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La Lampe charbonne

De
85 pages

Rotondité ronflante, enflure enflant les mots,
Clip, clap, clop,... mes sabots ;
Ma grosse chaîne d’or sur le ventre
Ventru, dodu, repu,
Parvenu.
Et mes gros brillants scintillants,
Et mes lèvres lippues,
Mes carrosses et mes laquais,
Mon teint de beurre frais,
Le fumier... la charrue.
Et ma grosse femme, ma grosse fortune,
Mes gros sous et mes grandes tunes,
Et le foie gras, les chapons gras,
Les grandes fresques, de la tour mauresque,
De mon château.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Gustave Fivé

La Lampe charbonne

à l’étoile du berger. G.F.

La Vie des Mots

La lampe charbonne, exhalant son âme en fumées et en constellations d’étincelles, pendant que les amis causent, se taisent, écrivent... Ceci, donc, n’est pas une préface ; ce sont les vagues paroles d’un de ces amis avant les musiques de mots, les jeux d’émotion et de pensée d’un autre.

 

Les mots sont plus précieux et plus doux que le sang. C’est avec une sagesse profonde que l’amour ou la magie (ces deux ne font qu’un) exige du sang pour les écrire. Ils sont le sang des âmes ; ils sont l’or généreux représentant la substance même de l’être ; ils sont le sang et l’or de l’inexprimable Tout ; sang palpitant et béant au sacré cœur auréolé de Dieu.

*
**

Les mots sont venus très simplement aux hommes ; mais ils n’ont pas su garder la simplicité de ce don. Celui-ci se trouve symbolisé dans l’étonnante symphonie d’existence qu’on appelle la Genèse, où nous voyons la nature s’ordonnant en paysage devant l’homme qui consacre un mot à chaque vie.

On ne saurait mieux dire comment les mots forment le rayonnement de notre émoi devant l’univers.

Aussi, expriment-ils celui-ci par des musiques de sons et de rythmes. L’usage agit sans cesse sur ces musiques, les use et les transforme. Depuis l’aube de la pensée, l’homme réagit en cela contre le temps, par un double travail : l’esprit, formant la science, resserre, par des définitions plus exactes, l’idée enfermée dans chaque terme ; le cœur cherche, en rassemblant les sons et le mouvement de la divine musique originelle, à vivifier son émoi devant le monde et lui-même miré dans ce monde.

*
**

Ainsi, l’effort de l’humanité sur le langage est pareil à celui de toute la pensée. Tantôt, elle accumule les moyens de connaître, de définir, d’utiliser : la science ; tantôt elle s’empare brusquement, comme en une étreinte, de la vision splendide ; et de toute elle-même projetée en ferveur, réalise un définitif fugace, un absolu relatif : l’art.

Mais c’est la tendance nécessaire de l’esprit de vouloir des méthodes, des règles, jusqu’en sa liberté. Alors, après les fougeuses extases des premiers poètes, des nabi d’Israël, des Dionysiaques et des Orphiques de Grèce, elle se reposa dans ceux qui fixèrent les règles à cette indépendance. De même, elle voulut la cité, cependant qu’elle y gardait, dans le jardin, le souvenir attendri de la folle campagne. C’est pourquoi elle révère ceux qu’elle réunit au seul nom d’Homère, ceux qui furent Hésiode, Pindare, Virgile.

Mais la gloire de ceux-là devait amener une erreur nécessaire et fatale : l’imitation. On crut que le génie n’était pas autre que le talent développé ; l’art, un artifice réussi... Le classicisme, l’humanisme nous étonnent, de la sorte, au spectacle d’erreurs de vingt siècles... Mais qu’est-ce, vingt siècles, pour la vie qui est immortelle, comme l’art se conçoit éternel ?

*
**

Il n’y a pas bien longtemps de ceci, quelques siècles, quelques années : on songea d’abord à changer les règles du verbe ; ensuite, l’on se douta de cette vérité très simple : le verbe peut n’admettre d’autres règles que lui-même...

Emile Verhaeren daignait m’exprimer un jour son étonnement de la peine que les classiques s’étaient donnée pour se diminuer en devenant « réguliers »... Rimbaud, déjà, le sublime damné, presqu’encore le « dieu inconnu », épuisa les formes régulières et ne les laissa tomber, comme un vêtement à l’heure d’amour, qu’après les avoir portées à un degré suprême. Etait-ce pour mieux leur faire confesser l’inutile mensonge qui est en elles ?