L'œil du prince

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'Au théâtre, il existe une place idéale d'où la perception du spectacle est la meilleure, dans l'axe central, au septième rang. D'où son nom, l'œil du prince : par habitude elle était réservée au souverain. Vide, voilà qu'un Dieu m'a proposé cette place. J'ai compris que j'étais l'invité du Temps. Mon œil s'est ouvert, presque musicalement.
Ayant beaucoup aimé le cinéma par le passé, je n'y ai vu qu'un grand cimetière sous les sunlights...
Le lecteur aurait raison de penser qu'il s'agit ici du premier livre jamais écrit sur le cinéma, loin de la bêtise cinéphilique, cette vieille nuit française borgnesse. Éros dans l'iris! Le cinéma est mort? Vive Hitchcock – avec qui, personnellement, au mépris de la métaphysique, j'ai appris à rire rouge! Vive Bresson! Vive Renoir! Vive Welles! Vive Lubitsch! Vive Keaton! Vive Chaplin – ce saint industriel qui dansait au-dessus de la Mort!'
Thomas A. Ravier.
Publié le : vendredi 18 septembre 2009
Lecture(s) : 67
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072022821
Nombre de pages : 349
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D U M Ê M E A U T E U R
AU BORD DE LA MER, Le Talus d’approche, 1994. ORIGINAL REMIX : LE LYS DANS LA VALLÉE, Julliard, 1999. EMMA J ORDAN, Julliard, 2002. LES AUBES SONT NAVRANTES, Gallimard, coll. L’Infini, 2005. LE SCANDALE McENROE, Gallimard, coll. L’Infini, 2006. ÉLOGE DU MATRICI DE, Gallimard, coll. L’Infini, 2007.
L’Infini Collection dirigée par Philippe Sollers
T H O M A S A . R A V I E R
L ’ Œ I L D U P R I N C E
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2008.
Au théâtre, il existe une place idéale d’où la perception du spectacle est la meilleure, dans l’axe central, au septième rang. D’où son nom,l’œil du prince: par habitude elle était réservée au souverain.
Avantpropos
Éros dans l’iris
Les rayons du soleil chassent la nuit. La Flûte enchantée
Tout mon corps a longtemps été dans les ténèbres : j’aimais aller au cinéma. Vierges folles de celluloïd, muses de caveaux décavées, armées de corbeaux amères, Érinyes dansant sous les velours rouges avilis… le bal de la nuit commençait tôt. Dès midi. Sans aucun doute, je m’y connaissais alors en ombres… J’étais en réalité d’une maladresse coupable avec le Temps. D’où une certaine folie sociale qui était la mienne — qui était la vôtre ! Il a fallu, qu’on me pardonne l’expression, me faire un œil de marbre (de plus en plus utile). Je sais bien que j’aurai l’air d’un provocateur si je dis que c’est en prenant chaque soir, dans une ville d’Europe, une simple coupe de champagne que j’y suis parvenu : et pourtant, c’est vrai ! Il n’y a pas d’autres explications. Absolument pas. Tout s’est passé le plus naturellement possible. Mer
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veilleusement. Sans y réfléchir. Grâce à une flûte — une flûte ! En terrasse. EN TERRASSE. Le champagne rend l’œil plus clair et l’oreille plus fine. C’est le soleil de l’innocent. Ah, les roucoulades du cristal ! L’espace est splendide, partons avec le vin grand ! Sur l’aile jaune et penchée du tourbillon… Arach néenne eucharistie… À Reims, les Furies dansent le menuet ! La passacaille des goules ! Rapide baisé doré annoncé en altitude… Garçon : « Un cierge blond liquide,pleaseVortex suave souriant… frais, dansé,! » enjoué… La news de tulle… Bulle diurne atomique et melliflue ! J’y étais encore tout à l’heure sur le port. Mais chut ! chut !! chut !!! Je ne voudrais à aucun prix que quelqu’un vienne m’y retrouver. Je connais trop mes contempo rains : il faut toujours, toujours, à un moment ou à un autre, parler de cinéma. Aujourd’hui, tout le monde est cinéaste (idolâtre), tout le monde est vidéaste (touriste), tout le monde est photographe (décorateur). Quel intérêt, je vous le demande ?
L’histoire de mon œil est donc devenue progressive ment celle de ma main. Longtemps je me suis couché tard pour voir des films : aujourd’hui, je me lève de bonne heure pour écrire des livres. Vous pouvez rallumer : je ne suis plus dans la salle. Que cette salle vide affole la folie du monde, c’est une certitude. Plus que jamais.
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Alors, croyezle ou non je ne regrette rien. Prenez Nietzsche et Wagner, par exemple. Nietzsche dit bien qu’il faut commencer par avoir été wagnérien pour espé rer triompher en soi de son temps. Eh bien, dans mon cas, c’est pareil. Comme l’aura été le wagnérisme pour Nietzsche au siècle précédent, la cinéphilie est une des grandes mala e dies duXXsiècle. J’ai été personnellement cinéphile, cela me donne l’avantage d’avoir pu observer de près cette névrose populaire avant sa mutation. Ce qui n’est pas le cas de mon ami Stéphane Zagdanski à qui j’ai dû, tandis qu’il écrivaitLa Mort dans l’œil, servir d’intermédiaire quotidien. Pourquoi je suis si informé, quand d’autres le sont si peu ? C’est toute la question. La mort dans l’œil ? Éros dans l’iris ! Dans ce passage duCas Wagner, je me suis amusé à remplacerWagnerparcinéma, ouWagnérien parciné phileS’attacher au cinéma, cela se paie cher. J’observe: « les jeunes gens qui ont été longtemps soumis à cette con tagion. Le premier effet, relativement anodin, est la dépravation du goût. Le cinéma produit le même effet que l’ingestion réitérée d’alcool : il engourdit, il alourdit l’estomac. Séquelle spécifique : dégénérescence du sens du rythme. Le cinéphile, ces derniers temps, appelle “rythmi que” ce que j’appelle, d’après une expression grecque, “remuer la boue”. Beaucoup plus grave est la corruption des idées. L’adolescent dégénère en crétin — en “idéa liste”. Il est bien audessus de la science : en cela, il est au niveau du Maître. »
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