L'Enigme de La Tribouille

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Le 17 janvier 1834 naissait à Saint-Philbert-de-Bouaine, au
lieu-dit La Tribouille, Antoine, fils de Marie Ecomard et de
père inconnu… Dans les années 2000, son arrière-petit-fils
découvrait le théâtre dans une compagnie nantaise du même
nom. Simple coïncidence ou véritable « énigme » pour l’auteur
qui se penche sur son passé.


La vie paysanne au XIXe siècle dans cette région où la Vendée
s’invite en Loire-Inférieure (devenue depuis la Loire-Atlantique)
est évoquée. L’évolution du Pays nantais, ainsi que l’essor de
la métropole régionale sont analysés tant sur le plan économique
que politique et culturel. De la vie rurale à la vie citadine,
c’est l’ascension sociale d’une famille qui est décrite.
Le passé maritime de la « Venise de l’Ouest », la révolution
industrielle, le tourisme côtier, mais aussi le désenclavement
de la Bretagne, la politique régionale, l’ouverture européenne,
sont autant de facteurs qui ont fait de Nantes une ville attractive
où il fait bon vivre.


La crise financière de 2008 et ses conséquences économiques,
l’emprunte écologique de l’homme sont aussi abordés
par l’auteur qui, à travers sa réflexion, se préoccupe de l’avenir
que l’on propose aux générations futures.


Ce deuxième ouvrage fait suite au récit autobiographique
Un cachalot qui sommeille…, paru
en 2008. Jean-François Ecomard, ingénieur diplômé
de Centrale Nantes, a découvert l’écriture à
soixante-dix ans et le théâtre quelques années avant.
Nantais d’origine et de coeur, il a retrouvé sa ville
après un périple parisien et orléanais, véritable
Ligérien comme il se plait à le dire.

