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La Nouvelle Nouvelle Revue Française N' 62 (Février 1958)

De
206 pages
Fukazawa Shichirô, Narayama
Jean Grosjean, La Mort du Maître
Martin Heidegger, Georg Trakl (Fin)
Yves Régnier, L'Envers des choses
Eugčne Ionesco, Expérience du théâtre
Jean Giono, Bestiaire
Henri Calet, Ŕ pas comptés
Chroniques : recherches :
Maurice Blanchot, Musil
Chroniques : la poésie :
Gabriel Bounoure, Edmond Jabčs
Chroniques :
Jacques Audiberti, Le Maximum
Chroniques : lettres étrangčres :
André Pieyre de Mandiargues, Aigle ou Soleil?
Chroniques : le théâtre :
Jacques Lemarchand, Strindberg et Pirandello
Notes : la littérature :
Roger Judrin, L'Humanisme de Descartes, par Roger Lefčvre (Presses Universitaires de France)
Yvon Belaval, Tropismes, par Nathalie Sarraute (Éditions de Minuit)
Notes : les essais :
Roger Judrin, Salades de Saison, par Jacques Perret (Gallimard) - Précocité de Valéry (Gallimard) Propos familiers de Paul Valéry (Grasset), par Henri Mondor
Notes : le roman :
Jean-Jacques Thierry, Bas les curs, par Georges Darien (Jean-Jacques Pauvert)
Jacques Bens, La Permission, par Daniel Anselme (Julliard)
Notes : lettres étrangčres :
Jacques Masui, The Way of Zen, par Alan W. Watts (Thames and Hudson)
Roger Judrin, L'Esprit libéral, par J. Robert Oppenheimer (Gallimard)
Notes : les spectacles :
Jacques Siclier, Panorama cinématographique
Ennemond Boullogne, Les Piccoli de Podrecca (Théâtre des Champs-Élysées)
Notes : les arts :
André Pieyre de Mandiargues, Dova (Galerie Durand) - La Femme 100 tętes, par Max Ernst (Éditions de l'il)
De tout un peu :
Odile de Lalain, Tu mourras seul, par Ladislas Dormandi (Pierre Horay)
Jean Forton, L'Homme au papier bleu, par Jean Canolle (Julliard) - Les Îles désertes, par Max Aldebert (Gallimard) - La Fontaine des Innocents, par Jean Guirec (Albin Michel) - Nouvelles n° 2 (Julliard)
Odile de Lalain, Orson Welles le magnifique, par Peter Noble (Pierre Horay)
Les revues, les journaux :
Boris Souvarine - Jean Guérin, In memoriam Maxime Leroy - Réalités secrčtes
Carlos Edmundo de Ory, Parabole du nécessiteux
Jean Guérin, De l'éloquence
Jean Guérin - Edgar Morin - David Rousset, Divers
Anonymes, Notes
Le temps, comme il passe :
Edmond Jabčs, Féminaire
Les revues, les journaux :
Georges Borgeaud, Fiammiferi
Jean Grenier, Petite arithmétique appliquée
Jacques Malori, Écrits sur un stade (Fin)
Textes :
Jacques Duchesne-Guillemin, Paul Valéry avant la trentaine (Fin)
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

BULLETIN DE FÉVRIER 1958
SUPPLÉMENT A LA N. R. F.
DU 1er 1958
N° 62
PUBLICATIONS
DU 15 AU 31 DÉCEMBRE 1957
(Renseignements bibliographiques.)
On trouvera ici tous les renseignements bibliographiques sur les ouvrages
effectivement parus du 15 au 31décembre 1957.
LA GALERIE DE LA PLÉIADE
MALRAUX André La Métamorphose des Dieux, Tome I.
422 p., format 18 x 22,5, 186
illustrations, dont 147 en noir (4 en
dépliant), 8 en sépia et 31 en 4
couleurs.
Mise en vente du 21' novembre 1957
Édition originale numérotée, tirée
à 10.250 ex. Reliure décorée de
fers spéciaux d'après une maquette
originale de PAUL BONET. 5.950 fr.
Mise en vente du 16 décembre 1957
Édition reliée toile, jaquette en
couleurs 4.950 fr.
