charlot, le clown, le comique, les caricaturistes, le
farceur, le gaffeur, le gagman, le guignol, l’humoriste,
l’ironiste, l’imitateur, le luron, le mime, le mickey, le
pantin, le pitre, le parodiste, le pantomime, le plaisantin, le
pierrot, le satiriste, je dédie ce livre avec admiration,
amour, tendresse, respect et reconnaissance car pour moi
vous êtes les bienfaiteurs de l’humanité ».



Préface



Les penseurs
« Ceux qui savent pourquoi cette espèce de joie, qui
excite le rire, tire vers les oreilles le muscle zygomatique,
l’un des treize muscles de la bouche, sont bien des
savants », Voltaire
« Mais quel est le savant, quel est le poète, quel est le
génie qui sondera, dans ses profondeurs, ce mystère que
des désordres avérés produisent, en leur qualité, même des
désordres de plaisirs esthétiques ? » Philibert.
« Le rire se produit dans des conditions si hétérogènes
et si multiples que la réduction de toutes ces causes à une
seule est bien problématique » Th. Ribot
« Les causes du rire commencent par un "pétomane" et
se terminent à Claudel » Desproges
« Une grimace, une cabriole, une grossièreté, une
réponse absurde font rire parce qu’elles brisent en nous la
tension imposée par la logique, la politesse et la dignité du
maintien. » C. Fouchet
L’éternelle loi du rire
« Le public aime qu’on se moque de ceux qui sont plus
forts, plus puissants, plus riches, plus importants, plus
savants que lui. C’est la petite revanche classique du faible
ou de l’ignorant » J. Nohain.
11














Première partie
Les causes du rire



La cause fondamentale du rire
Les causes qui provoquent le rire sont nombreuses
mais ne sont pas de même nature. Ces causes sont :
physiologiques, psychologiques, psychophysiologiques,
ludiques, intellectuelles, morales, esthétiques et sociales.
Une sensation extérieure (la cause du rire) se présente
d’une façon imprévue et inattendue par surprise, au sens
du rieur (vue et ouïe) et lui provoque un sentiment (le
plaisir) lequel est extériorisé par un réflexe ou par une
émotion (le rire).
Cette sensation (la cause du rire) agit comme un
chatouillement lequel provoque le plaisir chez le rieur,
sentiment extériorisé par une émotion : le rire.
Donc : sensation + sens = sentiment + émotion
13 Cause du rire + rieur = plaisir + rire (première
version)
Sensation + sens = émotion + sentiment
Cause du rire + rieur = rire + plaisir
(deuxième version)

Cette sensation agit comme un chatouillement et se
présente sous les formes suivantes :
- Les chatouillements physiologiques
(chatouillement corporel)
- Les chatouillements psychologiques (faits
plaisants)
- Les chatouillements psychophysiologiques (les
faits imprévus, inattendus)
- Les chatouillements ludiques (le jeu)
- Les chatouillements intellectuels (risibles)

Donc, une sensation extérieure (la cause du rire) se
présente sous forme de chatouillement au rieur d’une
façon imprévue ou inattendue, c’est-à-dire par surprise au
rieur en lui provoquant un sentiment (plaisir, joie, gaieté,
bonne humeur) lequel s’extériorise par une émotion : le
rire.
14


1. Les causes psychophysiologiques
du rire



A. Les causes physiologiques
Cette cause (le chatouillement physiologique) est
provoquée par :
- L’amour (sexe)
- La bonne chair (bien manger et bien boire)
- Le chatouillement de la chair
- Les substances chimiques

Cette cause procure le plaisir, chez le rieur, extériorisé
par le rire.
B. Les causes psychologiques
Cette cause (le chatouillement psychologique) est
provoquée par un fait plaisant :
- La réussite
- Le succès
- La victoire
- Le triomphe
- Un heureux événement.
- Un compliment
- Une flatterie.

Ce fait plaisant qui agit comme chatouillement
psychologique procure le plaisir, la joie, la gaîté, la bonne
15 humeur, l’alacrité de l’esprit et le bonheur, sentiments
extériorisés par le rire.
C. Les causes psychophysiologiques
Cette cause (chatouillement psychophysiologique) est
provoquée par un fait imprévu, inattendu, inopportun,
soudain, impossible ou improbable, danger imaginé, peur
injustifiée.
Ce fait imprévu et inattendu qui agit comme un
chatouillement psycho physiologique, est présenté par
surprise au rieur, en lui créant une tension (confusion)
momentanée. Quand cette confusion est dissipée par le
rire, le rieur se sent rassuré (détente).
Cette cause lui provoque le plaisir lequel est extériorisé
par le rire.
D. Les causes ludiques
Ludique : Etat relatif au jeu. Activité pour passer
agréablement son temps à jouer, à s’amuser, à se distraire.
Ce chatouillement est provoqué par le jeu, lequel
provoque le plaisir au rieur extériorisé par le rire.
Ces jeux sont :
- Les jeux intellectuels : comique, humour, ironie,
esprit, jeux de mots et mots d’esprit
- Bals masqués
- Combats pétitions
- Déguisements
- Imitations
- Jeux de société
- Pantomimes
- Récréations
- Sports
16
La disposition du rieur envers ces jeux dépend de son
état ludique (humeur de jeu, son alacrité d’esprit, sa bonne
humeur, sa joie, sa gaîté, son plaisir), sentiments
extériorisés par son rire.
17


2. Les causes intellectuelles du rire



Les causes intellectuelles du rire sont :
- Les causes intellectuelles
- Les causes morales
- Les causes esthétiques
- Les causes sociales

Ces quatre causes appartiennent au domaine du risible.
A. Les causes intellectuelles
Le risible (chatouillement intellectuel) est provoqué par
une cause intellectuelle : la contradiction (contraste entre
conception et représentation).
Exemple : Don Quichotte attaque les moulins à vent.
Cette contradiction, qui constitue une anomalie du
comportement humain est provoquée par un fait : absurde,
anormal, baroque, bizarre, burlesque, cocasse,
contradictoire, déplacé, déraisonnable, inconvenant, déséquilibré,
démesuré, disproportionnel, étrange, excentrique,
grotesque, incohérent, loufoque etc.
Ce chatouillement intellectuel (le risible) provoque le
plaisir du rieur, lequel l’extériorise par le rire.
B. Les causes morales
Ce chatouillement moral est provoqué par une
dévaluation du comportement humain.
19 Exemple : Le ministre qui reçoit une tarte à la crème en
pleine figure.
Cette dévaluation est provoquée par une anomalie du
comportement humain : agressivité, bassesse,
bouffonnerie, bêtise, défaillance, défaut, discordance, distraction,
échec, embarras, grossièreté, imperfection, infirmité,
maladresse, ridicule, travers, vices, etc.
Ce chatouillement moral provoque le sentiment de
supériorité du rieur envers l’infériorité par dévaluation de
l’objet risible. Ce sentiment de supériorité procure le
plaisir au rieur lequel l’extériorise par le rire.
C. Les causes esthétiques
Ce chatouillement esthétique est provoqué par une
déformation.
Exemple : Voir la caricature créée par exagération.
Cette déformation est provoquée par : la démesure, la
discorde, la difformité, la disproportion, l’énormité, le
grotesque, la laideur etc.
Ce chatouillement esthétique provoque chez le rieur le
sentiment de supériorité envers l’infériorité par
déformation de l’objet risible.
Ce sentiment de supériorité provoque le plaisir du rieur
lequel l’extériorise par le rire.
D. Les causes sociales
Ce chatouillement social est provoqué par
l’inadaptation d’une personne à son environnement.
Exemple : Voir l’avare de Molière
Cette inadaptation est provoquée par l’automatisme ou
la raideur d’une personne qui n’arrive pas à s’adapter à
son environnement.
20 Ce chatouillement social provoque le sentiment de
supériorité du rieur envers l’infériorité par inadaptation de la
personne objet du risible.
Ce sentiment de supériorité provoque le plaisir du rieur
lequel l’extériorise par le rire et agit comme une brimade
sociale qui veut ramener la brebis égarée (la personne
inadaptée) à son bercail.
Règle générale
La manière pour présenter la cause du rire au rieur est
toujours la surprise (imprévu + inattendu = surprise)
Dans tous les cas, ce chatouillement (la cause du rire)
est présenté au rieur d’une façon imprévue ou inattendue
c’est-à-dire par la surprise.
Cette surprise crée une confusion momentanée du rieur
(tension) laquelle est dissipée par le rire qui provoque
l’expansion du rieur (détente)
21


3. L’histoire des causes du rire



I. Les causes

Les théoriciens des causes du rire par ordre
chronologique sont :
- Socrate : 470-399 av. J.-C. (causes ludiques)
- Platon : 428-348 av. J.-C. (causes morales)
- Aristote : 384-322 av. J.-C. (causes esthétiques)
- Cicéron : 106-42 av. J.-C. (causes intellectuelles)
- Pascal : 1623-1662 (causes psychophysiologiques)
- Spinoza : 1632-1677 (causes psychologiques)
- Darwin : 1809-1882 (causes physiologiques)
- Bergson : 1859-1941 (causes sociales)
A. Les causes ludiques
D’après Socrate, tout ce qui est tragique devient
comique si nous le prenons en humeur de jeu.
B. Les causes morales
D’après Platon, le rire est plaisir qui peut être engendré
par la perception du ridicule chez autrui (dévaluation de la
dignité humaine).
Le ridicule est un vice, un grand défaut qui s’oppose
directement à la prescription recommandée par l’inscription
de Delphes :
« Connais-toi, toi-même ! »
23 C. Les causes esthétiques
D’après Aristote le rire est provoqué par le risible
lequel consiste à une difformité ou à une laideur, suite à une
dévaluation des valeurs esthétiques : l’harmonie, la beauté,
l’ordre et l’équilibre.
D. Les causes intellectuelles
D’après Cicéron, le rire est provoqué par une
contradiction entre l’impassibilité de la physionomie et les
plaisanteries racontées.
E. Les causes psychophysiologiques.
D’après Pascal le rire est provoqué par la surprise.
C’est la réaction d’une personne quand on lui présente
un fait, un acte ou une parole d’une façon imprévue et
inattendue.
F. Les causes psychologiques
D’après Spinoza le bon rire est provoqué par la joie et
le plaisir. Le mauvais rire est provoqué par la colère et la
haine.
A la première catégorie appartient la plaisanterie. A la
seconde appartient la moquerie, la tromperie, la taquinerie
et le sarcasme.
24 G. Les causes physiologiques
D’après Darwin le chatouillement imprévu du corps et
de l’esprit provoque des contradictions courtes, des
saccades spasmodiques des muscles thoraciques et du
diaphragme des sons saccadés à répétition et les yeux se
remplissent de larmes.
H. Les causes sociales
D’après Bergson le rire est provoqué par l’inadaptation
d’une personne à son environnement.
Cette insociabilité de la personne est provoquée par son
automatisme et sa raideur. Dans le premier cas nous avons
la mécanisation de la vie.
« Plaquer le mécanique sur le vivant. »
L’homme agit comme une machine par des
mouvements, c’est à dire par répétition, inversion, interférence,
boule de neige, diable à ressort et pantin à ficelles.
Dans le deuxième cas, par la raideur de son caractère
n’arrive pas à s’adapter dans son environnement.
Mais dans les deux cas, le rire agit comme une brimade
sociale, qui veut ramener à son bercail la brebis égarée.

25 II – Le plaisir de rire

Toute cause du rire qui agit comme chatouillement,
provoque le plaisir chez le rieur lequel il l’extériorise par
le rire.
Il existe trois catégories de plaisir :
- Les plaisirs du corps
- Les plaisirs de l’âme
- Les plaisirs de l’esprit

a) Les plaisirs du corps sont les causes qui provoquent
les plaisirs du corps et qui sont de nature physiologique.
Ces causes sont :
- Le chatouillement sur certaines parties sensibles du
corps humain
- Les plaisirs de la bonne chère : bien boire, bien
manger, le sexe, les substances chimiques etc.

Toutes ces causes procurent du plaisir à son destinataire
lequel les extériorise avec le rire.

b) Les plaisirs de l’âme sont les causes qui provoquent
les plaisirs de l’âme et qui sont de nature psychologique,
psychophysiologique et ludique et qui agissent toujours
comme un chatouillement.
Ces causes sont :
- Les faits plaisants (réussites, succès, victoires,
flatteries, éloges, honneurs). Toutes ces causes
provoquent le plaisir à son destinataire lequel
l’extériorise par un rire sain.
- Les faits déplaisants (échecs, petits malheurs) qui
arrivent à un ennemi ou à une personne qu’on
déteste ou qu’on jalouse. Toutes ces causes procurent
un plaisir malsain à son destinataire lequel
l’extériorise par un rire malsain.
26 - Les faits imprévus ou inattendus (gagner au loto,
hériter d’une grosse somme, rencontrer une
personne inopinément, une peur injustifiée, un danger
imaginable). Toutes ces causes provoquent par
surprise un grand plaisir à son destinataire lequel
l’extériorise par un rire joyeux.

Les jeux (bals masqués, combats, compétitions,
déguisements, imitations, jeux de société, pantomimes,
récréations, sports). Toutes ces causes provoquent le
plaisir du joueur qui l’extériorise par le rire.
Dans tous les cas une cause du rire provoque toujours
une confusion momentanée du rieur (tension) laquelle est
dissipée par le rire en lui provoquant différents sentiments
de sécurité, de supériorité, du plaisir, de la joie et de la
gaieté.
27


4. Le rire dans le domaine de l’art
du comique (le risible artificiel)



Les plaisirs de l’esprit sont les causes qui provoquent le
plaisir de l’esprit par contradiction, par dévaluation, par
déformation et par inadaptation.
Ces causes sont intellectuelles, morales, esthétiques,
sociales. Le risible est provoqué par les anomalies du
comportement humain.
Les anomalies sont : les absurdités, les bouffonneries,
les contradictions, les défauts, les déformations, les
désaccords, les disharmonies, les discordances, les disputes, les
distractions, les déviations, les dévaluations, les échecs,
les excès, les exagérations, les excentricités, les
extravagances, les faiblesses, les folies, les inadaptations, les
incohérences, les incongruités, les infirmités, les
insociabilités, les lacunes, les laideurs, les maladresses, les
méchancetés, les passions, les raideurs, les ridicules, les
stupidités, les travers, les vanités, les vices, les
vulgarités etc.
Ces anomalies du comportement humain provoquent le
sentiment de supériorité du rieur envers l’infériorité de
l’objet du risible. Cela procure le plaisir au rieur, lequel
l’extériorise par le rire.
Les causes du rire provoquées par le risible
- Le comique est un jeu intellectuel qui imite la vie
du côté léger, plaisant, risible dans un état d’esprit
29 ludique, d’alacrité et de bonne humeur de son
auteur.
- L’humour est une disposition d’une personne de
voir la vie du côté léger, plaisant et risible.
- L’ironie est une forme de rhétorique qui consiste à
dire le contraire de ce que l’on pense.
- L’esprit consiste en une pensée brillante, fine et
ingénieuse.
- La plaisanterie est une chose dite ou faite pour
amuser, distraire ou faire rire
- Le risible est une entreprise de démolition ludique
de tout ce qui est humain : caractères, actes,
paroles, valeurs et il est considéré comme tout ce qui
nous fait rire.
- Le ridicule est le risible involontaire qui provoque
le rire ludique à cause de la bêtise, de l’ignorance
et de l’inadaptation de son auteur.
Troisième règle générale
Le rire dépend de l’efficacité de la cause qui le
provoque dans le domaine du risible artificiel ou comique, mais
aussi bien de la disposition de son destinataire : le rieur.
La disposition du rieur dépend :
- De son état ludique
- De sa bonne humeur
- De son humeur de jeu
- De son refus de prendre les choses au sérieux
- De son sens de l’humour
- De sa disposition à jouer car le risible artificiel est
un jeu intellectuel
- De sa tolérance envers les défauts de la personne
risible et de la critique exercée par l’auteur du
comique.
30 Conclusion
Le rire est provoqué par le plaisir suite à un
chatouillement :
- Les plaisirs de la chair (chatouillements
physiologiques, manger, boire, sexe, substances chimiques)
- Les plaisirs de l’âme (chatouillements
psychologiques, faits plaisants, faits imprévus)
- Les plaisirs de l’esprit (chatouillements
intellectuels, risible), provoqué soit par contradiction, soit
dévaluation, soit par déformation ou inadaptation.
31


5. Le sérieux – le ludique – le risible



A. Le sérieux
Etat de celui qui ne rit pas et qui ne plaisante pas.
D’après Jankélévitch (1903-1983) « Le sérieux est la
toile de fond sur laquelle se détachent le comique et le
tragique ».
D’après Chamfort (pour les gens qui sont toujours
graves et qui ne rient pas) « La gravité est le bouclier des
imbéciles ».

