L’écho de nos classiques : Bonheur d’occasion et Two Solitudes en traduction

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Des chercheures et chercheurs d’une douzaine de pays remontent à tâtons, comme de véritables limiers, dans l’histoire imprévisible de chacune des traductions, parfois héroïques, de Bonheur d’occasion et de Two Solitudes.
Best-sellers dès leur parution en 1945, Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy et Two Solitudes de Hugh MacLennan ont non seulement conquis les publics francophones ou anglophones, mais été vite traduits en une dizaine d’autres langues : allemand, danois, espagnol, estonien, japonais, hollandais, lituanien, norvégien, roumain, russe, suédois, slovaque et tchèque.
En examinant le chemin fascinant de leurs traductions, le présent ouvrage montre comment ces deux oeuvres classiques sont devenues les ambassadrices à l’étranger de nos deux cultures fondatrices.
Ont contribué à ce volume :
Agnès Whitfield (Université York)
Margot Irvine (Université de Guelph)
Zuzana Malinovská (Université de Prešov)
Cecilia Alvstad (University of Oslo, University of Gothenburg)
Bente Christensen (Université d’Oslo)
Rodica Dimitriu (Université Alexandru Ioan Cuza)
Anna Bednarczyk (Université de Lódz)
Jovanka Šotolová (Université Charles de Prague)
Regina Kvašyte et Genovaite Kaciuškiene (Université de Šiauliai)
Chiara Bignamini (Université Jean Moulin Lyon 3)
Elzbieta Skibinska (Université de Wroclaw)
Dana Patrascu-Kingsley (University of Toronto)
Michael G. Paulson (Université de Miami)
Bennett Yu-Hsiang Fu (National Taiwan University)
Madelena Gonzalez (Université d’Avignon)
Klára Kolinská (Masaryk University)
Tiina Aunin (Tallinn University)
Reet Sool (University of Tartu)
Publié le : mardi 1 décembre 2009
Lecture(s) : 28
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895971405
Nombre de pages : 360
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Écho_classiques_L.indb 1 09-09-04 15:05L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Bonheur d’occasion et Two Solitudes
en traduction
Écho_classiques_L.indb 3 09-09-04 15:05Écho_classiques_L.indb 4 09-09-04 15:05L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Bonheur d’occasion et Two Solitudes
en traduction
Sous la direction de
Agnès Whitfeld
Écho_classiques_L.indb 5 09-09-04 15:05Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada, le Secteur
f ranco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario et la Ville d’Ottawa. En outre,
nous reconnaissons l’aide fnancière du gouvernement du Canada
par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de
l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
L'écho de nos classiques : Bonheur d'occasion et Two solitudes en
traduction / sous la direction de Agnès Whitfeld.
(Collection Voix savantes)
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-89597-115-3
1. Roy, Gabrielle, 1909-1983. Bonheur d'occasion. 2. MacLennan, Hugh,
1907-1990. Two solitudes. 3. Roy, Gabrielle, 1909-1983 — Traductions.
4. MacLennan, Hugh, 1907-1990 — Traductions. I. Whitfeld, Agnès, 1951-
II. Collection: Collection Voix savantes
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Maquette de la couverture, typographie et montage  :
Anne-Marie Berthiaume graphiste
Les Éditions David Téléphone : 613-830-3336
335-B, rue Cumberland Télécopieur : 613-830-2819
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www.editionsdavid.com
Tous droits réservés. Imprimé au Canada.
eDépôt légal (Québec et Ottawa), 4 trimestre 2009
00-Intro.indd 6 09-09-11 11:17À mes trois chères flles,
Olga, Sophia et Alexandra
À mon mari, Daniel,
pour son fdèle soutien
Écho_classiques_L.indb 7 09-09-04 15:05Écho_classiques_L.indb 8 09-09-04 15:05Introduction
Agnès Whitfeld
Université York
’est il y a quatre ans, en 2005, comme chercheure en France, que C j’ai eu l’idée de demander un ouvrage sur Gabrielle Roy dans la
librairie même où il avait été publié à Paris, c’est-à-dire chez l’éditeur
L’Harmattan, rue des Écoles. La libraire chercha longuement et avec
énergie ce prix Femina 1947, mais n’obtint aucune réponse du logiciel
de son ordinateur. Ce n’est que lorsque j’ai pu regarder l’écran
pardessus son épaule que le mystère s’éclaircit : dans son instrument de
recherche, elle avait écrit Gabriel au lieu de Gabrielle, croyant que
c’était un auteur masculin. Comment expliquer qu’une auteure aussi
aimée chez nous, par surcroît lauréate du Femina, ait pu disparaître des
écrans radars littéraires de la métropole française ?
Cette méconnaissance de notre patrimoine culturel par nos
cousins français m’a incitée à réféchir sur l’écho que peuvent avoir
nos œuvres classiques à l’étranger et a fait naître en moi le désir de
combattre l’oubli de nos classiques. Pour retrouver la mémoire de nos
œuvres, j’ai eu l’idée d’organiser en septembre 2008, à la Fondation
Maison des sciences de l’homme (boulevard Raspail à Paris), le
colloque « Deux grands romans canadiens, Bonheur d’occasion et Two
Solitudes, à l’aune des cultures étrangères », dont je publie ici les actes.
Il s’agissait de sortir ces livres de chez nous du piège des métropoles.
Que sont devenus ces classiques qui ont passé la rampe avec éclat dans
les années quarante ? En organisant ce colloque, j’ai voulu connaître la
Écho_classiques_L.indb 9 09-09-04 15:0510 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
source de leur développement extraordinaire dans la foulée des feux
d’artifce de l’après-guerre, les contours et les méandres du chemin
de leur traduction en toutes langues. En mettant en place un outil
de connaissance juste et efcace, je souhaitais favoriser le retour en
grâce de nos classiques, un retour à leur lecture en leur garantissant
un lectorat fdèle et constant, ainsi qu’une renommée qui continue à
résister aux modes passagères.
Il suft de voir les textes éblouissants des traducteurs. La réussite
de ces traductions est une bonne nouvelle pour au moins trois raisons.
Premièrement, si nous croyons que notre littérature a pu s’élever dans
le passé à à cce e nniivveeaau u dde e ddii�� uussiioon n ddaanns s aaauuutttaaannnt t t ddde e e pppaaayyysss, , , nnnooouuus s s aaavvvooonnns s s
rrraaaiii--son encore d’écrire et de lire, et aussi d’investir dans le rayonnement
de nos œuvres. Deuxièmement, face à un tel phénomène, le milieu
littéraire peut, s’il prend la mesure de l’événement, croire encore à une
cure de jouvence, se libérer de ses principes rigides, et s’ouvrir : pas
question de rater le rendez-vous. Enfn, c’est une dernière bonne raison
de croire à un modèle de di�usion, à un modus operandi au-delà des
f rontières : le parcours de ces œuvres dévoile une nouvelle façon de se
faire connaître.
Aujourd’hui, la di�usion internationale de nos œuvres
contemporaines semble parfois un déf insurmontable, même pour nos plus
grands best-sellers. À l’époque de l’après-guerre, il y avait un courant
de sympathie, les pays étaient prêts à nous recevoir et, à distance, cela
semble avoir été un jeu d’enfant. Parus tous les deux en 1945, dans
les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, répondant à la soif
des lecteurs et lectrices d’alors pour de nouvelles perspectives dans
un monde en pleine mutation, Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy et
Two Solitudes de Hugh MacLennan ont non seulement cheminé vers
les pays francophones ou anglophones, mais vite franchi la barrière
de la traduction, se faisant traduire vers une dizaine d’autres langues :
allemand, danois, espagnol, estonien, japonais, hollandais, lituanien,
norvégien, roumain, russe, suédois, slovaque et tchèque.
L’objectif du colloque était d’explorer l’aventure vers d’autres
langues de ces deux romans phares, de remonter la piste des traductions
et de voir comment ces œuvres, qui ont été si marquantes pour les
littératures francophone et anglophone du Canada, ont été reçues par
00-Intro.indd 10 09-09-09 09:40INtrODUCtION 11
des lecteurs et lectrices à l’aune des cultures étrangères. C’est une
histoire passionnelle de plus de soixante ans, et il n’y avait pas de raison
que cela cesse. Entre les œuvres classiques de Roy et de MacLennan et
la lignée des pays, pour la plupart européens, qui les ont traduites, la
dépendance est réciproque. Les Européens ont été fascinés par la
succession des tableaux sociaux de ces romans fondés sur une observation
sensible, sur l’indépendance des personnages, sur leur idylle, sur leurs
fâcheuses et malheureuses aventures sentimentales dans la foulée de
la Seconde Guerre mondiale. On peut trouver curieux qu’autant de
pays se soient entichés ainsi de ces aventures familiales et sociales
canadiennes. Mais ainsi va l’époque : après les débarquements des
troupes canadiennes et américaines sur les plages de Normandie pour
libérer l’Europe du joug nazi, les romans trouvent facilement des fdèles
et une humanité commune.
Car ces romans avaient une capacité à inventer une atmosphère
tissée de rêves, évoquant par moments des espoirs nouveaux que pouvait
faire naître la période de paix retrouvée dans la foulée de la Libération.
Les magnifques éclairages sur la vie sociale, le décor, le quartier pauvre
aux éléments indigents, aux personnages déshérités, avec ses maisons
dans le froid de l’hiver québécois évoquant les a�res de l’enfer, cette
grande misère qui faisait tourner jour après jour le soleil noir comme
une infernale roue du temps, tout cela s’insérait très bien dans l’espace
de l’après-guerre.
La traduction de Bonheur d’occasion aux États-Unis en 1947
marque le début d’une première vague de traductions vers des pays
comme l’Argentine (1948), le Chili et la Slovaquie (1949), la Suède et le
Danemark (1949) et la Norvège (1950). Et ce n’est pas tout. Après une
stagnation de près d’une vingtaine d’années, la Roumanie, flle aînée
de la France (1968), la Russie (1972), la République tchèque (1979), la
Lituanie (1994) et l’Allemagne (un chapitre seulement en 2000) font
partie d’une deuxième vague qui élargit le roman de Gabrielle Roy à
de nouveaux publics. Two Solitude sconnaîtra aussi un premier
rayonnement, parfois vers les même pays : la Suède et l’Espagne (1947), la
Hollande et la Tchécoslovaquie, en langue tchèque (1948), avant d’être
Écho_classiques_L.indb 11 09-09-04 15:0512 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
relancé vers la diaspora estonienne (1962), la France (1963) et, plus tard,
1vers la Slovaquie (1984) et la Russie (1990) .
