L'Homme précaire et la Littérature

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L'Homme précaire est à la littérature ce que La Métamorphose des dieux est aux beaux-arts.
Malraux propose d'appliquer à la littérature la périodisation de l'histoire de l'art qu'il avait dégagée pour renouveler notre expérience des œuvres : une première période de figuration d'un surnaturel invisible, objet de prière et de dévotion ; une deuxième, à partir de la Renaissance, au cours de laquelle l'art visait à représenter le monde réel, pour s'approcher toujours plus de l'illusion ; mais plus cette illusion était poussée, plus elle occultait l'acte créateur, qui, dans un troisième temps et grâce à la rupture initiée par Manet, devint désormais l'essentiel.
Appliquée à la littérature, cette tripartition en bouleverse notre conception. La fiction est la notion pivot qui permet de distinguer respectivement les trois moments. Elle est, pour chacun d'entre nous, une expérience majeure : parce qu'elle nous fait vivre par procuration une vie, c'est-à-dire un temps autre que le nôtre, elle porte plus loin qu'un simple divertissement.
Publié le : mercredi 21 mai 2014
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EAN13 : 9782072525964
Nombre de pages : 512
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c o l l e c t i o n f o l i o e s s a i s
André Malraux
L’Homme précaire et la Littérature
Textes présentés, établis et annotés par Christiane Moatti
Gallimard
Cet ouvrage a originellement paru dans la « Bibliothèque de la Pléiade », dans le tome VI desŒuvres complètesd’André Malraux, Essais, sous la direction de Jean-Yves Tadié.
© Éditions Gallimard, 1977, 2010, pourL’Homme précaire et la Littérature. © Éditions Gallimard, 2010, pour les Appendices deL’Homme précaire et la Littérature. Couverture : Illustration Martin Corbasson © Gallimard.
PRÉSENTAT IO N
Une œuvre de fin de vie
Jusqu’à la veille de sa mort, survenue le 23 novembre 1976, Malraux a travaillé àL’Homme précaire et la Littérature, achevé d’imprimer un peu plus de deux mois plus tard, le 4 février 1977. Il avait passé l’été à corriger et à enrichir le texte, en une véritable course contre le temps et la maladie. La date de publication qu’il annonçait dans sa correspondance ne cessait de reculer. Il savait, et avait dit à ses proches, que ce livre, der-nier stade de sa réflexion sur l’art et la littérature, sur leur sens au regard du destin humain, serait une œuvre testamentaire ; il y laisse le bilan de son expérience d’écrivain, de lecteur boulimique, de critique d’art et de littérature. Dans le domaine de la critique littéraire, les années de silence volontaire, sous l’Occupation allemande, avaient marqué une nette coupure. Quand Malraux se remet à publier après 1945, c’est pour répondre à des sollicitations, dues à sa notoriété : essentiellement des préfaces écrites
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L’Homme précaire et la Littérature
pour soutenir les livres d’amis fidèles. Entre ses deux mandats ministériels (1945-1946 et 1958-1969), en dehors de ces textes de circonstance, il se mêle peu de littérature — on signalera, pour l’essentiel, deux textes, répondant à des admira-tions et à des souvenirs de jeunesse, l’hommage à Gide (1951) et la contribution auBarrès parmi nous de Pierre de Boisdeffre (1952), ainsi que le prétendu dialogue avec Montherlant « autour de 1 Racine » (1955) . En fait, dès qu’il n’est pas absorbé par l’action politique, c’est aux écrits sur l’art qu’il consacre l’essentiel de son activité — depuis lesDessins de Goya au musée du Prado etLe Musée imaginaire(1947, premier volume de laPsychologie de l’art), jusqu’au tome I deLa Métamorphose des dieux2 (1957). Le tome II était déjà avancé en 1958 , quand il en est détourné par ses nouvelles attribu-tions ministérielles : il devient en 1959 ministre d’État chargé des Affaires culturelles. Dans ce poste, son intérêt pour les arts plastiques ainsi que pour l’audiovisuel ne se dément pas. Il s’at-tache d’autre part à la rédaction desAntimémoires(1967). Après avoir quitté le gouvernement, en 1969, il poursuit les « Grandes Voix », qu’il conçoit comme la dernière mise au point desVoix du silence; dans sa correspondance, il précise que c’est « la théorie de la métamorphose qui va 3 devenir l’axe du livre ». Il reprend aussi le tome II deLa Métamorphose des dieux, resté en suspens durant onze ans, remet à jour le tome I, rassemble trois essais anciens dansLe Triangle noir, publie