Platon, philosophe grec (428-348 av. J-C), "La cité
idéale est la cité où règne la mesure, la maîtrise et
l’harmonie des hommes libres de la cité".
B. Le ludique
Le ludique, d’origine latine, provient du mot ludus qui
signifie jeu.
Ludique : Activité pour passer agréablement son
temps : jouer, s’amuser et se distraire.
L’état ludique d’une personne signifie que la personne
se refuse prendre les choses au sérieux, qu’elle est en
humeur de jeu, qu’elle est de bonne humeur et qu’elle est
disposée à jouer, à s’amuser, à se distraire et à rire.
Etant donné que le comique est un jeu intellectuel entre
son créateur (le comique) et son destinataire (le rieur), il
faut que celui-ci se trouve en état ludique pour apprécier le
33 comique. Quand on est dans cet état, les choses sérieuses
peuvent devenir risibles et provoquer le rire.
D’après Socrate : « Tout ce qui est tragique devient
comique si nous le prenons en humeur de jeu »
C. Le risible
Comme risible est considéré tout ce qui provoque le
rire volontairement ou involontairement.
Il y a trois catégories du risible :
- Le risible naturel : c’est le risible vécu ou
accidentel
Exemple : La personne qui reçoit un pot de
peinture sur la tête
- Le ridicule : c’est le risible provoqué par la bêtise,
l’ignorance ou l’inadaptation de son auteur
Exemple : Une femme laide habillée comme une
jeune fille.
- Le ridicule artificiel : il s’agit du ridicule joué,
imité, interprété et construit.
- Le risible artificiel ou comique : c’est le risible qui
est joué, imité, interprété par une personne
Exemple : L’acteur qui imite l’avare de Molière

Le risible artificiel ou comique est un jeu intellectuel
qui imite la vie vue du côté léger, plaisant, dans un état
d’esprit ludique, d’alacrité et de joie et de bonne humeur
de son imitateur (l’auguste, le bouffon, le comique). Son
but est d’amuser, de distraire, de faire rire son public.
D’après Schopenhauer (1788-1860) « La vie est une
tragédie dans son ensemble et une comédie dans ses
détails »
Et d’après un Proverbe espagnol « La vie est une
tragédie pour celui qui sent et une comédie pour celui qui
pense ».
34 D. Le sérieux – le risible
Il y a deux façons d’imiter la vie dans le domaine de
l’art.
- La façon sérieuse, grave et pénible
Prendre tout au sérieux, vu du côté grave et
pénible.
A cette catégorie appartient le drame et la tragédie.
C’est un art qui provoque la peur et la pitié,
sentiments qui conduisent à la tristesse et aux larmes.
Dans ce cas, le but du drame et de la tragédie
consiste à plaire, à émouvoir et provoque la
purgation des passions par la peur, la pitié et les larmes.
- La façon risible, légère et plaisante.
Se refuser à prendre les choses au sérieux. Voir la
vie du côté léger, plaisant et risible.
A cette catégorie appartient la parodie, la comédie,
l’humour, l’ironie et la plaisanterie.
Dans ce cas, le but de la comédie consiste à plaire,
à amuser, à distraire et à provoquer la purgation
des anomalies du comportement humain (défauts,
excès, contradictions) par la joie, la gaîté et le rire.
35


6. L’imitation



A. Définition
Action qui consiste à reproduire volontairement ou de
chercher à reproduire une apparence, un geste, une parole
ou un acte d’autrui.
Reproduction volontaire, consciente des gestes, des
mouvements, des paroles et des actes d’une personne.
Le comique est un acte d’imitation de la vie, vu du côté
léger, plaisant, risible dans un état ludique, d’alacrité, de
bonne humeur de l’esprit de son imitateur.
L’imitation comique met en relief : l’imperfection, les
défauts, les excès, les contradictions, les passions, les
travers et les vices de la personne imitée.
L’imitation comique est un jeu qui consiste à
reproduire les actes et les paroles d’une personne ou le
comportement d’un animal ou le fonctionnement d’une
machine soit par contradiction, soit par dégradation, soit
par exagération c’est-à-dire par la dévaluation ludique.
Tout art est un acte d’imitation.
B. Le but de l’imitation
Son but est de plaire, amuser, distraire, faire rire,
attaquer, critiquer, se moquer, ridiculiser et détruire.
37 C. Sa technique
La technique de l’imitation comique peut s’expliquer
par la théorie de la contradiction (d’Elie Auboin)
c’est-àdire à concilier les inconciliables.
La technique de l’homme qui imite un animal consiste
à concilier l’homme et l’animal ou un homme qui en imite
un autre.
Exemple : Yves le Coq qui imite Jacques Chirac tente
de concilier Yves le Coq et Jacques Chirac en un seul
personnage.
Donc, l’imitation consiste à copier ou reproduire le
comportement d’autrui.
L’imitation comique procède par dévaluation ludique
de la personne imitée. Elle procède de trois façons.
- Soit par dégradation
Elle dégrade la personne imitée en mettant en
évidence ses défauts.
L’imitateur ridiculise le modèle qui imite par
dégradation.
- Soit par exagération
Elle exagère d’une façon caricaturale les excès de
la personne imitée.
- Soit par contradiction
Elle présente les travers de la personne imitée en
mettant en évidence ses imperfections, ses
contradictions, ses extravagances, ses incongruités.
L’imitation par contradiction procède par la
conciliation des inconciliables.
Exemple : l’homme qui imite l’animal. Concilier
l’homme et l’animal.

Les procédés de l’imitation sont : caricaturer, parodier,
ridiculiser.
38 D. Les catégories de l’imitation
a) L’imitation saine.
L’imitateur étant dans un état ludique, d’alacrité
d’esprit et de bonne humeur, imite son modèle seulement
pour le rendre risible et cela pour amuser, distraire et faire
rire.
b) L’imitation malsaine
Si les intentions de l’imitateur sont mauvaises et
fondées sur l’agressivité, la méchanceté et de mauvaise
humeur, son intention est de le rendre ridicule, de se
moquer, d’attaquer, de critiquer, de ridiculiser, de détruire son
modèle.
Il procède par cynisme et sarcasme et il devient nuisible
et dangereux pour son modèle.
E. L’imitateur
C’est le personnage qui s’efforce de faire exactement ce
qui fait son modèle – une autre personne ou un animal ou
un objet.
L’imitateur essaie de reproduire les grimaces, les tics,
les gestes, les attitudes, les mouvements, les actes, les
paroles de la personne imitée.
L’imitateur procède de trois façons pour son imitation :
- Soit par dégradation : il met en évidence les
défauts de la personne imitée.
- Soit par exagération : il met en évidence les excès
– d’une façon caricaturale – de la personne imitée.
- Soit par contradiction : il met en évidence les
absurdités, les bouffonneries, les extravagances et les
incongruités de la personne imitée.

39 L’imitateur procède de cette façon pour se rendre
risible.
Son but est d’amuser, de distraire et surtout de faire rire
son public.
L’imitateur procède toujours par dévaluation de son
modèle pour le rendre risible ou ridicule et ainsi amuser la
galerie !
L’imitateur met en évidence le côté négatif de la
personne imitée. Ce côté négatif du personnage imité est
fondé sur les anomalies de son caractère et de son
comportement.
Au fond, une imitation, n’est jamais innocente !
Une imitation peut être motivée par l’agressivité, le
cynisme, le défi, la dérision, l’impiété, l’irrespect, la jalousie,
la malice, la méchanceté, la méprise, la moquerie, la
provocation, la raillerie, le ridicule, le sarcasme, la sottise, la
taquinerie et la vengeance.
Les imitateurs sont : l’amuseur, l’auguste, l’arlequin,
l’automate, le bouffon, le clown, le comique, le
caricaturiste, le farceur, le gaffeur, le gagman, le guignol,
l’humoriste, l’imitateur, l’ironiste, le luron, le mime, le
pantin, la pantomime, le pitre, le plaisantin, le pierrot, le
satiriste et le saltimbanque.
F. Les opinions sur l’imitation (citations)
« Un bon imitateur crache comme son modèle. »
Molière.
« Peut devenir comique toute difformité qu’une
personne bien conforme arriverait à contrefaire. » Bergson.
« L’imitation consiste à isoler les traits ou les
particularités d’une personne, ses façons de parler, d’agir, de se
mouvoir, de l’ensemble dont ils font partie et qui leur
confère leur signification » Lipps
40 « L’imitation comique vise donc à mettre en relief
l’imperfection, le défaut, le tic de la personne imitée. Elle
vise la difformité inconsciente, la difformité sans douleur
d’Aristote » Latour.
« L’imitation comique permet donc de renverser
éventuellement, pour un moment, l’ordre hiérarchique » Latour
Exemples : Les élèves imitant leurs maîtres (vengeance
sur l’effigie)
L’homme imitant la femme
La femme imitant l’homme
L’adulte imitant l’enfant
L’enfant imitant l’animal
L’animal imitant l’homme (singe)
La machine imitant l’homme (robot)
« Tout l’art de l’imitation consiste à concilier ce qui est
inconciliable dans un état ludique de l’esprit de
l’imitateur » Auboin
« Lorsque l’imitation est réussie, elle produit
l’admiration pour l’imitateur qui gagne du prestige auprès
des spectateurs » Latour
« L’imitation comique procède par dévaluation ludique
du modèle imité et elle procède soit par dégradation, soit
par exagération, soit par contradiction ». D. K.
41


7. Les théories sur les causes du rire



Les théories sur les causes du rire sont :
A. Causes physiologiques
Selon Homère, la cause est la bonne chair
Selon Anacréon, la cause est la bonne chair et l’amour
(sexe)
Selon Rabelais, la cause est la bonne chair.
Selon Darwin, la cause est le chatouillement
Selon Spencer, les causes sont l’excitation nerveuse
(chatouillement physiologique qui provoque le plaisir au
rieur, extériorisé par le rire) et les substances chimiques.
Donc : la bonne chair, l’amour, le chatouillement et
l’excitation nerveuse agissent comme un chatouillement
physiologique sur l’être humain en lui provoquant le
plaisir, lequel est extériorisé par le rire.
- Sensation + sens = sentiment + émotion
- Chatouillement + rieur = plaisir + rire
- Cause du rire + rire = plaisir + rire
B. Causes psychologiques
Les causes psychologiques sont provoquées par un fait
plaisant ou déplaisant :
- Selon Homère, les causes sont la joie et
l’exubérance.
43 - Selon Descartes, les causes sont la joie,
l’admiration et la haine.
- Selon Spinoza, les causes sont la joie, la colère et
la haine.
- Selon Destouches, la cause est la joie
- Selon Montesquieu, les causes sont la joie, la
vanité et l’orgueil.
- Selon Pagnol, les causes sont la gaîté, la
supériorité, l’orgueil et le triomphe.
- Selon Spencer, les causes sont le plaisir et la
douleur.
- Selon Voltaire, les causes sont la malignité et
l’orgueil.
- Selon Maurois, la cause est la peur injustifiée.

Donc : Un fait plaisant ou un fait déplaisant, présenté
d’une façon imprévue ou inattendue c’est-à-dire par
surprise agit comme un chatouillement psychologique sur
l’être humain en lui provoquant le plaisir, la joie et la gaîté
pour le fait plaisant ou la colère, la haine, la vanité et
l’orgueil pour le fait déplaisant, sentiments bons ou
mauvais extériorisés par le rire.
Sensation + sens = sentiment + émotion
Fait plaisant + rieur = plaisir – joie-gaieté + rire
Fait déplaisant + rieur = colère – haine – vanité – orgueil
+ rire cynique, sarcastique, moqueur, méchant
C. Les causes psycho – physiologiques
Ces causes sont provoquées par un fait imprévu,
inattendu, impossible ou improbable, lequel produit une
confusion (tension) momentanée du rieur, dissipée par le
rire (détente).
Deuxième cas : par un fait dangereux ou imaginé.
44 Ces causes provoquent une confusion momentanée
(tension), une peur ou angoisse, laquelle est dissipée par le
rire. Cela provoque le sentiment de sécurité du rieur,
lequel lui procure le plaisir qu’il extériorise par le rire.
- Selon Descartes, les causes sont le spontané et la
surprise.
- Selon Pascal, les causes sont l’imprévu et
l’inattendu
- Selon Destouches, la cause est la surprise
- Selon Johnson, les causes sont le soudain et
l’inattendu
- Selon Marmontel, les causes sont l’imprévu et
l’inexplicable.
- Selon Hegel, les causes sont la surprise, l’inattendu
et le spontané.
- Selon Darwin, la cause est la surprise
- Selon Kierkegaard, les causes sont la surprise et le
soudain
- Selon Spencer, la cause est le soudain
- Selon Lacombe, les causes sont l’imprévu et
l’inopportun
- Selon Prat, les causes sont l’inopiné et l’inattendu
- Selon Sully, les causes sont l’inhabituel et l’insolite
- Selon Oz-Amos, la cause est l’inattendu.
Réaction du rieur à la cause psychophysiologique du rire :
- Selon Kant, la réaction est l’attente déçue.
- Selon Souriau, la réaction est l’annulation brusque
de l’angoisse du rieur.
- Selon Karadimos, la réaction est la confusion,
l’expansion.
- Selon Eastman, la réaction est la déception du
rieur.
- Selon Fabre, les réactions sont le désarroi – rassuré
et le désarroi momentané résolu brusquement.
- Selon Philibert, la réaction est l’erreur rectifiée
45 - Selon Sully, la réaction est l’expansion après la
compensation du rieur.
- Selon Saulnier, la réaction est l’oscillation de
l’esprit du rieur entre le réel et irréel.
- Selon Maurois, la réaction est la peur injustifiée,
dissipée par le rire.
- Selon Hippocrate, la réaction est la petite crise
d’épilepsie
- Selon Anacréon, la réaction est la petite crise de
folie.
- Selon Victorrof, il y a réaction de défense.
- Selon Lipps, la réaction est la sidération lumière.
- Selon Descartes, la réaction est la surprise devant
l’inattendu.
- Selon Sully, la réaction est la surprise devant
l’insolite.
- Selon Souriau, les réactions sont la tension et la
détente.

Donc : Un fait imprévu ou inattendu, improbable ou
impossible, présenté par surprise agit comme un
chatouillement psychophysiologique sur l’être humain en lui
provoquant une confusion momentanée (tension).
L’esprit du rieur oscille pour un instant devant le fait
imprévu après avoir constaté que ce fait imprévu n’a pas
aucune conséquence sur sa sécurité ou qu’il n’est pas
assez grave ou qu’il a une issue heureuse, il prend du plaisir
qu’il extériorise par le rire (détention).
Sensation + sens = sentiment + émotion
Fait imprévu + rieur = plaisir + rire
46 D. Les causes ludiques
Le rire dépend de la cause qui le provoque mais aussi
de la disposition du rieur. Selon Socrate, la cause du rire
est le jeu.
La disposition du rieur consiste à l’:
- Alacrité de l’esprit du rieur (Karadimos)
- Bonne humeur (Karadimos)
- Etat ludique du rieur (Eastman)
- Humeur de jeu du rieur (Socrate)
- Euphorie du rieur (Karadimos)
- Refus de prendre les choses au sérieux (Delacroix)
- Insensibilité à la victime du rire (Bergson)
- Liberté de l’esprit du rieur. (Lotze)
- Exclusion de celui dont on rit (Dupreel)
- Disposition du rieur, complicité du rieur (Sareil)
- Tolérance du rieur (Karadimos)
- Voir les choses du côté léger, plaisant, risible, dans
un état ludique, d’alacrité et de bonne humeur de
l’esprit.

Donc : Le jeu agit comme un chatouillement ludique
sur le rieur en provoquant le plaisir, la joie et la gaîté,
sentiments extériorisés par le rire.
Sensation + sens = sentiment + émotion
Jeu + joueur = plaisir, joie, gaîté + rire.
E. Les causes intellectuelles
Dans ce cas, la cause du rire est provoquée par le
risible, lequel à son tour est provoqué par une contradiction,
dévaluation, déformation, inadaptation.
Dans tous les cas le risible est provoqué toujours par la
dévaluation ludique de la dignité humaine.
47 Exemple : Quelqu’un qui tombe ou reçoit un pot de
peinture sur la tête (dévaluation de sa dignité).
Donc, le risible artificiel ou comique est provoqué par
une dévaluation ludique de l’être humain et cela de trois
façons :
- Soit par dégradation (défauts)
- Soit par exagération (excès)
- Soit par Contradiction (travers)

