L'île aux anthropologues

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Représentation d’un lieu très concret — ici les îles de la Polynésie française — et d’une aire disciplinaire, une contrée virtuelle — là l’anthropologie — l’île dont traite Jean-Marc Pambrun et dont il fait aussi doublement partie — car il est Polynésien et anthropologue — est un ailleurs fictif, un non-lieu, une allégorie. Une île sur laquelle on trouve une espèce de drôles d’oiseaux — les anthropologues —, caricature métaphorique d’une classe nouvelle d’intellectuels née de la famille des naturalistes et des philosophes du Siècle des Lumières.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 274
EAN13 : 9782304034707
Nombre de pages : 134
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Titre
L'île aux anthropologues
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Titre Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun
L’île aux anthropologues Petit traité d’anthropologie satirique
Essais et documents
5 Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit, 2010 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-03470-7 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304034707 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03471-4 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304034714 (livre numérique)
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INTRODUCTION
« Nul homme n’est une île, nulle île n’est une île. » Carlo Gindzburg, Nulle île n’est une île : quatre regards sur la littérature anglaiseDans l’ancienne sociétéma’ohi, les oiseaux étaient les messagers des dieux et leurs effigies – lesunu’uétait placées dans les temples. Pour – ses prêtres érudits en toutes choses – les tahu’a–, l’apparition des oiseaux, les mouvements qu’ils décrivent en vol et les sons qu’ils émettent pouvaient avoir un caractère prémonitoire ou explicatif des évènements présents. Une croyance qui n’a pas totalement disparu. Sauf que ces oiseaux n’étant plus vénérés par les hommes, ils ont déserté les temples pour la plupart, soit qu’ils ont disparu, soit qu’ils se sont cachés. Avec la colonisation, un autre système de croyances – fondé sur la
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parole biblique et le discours anthropologique – est venu s’ajouter au précédent. Jéhovah occupe une bonne place depuis lors dans le panthéon ma’ohi, où les icônes religieuses ont remplacé les unu’uet l’explication des choses spirituelles a été confiée aux bons soins de ces nouveaux intermédiaires entre le divin et l’humain que sont les hommes d’Église. Et les anthropologues, me direz-vous, que viennent-ils faire dans tout cela ? Figure laïcisée dutahu’a, l’anthropologue n’a pas hérité des questions théologiques qui restent du domaine de compétences des curés et des pasteurs, mais il s’est emparé du champ tout aussi infini du savoir autochtone et est devenu l’intermédiaire obligé entre l’homme ordinaire et ce nouveau démiurge de la pensée qu’est la raison scientifique appliquée à la science de l’homme. C’est sans doute pour cela que cette profession est entourée d’autant de prestige que de mystères et que les anthropologues sont perçus, dans la sociétéma’ohicontemporaine et chez les chercheurs d’autres disciplines, pour certains comme les rivaux les plus dangereux destahu’a, pour d’autres comme les meilleurs spécialistes de la culturema’ohi. Quoi qu’il en soit, en dehors de quelques rares initiés, le commun des mortels ne se préoccupe pas plus du sort des anthropologues que de celui des oiseaux endémiques de
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Polynésie. Fort heureusement pour les uns comme pour les autres, il se trouve des institutions charitables pour les protéger ou mettre au point des stratégies pour éviter leur extinction. Je suppose que cet essai fournira une contribution supplémentaire pour sauver les oiseaux et, bien entendu, préserver les derniers tahu’a, mais aussi, malgré les apparences, pour sauvegarder les anthropologues autochtones ou allochtones les plus préoccupés de changer leur mode de vie pour éviter de voir leur île être éradiquée de leurs derniers représentants. L'île aux anthropologues dont je traite dans cet essai est, non seulement, la représentation d’un lieu très concret – ici, la terrema’ohiou les îles de la Polynésie française –, mais aussi l’image d’une aire disciplinaire, une contrée virtuelle – là, l’anthropologie. Cette île dont je fais doublement partie, car je suis Ma’ohi et anthropologue, est donc un ailleurs fictif, un non-lieu, une utopie dans le sens donné par Thomas More d’un « endroit qui n’existe pas ». Une île sur laquelle on trouve une espèce de drôles d’oiseaux, les anthropologues, caricature métaphorique d’une classe nouvelle d’intellectuels née de la famille des naturalistes et des philosophes du Siècle des Lumières. Cet essai, on l’aura donc compris, n’est pas l’occasion pour moi de donner des noms d’oiseaux aux anthropologues, mais il est avant
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tout – même s’il n’est pas dénué de jugements souvent très directs et volontairement déplacés – un discours allégorique et satirique visant à replacer l’homme au centre de l’histoire, l’anthropologue dans toute son humanité et, au final, le Ma’ohi aux commandes de son propre devenir historique, politique, économique, social et culturel.
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