L'éloge de l'encre

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Depuis l'érudit, le savant, le griot, les vecteurs de chair et de sang du savoir, la connaissance s'est manifestée en rouleaux, sur des parchemins, supports d'écriture, dans les livres de papier, supports d'information.
Cependant, un fait demeure, immuable : la concrétisation du savoir s'est toujours fondée, sous des formes diverses, sur l'encre.
Quelle est donc la part d'encre minimale en dessous de laquelle un être humain ne peut survivre ?


Publié le : vendredi 7 février 2014
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EAN13 : 9782332686497
Nombre de pages : 80
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ISBN numérique : 978-2-332-68647-3

 

© Edilivre, 2014

I
Introduction

Il était une fois vers 2697 avant Jésus-Christ, un célèbre philosophe chinois.

Il possédait un grand sens commun. On le nommait Tien-Lcheu.

D’incessantes nouvelles avaient rapporté qu’à Thèbes, aujourd’hui Louxor, dans le sud de ce pays de Haute-Égypte, la patrie de Séqénenrê Taâ, on marquait les surfaces dures, les murs pour un usage sacré, notamment pour la décoration des temples, d’idéogrammes que l’on gravait dans la pierre.

Or, chez le vieux philosophe, bien plus à l’ouest, à quelques kilomètres au nord du delta de la rivière des perles formé entre les territoires de Hong Kong et de Macau, à cette même époque, on dessinait sur des supports bien plus légers, avec une combinaison de suie et de colle animale.

Depuis des siècles, les populations de ce pourtour du Pacifique savaient que la pierre ne pouvait être un support très pratique pour la transmission de messages.

Mais comment se passer d’elle ?

Tien-Lcheu réfléchit.

Et si la réponse à l’énigme que tout le monde se posait à Thèbes se trouvait dans l’encre ?

Dans la moiteur tropicale de sa bonne ville de Guangzhou, la capitale de la province du Guangdong sur les plaines d’alluvions du sud de la Chine, le vieil homme frêle à la barbe broussailleuse se mit à mélanger des liquides dans des fioles, à préparer des mixtures.

On le crut devenu fou. On le moqua, on le railla, sans le comprendre, on le détesta.

Mais, imperturbable, il avait son idée.

Il coupa, retrancha, ajouta, mélangea, broya et obtint un fluide.

De la gélatine, du camphre dilué dans de l’alcool, une pincée de sucre, de la suie de fumée de pin et de l’huile de lampe mélangée à de la graisse de la peau d’âne, le tout, trituré puis ajouté à de la graisse de musc, donna naissance à… l’encre.

C’est grâce à ce mélange onctueux que fut pour la première fois évaluée la véritable communication entre les humains. Avec une certaine marge d’erreur. La faute non pas aux savants dosages de Tien-Lcheu, mais aux graphistes.

Vous l’avez sûrement remarqué, les caractères des ouvrages manquent souvent de congruence.

Pourtant, de nombreux débats continuent encore aujourd’hui parmi les historiens.

Qui est l’inventeur de l’encre ?

Ce serait l’évolution naturelle après que l’homme a inventé le dessin et l’écriture. Pouvait-on continuer à sculpter sur les murs des cavernes indéfiniment ? Comment seulement imaginer un moment de détente sur une plage tropicale avec pour lecture une sculpture de crypte ?

L’ingéniosité de l’expérience de Tien-Lcheu ne cesse de fasciner.

Quel plus bel exemple du pouvoir de la plus simple sagacité humaine ! Et quelle meilleure preuve de fécondité de l’encre !?

Quelle reconnaissance plus certaine aussi de la mythologie du savoir : le mariage indéfectible de l’écriture et de son support, par son intermédiaire obligatoire : l’encre.

Des siècles d’obscurantisme suivirent, lequel n’est pas couleur d’encre, mais bien plus encore, le refus du progrès, le refus de la réalité.

Les hommes portent en eux ce double déterminisme qui les fait en même temps chercher la connaissance et s’obstiner à ne pas savoir. Et quand enfin ils finissent par trouver, ils s’acharnent pour s’aveugler et ne tirer ainsi aucune conséquence de ce qu’ils viennent de découvrir.

L’obscurantisme n’est pas mort, non. Pire, on dirait même qu’il renaît de ses cendres, tel le phénix.

Dans de nombreuses régions de la planète, on s’entretue comme aux pires moments du Moyen Âge. La culture de la machette prospère dans l’hémisphère sud.

Dans les pays dits avancés, une autre logique émerge. Elle suit un développement complètement inverse puisqu’elle se fonde sur la démocratie la plus pointilleuse, le sacro-saint méticuleux respect de l’opinion de chacun.

Mais, voilà, elle qui donne le droit d’avoir tort, n’est-ce pas monsieur Claude Pepper, voici qu’elle aboutit à des résultats aussi nuisibles, délétères. C’est notamment le fait de considérer toute connaissance comme suspecte, apocryphe, dangereuse même.

Raymond Aaron l’affirme clairement : « La connaissance du passé est une manière de s’en libérer puisque seule la vérité permet de donner assentiment ou refus en toute lucidité. »

Autrefois, l’érudit qui, sa vie durant, avait travaillé sur des suppositions, qui s’était acharné à vérifier ses conjectures avec persévérance et honnêteté, cet avisé était respecté. Aujourd’hui, il doit faire profil bas, et même présenter ses excuses de tant savoir.

Il est contesté, discuté, récusé et parfois même moqué comme Tien-Lcheu.

Pourquoi pas, rétorqueront les esprits libres ?

C’est que souvent on le soupçonne, on l’imagine impliqué dans d’infâmes machinations.

En tant que romancier, je milite pour la fiction et sa capacité à raconter l’univers. Mais on frissonne quand on voit tant de personnes tenir pour vrai le code maya.

Il n’y a désormais plus besoin de compétence, ni même souvent d’aucun début de preuve de ce que l’on profère : tout le monde a droit égal et voix légitime au chapitre.

Vous pensez que telle planète existe, que telle autre maladie est une fiction ? Bienvenu sur mon plateau, développez votre point de vue devant des millions de téléspectateurs, à l’adresse de milliers d’auditeurs, le micro est ouvert, racontez-nous.

Lorsqu’on peut sans aucun risque dire ce que l’on veut et parfois même y gagner la célébrité, pourquoi s’en priver ?

Il y a comme un mépris tranquille du réel, comme un oubli des sanctions. Les Lumières sont affectés, ils sont tristes.

J’aimerais simplement vous dire, pour ne pas vous pourrir votre journée en lisant ces...

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