À quelle réalité historique, politique ou territoriale a correspondu
ce déverrouillage de la traduction des romans de Gabrielle Roy et de
Hugh MacLennan de la deuxième vague ? Cet accueil dans les pays
de l’Est encore sous la gouverne de l’Union soviétique, sous la main
de fer de Léonid Brejnev en outre, surprend, mais l’on découvre qu’à
Moscou, le verdict de la censure ne contredit pas le credo social
communiste et sa propagande. Ces classiques n’o�rent-ils pas, chacun à sa
façon, le portrait d’une société capitaliste, divisée, en déclin ? Sous ses
nouveaux habits, la petite Florentine de Bonheur d’occasion devient
une héroïne bolchévique. On prête quelque attention au roman et les
pays du Bloc soviétique peuvent, à la suite de la Roumanie francophile,
emboîter le pas. La peur de la dépolitisation des enjeux communistes,
d’un ramollissement de la conscience de classe du lectorat n’étant
plus, le roman passe les mailles du Rideau de fer sans encombre. Et, à
mesure que les régimes s’essoufent, on dirait que le goût du voyage
littéraire s’empare des lecteurs enfermés pendant des décennies dans
la littérature soviétique. Ils ressentent le besoin de rattraper le temps
perdu et de lire enfn les livres interdits.
Décidément, ce long voyage au bout d’une vie de roman qu’est cette
aventure des traductions internationales de Bonheur d’occasion et de
Two Solitude, sremplies de métamorphoses, de philtres magiques ou de
transcriptions culturelles, et dont les auteurs eux-mêmes souhaitaient
qu’elles soient comme une adaptation ouverte, reste fnalement assez
exemplaire.
La naissance de deux grands classiques
Pour en savoir plus long sur l’écho de ces deux romans classiques à
l’étranger, il faut remonter la piste jusqu’à leur première publication
en 1945, dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale. Si
1. Selon la biographe de MacLennan, Elspeth Cameron, le roman est paru
en suédois, tchèque, estonien, japonais, coréen, allemand et norvégien, mais nous
n’avons pas pu confrmer les références pour les traductions japonaise, coréenne et
allemande du livre (Elspeth Cameron, Hugh MacLennan. A Writer’s Life, Toronto,
Bu�alo, London, University of Toronto Press, 1981, p. 193).
Écho_classiques_L.indb 12 09-09-04 15:05INtrODUCtION 13
Bonheur d’occasion et Two Solitude ssont traversés par les grands
thèmes de l’époque — la guerre, la pauvreté, les relations entre les
peuples —, l’art de Roy et de MacLennan consiste à les situer dans
un espace-temps particulier. Two Solitude ss’ouvre sur un moment
clé dans l’histoire : Athanase Tallard, député québécois au Parlement
canadien en 1917, rompt avec ses concitoyens francophones et vote en
faveur de la loi de la conscription, loi qui met à dos francophones et
anglophones et donne lieu à une grave crise politique. À travers les
teeennn--tatives de Tallard d’apporter un nouvel élan économique et social à son
village, en opposition avec le clergé catholique, le roman met en scène
la déréliction de ces années de la grande crise. Le roman se termine à
l’automne 1939. Bonheur d’occasion observe la société francophone de
2Montréal dans les « trois mois de la fn février à la fn mai 1940 » . Avec
compassion, mais aussi avec minutie, Roy met en relief la pauvreté des
ouvriers du quartier pauvre de Saint-Henri à Montréal.
À ceess ffrreessqquueess ssoocciiaalleess eett hhiissttoorriiqquueess,, RRooyy eett MMacacLLeennnnaann
aajjoouu-tent une dimension humaine, individuelle. Bonheur d’occasion et
Two Solitudesr acontent l’histoire des deux familles : les Lacasse de
Saint-Henri dans Bonheur d’occasion, et les Tallard, père et fls, de
la seigneurie de Saint-Marc-des-Érables près de Trois-Rivières sur le
Saint-Laurent dans Two Solitude. sSymptôme d’une société en rapide
transformation, enfants et parents s’a� rontent sur des questions de
religion et de mœurs, d’ambition personnelle et de loyauté fliale. Les
jeunes personnages, la petite Florentine Lacasse, Paul et Marius Ta-l
lard, vivent de poignantes aventures sentimentales. Florentine jette son
dévolu sur un jeune ouvrier ambitieux, Jean Lévesque, dans l’espoir de
sortir de sa misère. Lorsqu’il la laisse tomber, enceinte, elle épousera
Emmanuel Létourneau. Signe de la réconciliation entre francophones
et anglophones souhaitée par MacLennan, Paul Tallard et Heather
Methuen fniront par vaincre l’opposition de leurs familles pour se
marier. Sur ce plan amoureux, le dénouement des deux romans a sans
doute touché une corde sensible chez les lecteurs de l’époque. Comme
beaucoup de jeunes gens, aussitôt mariés, Paul et Emmanuel, délaissant
2. Antoine Sirois, « Bonheur d’occasion, roman de Gabrielle Roy », dans
Maurice Lemire (dir.), Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, t. III,
Montréal, Fides, 1982, p. 128.
Écho_classiques_L.indb 13 09-09-04 15:0514 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
leurs nouvelles épouses, partent à la guerre en Europe. Reviendront-ils ?
Ni MacLennan ni Roy n’ont écrit de suite.
Or, le sort attendrissant et émouvant de ces jeunes protagonistes a
clairement trouvé des échos chez des lecteurs au Canada et aux
ÉtatsUnis. Comme le souligne la biographe de MacLennan, Elspeth
Cameron, « tout le premier tirage de 4 500 exemplaires » de Two Solitude s
« fut épuisé à midi le jour du lancement », le 17 janvier 1945 à New
3York . Tout au long de l’année, le livre fgurait sur les listes de
bestsellers aux États-Unis et au Canada, où il côtoyait des œuvres, entre
autres, d’auteurs américains et anglais mondialement connus comme
John Steinbeck, Aldous Huxley et Somerset Maughan. Repris en mars
1945 par le Book of the Month Club, il est publié le même mois, en
4une version abrégée, dans le magazine Omnibus . Le roman restera un
solide vendeur. « Jusqu’en 1967, quelque 700 000 exemplaires avaient
été vendus dans le monde entier », et au début des années 1990, il conti-
5nue à se vendre « à environ 5 000 exemplaires par année au Canada » .
Dès sa parution en juin 1945 aux Éditions Pascal à Montréal,
Bonheur d’occasion « connaît un succès rapide et sans précédent dans la
6littérature québécoise » , à tel point que la maison d’édition a de la
difculté à répondre aux commandes. C C’e’set st en en 191497 47 qquue e le le lilvirve re prpernen- -
dra véritablement son essor international. Réédité par Beauchemin à
Montréal et par Flammarion à Paris, où il remporte le prix Femina,
le livre paraîtra aussi à New York où, choisi comme livre du mois par
la Literary Guild of America, il sera tiré à 750 000 exemplaires. En
1982, le tirage cumulatif de la version originale au Québec dépassait les
7130 000 exemplaires . Les ventes de l’édition de poche dans la
collection « New Canadian Library » chez McClelland and Stewart à Toronto
3. « By noon of that day […] the entire frst printing of 4,500 copies was sold
out. » C’est moi qui traduis. Elspeth Cameron, Hugh MacLennan. A Writer’s Life,
Toronto, Bu�alo, London, University of Toronto Press, 1981, p. 183.
4. Voir ibid., p. 192-193.
5. « It had already sold some 700,000 copies world-wide by 1967… and today
it continues to sell […] some 5,000 copies annually in Canada. » C’est moi qui
traduis. Linda Leith, Introducing Hugh MacLennan’s Two Solitude,s Toronto,
ECW Press, 1990, p. 18.
6. Antoine Sirois, « Bonheur d’occasion, roman de Gabrielle Roy », p. 127.
7. Ibid.
Écho_classiques_L.indb 14 09-09-04 15:05INtrODUCtION 15
témoignent de la popularité constante de la traduction au Canada
8anglais : de 1958 à 1979, un total de 146 309 exemplaires sont vendus.
Dès leur parution, Bonheur d’occasion et Two Solitude
ss’imposent ainsi comme des best-sellers, mais des best-sellers qui ont aussi
une valeur littéraire et documentaire certaine. La critique souligne la
vigueur de l’écriture de MacLennan, sa capacité de brosser, avec
chaleur et doigté, un tableau réaliste des deux communautés anglophone
et francophone du Canada. Première tentative littéraire de mettre
en scène la dimension biculturelle du Canada, le livre s’impose par
le sérieux et l’ambition de son sujet. Pour la critique américaine, il
constitue un précieux outil pour mieux connaître un « pays voisin resté
9plutôt dans l’ombre » . L’historien canadien Mason Wade considère le
roman comme « une lecture obligatoire pour tout Canadien préoccupé
10par le problème fondamental de la vie de son pays » . Pour les lecteurs
canadiens, le roman ouvre un débat et permet l’expression des tensions
et des espoirs qui animent deux communautés qui cohabitent dans le
même espace sans toujours se reconnaître. Si les lecteurs francophones
de l’époque sont en général reconnaissants à MacLennan de son
portrait de la société francophone, fruit d’un « profond respect et d’une
11réelle a�ection pour le Canada français » , les lecteurs anglophones
8. Pour mettre ce chi� re en perspective, les ventes totales moyennes pour
les huit titres lancés la même année que Bonheur d’occasion dans cette collection
étaient de 76 565 exemplaires. De l’histoire de toute la série pour cette période,
un seul autre roman canadien se sera vendu à plus d’exemplaires, Te Stone Angel
de Margaret Laurence, pour un total de 254 516. Le succès continue de
Bonheur d’occasion dépasse même celui du livre très populaire de Stephen Leacock,
Sunshine Sketches of a Little Town, inclus dans la collection en 1960, qui s’est
vendu à 142 325 exemplaires. Voir Janet Friskney, New Canadian Library. Te
Ross-McClelland Years 1952-1978, Toronto, University of Toronto Press, 2007,
p. 197.
9. « It is a book holding great value for the American reader, because it
makes Canada real and signifcant, instead of merely that pleasant shadowy neigh -
bor to the north. » E.W.G. Christian Science Monitor, 6 juin 1945, p. 14.
10. « Required reading for every Canadian who is concerned with the
fundamental problem of his national life. » C’est moi qui traduis. Cité par Elspeth
Cameron, Hugh MacLennan. A Writer’s Life, p. 185
11. « A deep respect and a�ection for French Canada. » C’est moi qui traduis.
Elspeth Cameron, Hugh MacLennan. A Writer’s Life, p. 186. Dix-huit ans plus
tard, lorsque la traduction française du livre sortira, la réception sera beaucoup
plus nuancée. Voir Agnès Whitfeld, « Between Translation and Traduction : Te
Écho_classiques_L.indb 15 09-09-04 15:0516 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
sont souvent plus critiques, ne trouvant peut-être pas plaisant de se voir
dans des personnages à l’esprit fermé du monde de l’élite anglophone
12de Montréal .