BIBLIOTHÈQUE DE LA PLÉIADE
VALÉRYPaul. Œuvres, Tome (Poésies, Mélange,
Variété). Édition établie, avec
Introduction, Notes, Variantes des
Poésies et des plus anciens Écrits,
Textes complémentaires et
Bibliographie, par Jean Hytier.
Intro` duction biographique par Agathe
Rouart-Valéry. 1.808 p., in-16
doub. cour. Reliure pleine peau.
Couvre-livre illustré d'une
photographie de Paul Valéry, prise par
Pierre Louys en 1894. Jaquette
matière plastique transparente.
Emboîtage 3.500 fr.BULLETIN DE FÉVRIER 1958
ENCYCLOPÉDIE DE LA PLÉIADE
sous la direction de RAYMOND QUENEAU
HISTOIRE DE LA SCIENCE Des Origines au XXe siècle
sous la direction de Maurice DAUMAS.
>
La présentation de cet ouvrage procède à la fois de la méthode de synthèse, qui
consiste à suivre le développement global de la science, et de la méthode analytique,
qui consiste à écrire une histoire des sciences; mais on n'a nullement cherché à
réaliser une synthèse des deux. Le plan de l'ouvrage rend plus sensible la diversité
même de l'histoire de la science c'est la première méthode qui est appliquée à
l'étude de la science dans l'Antiquité et au Moyen Age tandis qu'à partir de la
Renaissance, et jusqu'à nos jours, chaque discipline fait l'objet d'un examen
particulier.
La première partie du volume est consacrée à une Esquisse d'une Histoire de la
Vie scientifique. Vient ensuite un chapitre relatifà l'Histoire de la Science dans
l'Antiquité et le Moyen Age; puis une étude sur Les Origines de la Pensée
scientifique moderne (de la fin du Moyen Age d la fin du XVIIe siècle).
A partir d'ici, selon la méthode analytique, nous trouvons l'histoire des
Mathématiques puis, sous le titre du Monde Physique l'histoire de l'Astronomie, de
la Physique, de la Chimie, de la Minéralogie, de la Géologie, de la Géographie. La
partie suivante est consacrée aux Sciences biologiques. Enfin, sous le titre Les
Sciences de l'Homme, viennent les études consacrées à l'Anthropologie, la
Paléontologie humaine, l'Ethnographie, la Sociologie, la Démographie, laPsychologie.
L'ouvrage est complété par un Tableau synchronique de l'Histoire des
différentes Disciplines scientifiques; la liste des Prix Nobel scientifiques; un Index des
noms de personnes; un Index des matières; une Analyse analytique détaillée des
chapitres; une Table des Cartes, Tableaux, Figures et Illustrations. 1.964 p., in-16
double couronne. Reliure pleine peau, fers or spéciaux pour la collection.
Couvrelivre illustré en 2 couleurs « à la Coquilleet jaquette en matière plastique
transparente, sousemboîtage 4.200 fr.
COLLECTION « SOLEIL »
Reliure typographique en toile fine, maquette de MASSIN.
Décor à froid pour les filets et à l'or pour les titres. Typographie en deux couleurs.
Papier vélin supérieur. Jaquette en matière plastique transparente.
On dira des «Soleil»comme on dit des « Pléiade ».
BOSCO Henri Sabinus. Reliure violine, papier de
garde orange. 1.350 fr.
VAILLAND Roger. La Loi. Reliure jaune, papier de garde
rouge orangé (épuisé) 1.350fr.
Tous les exemplaires de la Collection « SOLEILsont numérotés.
POÉSIE ·
LA TOUR DU PIN Patrice de Pépinière de Sapins de Noël, par
deux Sylviculteurs. 48 p., au
format 12x 19,5, survélin, avec 16
illustrations offset en 4 couleurs de
J. FERRAND. Couverture illustrée
en 4 couleurs et rempliée. 550 fr.BULLETIN DE FÉVRIER 1958
OSTER Pierre Solitude de la Lumière, suivi de
Prétéritions (Notes). 184 p., in-16 double
couronne. Coll. blanche. 450 fr.
15 ex. num. pur fil Lafuma Navarre.1.300 fr.