Présentation
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Les Chênes qu’on abat...À cela s’ajoute un nombre considérable d’interviews et d’échanges avec ses différents biographes. Pourtant, sous cette activité apparente, les années 1969-1972 sont une période d’angoisse et d’obsession de la mort. Diminué physiquement par l’alcool et le tabac, et atteint par trop de deuils 4 successifs et par les désillusions qui ont marqué la fin de la présidence du général de Gaulle, il a perdu toute inspiration, sa parole est devenue presque incompréhensible. Victime d’une attaque foudroyante du système nerveux moteur, il est transporté d’urgence à la Salpêtrière ; il en sort convalescent en novembre 1972, ayant retrouvé le goût d’écrire et l’intérêt pour la vie. Il confie à André Brincourt, en lui racontant l’expérience qu’il vient de vivre et qui deviendra la matière de 5 Lazare: « Je reviens des limbes . » Il va connaître alors quatre années d’intense activité, consacrant son temps à quelques voyages lointains, mais essentiellement à l’écriture, avec, comme le sou-ligne sa compagne Sophie de Vilmorin, une « puissance de travail » et une « constance dans l’effort qui l’emplissaient d’une humeur agréable, 6 égale, même lorsqu’il était fatigué, très fatigué ». Renonçant finalement aux « Grandes Voix », il travaille àLa Métamorphose des dieux. Il publie des extraits du tome II (L’Irréel) en juillet 1973, dans le catalogue de l’exposition « André Malraux » à la fondation Maeght. Le discours qu’il prononce lors de l’inauguration est une brillante synthèse de sa conception de l’art, sur laquelle va s’appuyer sa réflexion sur la littérature.L’Irréelparaît en
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octobre 1974. En cours d’écriture, les chapitres se sont multipliés, au point d’imposer l’idée d’un troi-sième volume,L’Intemporel, achevé en jan-7 vier 1976 . Entre-temps, deux préfaces l’ont fait replonger dans le monde littéraire de sa jeunesse. L’une introduit le premier volume desCahiers dela Petite Dame(1973). L’autre présente une réé-dition, en 1974, duJournal d’un curé de campagnede Bernanos. À cela s’ajoutent ses entretiens avec Frédéric Grover et Roger Stéphane — publiés par eux après sa mort et réalisés, pour le premier, entre 1959 et 1975 et, pour le second, principale-ment entre 1967 et 1971 — où il est essentielle-ment question de littérature. Il faut enfin souligner l’intérêt grandissant qu’éprouve Malraux à cette époque pour l’audio-visuel sous toutes ses formes. Attiré par de nou-velles expériences — comme il avait été enthou-siasmé dans sa jeunesse par les premiers films muets russes et américains, en un temps où beau-coup d’intellectuels tenaient le cinéma pour un divertissement populaire sans valeur artis-tique —, Malraux était depuis 1974 un spectateur quotidien de la télévision, selon les confidences 8 de Sophie de Vilmorin à Jean Mauriac . Elle fait état dans ses Mémoires des émissions très diverses qu’il aimait à regarder, dont « les films tirés d’œuvres littéraires — ceux-là particuliè-rement lorsqu’il écrivaitL’Homme précaire et la 9 Littérature [...]. Il disait : “Les gens croient quela télévision, c’est le cinéma à la maison, maisle cinéma n’est qu’une toute petite partie de ce qu’elle va nous apporter. On parle du câble : la
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