Risible artificiel ou comique = dévaluation ludique.
Le risible artificiel ou comique est provoqué par la
dévaluation ludique de l’objet risible.
F. Les causes intellectuelles, morales, esthétiques,
sociales du rire : le risible.
Les causes intellectuelles, morales, esthétiques et
sociales du rire sont :
- L’absurde (Chapiro) ité de l’existence (Démocrite)
- L’agressivité (Marx Brothers)
- L’anarchie (Marx Brothers)
- L’anomalie (Karadimos)
- L’anormal (Prat)
- Affirmer et nier la même chose à la fois (Dumont)
- Adulte resté enfant (Langdon)
- Accidents légers (Thalès)
- Automatisme (Bergson)
- Antagonisme (Batteux)
- Autodérision (Anaxagore)
- Baroque (Mélinand)
- Bassesse (Ribot)
- Bizarre (Darwin)
- Bouffonnerie (Plaute)
- Burlesque (Sennett)
48 - Bêtise humaine (Héraclite)
- Caractère (La bruyère)
- Caricature (Jankélévitch)
- Catastrophes (Sennett)
- Cataclysmes (Sennett)
- Comique (Dumas)
- Cocasse (Baudelaire)
- Clown (Anglais)
- Conflits (Batteux)
- Conventions humaines piétinées (Marx Brothers)
- Chutes (Sennett)
- Cynisme (Diogène)
- Comprendre à retardement (Hardy)
- Contradiction (Prat) ictoire (Cicéron)
- Contraste entre :
. Absurde – réel (Chapiro)
. But – moyens (Hegel)
. Bien – mal (Goethe)
. Convenance – inconvenance (Beattie)
. Concept – intuition (Renouvier)
. Cause – effet (Delage)
. Fond – forme (Hegel)
. Harmonie – discorde (Beattie)
. Idéal – réalité (Dugas)
. Idée – fausse performance (Emerson)
. Idée – objet (Marmontel)
. On dit – on voit (Pascal)
. Perfection – imperfection (Mendelssohn)
. Raison – monde fini (Richter)
. Réalité – imagination (Cervantès)
. Représentation – conception (Schopenhauer)
. Sens – contre sens (Heymans)
- Concilier les inconciliables (Auboin)
- Contraire à l’idéal (Michiels)
- Combinaison inextricable (Kierkegaard)
49 - Déformation (Aristote)
- Dévaluation (Lalo)
- Dégradation (Bain)
- Dégradation d’une valeur (Bain)
- Déplacé (Lacombe)
- Dérision (Jankélévitch)
- Défauts (Aristote)
- Défauts psychiques et moraux (Diderot)
- Désaccord (Batteux)
- Discordance entre cause/effet (Delage)
- Déraisonnable (Mélinand)
- Délire (Marx Brothers)
- Déséquilibre (Lacombe)
- Démesure (Lacombe)
- Désordre (Philibert)
- Démolition ludique (Karadimos)
- Destruction réciproque (Laurel – Hardy)
- Défaillances (La Rochefoucauld)
- Déguisement (Bergson)
- Dévaluation d’une valeur (Lalo)
- Dévalorisation systématique de l’effort (Latour)
- Défauts de fonctions (Diderot)
- Dandy dans des situations embarrassantes (Linder)
- Difformité (Aristote)
- Dissimulation (Chaplin)
- Discordance descendante (Spencer)
- Dignité humaine dégradée (Sennett)
- Dispute (Homère)
- Discordance (Batteux)
- Distraction (Thalès)
- Disproportion (Bergson)
- Double jugement (Dumont)
- Exagération (Baudelaire)
- Excentrique (Anglais)
- Extraordinaire (Floegel)
- Excès (Rabelais)
50 - Etonnant (Floegel)
- Etrange (Dumont)
- Enormité (Rabelais)
- Embarras (Linder)
- Echec (Descartes)
- Echec mérité (Latour)
- Etre transformé en chose (Cervantès)
- Etat ludique du rieur (Eastman)
- Faire l’idiot sérieusement (Keaton)
- Faute (Aristote)
- Farce (Pagnol)
- Faiblesse humaine (Esope)
- Faire le bouffon, l’idiot, le pitre (Lewis)
- Folie (Fontenelle)
- Fantastique (Kafka)
- Féroce (Fields)
- Gag (Sennett)
- Grands défauts (Platon)
- Gauloiserie (Rabelais)
- Grossièreté (Aristophane)
- Grotesque (Baudelaire)
- Gestes (Bergson)
- Grimaces (Bergson)
- Humour (Anglais)
- Humour noir (Breton)
- Héros comiques (Sennett)
- Ironie (Socrate)
- Insulte (Marx Brothers)
- Imitation comique (Imitateurs)
- Interrogatoires (Marx Brothers)
- Ivrogne (Fields)
- Inversion (Bergson)
- Interférence (Bergson)
- Imperfections légères (Stewart)
- Inadaptation (Bergson)
- Insociabilité (Bergson)
51 - Insolite (Sully)
- Incohérent (Prat)
- Incongruité (Darwin)
- Impossible (Sennett)
- Impiété (Anaxagore)
- Infirmité (Hobbes)
- Inconvenance (Beattie)
- Insuffisance (Latour)
- Irrespect (Marx Brothers)
- Ineptie (Hardy)
- Irréel (Chamfort)
- Illusions (Aristophane)
- Inadaptation dans le monde moderne (Tati)
- Laideur (Aristote)
- Lacunes (La Rochefoucauld)
- Loufoque (Marx Brothers)
- Lunaires (Langdon)
- Luttes (Sennett)
- Le plus de l’équilibre (Michiels)
- Le moins de l’équilibre (Michiels)
- Légères imperfections (Stewart)
- Malheurs d’autrui (Descartes)
- Maladresse (Hardy)
- Malheur moindre (Thalès)
- Malveillance (Platon)
- Méchanceté (Fields)
- Misanthrope (Molière)
- Manque d’harmonie (Batteux)
- Mensonges (Chamfort)
- Malice (Ribot)
- Méprise (Voltaire)
- Moquerie (Horace)
- Mécanique plaquée sur du vivant (Bergson)
- Naïf (Freud)
- Non-sens (Sennett)
- Négligence des lois (Schwab)
52 - Obstacles (Batteux)
- Œil pour œil (Laurel – Hardy)
- Opposition des semblables (Auboin)
- Parodie (Cervantès)
- Passion (Molière)
- Pantin (Bergson)
- Plaisanterie (Horace)
- Petite misère (Descartes)
- Petits malheurs (Descartes)
- Pitre (Lewis)
- Passer du sublime au ridicule (Woody)
- Provocation (Marx Brothers)
- Poursuite (Sennett)
- Plaquer le mécanique sur le vivant (Bergson)
- Plaquer le vivant sur la mécanique (Disney)
- Plaquer l’humain sur l’animal (Disney)
- Plaquer l’animal sur l’humain (Imitateur)
- Parler gravement pour des bagatelles (Allais)
- Plaisanter avec la physionomie impassible
(Cicéron)
- Présenter des situations absurdes d’une façon très
sérieuse (Karadimos)
- Quiproquos (Labiche)
- Raideur (Bergson)
- Répétition (Bergson)
- Rêveur (Langdon)
- Ridicule (Platon)
- Rivalité des adversaires (Laurel – Hardy)
- Refus de l’ordre moral et social (Marx Brothers)
- Réaction d’adulte en réaction d’enfant (Laurel) ’enfant en réaction d’adulte (Imitateur)
- Réaction d’homme en réaction de femme
(Imitateur)
- Réaction de femme en réaction d’homme
(Imitateur)
53 - Réunion soudaine de deux aspects incompatibles
(Kierkegaard)
- Ridiculiser la dignité humaine (Sennett)
- Sadisme (Fields)
- Scatologie (Aristophane)
- Somnambule (Langdon)
- Stupidité (Héraclite)
- Sarcasme (Diogène)
- Situation embarrassante – garder sa dignité
(Chaplin)
- Taquinerie (Pascal)
- Travers des hommes (Chamfort)
- Tarte à la crème (Sennett)
- Tics (Bergson)
- Trivialités (Aristophane)
- Transformer un être en chose (Cervantès)
- Tête immobile, corps mobile (Keaton)
- Utopies (Aristophane)
- Union qui produit le contraste au plus haut niveau
(Meiners)
- Union des choses discordantes (Campbell)
- Vanité (Diderot)
- Vengeance (Laurel et Hardy)
- Vices (Platon)
- Vulgarités (Aristophane)
- Vieux enfants (Langdon)
- Vengeance réciproque (Laurel – Hardy)
- Vagabond qui se comporte en gentleman (Chaplin)
G. Conclusion
Suite à nos recherches nous avons constaté : l’existence
de 166 théories sur les causes qui provoquent le rire.
Ces 166 théories sont groupées en huit catégories.
54 - Théories physiologiques : chatouillement – plaisirs
de la chair
- Théories psychologiques : joie – gaîté – plaisir de
l’âme + plaisir d’esprit
- Théories psychophysiologiques : surprise – attente
déçue – plaisir de l’âme + plaisir d’esprit
- Théories ludiques : plaisirs du jeu
- Théories intellectuelles : risible par contradiction –
plaisir de l’esprit
- Théories morales : risible par dévaluation – plaisir
de l’esprit
- Théories esthétiques : risible par exagération ou
déformation – plaisir de l’esprit
- Théories sociales : risible par inadaptation – plaisir
de l’esprit

Donc sensation + sens = sentiment + émotion
Cause du rire + rieur = plaisir + rire
H. Observations
1. Les huit catégories sur les causes de rire nous pouvons
les classer en deux groupes
I).Groupe psychophysiologique composé de quatre
catégories :
- Causes physiologiques
- Causes psychologiques
- Causes psychophysiologiques
- Causes ludiques

II).Groupe intellectuel composé de quatre catégories :
- Causes intellectuelles
- Causes morales
- Causes esthétiques
- Causes sociales
55
Qui constituent le risible par une contradiction, une
dévaluation, une exagération ou une déformation et une
inadaptation.

2. Toutes ces théories sur les causes du rire fonctionnent
de la même façon.
S1 + S2 = S3 + E OU
S1 + S2 = E + S3
Sensation + Sens = Sentiment + Emotion

Risible = S1 = Sensation (chatouillement, fait plaisant, fait
imprévu, jeu) excitation = cause de rire.
Rieur = S2 = Sens
Plaisir = S3 = Sentiment
Rire = E = Emotion – Réflexion
Donc nous constatons :
Sensation = Fait plaisant = Chatouillement psychologique
Sensation = Fait imprévu = chatouillement
psychophysiologique
Sensation = Jeu = chatouillement ludique
Sensation = Risible = chatouillement intellectuel

3. Une sensation sous forme d’excitation (chatouillement)
ou sous forme de fait plaisant, fait imprévu, jeu, risible.
(S1) présentée au rieur (S2) d’une façon imprévue ou
inattendue c’est-à-dire par surprise, elle crée une confusion
momentanée chez celui-ci (tension)
Suite à cette confusion provoquée par le
chatouillement, l’esprit du rieur, dérouté momentanément oscille
entre le sérieux et le risible pour trouver son équilibre
(détente)
Une fois la confusion dissipée, nous avons deux
versions de la conclusion.
S1 + S2 = S3 + E
Chatouillement + Rieur = (plaisir, joie, gaîté) + Rire.
56 Ou S1 + S2 = E + S3
Chatouillement + Rieur = Rire + (plaisir, joie, gaîté)
4. D’après les théoriciens de la théorie psychologique, la
joie est considérée comme une cause qui provoque le rire.
La joie en tant que sentiment ne peut pas exister sans
raison. La joie ici est prise comme une cause qui provoque
le rire.
En vérité, la joie est à la fois l’effet provoqué par une
cause extérieure c’est-à-dire un fait plaisant (gagner le
Lotto).
S1 + S2 = S3 + E.
Fait plaisant + rieur = plaisir – joie + rire

5. D’après les théoriciens de la théorie psycho –
physiologique la surprise est considérée comme une cause qui
provoque le rire.
La surprise par elle-même ne constitue pas une cause
du rire. Elle est un moyen de présenter une cause de rire
(fait plaisant, fait imprévu, fait inattendu, risible) mais pas
la cause elle-même.

6. Par contre les théories intellectuelles, morales,
esthétiques et sociales fonctionnent de la même façon : le risible
(provoqué par une contradiction, une dévaluation, une
exagération, une déformation, une inadaptation) agit
comme un chatouillement intellectuel qui provoque le
plaisir du rieur, sentiment extériorisé par une émotion : le
rire.
57


8. L’objet du rire



A. L’homme
D’après Bergson « l’homme est le seul animal qui sait
rire et qui fait rire ».
D’après Darwin « l’homme est une création de la
Providence pour les croyants ou l’aboutissement de
l’évolution de la nature pour les scientifiques ».
L’homme est constitué de deux éléments
fondamentaux : la matière et l’esprit.
- La matière
- L’esprit

La vie de l’homme est régie par quatre centres qu’il
doit satisfaire : le cerveau – penser, le cœur – sentir,
l’estomac – subsister et le sexe – se reproduire.
Ce sont ces quatre centres qui poussent l’homme à
penser, à sentir, à parler, à agir, à manger et à se reproduire.
Quand l’homme satisfait ces centres avec maîtrise et
mesure, tout va bien pour sa vie (harmonie – ordre –
équilibre). Si l’homme satisfait ces centres sans maîtrise et
mesure, il provoque des déviations : défauts, excès,
passions, vices et contradictions.
Ces déviations troublent l’harmonie, l’ordre et
l’équilibre de sa vie, en produisant des anomalies dans son
comportement.
Exemples d’anomalies : excentricité, jalousie,
gourmandise et obsession sexuelle.
Justement ces anomalies du comportement humain vu
du côté léger et plaisant, dans un état ludique, d’alacrité et
59 de bonne humeur de l’esprit deviennent risibles et
provoquent le rire.
D’après J. Sareil, « l’homme se fait une si haute idée de
lui-même qu’il se croit le plus intelligent, le plus fort, le
plus adroit, le meilleur, le plus brave et le plus courageux,
qu’il est bon de lui rappeler ses fonctions excrémentielles
et son besoin de copulation. On lui met sous les yeux le
tableau de ses défauts, de ses faiblesses, de ses folies, de
sa férocité, de son hypocrisie, de sa lâcheté et de sa
suffisance qui constituent pour le satirique et l’ironiste de si
belles cibles.
« En face de cet immense orgueil des hommes, pour
s’élever au-dessus de leur condition, le comique vient leur
rappeler ce qu’ils sont ».
D’après Montesquieu, il faut lui rappeler que :
« Même sur le plus haut des trônes, on n’est assis que
sur son cul »
B. La dignité humaine
La tarte à la crème lancée en pleine figure d’un
dignitaire est l’arme la plus efficace pour démolir sa dignité. Si
elle est prise dans un état ludique du bourreau et de la
victime quel bonheur ! Si par contre elle est prise au sérieux,
alors bonjour les dégâts !
L’homme cette merveilleuse créature qui :
- Voit et entend
- Goûte et sent
- Respire et digère
- Pense et parle
- Agit et subit
- Aime et hait
- Pleure et rit
60 - Crée et détruit
- Chante et crie
- Admire et se moque
- Flatte et insulte
- Embrasse et mord
- Plaisante et rouspète
- Caresse et griffe
- Crache et lèche
- Honore et ridiculise
- Construit et démolit
- Espère et se décourage
- Chante et danse
- Travaille et paresse
- Imagine et se souvient
- Juge et raisonne
- S’adapte et réagit
- Se soumet et se révolte

L’homme est le maître du monde, dont le trône est sa
dignité. Ce qui est important pour l’homme est de garder
sa dignité. Un instinct secret avertit l’homme de cacher les
parties les moins nobles, les fonctions les plus grossières
de notre corps. La négligence provoque le rire.
L’homme poussé par bêtise ou la vanité est avide de
valeurs sociales : la noblesse, la richesse, le pouvoir, la
notoriété, la gloire, les décorations et les titres pour
construire sa dignité et obtenir la reconnaissance et le respect
des autres.
Le derrière est le talon d’Achille de sa dignité. Un coup
de pied à ce derrière et tout ce merveilleux édifice qui
s’appelle être humain s’effondre instantanément.
Plus haut est placée cette personne à laquelle appartient
ce derrière qui reçoit le coup de pied, plus fort sera le rire
qu’il va déclencher d’après la loi éternelle du rire.
Donc : l’objet fondamental de la cause du rire est la
dévaluation ludique de la dignité humaine.
61 L’amour trivial et grossier devient une affaire vulgaire
surtout entre : un homme grand et maigre et une femme
petite et grosse, un homme trapu et ventru et une femme
grande et osseuse, un vieillard difforme et une jeune
intrigante.
Le comique du burlesque américain de l’école de Mack
Sennett (1912-1930) est fondé sur la dévaluation de la
dignité du pouvoir.
c) Les anomalies du comportement humain (défauts,
excès, contradictions)
d) La dévaluation ludique des valeurs humaines
(physiologiques, psychologiques, intellectuelles, morales,
esthétique sociales).
e) Le rire dépend de l’efficacité et la force du risible
mais dépend aussi de la disposition du rieur.
La loi éternelle du rire : la moquerie
« Le public aime qu’on se moque de ceux qui sont plus
forts, plus puissants, plus riches, plus savants et plus
importants que lui. C’est la petite revanche classique du
faible ou de l’ignorant » J. Nohain
Peut-on rire de tout ?
On voudrait bien mais on ne peut pas.
Comment voulez-vous rire ?
« Les attentats, le racisme, la misère, la maladie et la
mort ne font pas partie de sujets que nous traitons. »
Claude Angeli du Canard Enchaîné

« Il y a de choses qui atteignent les gens
personnellement et peuvent leur faire mal. Les camps de
concentration, par exemple » Christophe de Chavannes.

B. La disposition du rieur
•Le rire dépend de l’efficacité et de la force du risible,
mais aussi de l’état d’esprit du rieur
62 Dans le domaine du rire artificiel ou comique, le rire
dépend du risible, mais aussi de la disposition du rieur.
Etant donné que le risible artificiel ou comique est un jeu
intellectuel, le rieur pour accepter et apprécier le risible
doit :
•Etre en état ludique
•Etre en humeur de jeu
•Etre de bonne humeur
•Se refuser à prendre les choses au sérieux
•Etre insensible envers la victime du risible.
•Avoir le sens de l’humour
•Etre insensible envers la victime du risible
•Etre tolérant à la critique exercée par le risible.
•Etre disposé à s’amuser, à se distraire et à rire.
Le sens de l’humour
« Un esprit sage et pénétrant qui verrait la société telle
qu’elle est, ne trouverait partout que l’amertume. Il faut
absolument diriger sa vue du côté plaisant et s’accoutumer
à ne regarder l’homme que comme un pantin et la société
comme une planche sur laquelle il saute. Dès lors tout
change, l’esprit des différents états, la vanité particulière à
chacun, ses différentes nuances dans les individus, les
friponneries, et tout devient divertissant et l’on conserve sa
santé » Chamfort (1740-1794)
La conception du monde
« Ou bien on prend la vie extérieure au sérieux et on ne
rit point et on ne connaît que les émotions graves. Ou bien
on prend la vie extérieure au non sérieux et on rit et alors
il n’y a pas d’émotions graves. Il y aura le plaisir, la joie,
la gaîté, et le bonheur. » H. Bergson (1859-1941)
63 C. Le comportement humain
D’après Héraclite, philosophe grec (576-480 av. J.-C.)
tout ce qui est fait avec mesure est parfait.
« Pan metron ariston » Héraclite.
« Rien de trop, rien de moins » Térence.
Donc, tout ce qui est fait sans mesure est imparfait.
Cette imperfection constitue une anomalie du
comportement humain (Défauts, excès, contradiction)
Toute anomalie prise du côté léger et plaisant dans un
état d’esprit ludique et de bonne humeur devient risible et
provoque le rire. Ce rire dépend du risible mais aussi de la
disposition du rieur.
Le risible artificiel ou comique est une entreprise de
démolition ludique de tout ce qui est humain.
D. Les anomalies du comportement humain (défauts,
excès, contradictions)
D’après Héraclite, philosophe grec (576-480 av. J.-C.)
« Tout ce qui est fait avec mesure est parfait ».
Tout ce qui est fait sans mesure est imparfait. Cette
imperfection constitue un défaut, un excès, un travers, une
passion et un vice, une anomalie du comportement humain
(paresse, gourmandise, colère, ivresse, avarice, envie,
luxure, orgueil)
Le mot défaut signifie absence de ce qui serait
nécessaire et désirable.
Défaut = imperfection physique, psychologique,
intellectuelle, morale, esthétique, sociale etc.
Défaut = Ce qui est insuffisant, médiocre ou mauvais
dans une œuvre ou une activité humaine.
Tous ces défauts vus du côté léger et plaisant dans un
état d’esprit ludique, d’alacrité, de bonne humeur
deviennent risibles et provoquent le rire.
64 Quelques défauts
- Absurdité
- Agressivité
- Avarice
- Bêtise
- Bouffonnerie
- Boulimie
- Colère
- Cynisme
- Distraction
- Discorde
- Envie
- Excentricité
- Fourberie
- Friponnerie
- Gourmandise
- Hypocrisie
- Ignorance
- Inadaptation
- Incohérence
- Infirmité
- Insociabilité
- Insuffisance
- Ivresse
- Jalousie
- Laideur
- Loufoquerie
- Luxure
- Maladresse
- Méchanceté
- Paresse
- Sottise
- Vanité etc.
65 Les anomalies
Les causes intellectuelles, morales, esthétiques et
sociales du rire sont provoquées par le risible. Le risible
constitue une anomalie du comportement humain prise du
côté léger, plaisant dans un état ludique, d’alacrité et de
bonne humeur, de l’esprit de son créateur et de son
destinataire (le rieur).
Cette anomalie est provoquée par dévaluation de tout ce
qui est humain soit par dégradation, soit par exagération,
soit par contradiction.
Les anomalies du comportement humain comme la
discorde, le désaccord et la dispute entre les hommes sur les
arts, l’humour, la littérature, la philosophie, la morale, la
politique, la religion et le sport sont des causes qui
provoquent le rire.
Les conflits entre les hommes comme les
contradictions, les débats et les luttes entre les hommes de moralité
différente, des hommes d’honneur et des hommes sans
scrupule : les valets fripons, les soubrettes astucieuses, les
filles hypocrites, les femmes infidèles, les étonnements,
les mécontentements et les indignations sont des causes
qui provoquent le rire.
Les insuffisances du comportement humain comme la
maladresse et l’échec, la distraction, la poltronnerie, la
discorde.
Tout maladroit qui veut exécuter n’importe quel acte et
ne réussit pas, éveille une gaîté moqueuse parce que sa
gaucherie annule son effort. Chaque tentative se termine
en échec. L’échec est la dévaluation de l’effort. Le distrait
provoque le rire car il y a désaccord entre ses actes et sa
pensée.
La poltronnerie est risible car les ambitieux, les avides
d’honneurs, les avides d’éloges, les avides de distinctions
et les avides de fortune sont dépourvus de courage.
La discordance entre les humains c’est-à-dire les âges,
les caractères, les goûts, les positions, les désaccords, les
66 divergences, les luttes, les incompatibilités, les fantaisies
capricieuses, les erreurs, les illusions des parents pour
leurs enfants sont des causes du rire.
Les déviations des sentiments, des émotions, des passions.
Exemples : Un jeune homme épris d’une vieille dame.
Un vieillard épris d’une jeune fille.
Un attachement déraisonnable pour un
être indigne de confiance.
L’admiration d’un sot pour un mauvais
acteur.