VIGÉE Claude L'Été Indien, suivi de Journal de l'Été
Indien. 256 p., in-16 double
couronne. Collection blanche. 700fr.
20 ex, num. purfil Lafuma Navarre. 2.800 fr.
ROMANS
TRADUCTIONS
OTERO SILVA Miguel. Maisons mortes. Traduit de
l'espagnol par René L.-F. Durand. 256 p.,
in-16 double couronne. Collection
« La Croix du Sud». 690 fr.
10 ex. num. pur fil Lafuma Navarre. 2.800 fr.
ESSAIS LITTÉRATURE
JOUHANDEAU Marcel Carnets de l'Écrivain. 384 p., in-8<>
soleil. Collection blanche. 950 fr.
25 ex. num. hollande. 4.500 fr. (épuisé)
60 ex. num. pur fil Lafuma
Navarre. 3.000 fr. (épuisé)
L'AIR DU TEMPS
Collection dirigée par PIERRE LAZAREFF
BODARD Lucien La Chine de la douceur. 340 p., in-8°
soleil.1 carte in-texte. 850 fr.
BULL Peter En mer sur une Passoire. Traduit de
l'anglais par Jeanne
Fournier-Pargoire. 312 p., in-8°soleil. 800 fr.
CHRESTIEN Michel Esprit, es-tu là ? 340 p., in-8° soleil,
sous couverture illustrée par SINE. 790 fr.
LE RAYON FANTASTIQUE
TAINE John Le Flot du Temps. 256 p., in-16 double
cour. Couverture glacée couleurs. 225 fr.
SÉRIE NOIRE
BRACKETT Leigh Sonnez les Cloches! Traduit de
l'américain par Michel Sablier.
DOMINIQUE Antoine Le Gorille sans moustache.
Chacun de ces deux volumes, nos 406 et 407, de la « Série Noire » 220 fr.B ULLET IN DE FÉ VRIER 1958
PUBLICATIONS
DU 1er AU 15 JANVIER 1958
(Renseignements bibliographiques.)
On trouvera ici tous les renseignements bibliographiques sur les ouvrages
effectivement parus du ler au 15janvier 1958.
POÉSIE
i
FRIÉ Jacqueline-Frédéric. Si peu de Temps. 40 p., au format 10
x 18 rogné, sous couvre-livre en
2 couleurs, rembordé. Collection
«Jeune Poésie N. R. F.». 200 fr.
20 ex. num. purfil Lafuma Navarre. 600 fr.
RÉCITS
GIOVANNIJosé. Le Trou. 240 p., in-8o soleil, sous
couv. ill. couleurs. Hors Série. 650 fr.
ROMANS
TRADUCTIONS
COMPTON BURNETT Ivy. Des Hommes et des Femmes. Trad.
de l'anglais par J.-Robert Vidal.
356 p., in-16double couronne.
Collection« Du Monde Entier».. 850fr.
35 ex. num. purfil Lafuma Navarre. 2.400 fr.
O'CONNOR Edwin. La dernière Fanfare. Traduit de
l'américain par Jeanne
CollinLemercier. 448 p., in-8° soleil, sous
couv. ill. couleurs. Hors Série. 1.200 fr.
SINGH Khushwant Train pour le Pakistan. Traduit de
l'anglais par Maurice Beerblock.
288 p. in-16 doub. cour., sjduscouv.
ill. en couleurs. Hors Série. 650 fr.
ESSAIS LITTÉRATURE
CLAUDEL Paul Sous le Signe du Dragon. 232 p., in-16 6
double couronne. Coll. blanche.. 600 fr.
RUSSELL Bertrand • Science et Religion. Trad, de l'anglais
par Ph. Mantoux.256 p., in-16doub.
cour. Coll. « Les Essais » 600 fr.BULLETIN DE FÉVRIER 1958 8
THÉATRE
TRADUCTIONS
PIRANDELLO Théâtre, VIII ou D'UN SEUL OU
D'AUCUN. -L'AMIE DES FEMMES. ON
NE SAIT COMMENT. -LAZARE. C'ÉTAIT
POUR RIRE. EVE ET LINE. LE DEVOIR
DU MÉDECIN. Version française de
Marie-Anne Comnène et Benjamin
Crémieux. 440 p., in-16 double
couronne. Collection blanche. 950 fr.