Ni Bonheur d’occasion ni Two Solitude sne frappent par leur
innovation technique. Par-dessus tout, ce sont des romans qui se lisent bien
et qui visent un large public. Two Solitude sest « votre passeport à deux
13soirs de rares délices littéraires » , écrit L. L. Marchland dans le Boston
Globe. Tout en notant le manque d’humour dans Bonheur d’occasion,
le critique anonyme du New Yorker compare le livre à l’un des romans
14américains les plus aimés de tous les temps, A Tree Grows in Brooklyn .
Ce sont néanmoins des romans canadiens d’une énergie nouvelle.
Gabrielle Roy est perçue comme ouvrant la voie, par son réalisme et
son portrait de l’espace urbain, à une nouvelle période dans l’évolution
15du roman canadien-français . Comme le souligne René Garneau dans
le Canada, « ce roman marque un temps nouveau et original dans notre
16littérature » . En prenant de front la dualité du Canada, MacLennan
aussi est reconnu comme faisant œuvre de pionnier.
Intuitivement, les critiques canadiens, tant anglophones que
francophones, ont vu en Roy et en MacLennan des auteurs capables
de mettre sur la carte du monde la littérature canadienne dans les
deux langues, de traduire, par les mots et les images littéraires, les
réalités d’un pays encore jeune, un pays qui cherche encore ses
traditions littéraires en même temps qu’il se cherche une identité. C’est
Many Paradoxes of Deux Solitudes », in A. Pym, M. Shlesinger & Z. Jettmarova
(eds), Sociocultural Aspects of Translating and Interpreting, Amsterdam, John
Benjamins, 2006, p. 106-120.
12. Pour une analyse plus détaillée de la réception de Two Solitude,s voir
Elspeth Cameron, Hugh MacLennan. A Writer’s Life, p. 182-193, Linda Leith,
Introducing Hugh MacLennan’s Two Solitude,s p. 13-26, et Agnès Whitfield,
« Between Translation and Traduction : Te Many Paradoxes of Deux Solitudes »,
loc. cit., p. 106-120. Pour une analyse plus détaillée de la réception de Bonheur
d’occasion, voir Antoine Sirois, « Bonheur d’occasion, roman de Gabrielle Roy ».
13. « Tis volume is defnitely your passport to two evenings of rare literary
delight. » C’est moi qui traduis. Boston Globe, 17 janvier 1945, p. 13.
14. Anonyme, New Yorker, 26 avril 1947, p. 93.
15. Voir Antoine Sirois, « Bonheur d’occasion, roman de Gabrielle Roy »,
p. 133.
16. Cité par Antoine Sirois, ibid.
Écho_classiques_L.indb 16 09-09-04 15:05IntroductIon 17
peut-être pour cette raison que chaque roman met en scène les
aspirations de jeunes personnages, la bouleversante Florentine, l’ambitieux
Jean Lévesque, le conciliant Emmanuel Létourneau, le sympathique
Paul Tallard.
Il n’est pas étonnant que la critique américaine ait rapidement
compris qu’il s’agissait de romans qui osaient parler d’une région
particulière sans être régionalistes, de romans qui, tout en encourageant
un débat régional, s’ouvraient sur l’universel. Dans les mots du critique
du New York Times, Orville Prescott, qui pourraient décrire aussi
Bonheur d’occasion, MacLennan raconte une histoire bien de son siècle :
« un siècle de guerre et de confrontation sociale, de chômage, et de
17marche aveugle vers le progrès scientifque et l’industrialisation » .
Le directeur littéraire de Flammarion, Pierre d’Uckermann, saisit une
dimension semblable dans Bonheur d’occasion, cette même capacité
de relier les conditions particulières aux grands thèmes de l’époque,
quand il écrit à Gabrielle Roy : « Ce n’est pas seulement l’intrigue de
Florentine avec Jean et Emmanuel qui m’ont attaché à cet ouvrage ; c’est
aussi le tableau social que vous avez retracé de la famille Lacasse et des
milieux populaires de Montréal. C’est encore une certaine physiono-
18mie du Canada pendant la guerre . »
Les droits de traduction pour Bonheur d’occasion :
la première vague
Comment Bonheur d’occasion et Two Solitudes ont-ils transité vers
les cultures étrangères ? De toute évidence, c’est d’abord la puissance
de New York qui a joué, matérialisée par Reynal and Hitchcock pour
Bonheur d’occasion, par Duell, Sloan and Pearce pour Two
Solitudes, et par les agents littéraires new-yorkais Maximilien Becker et
Blanche Gregory.
17. « A century of war and social strife, of unemployment and the blind
onward march of science and industrialization. » C’est moi qui traduis. Cité par
Elspeth Cameron, Hugh MacLennan. A Writer’s Life, p. 183.
Lettre de P. d’Uckermann à Gabrielle Roy du 20 décembre 1946, Fonds 18.
Gabielle Roy, Bibliothèque et Archives Canada (désormais BAC), boîte 12,
chemise 11.
00-Intro.indd 17 09-09-09 09:4018 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Dans le cas de Bonheur d’occasion, les premières demandes
d’information sont adressées à l’éditeur initial du livre. Par exemple, le
C anadian-American Women’s Committee écrit ainsi aux Éditions
Pascal, le 31 août 1946, pour obtenir un exemplaire de la traduction anglaise
« aussitôt que possible » en vue d’inclure le livre dans sa nouvelle liste
19de « Livres pour lectures entre amis » . Par la suite, les demandes
passent surtout par l’éditeur américain, Reynal and Hitchcock, et par
l’agent littéraire que ce dernier recommande à l’auteure, Maximilien
Becker à New York. Enfn, à partir de la signature du contrat pour
l’édition française du livre, c’est l’éditeur français, Flammarion, qui
prend progressivement le dessus.
D’après la correspondance entre l’éditeur américain et Gabrielle
Roy (et son agent, l’avocat Paul-Marie Nadeau), c’est du Royaume de la
Suède que vient la première demande des droits pour une traduction,
et ce, avant même le lancement de la traduction américaine, le 21 avril
1947 à New York. C’est Peggy Hitchcock, la veuve de l’éditeur Curtice
Hitchcock, qui transmet la bonne nouvelle à l’auteure dans le post-
20scriptum d’une lettre du 30 janvier 1947 . Il s’agit sans doute de la
21maison Margit , qui malheureusement se désistera par la suite.
La question des droits étrangers est néanmoins posée. Dès le
30 janvier 1947, Peggy Hitchcock évoque la possibilité de donner cette
22tache à l’agent littéraire new-yorkais, Maximilien Becker , et l’agent
sera retenu par Gabrielle Roy en avril 1947. C’est par lui que
passeront les premiers contrats, notamment pour les traductions suédoise,
danoise, norvégienne et argentine, contrats prêts à signer dès avril 1948.
Il est question d’une traduction pour le Pérou et Becker essaie aussi de
19. « As soon as possible » pour « an up-to-date version of their ‘Books for
Friendly Reading’. » C’est moi qui traduis. Lettre de Rita Halle � leeman aux
Éditions Pascal du 31 août 1946, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 13, chemise 9.
20. Lettre de Peggy Hitchcock à Gabrielle Roy du 30 janvier 1947, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 13.
er21. Voir la lettre de Paul-Marie Nadeau à Peggy Hitchcock du 1 février 1947,
Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 13.
22. Lettre de Peggy Hitchcock à Jean-Marie Nadeau du 30 janvier 1947,
Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 13. Au moins un autre agent, fairant
le best-seller, o� re ses services, mais Hitchcock ne le recommande pas auprès de
l’avocat de Roy. Voir la lettre de Peggy Hitchcock à Jean-Marie Nadeau du 3 février
1947, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 13.
Écho_classiques_L.indb 18 09-09-04 15:05INtrODUCtION 19
23vendre les droits pour des traductions en tchèque et en allemand .
Toutefois, même après signature, des imprévus peuvent intervenir. Le
2 novembre 1948, Becker confrme que les droits pour la traduction
en allemand et en slovaque ont été vendus, mais que l’argent n’a pas
encore été déposé pour les droits espagnols : « notre ami M. Franco
24fait des difcultés » , écrit-il à Jean-Marie Nadeau. Cette contrainte
politique expliquera-t-elle que la traduction ne verra jamais le jour sous
la dictature franquiste ?
Entretemps, Gabrielle Roy signe un contrat avec la grande maison
d’édition française, Flammarion, pour la di� usion d’une édition
française de son livre partout dans le monde, à l’exception du Canada et
25des États-Unis , marché réservé à l’éditeur montréalais Beauchemin.
Flammarion s’intéresse aussi à la vente des droits de traduction et aux
commissions qu’il peut en retirer. La correspondance accessible dans
le Fonds Gabrielle Roy fait état d’une petite passe d’armes entre l’agent
26américain Becker, qui défend sa place , et l’éditeur parisien, qui insiste.
L’avocat de Roy essaie de ménager la chèvre et le chou. En mai 1947, il
déclare au directeur littéraire de Flammarion, P. d’Uckermann, chez
23. « I am enclosing the contracts for the Swedish, Danish, and Norwegian
rights of THE TIN FLUTE, and also the contract for the Argentinian BO� O
Club right with Editorial Jackson. I have not yet received copy of the Argentinian
contract with Editorial Bell. […] As far as I know the Peruvian rights have not been
sold. […] At the moment we are negotiating for the Czech and German rights. »
Voir la lettre de Maximilien Becker à Jean-Marie Nadeau du 29 avril 1948, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 12.
24. « Tere isn’t much new on Gabrielle’s book except that we sold the
German and Slovak rights…. I am sorry to say that the $ 800 which was due for the
Spanish rights have not been released yet. Our friend, Mr. Franco, is being very
difcult. » Lettre de Maximilien Becker à Jean-Marie Nadeau du 2 novembre
1948, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 12. Il est possible que Nadeau ait servi
d’intermédiaire pour la traduction slovaque.
25. « Mlle Roy est libre de disposer de l’édition française pour la France et
les pays européens ou autres, en dehors du continent américain. » Voir la lettre
de Jean-Marie Nadeau à P. d’Uckermann du 3 janvier 1947, Fonds Gabrielle Roy,
boîte 12, chemise 11.
26. « In the frst place I honestly do not think that we need him, as I can
do much better from here, and in the second place, he certainly would not be
interested in less than 25 %. Under the circumstances I think it would perhaps be
best to forget about him. » Lettre de Maximilien Becker à Jean-Marie Nadeau du
19 mai 1947, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 1.