Tout faux raisonnement, toute méprise, tout acte
d’ignorance, les prétentions des vaniteux, les défauts, les
disputes, les confusions, l’absurdité, la balourdise, la
sottise, l’imbécillité, la bouffonnerie, l’inconvenance,
l’inattention, l’étourderie, les malentendus, les quiproquos.
Toutes ces déviations sont risibles et provoquent le rire.
Les défauts physiques
L’homme doit être beau, toute déviation un peu forte de
la beauté conduit l’homme à la laideur (trop de maigreur,
trop d’embonpoint, une bosse, un nez volumineux, un
menton disproportionné, des yeux de taupes, des cheveux
hérissés, une couleur désagréable, bégayer, bredouiller,
éternuer, hoqueter sont risibles et provoquent le rire).
La dévaluation de l’intelligence
L’homme est tenu d’avoir une l’intelligence bien
organisée qui fonctionne sur les principes de la logique et le
préserve de l’erreur.
Toute déviation ou dévaluation de l’intelligence devient
risible et provoque le rire.
67 E. Les déviations du comportement humain
a. La vie organique :
1) La sensation
L’homme communique avec le monde extérieur et
intérieur par ses sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le
toucher, les sensations musculaires, la température, les
sensations agréables et désagréables.
Par ses sens l’homme reçoit les sensations extérieures
et intérieures et réussit ainsi son adaptation ou
inadaptation au monde extérieur et intérieur qui lui procure
l’harmonie ou disharmonie, l’ordre ou le désordre et
l’équilibre ou déséquilibre.
La déviation des fonctions organiques vue du côté
ludique devient risible et provoque le rire. Les sensations
anormales lui provoquent des croyances illusoires, des
phénomènes irréels et des hallucinations.
Tout défaut d’une des sensations vu du côté léger,
plaisant, dans un état d’esprit ludique, de bonne humeur
devient risible et provoque le rire.
2) Les déviations dans la digestion provoquent des
hoquets, éternuements, cris, bégaiement et bredouillement.
3) Les déviations dans la respiration conduisent aux
hypocondriaques et aux malades imaginaires.
4) L’habitude : L’ensemble des expériences antérieures
acquises forment l’habitude sur la pensée, la parole et
l’action.
Toute déviation d’une habitude active ou passive
devient une mauvaise habitude, laquelle prise du côté
ludique, devient risible et provoque le rire (poltronnerie,
paresse, gourmandise, ivrognerie, amour trivial,
mésaventure d’amour et accidents imprévus).
5) L’instinct :
L’œuvre de l’instinct consiste dans l’adaptation de
l’espèce à son milieu.
68 Les instincts sont : l’amour, l’amour paternel, l’amour
maternel, l’agressivité, l’appropriation, l’acquisition, la
crainte, la chasse, la constructivité, la curiosité, la
combativité, la cleptomanie, l’émulation, l’escalade, l’imitation,
la honte, la jalousie, le jeu, la modestie, la peur, la
propriété, la rivalité, le ressentiment, la sympathie, la sociabilité
et la timidité.
Toute déviation de l’instinct au niveau animal vu du
côté ludique devient risible et provoque le rire.
Toute déviation des instincts devient risible et provoque
le rire si on la prend du côté léger, plaisant, dans un état
ludique, de bonne humeur et d’alacrité d’esprit de son
créateur – le comique – et de son destinataire – le rieur.
« Je ne connais pas toutes les causes qui provoquent le
rire ! Mais je sais par contre que tout me fait rire quand je
suis de bonne humeur » D. K.
b. La vie affective
1) Le sentiment se produit chez l’être humain quand
une sensation vient en contact avec ses sens. Ces
sentiments sont : l’amour, l’ambition, l’orgueil, la joie, la
tristesse, le dégoût etc.
Toute déviation d’un sentiment conduit à une anomalie
du comportement humain : l’indifférence, l’insensibilité,
la fatalité, les caprices, les manies des vieillards, les
espérances vaines, les prétentions absurdes, les attachements
vulgaires, les indiscrétions etc.
Ces anomalies vues du côté ludique deviennent risibles
et provoquent le rire.
2) L’émotion est une réaction de l’être humain devant
une sensation, un fait, un événement important.
Ces émotions sont : la joie, les pleurs, la peur, la colère,
l’angoisse, le rire.
Une émotion est exprimée par : un cri, un geste, un
mouvement, un tremblement, un trouble digestif,
respira69 toire, les yeux convulsés, la bouche ouverte, la tendance à
fuir.
Toute déviation d’une émotion vue dans un état ludique
devient risible et provoque le rire.
3) Les passions (douleurs des avares, extravagance
amoureuse, haine qui déraisonne, illusions des parents
pour leurs enfants, ambition) sont des aberrations de l’être
humain (l’ambition, l’avarice, l’égoïsme, le fanatisme, le
jeu, l’ivrognerie, la haine).
La passion intense engendre des conflits, des disputes,
des bagarres, des catastrophes.
La passion provoque une raideur morale qui conduit sa
victime à son inadaptation à son environnement (Voir
l’avare de Molière). La passion vue du côté ludique
devient risible
4) La tendance conduit l’être humain soit par bêtise,
soit par ambition, soit par égoïsme, soit par vanité :
- à l’amour de gloire our de la richesse
- à la curiosité, à la vengeance
- à l’appétit organique, à la sexualité

Les genres de tendances :
- Tendance physique : la faim
- Tendance psychologique : l’amour
- Tendance intellectuelle : l’instruction, la culture
- Tendance morale : le bien
- Tendance esthétique : le beau
- Tendance sociale : l’harmonie sociale

Toute déviation de la tendance vue du côté ludique
devient risible et provoque le rire.
70 c. La vie spirituelle.
La dévaluation d’une tendance au niveau animal
devient risible et provoque le rire quand elle est prise du côté
léger et plaisant dans un état d’esprit ludique
Toute déviation dans la vie spirituelle vue du côté
ludique devient risible et provoque le rire.
- L’association des idées
- La dissociation des idées conduit au non-sens, à
l’absurdité.
- L’attention conduit à l’inattention et à
l’indifférence.
- L’effort conduit à l’échec.
- Les signes conduisent aux gestes, aux
mouvements, aux sons, aux cris, aux larmes, au rire
mécanique.
Il suffit de « plaquer le mécanique sur le vivant »
d’après Bergson
- La mémoire conduit à la défaillance de la mémoire
- Le souvenir conduit à la défaillance du souvenir
- L’imagination conduit aux hallucinations et aux
aberrations
- Le jugement conduit aux faux jugements, au doute
et à la jalousie
- Le raisonnement conduit aux faux raisonnements,
aux absurdités, aux quiproquos, aux malentendus,
aux méprises, aux allusions, aux balourdises, aux
confusions, aux sottises, à la bouffonnerie.
- La perception conduit aux illusions, à l’irréel, à
l’étrange, à l’extraordinaire, à l’absurde, à l’attente
déçue, aux espoirs trompés et aux déceptions.
- La volonté conduit à la velléité, à l’impulsivité
alternative, à la ruse, à la fraude, à l’escroquerie, à la
fourberie, à l’entêtement déraisonnable, à la
pruderie etc.
- La conscience conduit à l’inconscience, à
l’indifférence, à l’insensibilité.
71 - L’imitation conduit à l’imitation comique
- La pression sociale conduit par ses lois, ses codes,
ses institutions et ses conventions à
l’asservissement de l’être humain (altercations,
contradictions, disputes, injures, erreurs,
divergences, luttes).

Le rire est provoqué par une défaillance d’une
fonction : physiologique, psychologique, intellectuelle vue du
côté ludique dans un état d’esprit ludique, de bonne
humeur, de joie et de gaîté.
F. La dévaluation des valeurs humaines
Pour Platon, la cité idéale est la cité où règnent la
mesure, la maîtrise et l’harmonie des hommes.
Pour Héraclite, tout ce qui est fait avec mesure est
parfait pour l’harmonie, l’ordre et l’équilibre de la vie.
Pour les philosophes grecs, les valeurs humaines sont :
le beau, le bien, le vrai, l’harmonie, l’équilibre, l’ordre, la
mesure et la maîtrise. Ce sont des valeurs suprêmes
auxquelles aspire chaque être humain digne.
La dévaluation ludique de ces valeurs par dégradation,
exagération ou contradiction dans un état ludique
d’alacrité et de bonne humeur de l’esprit devient risible et
provoque le rire.
Donc le risible artificiel (jeu intellectuel qui imite la vie
par dévaluation ludique) ou comique est une entreprise de
démolition ludique des valeurs humaines dans un état
d’alacrité, de joie, de gaîté et de bonne humeur de son
créateur – le comique.
Pour provoquer le rire il suffit de casser… dans un état
ludique d’alacrité et de bonne humeur de l’esprit de son
casseur – le comique.
72 La valeur est la caractéristique d’une personne ou d’un
objet « d’être désiré ». La qualité d’une chose est fondée
sur son utilité objective ou subjective, tout ce qui est
l’objet d’un désir en vue de notre plaisir ou de notre
bonheur.
Comme valeur humaine est considéré tout ce en quoi
une personne est digne d’estime dans le domaine moral,
intellectuel et professionnel.
Les catégories des valeurs :
- Physiologique : la santé
- Psychologique : la sensibilité
- Intellectuelle : l’intelligence
- Morale : la bonté
- Esthétique : l’harmonie
- Métaphysique : la vérité
- Sociale : l’ordre
- Economique : la richesse
- Politique : la justice
- Religieuse : la tolérance

La dévaluation ludique des valeurs humaines devient
risible et provoque le rire.
Exemple : Beau – laid
Bien – mal
Vrai – faux
Ordre – désordre
Equilibre – déséquilibre
Harmonie discorde etc.
Exemple de dévaluation du pouvoir
« Sur le plus beau trône du monde on n’est jamais assis
que sur son cul » Montesquieu
Passage du sublime et solennel au banal et vulgaire
73 Exemple de dévaluation du mariage et de la femme
« Se marier : c’est plonger le bras sans y voir dans un
sac dans lequel grouillent des anguilles et des vipères, à
raison d’une anguille pour sept vipères… Bien heureux
celui qui saisira une anguille ! » Thomas More
(14781535)
74


9. Les causes du rire : le risible



Les causes du rire
- Causes intellectuelles (contradictions)
- Causes morales (dévaluation)
- Causes esthétiques (déformation)
- Causes sociales (inadaptation)
A. Les causes de rire d’après Philibert : les désordres
Tout ce qui porte une perturbation dans les ordres
contient en soi tous les éléments nécessaires aux plaisants
et aux risibles. Le désordre se produit toujours aux points
de collision où se livre la lutte perpétuelle entre :
- L’absolu et le relatif
- L’action et la réaction
- L’argument et l’objection
- L’altruisme et l’instinct
- L’aspiration et le moyen
- L’ange et la bête
- Le beau et le laid
- Le bien et le mal
- Le continu et le discontinu
- L’effet et la cause
- L’esprit et la matière
- Le fait et le droit
- Le général et le particulier
- L’idée et la forme
- La naïveté et l’imposture
- La métaphore et le sens propre
75 - Le pour et le contre
- La passion et le devoir
- La règle et l’exception
- La ressemblance et la différence
- L’objectif et le subjectif
- L’unité et la variété
- L’universel et le moi
- La vérité et l’erreur.

D’après Kant : Thèse + Antithèse = Synthèse
Ces conflits produisent les faits risibles quand ils sont
vus du côté léger, plaisant, dans un état d’esprit ludique,
d’alacrité et de bonne humeur.
B. Les causes du rire d’après H. Bergson : plaquer le
mécanique sur le vivant
« Les attitudes, les gestes et les mouvements du corps
humain sont risibles dans l’exacte mesure où ce corps
nous fait penser à une simple mécanique »
Les causes de rire sont : L’absurdité, l’automatisme, le
contraste, la cérémonie, le comique professionnel, le
déguisement, la dégradation, la distraction, le devoir dans les
situations tragiques, l’exagération, le familier,
l’inadaptation, l’insociabilité, la mode, la parodie, la
raideur du caractère, le solennel, la surprise et la
transformation d’une personne en chose.
- Les catégories du comique sont : le comique de
formes, le comique de mouvements, le comi
mots, le comique de caractères et le comique de
situations.
- Les procédés de fabrication du comique sont : la
boule de neige, le diable à ressort, le pantin à
ficelles, la répétition, l’inversion et l’interférence.
76 C. Les causes du rire d’après Charles Baudelaire
Le rire est provoqué par le choc perpétuel entre la
grandeur et la misère de l’être humain.
Le rire est provoqué par le malheur d’autrui.
Le rire est provoqué par l’exagération poussée jusqu’au
grotesque.
Le rire est provoqué par la supériorité et l’orgueil du
rieur envers l’infériorité de l’objet risible.
D. Les causes du rire d’après E. Auboin
Ce sont les échecs, les erreurs, les ressemblances, les
déguisements, les confusions, les ignorances, les fausses
interprétations, les distractions, les faux raisonnements, les
automatismes, le ridicule, le comique, la plaisanterie,
l’ironie, le paradoxe, les récréations, les revues, les
pataquès, les coquilles, les tours de prestidigitation, les petites
escroqueries, les effets de théâtre.
E. Les causes du rire d’après James Sully
Le rire est provoqué par le passage d’un terme à un
autre dans le domaine des faits :
- de l’habitude acceptée à la nouveauté bizarre
- du type normal à la difformité
- des vertus aux vices ou aux difformités morales
- de l’ordre au désordre
- des situations régulières aux petits malheurs ou aux
accidents sans danger
- de la décence à l’obscénité
- des vérités aux faux-semblants
- de la connaissance et l’habileté à l’ignorance et la
maladresse
77 - des rapports harmonieux aux incohérences,
disproportions, paradoxes, absurdités
- de la pensée vivante au mécanisme du langage
qu’il exprime
- du triomphe, orgueil, supériorité du rieur envers
l’infériorité de l’objet risible
- le rire est propagé par la contagion d’un rieur à un
autre.
F. Les causes dur rire d’après Michiels
D’après Michiels le rire est provoqué :
a. Vices ou perturbations organiques
1. Perturbations des organes physiques
- laides conformations, gibbosités, mentons énormes,
nez volumineux, bredouillements, maigreurs extrêmes,
grosseurs extrêmes, embonpoints excessifs.
2. Perturbations des facultés intellectuelles
- faux raisonnements, quiproquos, balourdises,
calembours volontaires, malentendus, méprises, allusions.
3. Perturbations des sentiments
- caprices amoureux des vieillards, espérances vaines,
prétentions absurdes, goûts puérils, manies opiniâtres,
attachements vulgaires et déplacés.
4. Perturbations de la volonté
- ruses maladroites, fraudes, escroqueries, plans
cupides, entêtements déraisonnables.
78 b. Rupture de l’équilibre entre les facultés humaines
5. Prédominance des instincts physiques
- poltronneries vulgaires, amours triviales,
gourmandises, paresses, ivrogneries.
6. Prédominance des facultés intellectuelles
- enthousiasmes excessifs, idées fixes, rabâchages,
distractions inopportunes, illusions opiniâtres et puériles.
7. Prédominance du sentiment et de la passion
- rêves cupides, douleurs des avares, haine
déraisonnable, extravagances amoureuses, illusions des parents sur
leurs progénitures.
8. Prédominance de la volonté et du sentiment moral
- franchise des hommes sincères, indiscrétions des
enfants, opiniâtretés malencontreuses, emportements
misanthropiques, pruderies, habitudes invariables.
c. Désaccord de l’homme avec le monde extérieur
9. Instincts physiques contrariés
- mésaventures d’amour, accidents imprévus, pluies
subites, repas manqués, chutes dans l’ombre.
10. Facultés intellectuelles contrariées
- attentes déçues, espoirs trompés, rêves d’amour ou de
plaisir déjoués par les circonstances, gageures perdues,
déceptions produites par les faux systèmes.
79 11. Sentiments et passions contrariées
- rendez-vous manqués à cause du retard du galant,
amateurs battus aux enchères publiques, chasses
malheureuses, amours tournées en ridicule.
12. Volonté et sentiment moral contrariés
- parties de plaisir empêchées par le mauvais temps,
courses inutiles, candidatures malheureuses, voleurs pris
dans un piège.
d. Désaccord de l’homme avec ses semblables
13. Désaccord des instincts physiques
- répugnances vulgaires, lassitudes des gens mariés,
disputes des gras et des maigres, différences de goûts dans
la nourriture, la literie et l’habillement.
14. Désaccord des facultés intellectuelles
- altercations, disputes, injures, erreurs mutuelles,
quiproquos, méprises, explications confuses.
15. Désaccord du sentiment et de la passion
- oppositions vulgaires des sentiments, oppositions
vulgaires des humeurs, oppositions vulgaires des préférences,
oppositions vulgaires des goûts et des manies, querelles et
hostilités qu’elles engendrent.
16. Désaccord des volontés et du sentiment moral
- contradictions, divergences de volonté de projets
d’intentions, caprices déraisonnables, luttes de fripons et
de dupes.
80