SÉRIE NOIRE
KEENEDay Furie noire. Traduit de l'américain
par M. Morise et J.-G. Marquet.
DEAN Spencer Rayon Fillettes. Traduit de
l'américain par Pierre Béguin.
ASWELL James Débordements. Traduit de
l'américain par G. Sollacaro.
Chacun de ces trois volumes, n°s 408 à 410, de la « Série Noire»». 220 fr.
ŒUVRES DE JULES RENARD
Nous avons le plaisir d'annoncer que les oeuvres suivantes de
-JULES RENARD
font désormais partie de notre fonds
L'Écornifleur 580 fr. Bucoliques 700 fr.
Poil de Carotte (Comédie en un acte) 350 fr.
La Lanterne sourde (Coquecigrues) 700 fr.
Le Plaisir de rompre Le Pain de Ménage La Bigote.
(Ces trois ouvrages en réimpression.)BULLETIN DE FÉVRIER 1958
ÉCHOS PROJETS
• Le 21 janvier, le Grand Prix Littéraire de la Ville de Paris, réservé cette année
à un poète, a couronné Maurice Fombeure pour l'ensemble de son œuvre.
Le même jour, le Prix des Deux Magots a été décerné à Michel Cournot pour
son livre Le Premier Spectateur.
A titre de « pionnier de la géographie humaine du Sahara dont l'étude était aussi
indispensable que l'étude géologique », M. Robert Capot-Reyareçu l'un des quatre
Prix de la Recherche scientifique pour 1957. Robert Capot-Rey, directeur de
l'Institut des Études sahariennes et professeur à la Faculté des Lettres d'Alger, prépare
en ce moment une nouvelle édition, mise à jour, de sa Géographie de la Circulation
sur les Continents, parue en 1946 dans la Collection « Humaine ».
• Nicolas Tikhonov, président du Comité soviétique de Défense de la Paix, vient
d'obtenir un Prix International Lénine. Le roman de Tikhonov Tête brûlée, publié
en 1936, figure au catalogue de la Collection «Jeunes Russes », dans la traduction
de V. Pozner.
• Le Livre et la Scène.
Après les représentations à Genève de la pièce de Montherlant Celles qu'on
prend dans ses bras, on signale que la même comédie va être donnée en Allemagne
avec la grande actrice Ruth Niehaus, dans la traduction due au mari de cette
interprète. Quant à Brocéliande, c'est en traduction hollandaise que la pièce sera jouée
par la Haagsche Comedie, à La Haye,- et la troupe du Rideau Vert donne, durant
la saison actuelle, des représentations de La Reine morte dans les principales villes
du Canada.
Depuis le 18 janvier, les Galas Karsenty ont entrepris une grande tournée avec
le Requiem pour une Nonne, de Camus, d'après Faulkner (deux Prix Nobel étant
ainsi réunis sur la même affiche), Catherine Sellers y jouant le rôle de Temple Stevens
qu'elle a créé. Itinéraire du Ier février au 15 mars la Suisse, l'Alsace, Baden-Baden,
la Belgique, Troyes, Dijon et Lyon.
Sens interdit, d'Armand Salacrou, sera représenté en mars, par Le Rideau de
Bruxelles, dans la mise en scène de Claude Etienne. –D'autre part, la tournée
Georges Herbert poursuit les représentations d'Une Femme trop honnête, avec
Annie Girardot du 10 février au 15 mars la Suisse, l'Est de la France, la Belgique,
Baden-Baden, Lille, Tourcoing, Amiens, Arras, Valenciennes et Chartres.
L'Œuf, de Félicien Marceau, a dépassé sa 350e représentation au Théâtre de
l'Atelier. Dans le courant du mois de février, la pièce sera représentée, en polonais, au
Komedie Theatre de Varsovie et au Stary Theatre de Cracovie. Le 15 février, le
même jour, dans cinq théâtres différents, sera représentée la traduction allemande
au Schlossparktheater de Berlin, au Thaliatheater de Hambourg, au
Stâdtischetheater de Francfort, au Jozesstadt de Vienne et à la Baslekomedie de Bâle.
