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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-99131-7

 

© Edilivre, 2015

Introduction

Les peuples africains aspirent davantage à leur épanouissement et au développement de leurs sociétés. Pourtant plusieurs États africains sont confrontés à des crises politiques et sociales qui mettent à mal l’atteinte de ces objectifs. Ces crises donnent lieu à une violation des droits de l’homme. Selon la Commission économique pour l’Afrique, « les violations les plus graves des droits de l’homme en Afrique tendent à être liées à l’exercice des droits politiques, en particulier le droit d’opposition et la liberté d’association1 ». Cela sous-entend qu’une fois au pouvoir, les dirigeants africains briment très souvent les droits de leurs adversaires politiques. Dans ces conditions, comment l’Afrique peut-elle réellement relever le défi de la liberté humaine ?

La question se pose pour deux raisons. D’une part, jusqu’à ce xxie siècle, certains pays africains continuent de maintenir leur peuple dans des régimes oligarchiques, c’est-à-dire limitent la liberté de leur peuple dans une dynamique autoritaire. D’autre part, les États qui ont adopté les régimes politiques tels que la démocratie laissent entrevoir une antinomie entre cette dernière et les pratiques réelles de ces principes. Autrement, les droits de l’homme ne sont pas toujours respectés, encore moins quand survient un conflit qui finit par emporter les gouvernants en place. Lorsqu’il y a changement de pouvoir, les pressions populaires, comme au Burkina Faso en 2014, prennent le dessus et, dans la foulée, les textes de lois qui régissent la société sombrent face à la volonté des peuples souverains. Cet état de fait nous préoccupe et nous nous demandons si la volonté générale donne force au droit de s’appliquer ou si elle est elle-même un droit à la force.

Lorsqu’on impose souvent de force sa volonté sans faire référence à la loi fondamentale, c’est-à-dire à la constitution qui définit les droits et devoirs de tous les citoyens, deux constats se dégagent : en premier lieu, la démocratie présente des principes et des valeurs qu’il n’est pas facile ou évident d’appliquer. Dans un second temps, le fait de ne pas respecter les droits et libertés d’autrui laisse suggérer un sentiment d’intolérance, surtout quand des opposants politiques accèdent au pouvoir suite à des crises. La tension existe dans toutes les parties opposées et il faut rechercher l’équilibre social en réglant les conflits existants. Si cela doit se faire, les gouvernements d’après crises, doivent-ils se fonder sur l’application stricte des principes de liberté et/ou sur la tolérance pour régler les conflits ?

L’exemple de la révolution au Burkina Faso nous permettra d’abord de repasser en vue les causes des crises politiques dans les sociétés africaines, ensuite de présenter les contraintes de la démocratie en tant que régime politique de gouvernement, et, enfin, de montrer qu’il s’impose aux États africains de respecter les principes des libertés citoyennes. Lesdits principes doivent être soutenus par une capacité de tolérance en politique afin de relever le défi de la liberté humaine.


1. Commission économique pour l’Afrique, Rapport sur la gouvernance en Afrique, 2005, p. 208.

I
Dans les interstices des crises politiques africaines

Après leur accession à l’indépendance dans les années 1960, la plupart des pays africains ont connu la fièvre de la démocratie au tournant des années 1980-1990 avec l’établissement de systèmes multipartites. Le multipartisme devient alors le moyen d’exprimer ses idées et surtout l’expression de la nécessité d’un changement au vu de l’insatisfaction de la gestion des affaires politiques et sociales par les gouvernements précédents. Depuis lors, les changements sont de plus en plus...