10. Les opinions sur les causes du rire
(citations)



« Il serait chimérique de vouloir tirer tous les effets
comiques d’une seule et même formule. » H. Bergson, Le
rire.
« Tout ce qui portera une perturbation dans les ordres
contient en soi tous les éléments nécessaires aux plaisants
et aux risibles » Philibert, Le Rire.
« Tout ce qui est contraire à l’idéal absolu de la
perfection humaine produit un effet comique et excite le rire »
Michiels, Le Monde du comique.
« Dans la lutte incessante des éléments divers qui
composent le monde, tout est soumis au principe d’équilibre.
Le plus ou le moins devient comique et provoque le rire »
Michiels, Le monde du comique.
« Toute déviation, défaut, excès, travers, d’une fonction
organique, affective, spirituelle vue dans un état d’esprit
ludique devient comique et provoque le rire » D. K., L’Art
du comique.
« Les causes du rire sont ces légères imperfections dans
le caractère et les manières de l’être humain » Donald
Stewart
81














Deuxième partie
II – Le risible – Le rieur – Le rire
83


Introduction



Le risible constitue le côté négatif du comportement
humain.
La vie est une scène de théâtre où l’on rencontre toutes
les anomalies du comportement humain.
L’anomalie du comportement humain est provoquée
soit par un défaut, soit par un excès, soit par un travers, et
il constitue le côté négatif du comportement humain.
Cette anomalie, prise du côté sérieux, peut provoquer
un drame ou une tragédie.
La même anomalie, prise du côté léger, plaisant et
ludique, dans un état d’alacrité et de bonne humeur de l’esprit,
devient risible et provoque le rire.
Les anomalies sont :
- L’agressivité
- L’agitation
- L’avarice
- L’avidité
- La bêtise
- La bouffonnerie
- La calomnie
- La colère
- Le cynisme
- La distraction
- La drôlerie
- L’excentricité
- La farce
- La fourberie
- La friponnerie
- La gaffe
85 - La gourmandise
- L’hypocrisie
- L’idiotie
- L’ignorance
- L’insociabilité
- L’insolence
- La jalousie
- La lâcheté
- La loufoquerie
- La luxure
- La maladresse alice
- La méchanceté égalomanie
- Le mensonge
- La misanthropie oquerie
- La naïveté
- La niaiserie
- L’orgueil
- La paresse
- La passion
- La pitrerie
- La rêverie
- Le ridicule
- La ruse
- Le sadisme
- La schizophrénie
- Le snobisme
- Le solennel
- La sottise
- La timidité
- La vanité
- La vulgarité
86


1. Le risible



A. Origine
Le mot est d’origine latine (risus, ridere, rire) et
signifie propre à faire rire, à amuser et à exciter une gaîté
moqueuse. Les synonymes sont les mots comique,
cocasse, grotesque, plaisant, ridicule.
B. Définition
- Risible est tout ce qui provoque le rire.
- Risible est un fait, un acte, une pensée, une parole
qui provoque le rire.
- Le risible se présente sous la forme d’une sensation
extérieure qui s’adresse aux sens du rieur en lui
provoquant un sentiment de plaisir, lequel est
extériorisé par une émotion : le rire.
- Risible = anomalie du comportement humain vu du
côté léger, plaisant, dans un état d’esprit ludique et
de bonne humeur.
- Le risible est tout fait, tout acte, tout un incident
qui met une personne dans une situation
embarrassante ou ridicule.
- Le risible est produit quand on se refuse à prendre
l’homme au sérieux.
- Le risible est un chatouillement intellectuel qui se
présente d’une façon imprévue et inattendue au
rieur en provoquant chez celui-ci le plaisir, lequel
s’extériorise par le rire.
87 - « Risible est tout ce qui produit le rire
volontairement ou involontairement » D. K.
- Enfin, risible est considéré tout ce qui met en cause
la dignité humaine par dévaluation (dégradation,
exagération, contradiction).

L’essence de tout fait risible consiste : quand l’homme
se comporte comme un animal et quand l’animal se
comporte comme un être humain.
Le risible est fondé sur :
- L’attirance pour la bonne chair
- La joie provoquée par le malheur d’autrui
- La rivalité, la dispute et la bagarre
- La tendance à ne pas tenir compte de toutes les
règles et de toutes les lois et à les contrevenir
- La maladresse des gestes et des mouvements des
autres.

Toute action humaine a une face intérieure, par laquelle
elle est solennelle et une face extérieure par laquelle elle
est risible.
Ce qui nous fait rire dans le risible est toujours
provoqué par une anomalie physiologique, psychologique,
intellectuelle du comportement humain soit par un
incident qui met en cause la dignité humaine soit par une
anomalie du comportement humain.
Cette anomalie contient toujours soit :
- Une absurdité
- Une bouffonnerie – une bêtise
- Une contradiction
- Une déviation – une discordance
- Une distraction
- Un défaut – une disconvenance
- Un excès – une excentricité
- Un échec
- Une extravagance
88 - Une imperfection
- Une incongruité – une ignorance
- Une insuffisance
- Une passion
- Un travers – une sottise
- Un vice

L’incident par contre est provoqué par un petit malheur
(chute, échec ou maladresse de la personne risible).
C. La technique du risible
Donc le risible est provoqué par la dévaluation ludique
du comportement humain et cela de trois façons :
- Dégradation : des qualités en défauts
- Exagération : de la mesure en excès
- Contradiction : de l’harmonie en disharmonie

Le risible présente le négatif du comportement humain
par ses défauts, ses excès, ses contradictions, ses
incongruités, ses extravagances, ses passions, ses travers, ses
vices. Ces anomalies transforment l’être humain en une
marionnette risible et ridicule, objet de moqueries et de
sarcasmes.
Le risible est provoqué, d’après Bain, par la
présentation d’une chose ou d’une personne auparavant respectée,
comme médiocre ou vile par dégradation.
Tout peut être risible, d’après G. Dugas. Cela dépend
de l’angle sous lequel on regarde les choses. Le point de
vue sous lequel elles paraissent risibles est celui du jeu.
Tout peut devenir risible. C’est une question d’humeur,
de disposition et d’interprétation faite par le rieur.
89 a. Les déviations des fonctions humaines
Le risible est aussi provoqué par la déviation des
fonctions humaines :
1. Organiques
- Sensation
- Digestion
- Respiration
- Habitude
- Instinct
2. Affectueuses
- Sentiments
- Emotions
- Passions
- Tendances
3. Spirituelles
- Associations d’idées
- Attention
- Effort
- Mémoire
- Souvenir
- Imagination
- Jugement
- Raisonnement
- Perception
- Volonté
- Conscience
- Imitation
90 b. Les défauts, excès, contradictions du comportement
humain
Ces défauts sont : les absurdités, les bouffonneries, les
contradictions, les déviations, les distractions, les
exagérations, les extravagances, les excentricités, les incongruités,
les incohérences, les lâchetés, les maladresses, les
passions, les travers et les vices.
c. La dévaluation des valeurs humaines
Ces valeurs sont :
- Harmonie
- Ordre
- Equilibre
- Beauté
- Beau
- Bien
- Vrai

« Tout ce qui est fait avec mesure est parfait » Héraclite
Donc, tout ce qui est fait sans mesure est imparfait.
Toute imperfection, dans le comportement humain,
constitue une anomalie (défauts, excès, contradictions, travers,
passions, vices, déviations, insuffisances,
incongruités etc.) qui dérange l’ordre, l’équilibre et l’harmonie de la
vie humaine.
Toutes ces anomalies, vues du côté léger et plaisant,
dans un état d’esprit ludique et de bonne humeur
deviennent risibles et provoquent le rire. Donc, le risible est
fondé sur la dévaluation ludique de la dignité humaine.
D. Les catégories du risible
Les catégories du risible sont :
91 a. Le risible naturel (risible vécu, accidentel)
C’est le risible vécu, subi, accidentel, involontaire.
C’est le risible provoqué par un incident, un accident, une
situation embarrassante qui met à l’épreuve la dignité
humaine.
Nous rions, avec le risible naturel, seulement dans les
conditions suivantes :
- S’il y a seulement une dégradation et non une
menace pour la personne mise à l’épreuve.
- Si nous sommes insensibles envers la victime du
risible (pas de lien familial)
- Plus la personne mise en jeu est forte, riche et
puissante, plus notre rire sera fort.
Exemple : Une personne qui glisse et qui tombe
par terre
Une personne qui reçoit un pot de peinture sur la
tête

Le rire est provoqué par la perte momentanée de la
dignité humaine et à cette catégorie appartient le ridicule.
b. Le risible artificiel ou comique (lancer ou recevoir une
tarte à la crème, en pleine figure, dans le cadre d’un art ou
d’un spectacle constitue un risible artificiel), c’est le
risible joué, imité, interprété, construit.
Le risible artificiel est un jeu intellectuel qui imite la
vie.
Le risible artificiel est un art qui imite la vie, vu du côté
léger, plaisant, dans un état d’esprit ludique, de joie et de
bonne humeur.
c. Le ridicule naturel :
Il s’agit du ridicule provoqué involontairement soit par
bêtise, ignorance ou inadaptation de la personne ridicule.
92 d. Le ridicule artificiel :
Il s’agit du ridicule joué, imité, interprété ou construit.
Exemple : le ridicule de Molière.

Le comique est une personne qui imite les défauts, les
excès et les contradictions de la personne imitée. Cf.
L’Avare de Molière.
E. Les genres du risible artificiels
Risible est tout ce qui provoque le rire volontairement
ou involontairement :
- imiter l’avare de Molière (joué),
- recevoir un pot de peinture sur la tête. (vécu ou
accidentel)

Le risible artificiel ou comique c’est le risible joué,
imité, interprété, construit. Dans cette catégorie nous avons :
a. Le comique
Le comique est le risible artificiel. C’est un jeu
intellectuel ou un art qui imite la vie vue du côté léger, plaisant,
risible dans un état d’esprit ludique, d’euphorie,
d’alacrité d’esprit, de joie et de bonne humeur de son
auteur.
Le comique est présenté au rieur d’une façon imprévue
ou inattendue c’est-à-dire par surprise. Cette surprise crée
chez le rieur une confusion momentanée laquelle est
dissipée par le rire.
Le comique est fondé sur : l’absurdité, bouffonnerie,
contradiction, déviation, extravagance, incongruité,
maladresse etc.
Le rire produit dépend de la force et l’efficacité du
comique, mais aussi de la disposition du rieur, étant donné
93 que le comique est un jeu intellectuel, il faut que le rieur
accepte les règles de ce jeu sans conditions.
Cette disposition dépend :
- De l’état ludique du rieur
- De sa bonne humeur
- De son refus de prendre les choses au sérieux
- De son insensibilité envers la victime du comique
- De son sens de l’humour
- De sa disposition à s’amuser, se distraire et surtout
rire.
Les degrés du risible artificiel ou comique :
Sont :
er1 degré : la bouffonnerie
e2 degré : le burlesque
e3 degré : le grotesque
e4l’absurde
e5 degré : le délirant (voir le comique)
b. L’humour
Humour = humeur = disposition = tempérament
L’humour est la disposition d’une personne à voir le
côté plaisant des choses de la vie.
c. L’ironie
L’ironie est une forme de rhétorique qui consiste à dire
le contraire de ce qu’on pense.
Les catégories de l’ironie sont : la dérision, la
taquinerie, la moquerie, la plaisanterie, le calembour et la satire
d. L’esprit
Esprit = vivacité d’esprit qui fait trouver
94 - des saillies piquantes
- des mots spirituels
- des aperçus ingénieux

Exemple d’Alphonse Allais : « Un cocu ? — Un entier
qui partage sa moitié avec un tiers. »
Exemple : « Papa, pourquoi sont-elles rouges, les
prunes noires ? — Parce qu’elles sont vertes ! »
« L’esprit c’est l’art de réunir les choses éloignées et de
diviser les choses qui paraissent se joindre » Voltaire
F. La manière de présenter le risible
Sensation + sens = Sentiment + Emotion
Risible + Rieur = Plaisir + Rire

Le risible naturel ou accidentel et le risible artificiel ou
comique est présenté au rieur d’une façon imprévue et
inattendue c.à.d. toujours par surprise. Cette surprise crée
chez le rieur une confusion momentanée provoquée par le
risible naturel ou artificiel, laquelle est dissipée par le rire.
La sensation
Le risible, sous forme de sensation, se présente d’une
façon imprévue ou inattendue aux sens (auditif et visuel)
du rieur en provoquant un sentiment de plaisir, de joie ou
de gaîté qui s’extériorise par le rire.
a. Premier cas : risible naturel
La surprise provoquée par le risible naturel, vécu ou
accidentel :
95 Un gentleman glisse sur une peau de banane et s’étale
par terre. Ou bien, le même gentleman passe sous un
échafaudage et reçoit un pot de peinture sur la tête.
Dans ce premier exemple comme dans le second
présenté par surprise, le rire est provoqué par la dévaluation
de la dignité du gentleman.
D’après la théorie de Descartes, le rire est provoqué par
le petit malheur d’autrui.
b. Deuxième cas : risible artificiel
Le risible artificiel ou comique qui est fondé sur une
absurdité, une bouffonnerie ou une contradiction, est
présenté au rieur d’une façon imprévue ou inattendue,
inopinée, inopportune, soudaine et subite, c’est-à-dire par
surprise.
Le risible est un chatouillement intellectuel présenté par
surprise au rieur et qui provoque son rire.
Donc, la manière de présenter le risible au rieur est faite
d’une façon imprévue, inattendue, inhabituelle, soudaine,
inopinée, inopportune, subite c’est-à-dire toujours par
surprise.
G. Les moyens pour présenter le risible
Il y a de nombreux moyens pour présenter le risible
artificiel :
- L’absurde
- L’allégorie
- L’anecdote
- L’autodérision
- Les bandes dessinées
- Les bastonnades
- La bévue
- La blague
96 - La bouffonnerie
- Le boulevard
- La boutade
- Le burlesque
- Le calembour
- Le canular
- La caricature
- Le carnaval
- La charade
- Le cinéma comique
- Le clown
- La comédie édie musicale
- La commedia dell’Arte
- Le comique
- Le déguisement
- La dérision
- Le dessin animé
- La devinette
- Le drôle
- L’épitaphe
- Les fables
- Les fabliaux
- La farce
- Les fêtes
- La gaffe
- Le gag
- La gauloiserie
- Guignol
- Les histoires de fous
- Les histoires drôles
- L’humour
- L’imitation provisation
- L’ironie
- Les jeux de mots
97 - Les journaux satiriques
- Karaghiosis
- Le luron
- Les marionnettes
- Mickey Mouse
- Le mime
- Les mots d’esprit
- La moquerie
- Le Muppet Show
- Le Music-Hall
- L’opérette
- La pantalonnade
- Le pantin
- La pantomime
- La parodie
- Le parodiste
- Le pastiche
- Le pataquès
- Pierrot
- Le pitre
- La plaisanterie
- Le plaisantin
- La prestidigitation
- Les proverbes comiques
- Le quolibet
- Les ragots
- Les récréations
- Le ridicule
- Le roman comique
- La saillie
- la satire
- Le sketch comique
- Le slapstick
- La sottie
- La taquinerie
- Le théâtre de dérision
98 - Le théâtre d’ombres
- Le vaudeville.
H. Les autres catégories du risible
Les genres du risible sont :
- Le risible visuel
- Le risible auditif
- Le risible audiovisuel
- Le risible matériel
- Le risible spirituel
- Le risible matériel-spirituel ible actif
- Le risible passif
- Le risible actif + passif