Le Théâtre de Düsseldorf annonce, pour ce mois-ci, un spectacle Ionesco La
Leçon et Les Chaises, avec une interprétation Elisabeth Bergner et Werner Krauss.
Déjà traduites en allemand, anglais, espagnol, flamand, hollandais, italien,
plusieurs pièces du Théâtre de Chambre, de Jean Tardieu, viennent d'être traduites en
danois. Elles vont être jouées sur une scène d'avant-garde de Copenhague (La
Serrure, Le Guichet,- Conversation, Sinfonietta).
i En cours de représentation à Bâle dans une traduction allemande, Histoire de
Vasco, de Schehadé, va passer, en traduction suédoise, à Upsal et Stockholm.
Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault ont fait appel à France Vernillat et Pierre
Barbier pour illustrer de quelques chansons historiques le prologue de Madame
Sans-Gêne, entre autres La Carmagnole et Le Réveil du Père Duchesne, chanté par
un groupe de sans-culottes ces chansons sont tirées du tome IV, consacré à la
Révolution, de l'Histoire de France par les Chansons.
Deux pièces de Gabriel Arout sont reprises sur des scènes parisiennes Le Bal
du Lieutenant Helt, aux Mathurins, avec Catherine Anouilh dans le principal rôle
féminin ;-et La Dame de Trèfle, au Gymnase, interprétée par Madeleine Robinson,
Lucienne Bogaert et Michel Vitold, dans une mise en scène de celui-ci.B ULLETIN DE FÉVRIER 1958
Le Nouveau Théâtre de Paris inaugure sa première saison avec une-nouvel
le-version de Caligula, d'Albert Camus, Jean-Pierre Joris jouantle rôle de Caligula,
qu'avait créé Gérard Philipe. Nous avons actuellement sous presse un volume qui
comprendra, avec cette nouvelle version de Caligula, une nouvelle version du
Malentendu.
«est curieux de noter », remarque 'Gabriel Marcel au terme d'un Bilan de
l'Année théâtrale 1957 publié dans Les Nouvelles Littéraires,« que ce sont d'une
façon générale des romanciers abordant le théâtre un Félicien Marceau, un Pierre
Gascar, voire un Michel Vinaver qui nous ont donné les ouvrages les plus
intéressants.» De notre côté, nous pouvons noter que L'Œuf, de Marceau, et Les Coréens,
de Vinaver, ont paru dans la Collection « Le Manteau d'Arlequin », qui a inscrit à
son programme des prochaines semaines la pièce de Gascar, ainsi que Les
Prodiges, de Jean Vauthier, et Le Cavalier d'Or, d'Yves Florenne.
• Le Livre et l'Écran.
Le film de Clouzot, « Les Espions », dont le tournage est décrit dans Le Premier
Spectateur, de Michel Cournot, va être projeté à Murat et Aurillac, Thonon, Digne,
Sarlat, Toul, Morlaix, Évreux et Deauville.
Les droits de cinéma sur le roman de Sophie Cathala Meurtre d'un Serin, ont été
acquis par Transcontinental Film.
• Le Livre et la Radio.
Maître Henry Torrès, qui a publié, dans « L'Air du Temps », ses « Souvenirs de la
Cour d'Assises» (du côté de la défense) sous le titre Accusés hors Série, évoque
maintenant ses souvenirs politiques et littéraires, au cours d'entretiens
radiophoniques avec Pierre Lhostequi passent, chaque lundi à 21 h. 25, sur France III, jusqu'au
26 mai.
• Le Livre et l'Université.
Les Œuvres de Molière sont inscrites au programme de l'agrégation cours
d'Octave Nadal « Des Amants Magnifiques au Malade Imaginaire », le jeudi à
10 heures.- Les Mémoires du Cardinal de Retz sont inscrits au programme de la
licence cours de M. Pintard, le jeudi à 14 heures. Ces deux cours sont diffusés
par Radio-Sorbonne les auditeurs se reporteront utilement aux volumes de la
« Bibliothèque de la Pléiade».
• Voyages, Missions, Conférences.