Écho_classiques_L.indb 19 09-09-04 15:0520 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Flammarion : « ma cliente avait contracté des engagements avec
Monsieur Maximilian Becker, 545 Fifth Avenue, New York 17, N.Y., depuis
déjà assez longtemps et il m’apparaît impossible de vous constituer
les agents de Mlle Roy pour la vente des droits étrangers. Cependant,
M. Becker a convenu que si vous aviez des o�res d’éditeurs étrangers,
27il passerait avec vous une entente à défnir . » Parallèlement, il répond
à l’agent new-yorkais Becker : «« VVVooouuus s s pppooouuurrrrrriiieeez z z pppeeeuuuttt---êêêtttrrre e e ooo��� rrriiir r r à à à ccceees s s
dddeeerrr--niers (Flammarion) les conditions que vous jugerez à propos. Je crois
qu’il y aurait lieu de ne pas rejeter complètement l’o�re de Flammarion
car l’édition française amènera peut-être quelques éditeurs étrangers à
28faire des demandes de publication . »
En novembre 1950, P. d’Uckermann annonce e�ectivement de
nouvelles demandes de droits : « « Nous avons eu, ces jours-ci, une
proposition pour l’édition japonaise de l’ouvrage de Mme Gabrielle Roy :
Bonheur d’occasion […]. Seriez-vous assez aimable pour nous faire
savoir si M. Becker s’occupe toujours des intérêts de Mme G. Roy, ou si
l’auteur peut nous donner directement son accord pour que nous trai-
29tions en son nom pour cette édition en langue japonaise ? » Nadeau
confrme que Becker s’occupe toujours des intérêts de Madame Roy.
30Il faudrait donc communiquer avec lui . Pourtant, il ne semble pas y
avoir eu de suites et la traduction japonaise ne paraîtra pas.
On sent, au fur et mesure que le temps passe, que New York se
désintéresse de l’œuvre, dont les thèmes s’éloignent de plus en plus,
culturellement, des goûts du public américain. L’intérêt de l’éditeur
canadien, McClelland and Stewart, vient pallier le retrait de Reynal and
Hitchcock (repris par Harcourt, Brace and World) pour les traductions
en anglais des œuvres subséquentes de Roy. Le jeune éditeur torontois,
entreprenant, est pourtant trop occupé par le besoin de faire sa place
au soleil dans le milieu éditorial canadien pour négocier le transfert des
er27. Lettre de Jean-Marie Nadeau à P. d’Uckermann du 1 mai 1947, Fonds
Gabrielle Roy, BA, boîte 12, chemise 12.
28. Lettre de Jean-Marie Nadeau à Maximilien Becker du 21 mai 1947, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 1.
29. Lettre de P. d’Uckermann à Jean-Marie Nadeau du 28 novembre 1950,
Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 12.
30. Lettre de Jean-Marie Nadeau à P. d’Uckermann du 4 décembre 1950,
Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 12, chemise 12.
Écho_classiques_L.indb 20 09-09-04 15:05INtrODUCtION 21
droits étrangers de New York à Toronto. L’éditeur montréalais,
Beauchemin, ne peut pas non plus s’occuper des droits étrangers, accordés,
comme on l’a vu, à Flammarion. C’est ainsi que c’est fnalement Paris
qui prendra le pas sur New York. Il faudra attendre le milieu des années
1970 pour que McClelland and Stewart à Toronto et Beauchemin à
31Montréal prennent en main une partie du marché étranger . En 1976,
McClelland décidera de s’occuper des droits internationaux du Jardin
32au bout du monde . En 1978, la vente des droits pour la traduction
tchèque de La Route d’Altamont, par exemple, passera par Beauche-
33min . En fait, les deux éditeurs canadiens n’entrent réellement en
scène qu’une fois que Gabrielle Roy se sera fait rétrocéder ses droits
new-yorkais et parisiens.
Dans cette période de transition où Paris et New York se disputent
encore les droits, il arrive une histoire assez cocasse qui en dit long sur
les rivalités et les déboires dans le domaine des droits de traduction.
En novembre 1962, Flammarion reçoit une demande pour le moins
surprenante :
Nous avons été très surpris [écrit Henri Flammarion lui-même
à Gabrielle Roy] de recevoir de Madame Arnaud, agent littéraire à
Paris, un exemplaire de Te hidden mountain avec proposition et
option de sa part pour la traduction et l’édition en langue française
de cet ouvrage. Nous ignorions entièrement cette traduction et nous
nous permettons de vous rappeler que, conformément à notre contrat,
31. Jean Jerman, responsable des contrats chez McClelland and Stewart,
écrit ainsi à Roy en 1976 au sujet du Jardin au bout du monde : « I have discussed
your contact with Mr. McClelland and he has decided that we should o�er to act
as your agent and deal with this and the other books internationally at Montreal,
Frankfurt, etc. » Lettre de Jean Jerman à Gabrielle Roy du 27 avril 1976, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 24, chemise 12.
32. Ibid.
33. Voir Lettre de Jacques L. Frenette à Gabrielle Roy du 4 mai 1978, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 23, chemise 8. Déjà en 1973, Paul-Marie Paquin, des
Éditions Beauchemin, avait pris contact avec l’Ambassade de Russie à Ottawa
au sujet d’une traduction russe de Bonheur d’occasion publiée sans autorisation
de l’auteure. Voir Lettre de Paul-Marie Paquin à son Excellence Monsieur B.
Miroshnichenko du 25 avril 1973, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 22, chemise 4.
Écho_classiques_L.indb 21 09-09-04 15:0522 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
nous disposons des droits de traduction en toutes langues que nous
34pouvons céder dans les conditions prévues au contrat .
Comble de malentendu, de son côté, Flammarion avait cherché à
vendre les droits pour le même livre en anglais, ne sachant pas que la
traduction anglaise était déjà parue ! « Nous avons déjà fait plusieurs
propositions, précise Flammarion dans la même lettre, et nous avons
même envoyé l’ouvrage à un éditeur anglais et un éditeur américain,
35que nous informons par câble de cet incident . »
Grâce à la tolérance et au tact de Flammarion, on réussit à réparer
les méfaits d’une certaine confusion chez l’auteure. Entre éditeurs
parisien et new-yorkais, on s’arrange. Et le 11 décembre 1962, Henri
Flammarion en conclut, dans une lettre à M. M. McQuillan de Harcourt
Brace & World (qui ont repris les contrats de Reynal and Hitchcock) :
Il s’agit e�ectivement là d’un regrettable malentendu. Mme Gabrielle
Roy est sans aucun doute de bonne foi mais a, d’après ce que nous
constatons, omis de nous informer de la cession des droits de
traduction qu’elle a faite à votre égard et a omis également de vous informer
du traité qu’elle a passé avec nous. Il est certain que votre contrat avec
l’auteur est strictement limité aux droits en langue anglaise, mais il
semble que Madame Gabrielle Roy, d’après ce que vous nous dites,
vous aurait autorisé à négocier certains droits de traduction, ce qui
36explique le malentendu .
Une deuxième vague à l’Est
Qui aurait cru que, du vivant de Gabrielle Roy, ce roman petit-b ourgeois
aurait pu franchir aussi allégrement la lourde barrière des pays de
l’Est ? Le lectorat des pays communistes avait une connaissance plus
qu’approximative de l’Amérique et des débats internes qui travaillaient
celle-ci. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sous Staline, ou
même sous le libéral Nikita � hrouchtchev, Bonheur d’occasion n’avait
pas été perçu comme correspondant à la réalité historique bolchévique.
34. Lettre de Henri Flammarion à Gabrielle Roy du 13 novembre 1962, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 23, chemise 6.
35. Ibid.
36. Lettre de Henri Flammarion à M. M. McQuillan de Harcourt Brace and
World du 11 décembre 1962, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 23, chemise 6.
Écho_classiques_L.indb 22 09-09-04 15:05IntroductIon 23
Mais sous Brejnev, les forces politiques qui avaient depuis
l’aprèsguerre essayé de transformer les pays communistes étaient essoufées.
L’a� rontement était de rigueur avec le reste du monde et il fallait
moonn-trer à quel point la philosophie bourgeoise était cotonneuse et source
de sou�rance, que les déshérités et les miséreux étaient nombreux dans
ce grand marché capitaliste à ne pas trouver leur place au soleil. La
petite Florentine correspondait enfn à une réalité historique aux yeux
du Parti communiste et du régime de Brejnev, ce qui valut au roman
de déboucher sur une nouvelle vague et d’être, pour un certain temps,
associé artifciellement à une identité bolchévique qui relève, on le voit
aujourd’hui, de la pure pensée magique.
C’est par Flammarion que passe la vente des droits pour la
traduuuccc--tion roumaine. La nouvelle est annoncée à Gabrielle Roy le 22 décembre
1966. �ditions pour la Littérature �niverselle ��ditura Pentru
Literraa-tura �niversala) à Bucarest lui o�re « la somme forfaitaire de 1 500 Fr
37pour un tirage de 20 000 exemplaires » .
Histoire un peu moins sympathique, en mars 1973 : c’est un
professeur canadien qui, grâce à un mot d’un collègue russophone, alerte
l’auteure qu’une traduction russe de Bonheur d’occasion circule à
Moscou et même dans toutes les librairies russes à travers le monde entier !
La nouvelle vient aux oreilles de Gabrielle Roy par trois personnes
interposées. �n e�et, c’est le professeur Paul Austin, du Département
de russe à l’�niversité McGill, qui, en ayant eu vent par un ami,
transmet la nouvelle à son collègue, Jean �thier-Blais, qui, lui, en informe
38l’auteure . Roy correspondra alors avec le consulat russe à Montréal
dans le but de toucher des droits pour cette traduction non autorisée.
Cela lui vaudra, après plusieurs démarches, une lettre très ofcielle du
37. Lettre du Département étranger de Flammarion à Gabrielle Roy du
22 décembre 1966, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 23, chemise 6.
« I thought you might be interested to know the Russians have just 38.
published a translation of Bonheur d’occasion �Moscow, 1972). I wonder whether
they consulted with the author before doing the translation or whether she in fact
knows that the Russian translation now exists. A friend in Moscow has sent me
a copy, which I am now reading ; he tells me that it has been a best seller and is
now very hard to obtain. Te book is also available in the Russian-language book
stores in the West. » Le passage est de Paul Austin, cité par Jean-�thier Blais dans
une lettre à Gabrielle Roy du 7 mars 1973, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 22,
chemise 4.
00-Intro.indd 23 09-09-10 16:5224 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Premier secrétaire du Consulat, qui lui annoncera la nouvelle adhésion
de l’Union soviétique à la Convention de Berne sur les droits d’auteur.
Malheureusement pour elle, cette adhésion était survenue à peine
quelques semaines après la publication de la traduction russe de
Bonheur d’occasion et, comme le lui signale le Premier secrétaire, elle n’est
39pas rétroactive .