Le risible est une sensation sous forme d’un fait, d’un
acte ou d’une parole qui se présente aux sens du rieur (vue
et ouïe) d’une façon imprévue ou inattendue c’est-à-dire
par surprise.
Nous avons alors :
a. Le risible visuel
Il est transmis par le sens de la vision du rieur sous
forme d’un fait ou d’un acte. Exemple : le comique, la
bouffonnerie, le burlesque.
b. Le risible auditif
Il est transmis par le sens de l’audition du rieur sous
forme de son ou de paroles. Exemple : humour, ironie,
mots d’esprit, plaisanterie.
99 c. Le risible audiovisuel
Il est transmis par le sens de la vision et de l’audition
du rieur sous forme d’un acte ou d’un fait, d’un son ou
d’une parole (comédie, parodie, cirque, etc.)
d. Le risible matériel
C’est le risible qui est provoqué par le corps humain.
Dans cette catégorie nous avons l’absurde, la
bouffonnerie, le burlesque, le comique, le délirant et le grotesque.
e. Le risible spirituel
C’est le risible provoqué par l’esprit de l’être humain.
Dans cette catégorie nous avons l’humour, l’ironie et le
mot d’esprit et dans ce groupe nous avons les dérivés du
risible spirituel : l’autodérision, la blague, la boutade, le
calembour, la charade, la dérision, le pastiche, la
plaisanterie, la satire, le sarcasme et la taquinerie.
f. Le risible matériel et spirituel
C’est le risible qui associe les deux formes du risible,
c’est-à-dire le risible matériel et le risible spirituel.
C’est le risible qui est utilisé dans la comédie, la farce,
la Commedia dell’Arte, le cinéma, le boulevard et le
vaudeville
Il se présente sous forme d’actions et de dialogues.
g. Le risible actif = le bourreau
Dans cette catégorie du risible, la personne risible agit
par son inadaptation, sa distraction, sa maladresse, sa
raideur et son automatisme. Elle sème le désordre et les
catastrophes sur son passage, poussée par l’agressivité.
100 h. Le risible passif = la victime
Dans cette catégorie du risible, la personne risible subit
l’action par sa bêtise, sa distraction, son automatisme, sa
maladresse et sa raideur. Elle subit le désordre et les
catastrophes.
i. Le risible actif + passif = bourreau + victime
Dans cette catégorie du risible la personne risible passe
facilement d’un rôle à un autre, de celui de bourreau à
celui de victime, ou inversement, ou joue les deux rôles à
la fois sans problème : elle agit, elle subit ; elle agit et elle
subit ; elle subit et réagit.
I. L’histoire du risible
Voir Histoire du rire et le risible – Volume IV
J. Les théories sur le risible
Voir Les Théories sur le risible – Volume V
K. Les fonctions du risible
Les six fonctions du risible sont :
a. La fonction agressive exprimée par l’ironie et la satire.
La personne risible fonctionne comme le démolisseur
des valeurs humaines.
Le risible artificiel est obtenu par démolition ludique
des valeurs humaines. Dans l’acte de démolition ludique il
101 y a le sentiment d’agressivité de son auteur, car il agit
comme un bourreau. L’ironie, la satire, le cynisme et le
sarcasme attaquent, critiquent, ridiculisent et se moquent.
b. La fonction sexuelle exprimée par la gauloiserie, la
grivoiserie et la grosse plaisanterie.
Au fond d’une gauloiserie, d’une grivoiserie et d’une
grosse vulgarité on trouve un plaisir lié à la satisfaction
des pulsions sexuelles, voyeuristes et sadiques.
c. La fonction défensive exprimée par l’autodérision, la
dérision et l’humour noir.
Par l’autodérision qui se moque de soi-même, la
dérision qui se moque d’un tiers et l’humour noir qui se
moque de la mort, l’homme utilise le risible comme une
arme défensive contre les dangers qui le menacent
(situations et thèmes existentiels, douloureux et anxieux)
d. La fonction intellectuelle exprimée par l’humour,
l’ironie, le mot d’esprit, les jeux de mots, le comique et la
parodie.
Le risible artificiel étant un jeu intellectuel, procure le
plaisir intellectuel au rieur (plaisir, joie, gaîté du jeu) et il
fonctionne comme un chatouillement intellectuel qui
procure le rire.
Par les mots d’esprit, l’absurde et le grotesque, le
risible artificiel provoque un plaisir intellectuel au rieur.
e. La fonction sociale est exprimée par la plaisanterie,
l’humour et l’ironie.
D’après Bergson, le personnage comique, qui par
automatisme et raideur n’arrive pas s’adapter à son
environnement, est puni par le rire de ceux qui l’entourent,
102 qui agit comme une brimade sociale qui ramène la brebis
égarée au bercail.
Cette brimade sociale constitue :
- Une exclusion des étrangers du groupe social
auquel appartient le rieur.
- Une exclusion de la personne qui s’écarte des
règles et des conventions protectrices de l’ordre
social.
- Une critique politique et sociale de toute déviation.
- Une acquisition de prestige politique ou social :
rire raciste, xénophobe, corporatiste, tribal, critique
politique et sociale.
g. La fonction mentale exprimée par toutes les formes du
risible :
Le rire et le risible constituent une soupape de sécurité
pour la santé mentale de la société. Le rire et le risible sont
des instruments au service de cette fonction sociale
recherchant un équilibre mental passant par des satisfactions
pulsionnelles souvent réprimées.
L. Les caractéristiques du risible artificiel
Ce qui caractérise le risible, c’est l’esprit de l’anarchie
sociale, provoquée par la tendance de l’être humain à
violer toute espèce d’interdit moral. Cela provient du
penchant de l’être humain pour la jouissance et le plaisir,
la joie que provoquent les malheurs des autres, la rivalité,
la dispute et la bagarre, la maladresse dans les gestes et les
mouvements et le penchant pour l’abolition de toutes les
conventions sociales qui empoisonnent sa vie.
Le comique est un moyen de détente après l’angoisse
que provoquent à l’être humain toutes sortes de lois,
d’interdits et de conventions que lui impose la société pour
dompter ses instincts. Et cela s’obtient par le comique.
103 M. Le but du risible
Le risible artificiel est un jeu intellectuel et un art
destiné à amuser, à distraire, à faire rire et à faire plaisir.
« Le risible permet de satisfaire d’une manière
acceptable certaines pulsions principalement agressives et
sexuelles que la société réprime. » Freud.
Le risible en tant qu’art est destiné à attaquer, critiquer,
moquer, ridiculiser les anomalies du caractère humain
ainsi que les défauts, les excès, les travers, les passions et
les vices du comportement humain : les absurdités, les
bouffonneries, les contradictions, les extravagances et les
incongruités de l’homme.
Le risible artificiel désire corriger, faire réfléchir et
faire réagir son spectateur ou auditeur.
N. Les symboles du risible
Les trois symboles du risible sont :
- La boule rouge
- La bouteille
- L’entonnoir

Ce sont les trois accessoires qui permettent à la
personne qui les détient d’exprimer toutes les absurdités, les
bouffonneries, les contradictions, les extravagances, les
incongruités et les folies sans être pris au sérieux.
Ces accessoires ou symboles sont :
- La boule rouge pour le clown
- La bouteille pour l’ivrogne
- L’entonnoir pour le fou.
104 O. Les opinions sur le risible (citations)
- « Le sérieux et le risible sont en contraste perpétuel dans
les caractères, les situations, les circonstances et les
incidents de la vie humaine de chaque jour ». Hobbes
- « Le risible est un défaut et une laideur sans douleur ni
dommage pour celui qui le porte » Aristote
- « Le risible naît quand on nous présente une chose,
auparavant respectée, comme médiocre et vile. » Bain
- « Le risible consiste dans les défauts d’autrui qui nous
font rire à cause de leur insociabilité plutôt que de leur
immoralité » Bergson.
- « Tout peut devenir risible. C’est une question d’humeur,
d’interprétation et de disposition du rieur » D. K.
- « Le risible est la parodie du sérieux » D. K.
- « La dévaluation ludique d’une valeur soit par
dégradation, soit par exagération, soit par contradiction devient
risible et provoque le rire » D. K.
- « Le risible consiste non dans l’irrégularité, mais dans
une imperfection morale qui est l’objet, non d’un blâme
sérieux, mais d’une désapprobation morale » Cicéron
- « Le risible contient toujours soit une contradiction, soit
une discordance, soit une disconvenance, soit une
disproportion, soit une inconséquence, soit une incohérence
de la logique » Chapiro
- « Le risible est un chatouillement intellectuel qui
ressemble au chatouillement physique » Darwin
- « Le risible est toujours une conception drôle, plaisante,
gaie, inattendue » Riedel V.
- « Le risible est un moyen déguisé pour parler de quelque
chose de sérieux » Samara
- « Le malheur du personnage risible fait le bonheur du
rieur » J. Sareil
- « Tout peut être risible vu sous l’angle du jeu » Dugas G.
- « Le risible est provoqué par une harmonie perdue » Lalo
105 - « Toute action humaine a une face intérieure par laquelle
elle est solennelle et un côté extérieur par lequel elle est
risible » Scheiner
- « Risible est tout ce qui fait rire. Ridicule est tout ce qui
mérite le rire » Royère J.
- « Toute déviation ludique de la perfection humaine vue
du côté léger, plaisant devient risible et provoque le
rire » D. K.
- « Tout ce qui fait rire est un trait d’esprit ou un acte
bouffon, suivant que l’on est allé de la disconvenance
des objets à l’identité du concept ou vice versa »
Schopenhauer
- « Est risible tout objet à l’égard duquel l’esprit se trouve
forcé d’affirmer et de nier en même temps la même
chose » Dumont
- « Ce qui fait rire, c’est ce qui est à la fois d’un côté
absurde et de l’autre côté familier » Mélinand
- « Dans le tragique les valeurs humaines sont menacées.
Dans le risible artificiel ou comique les valeurs sont
dévaluées » D.K.
- « La contradiction souligne l’irréalité, condition du
risible. Car l’irréalité est le caractère essentiel du risible »
Dugas
- « Toute ignorance, toute erreur et toute déficience
d’autrui à laquelle j’aurais conscience de pouvoir mieux
faire, devrait ainsi m’inciter à rire » Lipps
- « Comme une même chose cesse d’être risible quand elle
est usée, il faut que ce qui excite le rire soit nouveau et
inattendu » Hobbes
- « Ce qui fait rire, c’est ce qui est à la fois d’un côté
absurde et de l’autre vraisemblable » Charipo
- « La dégradation peut engendrer une sensation agréable
en libérant l’esprit de toute contrainte » Bain
- « Une plaisanterie dite d’un air triste fait rire »
Shakespeare
106 - « Ce qui fait rire se trouve dans les contrastes de
situations » Sanctis Francesco
- « Le risible est relatif à notre tempérament, à notre âge et
à nos dispositions » Courdavaux
- « Les genres du risible sont le ridicule, le comique, le
bouffon, le burlesque, le grotesque, l’absurde, l’humour,
l’ironie, l’esprit » Lalo Ch.
- « Le risible est un chatouillement intellectuel qui
provoque le plaisir du lecteur, de l’auditeur et du spectateur,
lequel est extériorisé par le rire » D.K.
- « Quand quelque chose est risible, c’est certain qu’il
cache une vérité » B. Shaw
P. Le domaine du risible
Le domaine du risible artificiel ou du comique se
manifeste :
- Dans les fêtes familiales, communales, régionales,
nationales, foraines et les carnavals.
- Dans les jeux de société, dans les imitations et
pantomimes, dans les déguisements et bals masqués,
dans les compétitions, dans les combats, dans les
sports et aux récréations.
- Dans les cérémonies de baptême, de communion,
de mariage et d’enterrement.
- Au théâtre, à la comédie attique, classique,
nouvelle et latine, aux farces, aux fêtes de fous, à la
Commedia dell’Arte, au vaudeville, au boulevard,
au théâtre grotesque et au théâtre de dérision.
- Au théâtre d’ombres, ombres chinoises et
Karaghiosis.
- Au cirque, avec les clowns
- Au music-hall, avec les artistes et les variétés, les
prestidigitations
107 - Dans les spectacles de marionnettes, de grand
guignol, de guignol, au Muppet Show
- Dans la littérature, dans les mythes, dans les
contes, dans les romans, dans les parodies, dans les
poèmes.
- Au cinéma, au cinéma comique français, au
burlesque américain et à la comédie musicale.
- A l’opéra, à l’opéra comique et à l’opérette
- Dans les dessins, dans les caricatures, dans les
dessins animés, dans les bandes dessinées et dans les
journaux satiriques.
- Dans les spectacles des amuseurs, des automates,
des bouffons, des farceurs, des humoristes, des
ironistes, des lurons, des mimes, des pantins, des
pitres, des plaisantins, des pantomimes et des
satiristes.
108


2. Le ridicule



A. Définition
Ridicule est la personne qui provoque le rire
involontairement par bêtise, ignorance, maladresse, inadaptation ou
insociabilité.
Ridicule est ce qui mérite d’exciter la dérision et la
moquerie.
Ridicule est ce qui excite le rire.
Ridicule est ce qui entraîne la risée.
Ridicule est ce qui provoque la moquerie.
Ridicule est ce qui est objet de raillerie.
Ridicule est ce qui déshonore.
Ridicule est ce qui blesse.
Ridicule est ce qui tue.
Ridicule est la personne qui déclenche le rire,
involontairement.
Le ridicule d’une personne est provoqué par les
vêtements, l’accoutrement, la mode, l’extravagance, la
prétention, l’orgueil, la vanité, la superstition, de son
caractère et de son comportement.
La brimade est un moyen très efficace pour ridiculiser
une personne.
•« Ses caractéristiques sont : la malice, la méchanceté,
la cruauté » (Saulnier)
•« Le ridicule suppose toujours un certain défaut et une
difformité qui n’a rien de douloureux pour celui qui la
subit » Aristote
109 B. Les catégories du ridicule
Il existe deux catégories du ridicule :
a. Le ridicule naturel qui est le ridicule vécu provoquant le
rire par bêtise, ignorance, maladresse et inadaptation. Ces
personnes ridiculisées sont dignes de moquerie.
« L’avare » de Molière est une personne ridicule par sa
raideur, son automatisme et son inadaptation à son
environnement.
Le rire qui provoque le ridicule naturel est gêné,
antipathique et moqueur.
Exemple : Une femme âgée, coiffée et maquillée
comme une jeune fille.
Un vieux monsieur amoureux d’une jeune
fille.
b. Le ridicule artificiel qui est le ridicule joué, imité,
interprété, construit. Dans ce cas, le ridicule est un jeu
intellectuel ou un art. Une personne imite le comportement
et le caractère d’une personne ridicule. Exemple : l’acteur
qui imite l’Avare de Molière.
L’imitation des défauts, des excès, des contradictions
d’une personne ridicule est un art. C’est un produit ou
talent de connaissance, d’intelligence, d’ingéniosité et
d’adaptation de l’imitateur.
•« Un bon imitateur crache comme son modèle »
(Molière)
Le rire que provoque l’imitateur du ridicule est un rire
d’admiration, il procure au spectateur le plaisir, la joie et
la gaîté.
110 C. L’homme ridicule
C’est le risible naturel, vécu, accidentel, involontaire.
Dans cette catégorie c’est le risible provoqué sans la
volonté de son auteur ou de sa victime. C’est le risible
accidentel qui arrive à quelqu’un contre sa volonté. C’est
le petit malheur d’autrui qui provoque le rire et qui met sa
victime dans une situation embarrassante et ridicule.
Exemple : Le gentleman anglais, impeccablement
habillé, qui glisse sur une peau de banane et tombe, tout en
gardant sa dignité (personne ridicule).
Ici, le rire est provoqué par le petit malheur qui arrive à
autrui et qui est présenté d’une façon imprévue et
inattendue c’est-à-dire par surprise et par dévaluation d’une
valeur humaine et sociale, celle du gentleman, et par
l’effondrement de la dignité humaine à cause de la chute
qui le rend ridicule.
Nous rions de ce petit malheur qui arrive à notre
gentleman car il y a une dévaluation de la dignité humaine.
Cela nous provoque un sentiment de supériorité envers
l’infériorité de la victime du risible. Cela nous procure le
plaisir car nous nous sentons supérieurs au gentleman
anglais. Ce plaisir est extériorisé par notre rire.

Nous rions de la chute du gentleman anglais, car pour
nous c’est une personne étrangère et son accident nous
laisse insensibles à son petit malheur. Si cette personne,
victime de la chute, nous est proche l’émotion ou notre
peur tue notre rire.
Si le même gentleman qui tombe ne se relève pas, dans
ce cas, nous n’avons pas de dévaluation d’une valeur
humaine mais une menace de la valeur humaine, car, dans le
comique, les valeurs sont dévaluées. Par contre, dans le
tragique, les valeurs humaines sont menacées.
Dans le risible naturel, l’accident involontaire
déclenche un rire spontané, suite à l’effondrement involontaire
de la dignité humaine. Le rire, donc, est une décharge
ner111 veuse, spontanée et irréfléchie provoquée par la surprise
de l’effondrement de la dignité humaine, causé par la
chute du gentleman anglais.
L’homme ridicule : le sot
D’après La Bruyère, c’est l’automate, la machine, le
ressort.
Le poids l’emporte, le fait mouvoir, le fait tourner dans
le même sens. Il est uniforme, il ne se dément pas. Il est le
bœuf qui meugle, le merle qui siffle.
Son âme n’agit pas, ne s’émeut pas.
•« Sans apprendre les ridicules, tu ne peux pas
apprendre les sérieux » Platon
D. Les causes qui provoquent le ridicule :
a. Les causes physiques
Ce sont les difformités physiques, les particularités
individuelles, raciales, régionales, en dehors du groupe dont
elles font partie, les exagérations des gestes, des tics, des
attitudes, des mouvements, les bizarreries de costumes et
accessoires.
b. Les causes morales
Le ridicule est provoqué par les défauts, les excès de la
personne : Avarice, vanité, faiblesse.
c. Les causes intellectuelles
Le ridicule est provoqué par les contradictions de la
personne : la sottise, la bêtise, la distraction, la maladresse
et l’inadaptation.
L’être ridicule est différent de ceux qu’on a l’habitude
de rencontrer dans la vie courante. Le ridicule se comporte
112 autrement que les personnes de son entourage, c’est une
brebis égarée qu’on punit par le rire, sous forme de
brimade sociale, et que l’on essaie de ramener au bercail.
L’infériorité de la personne ridicule provoque un
sentiment de supériorité au rieur en satisfaisant son égoïsme
et son amour-propre. Le rire provoqué par le ridicule
provient de l’insociabilité de nos goûts, de nos habitudes, de
nos critères moraux, intellectuels, esthétiques, sociaux
avec ceux de la personne ridiculisée.
Il y a deux types de rire provoqué par le ridicule :
- Le ridicule chez l’ennemi
Le rire est bon, licite et légitime. Ce rire provoque
le plaisir du rieur du fait des petits malheurs de ses
ennemis.
- Le ridicule chez l’ami
Le rire est mauvais, illicite et injuste. Ce rire est
peu recommandable et provoque le plaisir et la
douleur.