François-Régis Bastide va partir pour une tournée de conférences aux États-Unis,
sous les auspices de l'Alliance Française, du 16 février au 5 avril à l'Institut
Français de New-York le 18 février, à Chicago le 3 mars, à San-Francisco le 26 mars,
et en outre dans quarante-deux causeries; à raison d'une tous les jours sauf le
dimanche, il parlera de Larbaud, Giraudoux, Saint-Simon et Cocteau. A
NewYork, il pourra voir, chez les éditeurs Simon et Schuster, le premier volume de la
traduction des Adieux, sous le titre « The Aliens», choisi par Bastide cela veut
dire « Les Étrangers» et en même temps « Les Autres », « Les Différents », ce
qui caractérise en effet à merveille les héros des Adieux: le Prince Alexis et
M"e Brichs.
Edgar Aubert de La Rue, après avoir signé le service de presse de son Brésil aride,
a passé six semaines au Siam, où il a pris part aux travaux du Congrès des Sciences
du Pacifique, à Bangkok. Il y a, en même temps, revu le manuscrit de son nouvel
ouvrage L'Homme et les Volcans, qui paraîtra également dans la Collection «
Géographie Humaine », avec de très belles photographies prises par l'auteur.
Au Centre Universitaire Méditerranéen, à Nice, Edmée de La Rochefoucauld,
qui vient de publier Pluralité de l'Être, parlera de Valéry, le 19 février.
• Traductions.
L'Étranger et La Chute, d'Albert Camus, vont être traduits aux Indes, dans les
langues oriya et bengali.
La Finlande vient d'acheter les droits de traduction de La Loi, de Roger Vailland.BULLETIN DE FÉVRIER 1958
• Le plus fauve des fauves, le peintre Vlaminck, aura désormais sa biographie. Elle
a été écrite par J.-P. Crespelle, critique d'art et familier de Vlaminck. Le livre
paraîtra dans « L'Air du Temps ».
Dans la même collection, un document extraordinaire, dont l'hebdomadaire
« Elle» avait déjà publié des extraits Les trois Faces d'Ève. C'est l'histoire d'une
femme qui possède trois personnalités, radicalement opposées. Ses médecins
traitants ont écrit ce livre, dont on a tiré un film, qui sera prochainement donné à
Paris. La traduction (de l'américain) est due à Boris Vian.
Ludmila Savitzky, qui vient de mourir, était l'un de nos meilleurs traducteurs
et avait obtenu à ce titre le Prix Denyse Clairouin en 1952. Elle s'attachait surtout
aux œuvres de qualité nous citerons, dans notre catalogue, ses traductions de
Prokosch La Tempête et l'Écho et de Joyce Dedalus, et Stéphen le Héros.
• En février, Albert Camus réédite L'Envers et l'Endroit, textes écrits en 1935 et
1936,- publiés en 1937 à un très petit nombre d'exemplaires en Algérie, et qu'il
fait précéder aujourd'hui d'une Préface inédite.
Les deux volumes du Théâtre de Maurice Boissard, de Paul Léautaud,
actuellement épuisés, constituaient un choix de ses chroniques dramatiques. Nous en
publions cette fois, en février, une édition intégrale elle a été établie par Marie
Dormoy, qui en outre va donner un Léautaud dans la nouvelle collection «
Bibliothèque Idéale».
• Nos Ancêtres les Gaulois, d'André Chamson, va paraître prochainement
il ne s'agit pas, en dépit du titre et de laformation de l'auteur, d'un livre d'histoire.
C'est un conte philosophique, une sorte de farce, « une odyssée saugrenue » un
renversement du temps fait intervenir la Gaule et les Gaulois dans le monde où
nous vivons. Que se passe-t-il, le jour où cette nation prend sa place, et prend la
parole,- aux Nations Unies ?.
Dans la Collection « Lo Croix du Sud », paraîtra en février la traduction d'un
roman d'Alejo Carpentier, romancier cubain de langue espagnole Chasse à
l'Homme. Rappelons que Le Partage des Eaux, du même auteur, a obtenu en 1956
le Prix du Meilleur LivreÉtranger.