Par contre, ironie du sort, c’est une demande des pays tchèques
qui permet à l’auteure de relancer son éditeur français, devenu un
peu indi�érent à ses œuvres. Le 7 octobre 1977, � oukla Bonnier, de
Flammarion, avise l’auteure qu’un « éditeur tchèque s’intéresse à [se]
40s ouvrages : “Bonheur d’occasion” et “La Petite Poule d’Eau” » . Roy y
voit une belle occasion de relancer la maison parisienne. Le 12 octobre
1977, sans se prononcer sur cette bonne nouvelle, elle en profte pour
souligner à Bonnier qu’elle reste toujours sans réponse à sa lettre du
24 janvier 1977, lettre dans laquelle elle avait demandé la
rétrocession de ses droits pour Bonheur d’occasion ainsi qu’un relevé de ses
41droits d’auteur . Elle ne peut examiner la question des droits pour la
traduction tchèque, lui afrme-t-elle catégoriquement, qu’après avoir
obtenu une réponse satisfaisante de l’éditeur français à ses demandes.
Heureusement pour les lecteurs tchèques, cette démarche au ton
impérieux lui vaut une réponse empressée de Henri Flammarion lui-même
et, le 2 novembre 1977, il lui confrme que le solde créditeur de son
42compte lui a été versé . À son tour, Roy autorise la démarche auprès
43de l’éditeur tchèque .
39. Voir Lettre de B. � owalski, Premier Secrétaire, Ambassade de l’URSS à
Paul-Marie Paquin, directeur des éditions littéraires, Libraire Beauchemin, du
7 août 1973, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 22, chemise 4.
40. Lettre de � oukla Bonnier à Gabrielle Roy du 7 octobre 1977, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 23, chemise 8.
41. Voir Lettre de Gabrielle Roy à Henri Flammarion du 24 janvier 1977 et
Lettre de Gabrielle Roy à � oukla Bonnier du 12 octobre 1977, Fonds Gabrielle Roy,
BAC, boîte 23, chemise 8.
42. Lettres de Henri Flammarion à Gabrielle Roy du 25 octobre 1977 et du
2 novembre 1977, Fonds Gabrielle Roy, BAC, boîte 23, chemise 8.
43. Lettre de Gabrielle Roy à Henri Flammarion du 4 novembre 1977, Fonds
Gabrielle Roy, BAC, boîte 23, chemise 8.
Écho_classiques_L.indb 24 09-09-04 15:05INtrODUCtION 25
Les enjeux profonds de la lecture
Comme en témoignent les études réunies dans ce volume, les chemins
de la traduction nous montrent que les interprétations peuvent être
nombreuses et qu’elles peuvent, même détournées, susciter intérêt
et passion. Les enjeux profonds d’un roman peuvent être reconduits
indéfniment à l’aune des politiques des di �érents gouvernements.
L’important est que le roman puisse vivre et que l’impression qu’il a
voulu communiquer reste dans l’esprit des lecteurs étrangers,
impression que les traductions de Bonheur d’occasion et de Two Solitude s
n’ont pas démentie. Le roman a occupé une partie de la scène et passé
la rampe, a accru son lectorat, puis est retourné dans l’oubli, une fois
que cet attelage politique inespéré se fut détaché de lui.
En dépit d’une conscience aiguë de son rôle d’accompagnatrice
de l’œuvre, la traduction peut parfois se faire politique ou être portée
par un courant puissant de politisation d’un gouvernement. Elle se
défend de faire de l’édifcation ou de l’endoctrinement, mais elle ne
peut empêcher de contribuer, parfois malgré elle, à alimenter chez le
lecteur le sentiment oppressant d’un certain étou�ement idéologique.
La traduction à l’Est aura tout de même su s’insinuer dans les thèmes
du roman et provoquer, peu importe les campagnes de propagande du
Parti, des lectures compassionnelles, bouleversées, par l’expression
vivante d’un personnage comme la petite Florentine. La traduction
peut traverser les communautés politiques ; les traités constitutionnels
ne peuvent pas contredire sa force, et le lecteur s’y retrouve toujours
une fois qu’il a le livre en main. Sa lecture débouche forcément sur les
parallèles de sentiments et d’identité existant avec les autres peuples.
Ce qui, pour les personnalités politiques, relève nécessairement de la
pensée féérique est pour les lecteurs, à l’Est ou à l’Ouest, un constant
jeu de la liberté individuelle, une occasion de laisser errer leur
imagination, d’aimer, de compatir, de rêver.
Chez les traducteurs et traductrices, il fallait aussi faire preuve
de hardiesse et d’audace. Dans le cas de Bonheur d’occasion, la tâche
semble attirer surtout des femmes, pour la plupart journalistes ou
écrivaines de profession. Comme Roy, les traductrices américaine et
norvégienne, Hannah Josephson et Caro Olden, ont une formation
de journaliste. Elles sont toutes deux associées aux mouvements de
Écho_classiques_L.indb 25 09-09-04 15:0526 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
gauche. En Roumanie, c’est une écrivaine connue surtout pour ses
œuvres de littérature pour la jeunesse, Elvira Bogdan, qui traduit le
livre. La traductrice lituanienne, Aldona Adomavičiūtė, enseigne le
français à l’école secondaire tout en travaillant pour des maisons
d’édition. Curieusement, la traductrice tchèque, Eva Strebingerová, a traduit
surtout des romans roumains de l’après-guerre : son incursion dans le
domaine du français est plutôt exceptionnelle. Roy se fait traduire aussi
par des hommes, l’écrivain suédois Einar Malm, l’éditeur et homme
de lettres slovaque Fedor Jesenský, l’hispanophone Carlos Juan Vega.
Dans le cas de la traduction russe, nous disposons de si peu
d’informations que, faute de prénom, il n’est pas encore possible d’afrmer si
I. Grouchetskaïa est une femme ou un homme. Est-ce signifcatif ? Pour
sa part, le livre de MacLennan se fait traduire surtout par des hommes :
le Slovaque Michal Breznický, l’Estonien Ilmar � ülvet, le Suédois Nils
Holmberg, le Hollandais H.W.J. Schaap. Seules les traductrices tchèque
et canadienne-française, Maria Polenská et Louise Gareau-Desbois,
font exception.
Tous les traducteurs et traductrices dont les chercheures ont pu
aborder l’œuvre ont une solide formation et une grande expérience
dans le domaine de la littérature populaire ou classique. Adomavičiūtė
a traduit des œuvres de Jules Verne et d’Alexandre Dumas, Malm
celles de Mark Twain, d’Eugene O’Neill et d’Herman Melville. Olden
a traduit des auteurs de littérature populaire comme Louis Bromfeld,
Gwen Bristow et Lillian Smith. Outre ses traductions du roumain,
Strebingerová a traduit les œuvres de quelques auteurs français, dont
Georges-Emmanuel Clancier, Bernard Clavel et Robert Merle. Jesenský
avait traduit Marie Chapdelaine. Bogdan a traduit vers le roumain
plusieurs auteurs français pour la jeunesse : Francis Carsac, Anna
Langfus, Louis-Henri Boussenard. Les traducteurs tchèque et slovaque se
sont fait épauler par des réviseures, Marie Janů et Zora Jesenská, elles
aussi traductrices chevronnées.
Les études qui suivent nous rappellent que la traduction, elle aussi,
est une a�aire humaine. Résistante, Olden passe un an dans un camp
de concentration près d’Oslo. Elle n’en sortira qu’en mai 1944, une
année avant la libération du pays. Le traducteur slovaque, Jesenský,
meurt à l’âge de quarante-cinq ans, l’année même de la publication
de sa traduction. Josephson multiplie les démarches tout au long de
Écho_classiques_L.indb 26 09-09-04 15:05INtrODUCtION 27
la guerre pour venir en aide à ses amis résistants ; son fls aîné sera
soldat en Europe. Leurs activités dans le milieu d’édition causeront à
quelques-uns de graves ennuis de la part des pouvoirs en place. Zora
Jesenská, auteure de la postface de la traduction slovaque de Bonheur
d’occasion, est frappée d’interdiction d’exercer ses activités de
traductrice pendant toute sa vie à cause de ses opinions politiques.
Strebingerová, aussi, sera en difculté : la traduction de Bonheur d’occasion
lui aurait permis de joindre les deux bouts. Ilmar � ülvet, le traducteur
estonien de Two Solitude, sexilé politique, fnit ses jours à Toronto sans
pouvoir retourner dans sa mère patrie.
Partout, les traducteurs et traductrices accomplissent leur travail
dans un contexte éditorial particulier. Les enquêtes réunies ici
permettent d’éclairer le vaste éventail de traditions de la traduction. En
République tchèque, en Slovaquie, en Estonie, en Lituanie, la
traduction s’inscrit dans une tradition de revalorisation et de modernisation
de la littérature nationale. Il y a parfois même, comme en lituanien, des
conventions explicites pour la transcription des noms propres, ou en
slovaque, des règles d’usage et des codes de bienséance. Chaque pays
a sa façon de faire voyager les œuvres classiques de l’étranger. Grâce à
la traduction de Bonheur d’occasion ou de Two Solitude, sla littérature
canadienne commence à prendre sa place dans les circuits littéraires
d’autres pays, à côté des grands noms de la littérature américaine ou
française.
Un véritable esprit de détective
Paradoxalement, il m’a fallu trois bonnes années pour réunir cette
vingtaine de chercheurs et quelques-uns, en acceptant en dernière heure,
m’ont valu quelques pays de plus. Car trouver des experts qui pouvaient
examiner les di�érentes traductions en langues étrangères de Bonheur
d’occasion et de Two Solitude sa été un déf. Si les programmes d’études
canadiennes et d’études québécoises se sont multipliés à travers le
monde depuis le milieu des années 1980, ils se sont développés au sein
de départements de langue et de culture anglophone et francophone,
et les romans de nos écrivains et écrivaines y sont enseignés dans leur
langue originale. Les spécialistes étrangers ne sont pas nécessairement
sollicités par la traduction de ces œuvres vers leur langue maternelle.
Écho_classiques_L.indb 27 09-09-04 15:0528 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
La traductologie, elle aussi, a connu un nouvel essor à la même époque.
Les questions d’échange culturel et d’évaluation des traductions y
sont chaudement débattues, mais la littérature canadienne, qu’elle soit
en anglais ou en français, à l’exception peut-être des défs que pose la
traduction des dimensions sociopolitiques du parler québécois, ne s’est
pas encore imposée comme corpus d’étude. Il faut dire que, même au
Canada, l’étude des échanges littéraires entre l’anglais et le français est
un champ relativement nouveau, où il manque encore d’études de base.
Or, pour savoir se pencher sur les traductions de Bonheur d’occasion et
Two Solitude, sil fallait trouver des chercheurs capables de comprendre
ainsi que d’analyser l’œuvre originale et munis aussi de solides acquis
dans leur propre langue, en mesure de situer la traduction de l’œuvre
canadienne par rapport aux traditions littéraires de leur pays.