Le ridicule en général provoque un sentiment de
déplaisir au rieur qui déclenche son rire moqueur et antipathique.
Exemple : L’avarice est un grand défaut qui pousse sa
victime, l’avare, à se comporter avec raideur et
automatisme comme un idiot. Le rire que provoque l’avare est un
rire moqueur et antipathique.
Le ridicule est un mal constant dans l’ignorance et la
fausse opinion de la personne ridicule qui se manifeste
dans trois domaines : Le corps, l’esprit et la fortune.
•« L’homme ridicule se voit beau, sage et riche et nous
le voyons laid, sot et pauvre ». (Platon)
113 E. Les opinions sur le ridicule (citations)
•« Le ridicule suppose toujours un certain défaut et une
certaine difformité, qui n’a rien de douloureux pour celui
qui la subit, ni rien de menaçant pour sa vie » Aristote.
•« Le ridicule est un mauvais assortiment de choses qui
ne sont point faites pour aller ensemble. La gravité stoïque
serait ridicule chez un enfant et la puérilité chez un
magistrat. C’est une incompatibilité de l’état avec les mœurs »
Batteux
•« Sont ridicules ceux qui imitent l’excentricité sans la
posséder en propre » Johnson
•« Ridicule est la personne qui veut faire rire sans avoir
le talent. Le talent est un don de la providence. Il ne
s’apprend pas, mais simplement il se cultive » D. K.
•« Le ridicule est un petit mal aperçu inopinément chez
une personne qu’on pense digne » Descartes
•« La brimade est un moyen très efficace pour
ridiculiser une personne. Les caractéristiques de la brimade sont :
la méchanceté, la malice, la cruauté, le cynisme et le
sarcasme » Saulnier
•« Le but du moqueur est de ridiculiser sa victime »
Hobbes
•« L’humour dérange ! L’ironie blesse ! Le ridicule
tue ! » D.K.
•« Le ridicule provoque le rire ! Mais ce rire est un rire
moqueur » D.K.
•« Est ridicule l’acte inadapté » H. Bergson
•« Le ridicule naît d’un contraste entre les perfections
et les imperfections » Lessing.
•« Ridicule est considérée toute personne qui provoque
le rire involontairement, soit par bêtise, par ignorance soit
par inadaptation » E. Auboin.
•« L’homme ridicule est celui qui a les apparences d’un
sot » Latour
114 •« On n’imagine pas combien il faut d’esprit pour
n’être pas ridicule » Chamfort
•« Ridicule est celui qui mérite le rire » J. Royère
•« Il n’est qu’un pas du sublime au ridicule » Michelet
•« Le ridicule est le produit de la bêtise humaine. Le
premier sot ou maladroit réussit à être ridicule sans grand
effort » E. Auboin.
•« Le ridicule rapetisse et tue à la longue » Voltaire
•« On veut bien être méchant mais on ne veut point être
ridicule » Molière
•« On ne tue pas avec la colère, on tue avec le
ridicule » Nietzsche
•« Ridicule est la personne qui par bêtise, est inadaptée
à son environnement » Fabre L.
•« Il y a toujours quelque ridicule de parler de soi »
Claudel
•« Le ridicule déshonore plus que le déshonneur » La
Rochefoucauld
•« Ridicule est la personne qui provoque le rire
involontairement soit par bêtise, soit par ignorance, soit par
inadaptation, soit par insociabilité, soit par distraction, soit
par maladresse, soit par raideur ou soit par sottise. Le rire
provoqué par le ridicule est antipathique et moqueur »
D.K.
•« Le rire du ridicule est un rire moqueur produit par la
bêtise, l’ignorance et l’inadaptation de la personne
ridicule » E. Auboin
F. Le ridicule chez Molière
Dans L’Ecole des femmes de Molière, Arnolphe est une
personne ridicule. C’est une personne antipathique qui
provoque le rire moqueur et antipathique ; elle est ridicule
car elle a toutes les insolences dont les pires sont :
- L’âge
115 C’est l’homme mûr qui raille la jeunesse
- Le rang de la fortune e riche qui achète la noblesse
- L’expérience et la raison
C’est l’homme sage, avisé, qui se croit au-dessus
des infortunés, il est sans pitié pour celles des
autres qu’il appelle des sottises.
- La gaîté inhumaine et féroce
Il prend pour cible les maris trompés et ne se lasse
pas d’en parler
Les situations ridicules d’Arnolphe
Il est amoureux d’une enfant qu’il a élevée pour qu’elle
devienne sa femme et il s’est appliqué à la rendre sotte.
Toutes les ruses d’Arnolphe tournent contre lui. Bien qu’il
soit averti de toutes les intrigues que se trament contre lui,
il n’arrive pas à en déjouer une seule. Il se trouve aussi
devant les événements qu’il ne devine pas et ne comprend
pas.
Sa sottise est, au fond, sa raideur, son automatisme, son
insociabilité et son inadaptation.
Le rire qu’il déclenche est provoqué involontairement
par bêtise, par ignorance, par raideur, par automatisme, par
inadaptation, par insociabilité et c’est un rire antipathique
et moqueur. Nous sommes disposés à nous réjouir, nous
moquer et rire de toutes ses mésaventures et nous prenons
du plaisir à tous les petits malheurs qui lui arrivent. C’est
un rire de vengeance, c’est une brimade sociale pour
ramener la brebis égarée à son bercail.
116


3. Le rieur



A. Origine du mot :
Risus, ridere, rire (origine latine)
C’est la personne qui rit.
La personne qui aime rire, s’amuser, plaisante
B. Définition
Personne qui aime rire, s’amuser, se distraire,
plaisanter.
C’est une personne qui voit la vie du côté léger,
plaisant et risible.
C’est la personne qui accepte de s’amuser, de se
distraire et surtout de rire.
•« Le rieur idéal est l’homme qui n’a rien perdu de son
âme d’enfant » D. K.
C. La disposition du rieur
Le rire dépend du risible mais dépend aussi de la
disposition du rieur.
Le risible artificiel ou comique est un jeu intellectuel
entre au moins deux personnes. D’un côté l’émetteur du
risible : le comique et de l’autre côté le destinataire du
risible : le rieur. Ce jeu intellectuel dépend de la position
du créateur du risible et de la disposition du destinataire du
risible ou rieur.
117 Le rire n’est possible que si le rieur est convaincu que
l’auteur comique ne parle, ni n’agit sérieusement.
Exemple : Le rieur accepte que Mickey, la souris, ait un
caractère et un comportement humains sans en être
choqué.
Le rire dépend :
- De l’état ludique du rieur
- De l’humeur de jeu du rieur
- Du refus du rieur de prendre les choses au sérieux
- De l’alacrité d’esprit du rieur
- De la bonne humeur du rieur
- Du sens de l’humour du rieur
- De l’insensibilité du rieur envers la victime du
risible.
- De l’humeur générale du rieur.
- De la disposition du rieur à prendre la vie du côté
léger, plaisant et risible.
- De l’euphorie du rieur (jovialité – hilarité)
- De l’exclusion de celui dont on rit
- De la tolérance à la critique quand il est la victime
du risible
- De la disposition du rieur à s’amuser, se distraire et
rire.
- De la spontanéité et de la liberté du rieur
- De la disponibilité du rieur de jouer, d’accepter
l’irréel.

D’après La Bruyère, les provinciaux et les sots, qui ne
se trouvent pas dans la disposition du rieur, sont toujours
prêts à se fâcher et à croire qu’on se moque d’eux ou
qu’on les méprise.
Il ne faut jamais hasarder la plaisanterie même la plus
douce et la plus permise qu’avec des gens polis et qui ont
de l’esprit.
C’est pourquoi quand quelqu’un n’a pas le sens de
l’humour et se fâche, nous sommes obligés de lui donner
118 des explications. « Ne vous fâchez pas monsieur ! Je
plaisantais. » ou « C’est pour rire ».
Le rieur idéal, d’après Beaumarchais, est le spectateur
qui se trouve dans un de ces moments heureux où il est :
dégagé de tout souci, content de sa santé, content de ses
affaires, content de sa maîtresse, content de son dîner,
content de son estomac.
Car il faut tout cela pour être un homme aimable et un
spectateur-rieur indulgent.
•« Le malheur du personnage risible fait le bonheur du
rieur » Sareil
•« Ce qui amuse le rieur c’est de trouver chez autrui les
problèmes de l’existence quotidienne auxquels il doit
luimême faire face, exagérés simplement par leur nombre »
Sareil
D. Les sentiments du rieur envers le risible
Ces sentiments sont : l’alacrité d’esprit, la bonne
humeur, l’euphorie, l’hilarité, la jovialité, le plaisir, la joie, la
gaîté et le bonheur, le sentiment de supériorité du rieur,
l’orgueil, le triomphe et l’expansion du rieur. L’égoïsme
du rieur est satisfait par l’infériorité de l’objet du risible.
Selon Louis Cazamian, le rieur se détache
momentanément et solidairement du risible pour se moquer de la
victime. Cet écart du rieur résulte de l’arrêt de différents
jugements qui régissent nos autres activités.
- Il accepte que l’auteur du comique lui présente
sérieusement des choses comiques.
- Il accepte comme comique ce qui attendrit,
dégoûte, inquiète et angoisse dans d’autres
circonstances.
- Il accepte que l’auteur du comique se montre
immoral pour mieux contester une morale hypocrite
119 par rapport à une morale courageuse et
authentique.

Comme le risible artificiel est provoqué par une
dévaluation ludique de la personne ou de l’objet risible, le rieur
se sent supérieur à l’infériorité de l’objet du risible. Cela
provoque au rieur le plaisir, la joie, la gaîté, l’euphorie, la
bonne humeur, l’orgueil et le triomphe, sentiments qui
sont extériorisés par une émotion : le rire.
E. Réactions du rieur au risible
Le risible provoque au rieur une confusion momentanée
(tension) laquelle est dissipée par le rire qui provoque la
détente du rieur. Le rire contribue au passage d’une
situation psychologique intense du rieur (tension) en une
situation psychologique faible du rieur (détente),
c’est-àdire, le rieur passe par le rire de la tension à la détente. Le
passage de la réaction tension/détente se manifeste par les
réactions suivantes :
- Confusion/expansion
- Confusion/rassurement
- Désarroi/tranquillité
- Oscillation de l’esprit du rieur entre le réel et
l’irréel (concilier les inconciliables : le raisonnable
et l’absurde du risible)
- Sidération/lumière
- Attente/déception
- Déception du rieur
- Crise d’épilepsie
- Crise de déraison
- Réaction de défense
- Brusque détente après forte tension
- Erreur rectifiée
- Expansion après suspension
120 - Surprise devant l’inattendu
- Surprise devant l’insolite
- Petite crise de folie
- Désarroi momentané – Résolution brusque
- Trouble passager

Le risible artificiel ou comique est présenté au rieur
d’une façon imprévue et inattendue c’est-à-dire par
surprise. Cette surprise crée au rieur une confusion-tension
momentanée devant le comique.
Comme le risible artificiel est provoquée par une
dévaluation, une absurdité, une bouffonnerie, une
contradiction, une extravagance, une incongruité, l’esprit
du rieur oscille momentanément entre le sérieux et le
risible (raisonnable/absurde). Le rieur trouve enfin son
équilibre par le rire (détente).
F. Les commandements aux rieurs
- Prenez du bon temps et accordez un répit à vos
problèmes !
- Oubliez pour un moment vos tâches, vos
obligations, vos soucis, vos problèmes !
- Lâchez la bride à votre imagination !
- Baguenaudez… folâtrez !
- Faites-vous jeune, ignorant, naïf !
- Concentrez votre esprit sur des futilités et des
niaiseries !
- Rompez avec votre caractère et suivez votre
caprice !
- Défaites-vous momentanément de vos habitudes
anciennes !
- Refusez de prendre la vie au sérieux pour un
instant !
121 - Prenez la vie du côté léger, plaisant, risible dans la
bonne humeur et la joie !
- Laissez-vous distraire, amuser et surtout riez !
- Profitez des moments de bonheur !
- Soyez de bonne humeur car le rire est le propre de
l’homme !
- Jouez, plaisanter, riez ! N’oubliez pas qu’on ne vit
qu’une fois !
- La vie est courte. Vivez-la dans la joie, la gaîté et
le bonheur !
- Oubliez vos problèmes existentiels : « D’où je
viens et où je vais ? », car vous ne trouverez pas la
réponse !

« Le rire est le chant de bonheur des gens heureux !
Chantez-le tous les jours » G. Dugas
G. Etat intellectuel et social du rieur
Le rieur intellectuel préfère le comique spirituel :
l’humour, l’ironie, les mots d’esprit
Le rieur manuel préfère le comique matériel : la
bouffonnerie, le burlesque, la plaisanterie et la gauloiserie.
Un fait risible ne fait pas rire tout le monde.
Un jeu de mots ou un mot d’esprit qui va dérider un
intellectuel, va laisser froid et indifférent un ouvrier ou une
personne de culture élémentaire.
Le rire dépend de l’efficacité du risible mais dépend
aussi de la disposition et de l’état intellectuel et social du
rieur.
La personnalité du rieur dépend :
- De son sens de l’humour
- De son origine ethnique
- De sa couche sociale
- De son niveau intellectuel
122 - De son instruction
- De son éducation
- De sa culture
- De sa religion
- De sa morale
- De sa sensibilité
- De son âge
- De son sexe

La réaction du rieur devant le risible et l’ironie se
présente, d’après Defays, sous trois aspects :
- S’il rit
Cela signifie qu’il comprend le fait risible et il
admet que la critique est fondée.
- S’il se fâche
Cela signifie qu’il n’a pas suffisamment le sens de
l’humour pour apprécier le fait risible
- S’il ne réagit pas
Cela signifie qu’il n’a rien compris au fait risible,
qu’il n’est pas à la hauteur du fait qu’on lui
propose.
H. Opinions sur le rieur (citations)
•« L’homme est le seul animal qui sait rire et qui fait
rire » H. Bergson
•« L’homme est le seul animal qui pleure et qui rit »
Voltaire
•« La faculté de rire aux éclats est preuve d’une âme
excellente » Cocteau
•« Rire avant d’être heureux de peur de mourir sans
avoir ri » La Bruyère
•« La plus perdue de toutes les journées est celle où
l’on n’a pas ri » Chamfort
123 •« Je me presse de rire de toute peur d’être obligé d’en
pleurer » Beaumarchais
•« L’homme qui n’a pas le sens de l’humour est un être
inférieur dépourvu d’intelligence et de tolérance » D.K.
•« Commençons toujours par un rire quitte à en pleurer
quand il sera temps » Musset
•« Les gens qui ne rient pas ne sont pas des gens
sérieux » Allais A.
•« Le rire est le chant du bonheur de l’homme
heureux »
•« Le grand rieur est celui qui n’a rien perdu de son
âme d’enfant »
•« Le rire dépend de l’intention de l’auteur du risible
mais aussi de la disposition du rieur » D.K.
•« Seul parmi les êtres vivants, l’homme sait rire »
Aristote
•« La gravité est le bouclier des imbéciles » Chamfort
124


4. Le rire



A. Origine du mot : ridere
C’est un mot d’origine latine qui signifie :
1. manifester un sentiment de gaîté par un
mouvement des lèvres ou de la bouche et accompagné de
sons rapidement égrenés.
2. exprimer la gaîté par l’élargissement de
l’ouverture de la bouche, accompagné
d’expirations saccadées plus ou moins bruyantes.
B. Définition du rire
Exprimer par des mouvements particuliers du visage
dépendants de certains muscles, dont le zygomatique,
accompagnés d’expirations saccadées plus ou moins
bruyantes, une impression de gaieté provoquée par
quelque chose de plaisant ou de comique (Dictionnaire Robert)
En grec gélan = rire – katagélan = se moquer.
- Prendre une expression de gaîté, s’amuser et
prendre du bon temps.
- Ne pas parler, ne pas agir sérieusement.
- Réaction de l’homme à quelque chose de gai, de
plaisant et de risible.
Définition physiologique
C’est un réflexe mécanique à une sensation ou
excitation extérieure physiologique.
125 D’après Georges Dugas il existe deux sortes de rire :
physiologique et psychologique :
a. le rire physiologique
C’est un phénomène musculaire et nerveux. Ce rire est
le reflet d’une cause physiologique : le chatouillement.
Exemple : Le chatouillement ou le plaisir provoqué par
la bonne chair ou la confusion provoquée par le risible.

C’est le mécanisme qui extériorise et neutralise une
quantité d’énergie accumulée.
C’est la mimique faciale avec bouche ouverte et yeux
plissés, respiration rapide et saccadée avec expiration de
l’air, suivie d’une contradiction abdominale puis d’une
détente générale.
D’après Descartes, le rire consiste en ce que le sang qui
vient de la cavité droite du cœur par la veine artérielle,
enflant les poumons subitement et à diverses reprises, fait
que l’air qu’il contient et contraint d’en sortir avec
impétuosité par le sifflet, où il forme une voix inarticulée et
éclatante. Autant les poumons en s’enflant que l’air en
sortant poussent tous les muscles du diaphragme, de la
poitrine et de la gorge lesquels font mouvoir les muscles
du visage connectés avec eux. Et ce n’est que cette action
du visage, avec cette voix inarticulée et éclatante, qu’on
nomme le rire.
•« Le rire ressemble à l’éternuement de l’homme qui a
pris du tabac et qui rejette la prise » Renaudot T.
b. Le rire psychologique
D’après G. Dugas le rire psychologique est un
phénomène émotionnel et mental. Ce rire est la réaction suite à
une cause psychologique : plaisir, joie, gaieté, sentiment
de supériorité, triomphe, etc.
126 Donc le rire psychologique est une émotion qui
extériorise ces sentiments qui sont provoqués par une cause
psychologique : fait plaisant, ou une cause
psychophysiologique : fait imprévu, inattendu ou une cause ludique : le
jeu.
Définition psychologique
C’est une émotion qui extériorise les sentiments
(plaisir, joie, gaîté, orgueil, triomphe) provoqués par une
sensation extérieure : fait plaisant ou fait imprévu,
inattendu qui crée une surprise.
Définition psychophysiologique
C’est une émotion provoquée par un fait impossible,
improbable, imprévu, inattendu présenté par surprise,
entraînant le plaisir, puis le rire.
Définition ludique
C’est une émotion qui extériorise les sentiments de
plaisir, de joie, de gaîté provoqués par le jeu.
Définition intellectuelle
C’est un réflexe intellectuel provoqué par une sensation
intellectuelle : le risible.
D’après G. Dugas, dans le cas de la cause intellectuelle
(le risible) le rire est une réaction mentale provoquée par
un chatouillement mental.

