L'humour thérapeutique chez Charles Lamb et Jean Paul

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« … je n’ai jamais contracté une amitié vraiment partagée avec quelqu’un qui n’eût pas dans son tempérament quelque grain d’absurdité. Je vénère une honnête obliquité de l’entendement. »

CHARLES LAMB


« Le cœur est bientôt las de la vie ; il n’en est pas de même de l’intelligence, car elle trouve l’infini dans le savoir qui cherche la vie. Plus tard l’estomac prend la place du cœur,et on désire vivre longuement. »

JEAN PAUL FRIEDRICH RICHTER


Eva Soreau est née à Linz en Autriche en 1947. Elle s’est installée en 1967 en région parisienne et a travaillé dans la filiale française d’une multinationale allemande. Elle est titulaire d’un master en littérature comparée de l’Université Paris III – Sorbonne Nouvelle. Le présent ouvrage est le fruit d’une recherche dans le cadre d’un projet de thèse de doctorat à cette même université.

Publié le : vendredi 1 janvier 2016
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EAN13 : 9791096019014
Nombre de pages : 606
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L’ambition de cette étude sur l’humour est de sortir d’un vaste sujet, géographiquement et temporellement, devenu banal, et de cibler une particularité qui échappe à ceux qui associent l’humour avant tout au rire : sa vocation consolatrice, apaisante, pour ne pas dire curative. Certes, le rapport au rire, indéniable, participe à la caractérisation la plus courante de l’humour comme amuseur. On lui reconnaît une action bienfaisante résultant en une décharge psychique et physiologique, le rire. Ses autres compétences sont plus « sérieuses » : sa faculté de soulager, sa capacité à surmonter des obstacles psychiques, ses ressorts en matière de défense contre les aléas de la vie. Tout cela concourt à modifier son image initiale, associée au comique, et révèle une envergure plus vaste : il fait pleurer, il critique, il malmène, il libère. Dépassant les clichés qui le trouvent léger, ingénu, cabotin, équivoque, ambigu, cet humour-là n’est pas toujours gai. C’est ce constat qui fait l’objet de notre analyse et qui impose d’emblé la dichotomie du rire et des larmes. On s’apercevra rapidement que le sujet réserve un bon nombre de dualités. L’humour est réputé pour mettre en relation le physique et le spirituel, le corps et l’âme, la réalité et la fiction, la conscience et le rêve. Par rapport à lui, l’esprit, qui se présente ici comme « wit » et « Witz » a la réputation de comparer des choses incomparables.

Toujours s’agit-il d’un décalage, d’un va-et-vient entre deux niveaux, ne seraient-ils que deux degrés différents de compréhension. Un tel système dualiste s’insère avec bonheur dans un projet comparatiste, où dialoguent deux pays, deux langues, deux cultures, deux écrivains et, avec eux, leurs sentiments, leurs idées et leur humour, dans lequel se perpétue un mouvement bipolaire : la posture antithétique de Lamb et la fonction humoristique de « sublime inversé » inventée par Jean Paul.
Pourquoi mettre face à face l’essayiste anglais et le romancier allemand ? Ce n’est pas tant leur quasi-contemporanéité, leur rapport au romantisme ou leur conception différente de la nature, que leur façon de vivre et de montrer que l’humour facilite l’existence qui invite à la comparaison.

Né le 10 février 1775 à Londres, dans le quartier du Temple, Charles Lamb doit son attachement à la grande ville à ses premières impressions d’enfance ainsi qu’à son occupation professionnelle, pour avoir dirigé ses pas, durant trente-trois ans, vers la Compagnie des Indes, où il était employé. L’émotion que lui procure le regard rétrospectif sur ses jeunes années, vers le passé et l’antiquité, et cette attraction qu’exercent sur lui toits et cheminées comme sur d’autres les lacs et les montagnes, laissent apparaître une sensibilité romantique. Elève de 1782 à 1789 à Christ’s Hospital, établissement charitable fondé par Edouard VI, le jeune Lamb reçoit une formation classique. Cette période, source de connaissances, d’éveil et d’orientation de son goût littéraire, lui permet de nouer des amitiés durables, notamment avec Samuel Taylor Coleridge, de trois ans son aîné. Elle lui réserve aussi une première confrontation avec l’âpreté de la vie : ne pas faire partie des « hellénistes » — les meilleurs élèves en grec, promis à des études universitaires à Oxford ou a Cambridge. Un défaut d’élocution compromet en plus ses chances de devenir prédicateur. Sa frustration, ses regrets initient le mécanisme d’autodéfense – l’humour lambien, qui s’accomplira plus tard au fil des parutions des Essais d’Elia.
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