Souvent aussi, il a fallu un véritable esprit de détective. Dans le
cas surtout des traductions réalisées dans l’immédiat après-guerre, le
premier déf consistait à trouver un exemplaire de la traduction. Dans
plusieurs cas, il s’agissait d’emprunter à la bibliothèque nationale de
leur pays l’unique exemplaire trouvable. Souvent, la maison d’édition
qui a publié la traduction est disparue, les archives sont introuvables.
Selon le destin et les conditions et coutumes de chaque pays, les
chercheurs disposaient, ou ne disposaient pas, de repères sûrs. Pour les
traductions plus récentes, les enquêtes ont pu permettre de recueillir des
témoignages assez précieux, sinon du traducteur ou de la traductrice,
du moins de personnes associées à la maison d’édition.
Les collaboratrices et les collaborateurs de cet ouvrage, à qui nous
avons fait appel comme experts pour restaurer toutes ces traductions
et en expliquer le parcours sinueux, mystérieux parfois, ont retrouvé
parfois par hasard les morceaux d’un casse-tête au revers de vieux
documents, et à force de patience, grâce à un vrai travail de limier,
dans des bibliothèques privées. Je salue leur ferveur et je les remercie
ici de tout cœur. Tous ces documents consultés et exhumés par leurs
enquêtes ont permis de relier les fls épars de la flière des traductions
dans leurs pays, plus d’un demi-siècle plus tard, et les dossiers, les
cartons des archives, les manuscrits existaient encore, attendant dans
le silence des bibliothèques et des fonds, le moment de venir
témoigner de cette aventure passionnante. La situation dans les pays de
l’ancien bloc communiste a été particulièrement ardue, car, en raison
Écho_classiques_L.indb 28 09-09-04 15:05INtrODUCtION 29
du f onctionnement éditorial dans ces pays sous une censure très serrée,
les comptes rendus de traductions de livres, sur lesquels on se base
pour voir comment un livre a été reçu, n’ont pas été encouragés. Cela
dit, les résultats des recherches ont été souvent remarquables.
Au Canada, en revanche, la gestion du Fonds Gabrielle Roy
semble perpétuer un monde de silence et d’interdit. Au lendemain de
manifestations nombreuses à l’occasion du centenaire de naissance
de l’écrivaine, et plus de soixante ans après la publication de Bonheur
d’occasion, professeurs, chercheurs et simples lecteurs restent sur leur
appétit. On est frappé par l’insistance muette avec laquelle le biographe
héritier souligne la vocation et salue la mémoire de l’œuvre royenne.
Pourquoi n’a-t-il pas osé aborder les sujets un peu plus épineux autour
de Roy, dans un livre audacieux et honnête ? Ces façons impénétrables
de restreindre la recherche ne rendent justice ni à l’écrivaine ni à notre
littérature. La sensibilité littéraire de Gabrielle, la force de travail dont
elle a fait preuve, le regard subjectif et compatissant qu’elle a posé
sur le monde, son engagement dans l’écriture au détriment souvent
de la vie, tout cela contredit les gestes mémorialistes calculés de son
biographe héritier. Ne serait-il pas temps de passer la main et de laisser
la succession de Roy s’ouvrir aux chercheurs ?
Si la flamboyante réussite littéraire de Roy l’a hissée au rang
d’écrivaine la plus lue au pays et peut-être la plus traduite à l’extérieur,
elle doit rester une écrivaine accessible et la décision de ne pas ouvrir
l’ensemble du Fonds à tous les chercheurs est injustifée. Si, selon le
Fonds, l’image de l’écrivaine est en jeu, la vérité est toujours la vraie
chose à dire et à écrire, la vérité est le vrai choix à faire, celui, le seul,
qui respecterait le mieux la mémoire de Roy et de notre littérature.
L’heure est à la levée des tabous, au moment où les consciences des
lecteurs ont besoin de vérité : n’ayons crainte, on ne les intimidera pas
avec des révélations, au contraire, ne les sous-estimons pas, un monde
qui leur est familier leur sera de plus grand secours que les cachotteries
et les arrangements artifciels d’un directeur de Fonds qui cherche à
protéger des secrets ou de malheureuses décisions d’une écrivaine qui
avait bien droit par moments à l’égarement, pourquoi pas, c’est là aussi
qu’elle nous sera plus proche et plus humaine, nous ressemblant dans
nos difcultés. Rien ne sert de perpétuer une image angélique de nos
Écho_classiques_L.indb 29 09-09-04 15:0530 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
écrivains si elle est fausse ; c’est un mauvais calcul : personne ne sera
séduit par un portrait incomplet.
Ne pourrait-on pas marquer la célébration du centième
anniversaire de naissance en appelant le Fonds Gabrielle Roy à regarder en face
son obscure gestion des dernières décennies ? Comment autrement
penser tisser un avenir à cette œuvre et à nos lettres ? Seuls les cyniques
pourraient donner raison à une telle attitude fermée : des décennies
après la publication de Bonheur d’occasion, il est toujours impossible
de consulter certains documents et lettres du Fonds Gabrielle Roy. La
passion de l’écrivaine pour la phrase française, pour sa langue
maternelle, sa détresse et son enchantement chuchotés en une confdence
maîtrisée et virtuose, la rendaient attachante, séduisante et déjà si
subjective et parfois même subversive. Alors, pourquoi s’opposer à une
ouverture du Fonds, alors que l’écrivaine elle-même, à l’écriture intime
et compassionnelle, ne s’y serait pas objectée ?
Le pari de notre rayonnement international
Dans leurs romans, Roy et MacLennan se sont attaqués aux
représentations caricaturales du pays ; ils ont invalidé les stéréotypes véhiculés
sur notre culture. Il s’agissait de briser le cercle de méfance de notre
propre lectorat et de fonder un nouvel essor de notre littérature, sur le
respect mutuel et sur cette idée que notre destin n’excluait pas celui des
autres nations. Cela passait par la littérature, par des mots, par des
traductions internationales qui permettaient de sortir de la stigmatisation
et des perceptions erronées et réciproques, ce regard porté sur nous
comme celui que nous portions sur les autres. Car ce nouveau bond de
notre littérature sur la scène internationale avait mis en œuvre, sous
la plume de Roy et de MacLennan, une littérature moderne et ouverte
sur le monde qui avait su trouver les mots pour nous émouvoir et nous
faire entrer tout doucement dans la modernité.
Après Louis Hémon avec Maria Chapdelaine, et Mazo de la Roche
avec la série Jalna, Gabrielle Roy, avec Bonheur d’occasion, trace la voie
vers les plus prestigieuses capitales du monde et devient, en se faisant
traduire, ambassadrice de notre culture, dépassant les propos de bonne
volonté et les habituelles platitudes diplomatiques par la force de l’art,
la puissance de l’écriture. Elle développe, avec Hugh MacLennan et
Écho_classiques_L.indb 30 09-09-04 15:05INtrODUCtION 31
Two Solitude, sun axe fondamental de notre traduction vers l’étranger :
créer de nouveaux rapports entre le Québec et le Canada d’une part,
et l’Amérique et l’Europe à l’Est comme à l’Ouest d’autre part. En ce
sens, Bonheur d’occasion et Two Solitude, sque Roy et MacLennan ont
fait traduire dans tous ces pays, est un acte d’ouverture majeur de notre
culture. À chaque fois, un même souci, une même envie : o�rir un autre
visage du Canada. L’enjeu était important, car il s’agissait de l’entrée
d’un peuple dans l’histoire moderne. Ces écrivains estimaient qu’une
des clés de cet accueil dans le monde contemporain et actuel résidait
dans une double image : celle que les citoyens du monde avaient du
Canada et celle que Canadiens-français et Canadiens-anglais avaient
du monde moderne.
Les écrivains ont eu fort à faire. On avait souvent donné
l’impression au monde que nous réagissions encore aux grandes épopées de
la découverte de l’Amérique et que nous vivions encore à l’heure du
Far-West. Par le passage des deux funestes guerres mondiales, cette
attitude changea et nos écrivains, Roy et MacLennan, ont, par esprit
de modernité et de solidarité, rompu avec cette représentation d’un
pays renfermé sur lui-même. Ils n’ont aimé rien tant que l’idée d’un
choc de civilisation, d’un a�rontement de leurs personnages avec les
nouvelles misères de l’ère industrielle, incarnée au premier chef par le
capitalisme.
Le pari de notre rayonnement international est d’autant plus dif -
cile à tenir que notre milieu littéraire rencontre les pires difcultés. En
temps de crise, les gouvernements sont tentés de réduire les subventions
et à laisser lâchement le marché gouverner la qualité des œuvres.
Quand j’ai demandé l’aide du ministère des A�aires extérieures pour
le colloque, on m’a fait remarquer que les priorités du gouvernement
Harper étaient la guerre en Afghanistan et les échanges commerciaux.
Un colloque sur le rayonnement international de nos classiques ne
méritait, selon ces critères, aucune aide. Il est frappant de constater
que c’est de l’extérieur même qu’est venu l’enthousiasme. C’est dire
quelle valeur nous attribuons à nos propres classiques, à notre propre
littérature. Or, on sait bien que la littérature sou�re toujours de cette
inculture et de cet esprit mercantile. Si, au fnal, le peu de subventions
accordées devait réduire la pauvreté des œuvres jusqu’à l’étou�ement,
le pari serait perdu.
Écho_classiques_L.indb 31 09-09-04 15:0532 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Que faire ? Cette excursion dans la di� usion et la traduction de ces
deux œuvres classiques peut sans doute aider à restaurer la confance
des écrivains qui marquent le pas, des traducteurs essoufés et des
éditeurs qui ont perdu le sens de leur identité. On aimerait inciter les
gouvernements à leur accorder, dans la mesure du possible, les crédits
demandés. Lorsque la demande de nos œuvres classiques repartira à la
hausse à l’intérieur du pays, la connaissance de notre littérature
cessera de glisser vers les ténèbres et les trous noirs de la mémoire. Mais
pour que cette connaissance revienne, encore faudra-il que les agents
culturels n’aient pas l’impression que l’État ne leur coupera pas demain
les fonds. Or, malgré les discours rassurants, le découragement des
auteurs est aujourd’hui tel que les hommes politiques ne sont pas crus
lorsqu’ils afrment qu’ils n’accroîtront pas notre isolement ou quand
ils jurent que notre rayonnement international passe par l’afrmation
concrète de notre culture.
Aujourd’hui, c’est le désenchantement (pour reprendre un mot
clé du titre d’une œuvre de Gabrielle Roy) qui menace. C’est peut-être
ce qu’il faut redouter le plus. Bonheur d’occasion et Two Solitude, s
ces œuvres classiques, ont traversé les années et les modes ; elles
avaient elles aussi en leur temps un fardeau lourd à porter. Demain,
saurons-nous refaire ce chemin international ? Ou alors nos romans
sombreront-ils dans la plus totale indi�érence ? Heureusement, nous
n’en sommes pas là. Mais ces simples questions prouvent le désarroi
de notre culture et la profondeur de l’apathie actuelle. Puisse ce retour
sur le parcours courageux de deux œuvres phares de notre culture
nous encourager à poursuive sur notre lancée avec une foi renouvelée
en notre expression.