•« Que le rire soit le signe de la joie comme les pleurs
sont les symptômes de la douleur, quiconque qui a ri, n’en
doute pas ! » Voltaire
127 Emotion = trouble passager causé par un sentiment vif :
joie, peur, surprise.
C’est une émotion qui extériorise des sentiments de
supériorité, de plaisir, de joie, de gaîté, d’orgueil et de
triomphe, sentiments provoqués par une sensation
intellectuelle : le risible
Le risible agit ici comme un chatouillement intellectuel
qui provoque le plaisir du rieur, lequel l’extériorise par le
rire.
Définition esthétique
C’est une émotion qui désapprouve une anomalie
esthétique extérieure, comme par exemple la laideur, la
difformité et la disproportion.
Définition sociale
C’est une punition, une brimade sociale, contre les
personnes inadaptées à la société à cause de leur automatisme
et de leur raideur, qui veut ramener la brebis égarée à son
bercail.
D’après Aristote, seul parmi les êtres vivants l’homme
sait rire. D’après Rabelais, le rire est le propre de
l’homme. D’après Voltaire, l’homme est le seul animal qui
pleure et qui rit.
Donc le rire est un phénomène humain.
D’après G. Dugas, le milieu naturel du rire est la
société.
D’après Bergson on rit toujours de quelqu’un. Selon lui
également, le rire est une brimade sociale qui veut corriger
l’automatisme, la raideur et l’inadaptation d’une personne
risible.
D’après Fabri, l’éclat du rire provoqué par le comique
est le libérateur de toutes les contraintes de la vie sociale.
128 Les personnages risibles ou ridicules par leur
automatisme, raideur ou inadaptation, sont considérés comme des
brebis égarées de leur bercail. Le rire sous forme de
brimade est une sanction sociale qui ramène la bête à son
bercail.
Le rire est le chant du bonheur des gens heureux.
Donc le rire est un phénomène également social.
Action du rire
- Rire
- Faire rire quelqu’un
- Rire de quelqu’un ou de quelque chose
- Se réjouir, s’amuser, se distraire
- Amuser, distraire, divertir
- Se moquer de quelqu’un ou de quelque chose,
dédaigner, mépriser, narguer, railler, taquiner.
- Rire de quelqu’un : sourire, l’accueillir avec
bienveillance.
C. Les degrés de rire
La puissance du rire dépend de la cause qui le
provoque. Les degrés du rire sont :
- Atonie
- Euphorie
- Sourire
- Rire
- Rire fort
- Fou rire
- Ricanement
129 Expressions et synonymes
- Rire à gorge déployée, rire aux éclats, rire à en
pleurer, rire aux larmes, éclater de rire, s’étouffer
de rire, se tenir les côtes de rire, c’est à en crever
de rire, c’est à mourir de rire, se tordre de rire.
- Se bidonner, se dérider, s’esclaffer, se désopiler, se
gondoler, se marrer, se poiler, pouffer, rigoler.

Plus le risible est fort, plus le rire est puissant.
L’intensité du rire est proportionnelle à l’originalité et à la
nouveauté du risible présenté d’une façon imprévue et
inattendue c’est-à-dire par surprise.
D. Les procédés complexes du rire
Sensation + sens = sentiment + émotion
- Une sensation extérieure (le risible) se présente par
surprise au sens du rieur (vision + audition).
- Le risible, transmis au cerveau du rieur, crée une
réaction chimique, laquelle produit des sentiments.
- Ces sentiments sont extériorisés par le rire.

D’après Georges Forest, chirurgien à Lyon, le rire se
décompose en trois étapes :
a. La stimulation sensorielle
- Vision, audition d’un message comique
- Perception cutanée d’un chatouillis
- Stimulation intellectuelle : souvenirs drôles
b. L’interprétation cérébrale plus ou moins consciente
- (Cortex préfrontal) avec enregistrement du
message risible
130 - (Système limbique)
c. La production d’hormones
Adrénaline, sérotonine, endorphine qui stimule les
nerfs parasympathiques (à partir de l’hypothalamus)
eCette 3 étape est essentiellement musculaire : mimique
faciale avec bouche ouverte et yeux plissés, respiration
rapide et saccadée avec expiration d’air, contraction
abdominale, détente générale.
D’après Woodrow. A., pendant le rire : le cœur bat plus
vite, les artères se dilatent en procurant une sensation de
bien-être et de détente, les muscles du visage dansent, les
narines se dilatent, les zygomatiques sont de la fête, le
thorax se soulève sous l’expansion des poumons,
favorisant la circulation de l’oxygène, la gorge chante émettant
des sons saccadés.
E. Le mécanisme du rire
Les degrés du rire sont : l’atonie, l’euphorie, le sourire,
le rire.

D’après L. Fabre, le passage brusque de l’atonie au rire
est provoqué par une cause physiologique, psychologique
ou intellectuelle.
Le passage lent mais progressif de l’atonie à l’euphorie,
au sourire, au rire, dépend du caractère du rieur, car il y a
différentes catégories de rieurs au point de vue
psychologique : attentif, craintif, incertain, triste, embarrassé, hilare
(pour l’hilare le point de départ du rire est l’euphorie, pour
les autres rieurs, c’est l’atonie).
131 F. Les théoriciens et les techniciens du rire
Il y a ceux qui ont fait rire sans savoir comment : Les
poètes et les auteurs comiques comme Aristophane,
Plaute, Cervantès, Molière, Labiche, Feydeau etc.
Il y a ceux qui ont cherché à savoir pourquoi on rit sans
faire rire : les philosophes, les psychologues, les
moralistes comme Socrate, Platon, Aristote, Hobbes, Bain, Kant,
Freud, Bergson etc.
Il y a ceux qui ont fait rire et qui ont tenté d’expliquer
leur technique : les cinéastes comme Chaplin, Keaton,
Lloyd etc.
G. Les catégories du rire
Il y a deux catégories de rire : Le rire du comique et le
rire du ridicule
Le rire, provoqué par le comique, est un rire
d’admiration, de reconnaissance et de sympathie pour
l’auteur comique car le rire du comique est un jeu
intellectuel qui dépend de l’intelligence, de la connaissance du
talent et de la virtuosité de son auteur.
Le rire, provoqué par le ridicule, est un rire de
moquerie, de rejet et d’antipathie pour son auteur, la personne
ridicule. Car le rire provoqué par le ridicule est le résultat
de la bêtise ou de l’ignorance ou de l’inadaptation de son
auteur à son environnement. Le rire, provoqué par le
ridicule, est une brimade sociale, qui veut ramener la brebis
égarée à son bercail.
D’après G. Dumas, le milieu naturel du rire, c’est la
société.
« Le rire est donc tantôt un phénomène musculaire et
nerveux, tantôt un phénomène émotionnel et mental. Le
premier est le rire physiologique et le second est le rire
psychologique »
132 La qualité du rire est déterminée par la cause qui le
provoque. Le rire, phénomène de sociabilité, provoque de
deux sortes de rire :
a. Le rire sympathique : provoqué par la victime du risible
Quand le héros comique est pauvre, faible, maladroit,
distrait, naïf, dans la lune, il gagne la sympathie, la
tolérance, la compréhension du rieur : Rire de plaisir, de joie,
de gaîté, du jeu, surprise du risible.
Exemple : Charlot, le pauvre bougre qui se trouve dans
des situations embarrassantes et ridicules, le rieur est son
allié et son complice : son rire est sympathique.
b. Rire antipathique : provoqué par le bourreau du risible
Quand le héros est fort, riche, puissant, égoïste,
arrogant, cynique, misanthrope, excentrique et extravagant, il
provoque le rire antipathique du rieur. Le rieur est son
adversaire et il prend plaisir à ses malheurs : Rire ironique,
cynique, sarcastique, méchant, moqueur, grinçant,
mordant, diabolique.
Qualificatifs du rire : bruyant, éclatant, gros, léger,
étouffé, exubérant, satirique, pessimiste, triste,
irrespectueux, critique, déraisonnable, gaulois, homérique,
méprisant, cruel, joyeux, orgueilleux, admiratif,
bienveillant, satisfaisant, sympathique, hypocrite, idiot, surpris,
heureux, supérieur, triomphal, fou et jaune.
H. Les genres du rire
Les genres du rire dépendent de causes qui les
provoquent.
133 Ces causes sont : physiologiques, psychologiques,
psychophysiologiques, ludiques, intellectuelles, morales,
esthétiques et sociales.
Donc les genres du rire sont :
- rire d’accueil, amer, bienveillant, de bonne
humeur, de bonheur, de brimade, de chatouillement,
de comique, cynique, cruel, de détente, de
déception, de dédain, de défi, de dérision, diabolique,
d’exclusion, d’euphorie, étouffé, d’expansion,
forcé, de folie, gaulois, de gaieté, de gêne, grinçant,
homérique, hystérique, ironique, d’idiot, jeune, de
jeu, de joie, ludique, moqueur, méprisant, méchant,
mordant, de malice, narquois, nerveux, d’orgueil,
de plaisir, de politesse, de provocation, risible,
ridicule, de ricanement, de raillerie, satanique,
sarcastique, social, satirique, de supériorité, de
surprise, de sot, de taquinerie, de triomphe.
I. Les partisans du rire
La gélothérapie = traitement des maladies par le rire
Le rire traduit la détente et la libération d’une énergie
régénératrice (le cœur bat plus vite, les artères se dilatent
procurant une sensation de bien-être et de détente, les
muscles du visage bougent)
Hippocrate, étant médecin, insiste sur l’importance de
la gaîté provoquée par le rire sur les traitements des
maladies.
Le pantagruélisme est la philosophie défendue par
Rabelais. Cette philosophie consiste à :
- Joie de vivre
- Bien manger
- Bien boire
- S’amuser
- Plaisanter
- Rire
134
D’après Sim (humoriste français), le rire est le meilleur
remède contre le stress et l’angoisse. C’est dommage qu’il
ne soit pas remboursé par la Sécurité Sociale.
Pour certains auteurs le rire est :
- Bénéfique
- Exaltant
- Régénérant
- Emancipateur
- Triomphant

Les narines se dilatent, les muscles zygomatiques sont
en fête, le thorax se soulève sous l’expansion des
poumons, favorisant la circulation de l’oxygène.
Les partisans du rire sont :
a. Erasme : 1469-1536
Il fait l’éloge de la folie et considère le rire comme un
moyen permettant l’émancipation de l’esprit
•« La folie est la source du rire comme le vin est la
source de l’ivresse » Poinsinet de Sivry
b. Rabelais : 1494-1553
En bon médecin, il prescrit le risible à ses lecteurs
comme un « instrument » engendrant le rire et le plaisir
avec des qualités thérapeutiques et d’hygiène mentale pour
la santé individuelle et sociale.
c. Montaigne : 1533-1592
Il affirme que le rire est bénéfique pour l’individu et la
société.
135 d. Spinoza : 1632-1677
Il estime que la joie et le rire représentent un bien fait
pour l’homme et l’associent à sa nature divine.
e. Kant : 1724-1804
Il reconnaît la fonction hygiénique et thérapeutique du
rire.
Les actions du rire sont :
- Rire : se réjouir, s’amuser, se distraire
- Faire rire quelqu’un : amuser, distraire, divertir
quelqu’un
- Rire de quelqu’un ou quelque chose : se moquer,
dédaigner, mépriser, narguer, railler et taquiner
quelqu’un ou quelque chose.
f. Nietzsche : 1844-1900
Pour lui le rire est un signe de sagesse.
J. Les adversaires du rire
•« Le rire perturbe non seulement l’harmonie des
hommes libres de la cité, mais il est dangereux car il
suppose une perte de maîtrise de soi » Aristote
Le rire, d’après Platon, trouble les conventions sociales
de la cité, faisant échec à la mesure et à l’harmonie de la
cité idéale. Le rire est indigne des responsables de la cité
et s’accorderait plutôt avec la laideur et l’asservissement
des bouffons, des fous, des méchants et des esclaves.
Les ennemis de rire sont : l’angoisse, l’autoritarisme, la
censure, le chômage, le communisme, la crise
économique, le danger, la dictature, l’émotion, la faim, le
fanatisme politique et religieux, le fascisme, le froid, la
136 guerre, l’insécurité, la maladie, le malheur, la misère, la
mort, l’occupation, la pauvreté, le pessimisme, la peur, le
stress, le terrorisme et le totalitarisme.
D’après Aristote, il y a deux types de rire :
- Le rire licite, c’est le rire qui ridiculise les ennemis
- Le rire condamnable, qui se moque injustement des
amis.

Tous ces ennemis du rire empêchent l’être humain
d’être en état ludique et de bonne humeur, conditions
nécessaires pour produire le rire.
La joie, la gaîté, la bonne humeur et le rire sont les
meilleures armes pour vaincre l’angoisse, la déprime et la
mélancolie qui créent tant de problèmes dans la vie de tous
les jours, dans nos villes actuelles, inhumaines et
invivables.
Le rire non seulement détend, mais il enseigne et
corrige à la fois, et cela de la manière la plus agréable.

Les adversaires du rire sont :
- Platon : 427-347 av. J-C.
Platon considère le rire laid, obscène et dangereux
pour les hommes responsables de la cité. Il
considère le rire digne des bouffons, des fous, des
méchants et des esclaves.
- Aristote : 384-322
Le rire perturbe non seulement l’harmonie des
hommes libres de la cité, mais il est dangereux car
il suppose une perte de maîtrise de soi. Le rire est
une des grimaces de la laideur
- Baudelaire : 1821-1867
Il considère le rire profondément diabolique,
satanique et luciférien.
- Les pères de l’église
Ils considèrent le rire comme diabolique, c’est un
péché pour l’homme
137 - Voltaire : 1694-1778
Le rire malin est la joie de l’humiliation d’autrui
qui déforme le visage, qui désarticule la voix, il est
l’ennemi de la bienséance humaine.
- Descartes : 1596-1650
Selon lui le rire est agressif et moqueur.
K. Expressions – synonymes avec le mot « rire »
D’après Le Petit Robert :
1. Rire à gorge déployée, rire aux éclats, rire à en pleurer,
rire aux larmes, éclater de rire, s’étouffer de rire, se
tenir les côtes de rire, se tordre de rire, c’est à en crever
de rire, c’est à mourir de rire.
2. Badiner, se bidonner, se dérider, s’esclaffer, se
désopiler, dilater, divertir, se fendre, se gondoler, se marrer, se
moquer, plaisanter, se poiler, pouffer, rigoler, se tordre.
- Rire : réaction de l’homme à quelque chose de gai,
de plaisant et de risible
- Avoir le mot pour rire : dire quelque chose en
plaisantant pour amuser les autres
- Rire à gorge déployée, rire aux larmes : rire très
fort, excessivement fort.
- Mourir de rire : Etre saisi d’un violent accès de rire
- Etre à mourir de rire : être excessivement ridicule
- Crever de rire : se dit dans un sens analogue
- Rire du bout des dents, du bout des lèvres, rire
jaune : rire sans avoir envie, rire à contre cœur
- Rire sous cape, dans sa barbe : éprouver une
satisfaction maligne qu’on cherche à dissimuler
- Rire aux anges : se dit de quelqu’un dont le visage
marque l’épanouissement de la joie ou de celui qui
rit seul, niaisement et sans sujet
138 - Tout rit dans cette maison, la fortune lui sourit, tout
lui rit : se dit d’un homme heureux à qui tout
réussit
- C’est pour rire : C’est une plaisanterie, cela n’a
rien de sérieux
- Pour rire : se dit de ce qui n’est pas réel, sérieux,
c’est pour s’amuser.
- Rire de quelqu’un : se moquer de lui
- Rire aux dépens de quelqu’un : se divertir à relever
les défauts, les ridicules de quelqu’un
- Rire au nez de quelqu’un : se moquer de lui en face
- Vous me faites rire : vos discours sont ridicules et
déraisonnables
- Rira bien qui rira le dernier : se dit de quelqu’un
qui triomphe et dont on espère triompher bientôt
- Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera : Souvent
la tristesse succède en peu de temps à la joie ou le
contraire
- Plus on est de fous, plus on rit : le rire est
caractéristique des fous et plus nombreux on est, plus on
s’amuse
- Avoir le fou rire : rire qu’on ne peut pas dominer,
rire contagieux
- Rire homérique : rire bruyant, comme celui des
dieux de l’Olympe mentionné par Homère dans ses
œuvres.
- Rire sardonique : Rire à contre cœur et avec une
grimace
- Aimer rire : Personnage gai
- Vous voulez rire : vous ne parlez pas sérieusement
- Prêter à rire : donner sujet à la moquerie
139 L. Les fonctions du rire
Le rire offre : l’alacrité de l’esprit, la bonne humeur, le
bonheur, la gaîté, la joie et le plaisir.
Le rire corrige les absurdités, les automatismes, les
bouffonneries, les contradictions, les défaillances, les
défauts, les déviations, les difformités, les distractions, les
excentricités, les excès, les inadaptations, les incongruités,
l’insociabilité, les laideurs, les raideurs, les passions, les
ridicules, les travers et les vices.
- Le rire désarme.
- Il fait tomber les barrières
- Il crée une complicité entre les humains
- Il établit la communication
- Il crée un lien social
- Il crée un courant de chaleur
- Il crée la sympathie entre les humains.
- Il fait fondre la glace entre les humains
- Il dissout le formalisme
- Il établit la confiance
- Il dissipe les chagrins
- Il détend l’esprit
- Il exprime la force, la sécurité et le sentiment de
supériorité
- Il fait oublier la mort
- Il rétablit l’équilibre de nos humeurs
- Il combat l’angoisse, le stress et les soucis
- Il extériorise nos sentiments
- Il est l’instrument de défense, de la politesse et de
séduction

De plus,
- Il attaque
- Il critique
- Il conteste
- Il condamne
- Il dégrade
140 - Il moralise
- Il se moque
- Il ridiculise
- Il sanctionne les anomalies du caractère et du
comportement humains
- Il charme
- Il blesse
- Il irrite


La fonction du rire est :
a. Hygiénique :
C’est un excellent remède pour notre santé physique,
psychologique, intellectuelle et morale. C’est la soupape
de sécurité de notre santé mentale.
b. Morale :
Il blâme le mal
c. Psychologique :
Il se moque et condamne les déviations
d. Esthétique :
Il critique et se moque de la laideur
e. Sociale
Il ridiculise la raideur, l’automatisme et l’inadaptation,
l’insociabilité
•« Une cure de rire est plus saine et plus efficace
qu’une cure avec des calmants » D. K.
141 Le rire est plaisant, agréable et bénéfique.
Le rire nous offre : le plaisir, la joie, la gaîté, la bonne
humeur, l’alacrité de l’esprit et le bonheur.
M. Les moments où nous avons besoin de rire
- Après la privation de liberté : dictature, occupation
- Après les guerres, les cataclysmes, les séismes et
les catastrophes
- Pendant les périodes d’angoisse, de stress,
d’inquiétudes et de maladies
- Dans les périodes de monotonie et de lassitude.
- Au cours d’une cérémonie fastidieuse ou après une
période de bien-être et de calme qui amène la
monotonie, on a besoin de changement.
- Dans les endroits où l’être humain est soumis à la
discipline : école, armée.
- Au travail, au tribunal, à l’église, au théâtre qui
présente des tragédies ou des symphonies
musicales
- Pendant les récréations, les fêtes familiales,
sociales, nationales.
N. Conclusion
Le rire dépend du risible mais aussi de la disposition du
rieur.
On peut rire de tout à condition :
- D’être disposés à voir la vie du côté léger, plaisant
et risible (avoir le sens de l’humour) D. K.
- De refuser de prendre les choses au sérieux
(Delacroix)
- D’être en humeur de jeu de l’esprit (Socrate)
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