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9789999994763
Nombre de pages : non-communiqué
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Préface Dans les années 1950, mon père avait hérité d’une petite vigne de gros-plant du côté de Saint-Étienne-de-Corcoué au lieu-dit La Vallée. Nous y allions à l’automne faire les vendanges. C’était l’occasion d’une bonne partie de campagne où cousins et cousines devenaient pour une journée vendangeurs, vendangeuses, dans une ambiance aussi joyeuse que laborieuse. Le casse-croûte au bout du champ m’a laissé des souvenirs où se mêlaient enfants et adultes réunis pour une journée de travail qui, pour moi, n’en était pas vraiment une. Le repas du midi, dans la pièce commune des P. (les vignerons chargés par mon père de travailler la vigne), réunissait une bonne vingtaine de personnes autour de la grande table rectangulaire chargée de victuailles. Le sol en terre battue de cette vaste pièce n’était pas des plus propres et possédait des irrégularités qui faisaient boiter les chaises autant que ceux qui les chevauchaient. C’était la pièce à vivre, le reste de la maison étant consa-cré aux travaux de la ferme. Une immense cheminée, tou-jours allumée, accueillait un impressionnant chaudron
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noirci par la fumée, pendu à la crémaillère, et donnait un peu de vie à l’ensemble. La maison donnait directement sur la rue, unique lieu de passage carrossable du hameau. On y croisait tour à tour : les villageois, des attelages divers, quelques automobiles – il y en avait assez peu à l’époque. C’était la seule animation des riverains. La pompe à bras, dehors, à l’entrée, était le seul point d’eau, et Monsieur P. ne manquait jamais de se laver les mains avant de passer à table. On entrait directement dans les lieux. Une petite fenêtre apportait un peu de lumière dans cette immense salle. La porte creusée dans le mur d’en face com-muniquait avec l’étable – cela donnait un complément de chaleur animale l’hiver… La décoration se limitait au strict minimum : un mobilier rustique et fonctionnel. Tout d’abord, les deux grands lits – Monsieur et Madame P., leur fille et leur gendre dormaient dans la même pièce – étaient diamé-tralement opposés et garnissaient les angles. Trois grandes armoires anciennes, adossées aux murs blanchis à la chaux, servaient de rangements pour la vaisselle, le linge, etc. À droite de la cheminée (côté étable), une longue maie bien cirée conservait les grosses miches de pain de campagne emmitouflées dans du linge à la blancheur douteuse. Au centre de la pièce, devant la cheminée, trônait l’interminable table en chêne flan-quée de deux bancs. Quelques chaises paillées complé-taient l’ensemble.
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La tante Mélanie était une sœur de mon grand-père. Veuve à l’époque, elle possédait une petite maison dans ce hameau ainsi que la vigne qui nous intéresse aujour-d’hui. Elle était domestique et célibataire quand elle se maria, le 19 juillet 1915, avec Jean-Baptiste G. son em-ployeur – et sans doute un peu plus, si j’en juge par des on-dit. Ce dernier, propriétaire et célibataire lui aussi (né à La Tribouille le 20 novembre 1847), était de vingt-quatre ans son aîné. Ils n’avaient pas d’enfant. Petite bonne femme ridée par le temps, les cheveux en bataille, elle passa quelque temps à la fin de sa vie chez mes parents, et nous fit tous rire lorsqu’elle regarda derrière le poste radio – qu’elle découvrait pour la pre-mière fois de sa vie –, pour voir où se cachait le speaker. À cette curiosité compréhensible se mêlait une pointe d’humour bien paysanne dont ma tante avait le secret… On mesure quand même à quel point, à cette époque pas si lointaine, la vie d’un petit village vendéen à moins d’une heure de Nantes pouvait paraître aussi rustique et coupée du reste du monde… J’étais loin de penser à l’époque que bien des années après, l’écriture m’amènerait sur les traces de mes an-cêtres qui vivaient dans cette région. La Tribouille, où est né le 17 janvier 1834 Antoine mon arrière-grand-père, est à quelques coudées de cette ferme où nous allions vendanger pendant nos jeunes années.
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e Ce hameau existe au moins depuis leXsiècle au cœur des marches pictavo-bretonnes. Le château de La Tribouille e a été construit auXIIsiècle. La Boulogne constituait alors la frontière entre l’Anjou et la Bretagne. Pour défendre cette frontière, les ducs d’Anjou utilisaient le château de Montaigu, centre de commande-ment de plusieurs points fortifiés disposés le long de la Boulogne. Ils donnaient chaque point stratégique à un soldat, à charge pour ce dernier d’y habiter pour assurer la surveillance et la défense de la frontière. Le soldat, tout en exploitant les terres, devait y fonder une famille pour pé-renniser la charge de défense de la frontière. On retrouve cette ligne fortifiée tout le long de la Bou-logne, à l’est, partant du château de Rocheservière et pas-sant par La Garde, La Ruffelière, La Guerche, Le Coin-Garat. Le fief de La Tribouille relevait de la seigneurie du Marchais-Gauvain, arrière-fief de la châtellenie deRoche-servière. Le premier seigneur connu du château de La Tribouille est Jean ROQUET. En 1180, il a épousé Jeanne La Rousse, fille d’Ogier LEROUX. Les ROQUET n’ont pas habité La Tribouille. Ils habi-taient Saint-Colomban à Roquet et ensuite Besson. Sur plusieurs générations les ROQUETété seigneurs de La ont Tribouille. Ils ont été maintenus dans la noblesse bretonne e lors des réformations de 1443. AuXIVsiècle, la branche de Robert ROQUET s’est attribué la particule « de La Tri-bouille ». Cette famille a laissé de nombreuses traces de son passé.
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Tout d’abord au niveau de la voirie, par le tracé de la route Bouaine – Saint-Colomban, il s’agit dans l’histoire de cette commune de la première voie importante, car les hivers pluvieux, les voies n’étaient que des chemins impra-ticables. Jean ROQUETétait voyer de la ville et de la forteresse de La Benaste, nommé par le duc de Bretagne. Un voyer, c’est un inspecteur des chemins. Le voyer, du latin « viarius », c’est l’officier préposé à l’entretien des 1 voies publiques sous l’Ancien Régime. Mais La Tribouille est aussi le nom de la compagnie nantaise de théâtre que je découvrirai en 2003. Cette troupe, fondée il y a vingt-huit ans par trois personnes (trois bouilles), n’a pas de relation directe avec les lieux et les gens cités plus avant – tout au plus une réaction des propriétaires du nom, qui n’auraient pas apprécié cette utilisation à des fins aussi ludiques. Par ailleurs, « tribouille » en vieux français veut dire s’agiter, ce qui convient tout à fait à une troupe de théâtre… Marie, mon arrière-arrière-grand-mère, élèvera seule son fils unique et gardera son nom de jeune fille, le père n’ayant pas reconnu l’enfant. Cela m’a frappé à la
1 La Tribouille, impacts du passé dans notre présent, Nelly Durand, Association Bouaine Patrimoine.
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lecture de la généalogie de la famille de mon père, réalisée par mon cousin. L’intention du présent livre est d’essayer, à partir de cette énigme – même si la métaphore est sous-jacente –, de retracer la vie d’Antoine, puisqu’il s’agit de lui, en l’inscrivant dans un contexte plus général – sorte de témoin d’une évolution qui va le dépasser, comme du reste les générations qui vont suivre… Il fonda une famille et eut six enfants, l’avant-dernier était mon grand-père. Ce dernier, marié en 1903, sera au service de Mon-sieur E., une très grosse fortune nantaise, comme chauf-feur de maître et habitera en centre-ville, ma grand-mère assurant le gardiennage de cette grande propriété. La ville de Nantes, au passé maritime glorieux et e rayonnant durant tout leXVIIIsiècle, a poursuivi son développement économique pour devenir aujourd’hui une véritable métropole régionale. À la fin de l’Ancien Régime, Nantes était l’une des plus belles cités de France et l’un des premiers ports d’Europe. Entre les deux guerres, d’importants travaux d’urbanisme permettront de résoudre pour le futur les problèmes de circulation et d’habitat. Sixième ville de France aujourd’hui, elle attire par son dynamisme éco-nomique, son environnement culturel et touristique. L’ascension sociale de ma famille est en partie liée au choix de cette vie citadine et de l’éducation qui l’a accompagnée, assez éloignée des racines paysannes et
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des générations précédentes – comme du reste pour bon nombre d’autres familles françaises. C’est une des conséquences de la désaffection des campagnes au pro-fit des villes, qui se poursuit voire s’accélère aujourd’hui. La crise financière et économique de 1929 a conduit à la Seconde Guerre mondiale avec des pertes humaines records, civiles comme militaires. Celle que nous subis-sons quatre-vingts ans après et dont on mesure encore mal les conséquences, présente quelques similitudes décuplées par la mondialisation. Elle aura, espérons-le, des conclusions moins dramatiques pour l’humanité. C’est un sujet important qui a sa place au regard de l’évolution des conditions de vie qui sont les nôtres et que l’on a baptisées société de consommation. L’empreinte écologique de l’homme – qui apparaît comme une conséquence directe de cette société de consommation – et ses conséquences sur le dérèglement climatique, fait peser une menace sur notre planète, qui inquiète les scientifiques et devrait nous faire réfléchir quant au changement de nos comportements… Nous en parlerons. Au nom des valeurs communiquées par nos ancêtres, les générations futures sauront-elles faire face au défit e duXXIsiècle ? Tant de changements dans nos sociétés ont altéré cette transmission et ont modifié les relations intergénérationnelles…
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