Bibliographie
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Écho_classiques_L.indb 32 09-09-04 15:05IntroductIon 33
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—, Schast’e po sluchaiu, trad. I. Grushetskoi, Moscou, Khudozh. litra, 1972.
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Whitfield , Agnès, « Alexandre Chenevert : Cercle vicieux et évasions
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—, « Behind the “Powderworks”: Hannah Josephson and Te Tin Flut e», Canadian
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00-Intro.indd 33 09-09-09 09:41Écho_classiques_L.indb 34 09-09-04 15:05Portrait de Gabrielle Roy,
par Daniel Gagnon-Barbeau.
Acrylique sur toile, 76 x 61 cm, 2007.
Écho_classiques_L.indb 35 09-09-04 15:05
© D. Gagnon-BarbeauÉcho_classiques_L.indb 36 09-09-04 15:05PREMIÈRE PARTIE
Bonheur d’occasion :
Premiers parcours
Écho_classiques_L.indb 37 09-09-04 15:05Collaborateurs et collaboratrices /
Contributors
Cecilia Alvstad is Associate professor in Spanish Language at the
University of Oslo, Oslo, Norway, and a researcher at the University of
Gothenburg, Sweden. Alvstad’s areas of research and teaching include
translation studies, pragmatics and ideology in language. She is the
director of the research project, “Images and imaginations: Te
history of Arabic, African and Latin American Literatures in Translation
into Swedish” funded by the Swedish Research Council. She is
currently initiating a project on the history of Latin American literature
translated into Norwegian. Alvstad has a Ph.D. in Spanish from the
University of Gothenburg.
Tiina Aunin is Professor Emerita of Comparative Literature at
Tallinn University, Tallinn, Estonia. She defended her PhD at St.
Petersburg (then: Leningrad) University. A specialist in American and
Canadian literatures, she has published a large number of theoretical
articles in English, Russian and Estonian. Her areas of research include
discourse, history and novel, cross-cultural and gender perspectives
in comparative literary studies, and studies in documentary fction.
Her latest contributions include: Interdisciplinary Aspects of Literary
Studies (Kirjandusteaduse interdistsiplinaarsus, 2003) and Widening
Circles. The Critical Heritage of Ants Ora s(2008), co-edited with
Anne Lange. She has been an invited researcher or lecturer at the
universities of Tampere, Lund, Cornell, Carlton and British Columbia,
and is currently involved in the European Union projects ACUME 2
and SENT—Te Network of European Studies as well as in a SSHRC
Écho_classiques_L.indb 349 09-09-04 15:05350 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
International Opportunities Fund project titled: Te Contribution of
Literary Translation to Intercultural Understanding: Developing a
Model for Reciprocal Exchange.
Anna Bednarczyk est professeure à l’Université de Łódź, Lodz
(Pologne), où elle est directrice du Département de civilisation russe et
de traductologie à l’Institut d’études russes. Spécialiste de littérature
russe et de traductologie, elle a publié de nombreux travaux portant sur
la traduction dans une perspective théorique et critique (DST), dont :
Wysocki po polsku. Problematyka przekładu poezji śpiewanej
(Wydawnictwo Uniwersytetu Łódzkiego, Łódź, 1995) ; Wybory translatorskie.
Modyfkacje tekstu literackiego w przekładzie i kontekst asocjacyjny
(Łódz, 1999) ; Kulturowe aspekty przekładu literackiego (Wydawnictwo
“Śląsk”, � atowice 2002) et W poszukiwaniu dominanty translatorskiej
(PWN, Warszawa, 2008).
Chiara Bignamini a préparé sa maîtrise en langues et littératures
française et anglaise à l’Université catholique de Milan (Italie) et à
l’Université Paris Sorbonne-Paris IV. Fascinée par les écrivains
francocanadiens, elle a soutenu son mémoire de maîtrise sur les six premiers
romans de Jacques Poulin et celui de DEA (à l’Université Jean Moulin
Lyon 3) sur les fonctions des franco-canadianismes dans La Montagne
secrète de Gabrielle Roy. Agrégée d’italien, elle a enseigné la langue, la
littérature, la traduction et l’interprétation à l’Université Jean
Moulin Lyon 3 pendant plusieurs années avant de pouvoir de nouveau se
consacrer à Gabrielle Roy, sur qui elle prépare actuellement une thèse
axée sur le lien entre langue(s) et identité dans ses œuvres de fction.
Bente Christensen , née en 1946, traductrice et critique littéraire,
est actuellement directrice de l’Institut d’études linguistiques et
nordiques à l’Université d’Oslo, Norvège. Détentrice d’un Ph.D. en
littérature comparée, elle a comme spécialités les littératures
scandinaves et francophones. Elle a publié une thèse sur l’écrivain norvégien
Johan Borgen (1902-1979) : Johan Borgens Lillelord (Oslo, Aschehoug,
1993). Parmi ses textes publiés en français, figurent Écrivains de
Norvège (Amiot-Lenganey, 1991, avec Éric Eydoux), « Anne Hébert :
ela quête d’une identité » (dans Actes du VIII Congrès des romanistes
scandinaves, Odense University Press, 1983), « Une tradition vivante,
Écho_classiques_L.indb 350 09-09-04 15:05COLLABOrAtEUrS Et COLLABO rAtrICES / CONtrIBUtOrS 351
la littérature pour enfants » (Europe, nº 695, mars 1987), « Topologie
d’un corps fantôme — le je(u) de la séduction dans les flms d’Alain
eRobbe Grillet » (Actes du X Congrès des romanistes scandinaves, Lund
University Press, 1990). Elle a traduit une cinquantaine de livres, pour
la plupart du français vers le norvégien, dont Honoré de Balzac,
Splendeurs et misères des courtisanes, Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe,
Amin Maalouf, Samarcande, Gil Courtemanche, Un dimanche à la
piscine de Kigali, et Assia Djebar, Ombre sultane.
Rodica Dimitriu a fait des études d’anglais et de français à l’Université
« Al. I. Cuza » de Iaşi, Roumanie. Actuellement, elle est professeure au
Département d’anglais de cette université et coordinatrice des
programmes de traduction, aux niveaux licence et master, de la Faculté des
lettres. Elle est l’auteure de cinq livres et de plus de cinquante articles
qui traitent de l’idéologie et des orientations culturelles, ainsi que de la
perspective fonctionnelle en traductologie et de la didactique de la
traduction. Elle est membre des comités de rédaction de plusieurs revues
internationales de traduction (Perspectives: Studies in Translatolog,y
Across Languages and Cultures, etc.) ainsi que de l’EST (European
Society for Translation Studies).
Bennett Yu-Hsiang Fu is an Assistant Professor in the Department
of Foreign Languages and Literatures at National Taiwan University,
where he teaches Canadian Literature, Asian North American Studies,
and Contemporary American Literature. He has published articles in
such areas as ethnicity, sexuality, indigeneity, and postcoloniality. He is
currently completing two book projects on the trope of transgression
in Chinese Canadian women’s writing and on comparative studies
between Taiwan literature and Canadian literature.
Madelena Gonzalez is professor of Anglophone Literature at the
University of Avignon. Her most recent publications include Fiction
after Te Fatwa (2005), Translating Identity and the Identity of Tran- s
lation (2006) and Téâtre des minorities : mises en scène de la marge à
l’époque contemporaine (2008). She is currently working on a volume
of articles dealing with generic instability in contemporary fction and
a second publication on minority theatre.
Écho_classiques_L.indb 351 09-09-04 15:05352 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Margot Irvine est professeure agrégée et coordinatrice du
programme en études européennes à l’Université de Guelph (Canada). Elle
est l’auteure de Pour suivre un époux, les récits de voyages des couples
eau XiX siècle (Québec, Éditions Nota bene, 2008) et d’articles récents
parus dans Nineteenth-Century French Studies (Vol. 37, No.1-2,
20082009), @nalyses : Revue de critique et de théorie littéraire (été 2008).
Elle a également fait paraître le collectif A « Belle Epoque » ? Women
in French Society and Culture, 1890-1911 (Berghahn Books, 2006). Elle
s’intéresse au rapport entre les femmes et l’institution littéraire.
Genovaitė � ačiuškienė, Doctor of Humanities, is a Professor in the
Department of Lithuanian Linguistics and Communication, Faculty of
Humanities, Siauliai University (Lithuania) and Professor in the
European Cultural Studies Department, Faculty of Humanities, Matej Bel
University (Slovakia). Her research interests include phonology,
phonetics, pronunciation, accentuation, language culture, sociolinguistics,
and psycholinguistics. From 1996 to 2005, she was Dean of the Faculty
of Humanities, and since 1999, Dean of the Faculty of Humanities of
Tird-Age University in Šiauliai. She has been a lecturer of
Lithuanian at Université Sorbonne Nouvelle — Paris 3. She is a member of
SIGD (International Society for Dialectology and Geolinguistics) and
a member of the board of several associations including the Lithuanian
Scientifc Society and the Lithuanian-French Association.
Klára � olinská teaches at the English department of Masaryk
University, Brno, Czech Republic, and at the English department of Charles
University, Prague. Her main areas of teaching and research include
early and contemporary Canadian fction, theatre and drama, multi -
culturalism, and Aboriginal literature and theatre. She has published
mainly on Canadian Aboriginal literature and theatre, Canadian prose
fction, and theory and practice of narrative and storytelling. Her main
publications and co-editions include: Women in Dialogue: (M)Uses
of Culture (Cambridge Scholars Publishing: 2008); Shakespeare and
His Collaborators Over the Centuries (Cambridge Scholars
Publishing: 2008); Waiting for Coyote. Contemporary Canadian Aboriginal
Drama and Teatre (Větrné mlýny: 2007); Contemporary Aboriginal
Literature in North America, a special issue of Litteraria Pragensia:
Studies in Literature and Culture (Charles University, Prague: 2005).
Écho_classiques_L.indb 352 09-09-04 15:05Collaborateurs et CollaboratriCes / Contributors 353
Regina Kvašytė was born in Riga (Latvia) in 1962. She completed
her studies at the University of Latvia in 1985 and in 1996 defended
her dissertation. From 1984 to 2003, she worked in the Latvian
Language Institute at the University of Latvia in Riga. Since 2001, she is
Associate Professor in the Department of Lithuanian Linguistics and
Communication at the University of Šiauliai (Lithuania). From 2005 to
2007, she was Vice-dean for Science (Faculty of Humanities, Šiauliai
University). Since 2008, she is Associate Professor of the Department
of Lithuanian Language at Vytautas Magnus University, Kaunas. She is
Head of Canada Room (since 2001) and Head of the nongovernmental
organization Te Centre of Balts (since 2002). Her areas of research
include terminology, stylistics, sociolinguistics, geolinguistics and
ethnolinguistics.
Zuzana Malinovská est traductrice assermentée pour le slovaque
et le français et professeure au Département de langue et littérature
françaises de l’Institut de philologie romane et classique de la Facult é
des Lettres de l’Université de Prešov (Slovaquie), où elle enseigne
l’histoire de la littérature française, le roman français et francophone
et la traduction littéraire et juridique. Ses recherches portent sur le
roman français et francophone moderne et contemporain ainsi que les
relations transdisciplinaires et interculturelles. Elle a publié un livre
sur le roman, une soixantaine d’articles, en français et en slovaque,
dans des ouvrages et revues scientifques parus en France, Slovaquie,
République tchèque, Hongrie, Pologne et Turquie.
Dana Patrascu-Kingsley has taught Canadian literature and
introductory courses in English and writing at the University of Toronto,
Ryerson University, and York University. She has a Ph.D. in English
from York University, an M.A. from Carleton University, and a B.A. in
Romanian and English from the University of Bucharest. She is now
working on a book based on her dissertation, “Dynamic Ethnicity and
Transcultural Dialogue: A Study of Central and Eastern
EuropeanCanadian Fiction.”
Michael Paulson is a lecturer of Modern Languages at the
University of Miami. He received his Ph.D. in French and Spanish from Florida
State University in 1973 and has taught French, Spanish, German and
19-Notices_bio.indd 353 09-09-11 08:37354 l’ÉCHo De nos ClassiQues
ESL at several universities, including South Dakota State University,
the University of Central Arkansas, Muhleberg College, Kutztown
University, Miami-Dade College and the University of Miami. He is the
author of several books, articles and papers dealing with the historical
fgures of Mary Stuart, Catherine de Medici and Louis XIII in French
and Spanish literature and is currently preparing a manuscript on
Anne of Austria. Since 1986, he has served as series editor for the Peter
Lang series on Francophone Literature, Studies on the Caribbean and
Currents in Romance Languages and Literatures.
Elżbieta Skibińska , romaniste et poloniste, est professeure �� l
l�Université de Wrocław, où elle est directrice du Département de linguistique
française � l�Institut d�études romanes. Elle a publié Les Équivalents
polonais des prépositions temporelles françaises dans la traduction
polonaise (Wrocław, Wydawnictwo Uniwersytetu Wrocławskiego, 1991) ;
Przekład a kultura. Elementy kulturowe we francuskich tłumaczeniach
“Pana Tadeusza” [Traduction face � la culture : éléments de la culture
nobiliaire dans les traductions françaises de Pan Tadeus]
z(Wydawnictwo Uniwersytetu Wrocławskiego, 1999) ; Kuchnia tłumacza. Studia o
polsko-francuskich relacjach przekładowych (Kraków TAiWPN
Universitas, 2008) ainsi que de nombreux travaux portant sur les questions
de la linguistique comparée (français-polonais) et sur la traduction
(dans une approche culturelle et linguistique). Elle dirige les travaux
de l�équipe traitant de la traduction comme moyen de communication
interculturelle ; dans ce cadre, elle a édité ou coédité deux volumes de
Romanica Wratislaviensia sur la Traduction comme moyen de
communication interculturelle. Questions de socio-pragmatique du discours
interculturel (XLIV, 1997 et XLVI, 2000) ; Traduction pour la jeunesse
face à l’Altérité (DWE, 2001) ; Język — Stereotyp —Przekład (DWE,
2002) ; Gombrowicz i tłumacze (Ofcyna Wydawnicza Leksem, 2004) ;
Konwicki i tłumacze (Ofcyna Wydawnicza Leksem, 2006) ; Przypisy
tłumacza (Księgarnia Akademicka, 2009). 
Jovanka Šotolová est chargée de cours � l�Institut de traductologie,
Faculté des Lettres, Université Charles de Prague, où elle enseigne la
lexicologie et la stylistique contrastive, la littérature de langue
franeçaise du XX siècle, la traduction des textes littéraires, la traduction
de la BD et la critique de la traduction littéraire. Elle est rédactrice
19-Notices_bio.indd 354 09-09-09 09:52COLLABOrAtEUrS Et COLLABO rAtrICES / CONtrIBUtOrS 355
en chef du webzine littéraire <www.iliteratura.cz>, qu’elle a créé en
2002. Membre du conseil de l´Association tchèque des traducteurs
littéraires, elle a traduit de nombreuses œuvres d’auteurs de langue
française, surtout contemporains (Jean Echenoz, Jean Genet, Michel
Houellebecq, Alfred Jarry, Jean-Philippe Toussaint, etc.). La France a
reconnu sa contribution au rayonnement de la littérature française en
la nommant chevalière de l’Ordre des palmes académiques.
Reet Sool is Associate Professor at the Department of English
of the University of Tartu, Estonia, where she teaches on James
Joyce, American and Canadian literature and literary theory. After
Estonia regained her independence in 1991, she has held American
Council of Learned Societies, Fulbright and IREX awards, given
papers at international conferences in Estonia, Latvia, Lithuania,
Finland, Denmark, Norway, Sweden, France, Iceland, South Africa,
Spain and the USA, and published on literary theory and Irish,
American, Canadian and Estonian literature both at home and
abroad. Recent publications include: “Te Portrait of Henry James
in Estonia(n)” (Te Henry James Review, Fall 2003); “Inked Characters
Never Fading”, Papers on Joyce (2006); “On Ants Oras, the Invisible
Translator” I(nterlitteraria, 2007); “Translating Politics: An
Estonian Case” (Tradducción e interculturalidadA. ctas de la Conferencia
Internacional “Traducción e Intercambio Cultural en la Ėpoca de
la Globalización” (Peter Lang, 2008). She has published translations
of her own poems and three collections of poetry, jahe kuu (1997),
murdub äär: river runs (2001), and õrn morpheus: sweet morpheus
(2007).
Agnès Whitfield est professeure d’études anglaises à l’Université
York et titulaire de la Chaire conjointe en études des femmes de
l’Université Carleton et de l’Université d’Ottawa. Titulaire d’un doctorat en
littérature québécoise de l’Université Laval, elle a publié onze livres et
plus de cinquante articles sur la littérature canadienne et québécoise,
l’écriture autobiographique au féminin, les échanges littéraires et la
théorie de la traduction, dont Le Métier du double : Portraits de
traducteurs et traductrices francophones (Fides, 2005), fnaliste du Prix
Raymond-� libansky de la Fédération canadienne des sciences
humaines, Writing Between the Lines. Portraits of Canadian Anglophone
Écho_classiques_L.indb 355 09-09-04 15:05356 L’ÉCHO DE NOS CLASSIQUES
Translator s(Wilfrid Laurier University Press, 2006) et trois volumes
de poésie. Elle a été professeure invitée au Centro Interuniversitario
di Studi Québecchesi de l’Université de Bologne, titulaire de la chaire
d’invité Seagram à l’Institut d’études canadiennes de l’Université
McGill et chercheure virtuelle dans le cadre d’un programme conjoint
du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et de
Patrimoine canadien. Grâce à une subvention du programme d’initiatives
internationales du CRSH, elle dirige un projet, appuyé par Bibliothèque
et Archives Canada et Bibliothèque et Archives nationales du Québec,
qui a pour but d’encourager des échanges littéraires réciproques entre
le Canada, l’Estonie, la République tchèque et la Roumanie.
Écho_classiques_L.indb 356 09-09-04 15:05Table des matières
Introduction 9
Agnès Whitfeld
Université York
PREMIÈRE PARTIE
Bonheur d’occasion : Premiers parcours
Dans le froid de la poudrerie : Hannah Josephson et
la traduction américaine de Bonheur d’occasion 39
Agnès Whitfeld
Université York
Une occasion de bonheur : le prix Femina de 1947 61
Margot Irvine
Université de Guelph
Bonheur d’occasion en Slovaquie 71
Zuzana Malinovská
Université de Prešov
A Poetics of Omissions or Omission of the Poetic?
Gabrielle Roy’s Bonheur d’occasion in Swedish 87
Cecilia Alvstad
University of Oslo, University of Gothenburg
Blikkføyten : Caro Olden et la traduction norvégienne
de Bonheur d’occasion 123
Bente Christensen
Université d’Oslo
Écho_classiques_L.indb 357 09-09-04 15:05DEUXIÈME PARTIE
Bonheur d’occasion à l’aune du communisme
La rencontre de deux écrivaines : Gabrielle Roy et
Elvira Bogdan, la voix roumaine de l’auteure canadienne 137
Rodica Dimitriu
Université Alexandru Ioan Cuza
Quelques observations sur la traduction russe
de Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy 159
Anna Bednarczyk
Université de Łódz
Bonheur de lire ? Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy
en tchèque 169
Jovanka Šotolová
Université Charles de Prague
Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy : la traduction
lituanienne des noms propres 187
Regina �vašyte˙ et Genovaite˙ � acˇiuškiene˙
Université de Šiauliai
TROISIÈME PARTIE
Bonheur d’occasion : Traversées interrompues
et dialogues nouveaux
La fortune de Gabrielle Roy dans le monde germanophone :
un chemin sui generis qui fait l’impasse sur Bonheur
d’occasion 197
Chiara Bignamini
Université Jean Moulin Lyon 3
Gabrielle Roy et la Pologne : raisons d’une absence 229
Elz˙bieta Skibin´ska
Université de Wrocław
‘They’re Not Our Folks, Are They?’:
Central and Eastern Europeans and The Tin Flute 245
Dana Patrascu-� ingsley
University of Toronto
Écho_classiques_L.indb 358 09-09-04 15:05Bonheur d’occasion, l’intertextualité et les œuvres
de Reinaldo Arenas 259
Michael G. Paulson
Université de Miami
The Interlocution between Two (National) Solitudes:
The Border within the Nation in Gabrielle Roy’s Bonheur
d’occasion and Qiongqiong Yuan’s Jinshengyuan 271
Bennett Yu-Hsiang Fu
National Taiwan University
QUATRIÈME PARTIE
Two Solitudes : Lectures transnationales
Two Solitudes: Writing a French Novel in English:
The Aesthetics of Minority Literature 289
Madelena Gonzalez
Université d’Avignon
The Coming of Age in Translation: Two Solitudes
in the Czecho-Slovak Context 311
� lára � olinská
Masaryk University
Hugh MacLennan’s Two Solitudes in Estonian:
Its Sociopolitical and Cultural Message
for Estonian Society 325
Tiina Aunin
Tallinn University
Translating Silence: Two Solitudes in Estonia(n) 337
Reet Sool
University of Tartu
Collaborateurs et collaboratrices / Contributors 349
Écho_classiques_L.indb 359 09-09-04 15:05

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