En février, on annonce la publication du Tome VI du Mémorial de Jouhandeau, qui
le présente ainsi « Dans Les Chemins de l'Adolescence, je reprends certains thèmes
de La Jeunesse de Théophile, mais en rejetant ce qui, dans mon premier livre,
concernait proprement l'enfance. Ils'agit là des trois affections féminines qui m'ont dominé
de treize à vingt-cinq ans et ont exercé sur ma formation intérieure une influence
capitale. Assez de temps a passé, me semble-t-il, sur ces romans de jeunesse, pour
que j'en parle aujourd'hui sans affabulation et sans brassières. »
• Pour paraître en février, entre autres le cinquième volume de la Collection
«Jeune Poésie N. R. F. » La Fraîche, par Lucienne Desnoues un essai de
D. H. Lawrence Sardaigne et Méditerranée un nouveau roman
d'Out-el-Kouloub Ramza un roman satirique de Fosco Sinibaldi :-L'Homme à la Colombe
un document hors série Notre Époque est formidable, par Roger May et, pour
faire suite aux romans de Goytisolo et de Ferlosio, parmi les jeunes romanciers
espagnols découverts et patronnés par M. E. Coindreau Les Fiers, de J. F. Santos,
traduits par L.-F. Durand, dans la Collection « Du Monde Entier».JL~ MOt/~f.LR
LANOUVELLELENOUVELLE
Revue Française
NARAYAMA
Aux montagnes succèdent les montagnes. Où qu'on
aille, ce ne sont rien que montagnes. Au milieu de toutes
ces montagnes du Shinshû 1, à la lisière d'un village
Mukô-mura, « le village d'en face» était la maison d'O
Rin. Devant la maison, il y avait la souche coupée d'un
gros keyaki 2. Comme la surface en était aussi lisse qu'une
planche, les enfants et les passants s'y asseyaient on le
tenait pour un grand trésor. A cause de cela, les gens
du village appelaient la maison d'O Rin, « la Souche ».
O Rin était venue là comme bru, cela faisait plus de
cinquante ans.
Dans ce village-ci, on appelait le village où se trouvait
la maison natale d'O Rin « le village d'en face ». Comme
les villages n'ont pas de nom, on s'appelait à l'unisson,
des deux côtés, « le village d'en face ». Quoiqu'on dît
« village d'en face », il y avait une montagne à passer
pour y parvenir. 0 Rin avait eu cette année-là ses
soixante-neuf, mais son mari était mort il y avait déjà plus
i. Province montagneuse du centre du Japon.
8. Sorte d'arbre de l'espèce des ormea.LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
de vingt ans. La femme de Tappei, son fils unique, en
allant au ramassage des marrons, l'année passée, avait
roulé au fond d'un ravin et s'était tuée. Plus que de
s'occuper des quatre petits enfants qui restaient,
chercher une seconde femme pour Tappei, devenu veuf, lui
était une cause de mal de tête. C'est que, ni dans le
village, ni au village d'en face, il n'y avait une veuve qui
convînt.
Ce jour-là, 0 Rin avait entendu les deux voix qu'elle
attendait. L'une concernait la chanson de la fête que,
le matin, quelqu'un qui se rendait à la montagne de
derrière avait chantée en passant
Quand la fête de Narayama Par trois fois vient
Des marrons tombés les fleurs germent.
C'est la chanson de la danse du Bon1 du village. Cette
année, on ne l'avait pas encore chantée aussi 0 Rin
s'en inquiétait-elle. Ce chant voulait dire que, quand
trois années passent, on vieillit de trois ans, et, comme
au village, arrivé à l'âge de soixante-dix, on se rend au
pèlerinage de Narayama 2, c'était aussi un chant pour
faire connaître aux vieillards que ce temps s'approche.
O Rin tendit l'oreille du côté où la chanson s'en était
allée. Elle regarda furtivement le visage de Tappei
qui se trouvait à côté d'elle Tappei, lui aussi, comme
s'il eût été à la-poursuite de la voix qui venait de chanter,
écoutait, en pointant le menton. Mais elle vit qu'un reflet
faisait briller ses yeux elle pensa Tappei viendra avec
O Rin au pèlerinage de Narayama. A en juger par
l'expression de son regard, il n'y a pas de doute, il s'en
préoccupe, lui aussi. « Mon fils est un bon drôle » Sa
poitrine se serra.
i. Le Bon est la fête bouddhique des morts, qui a lieu au cours du
septième mois du calendrier lunaire. Cette fête est l'occasion d'une
danse nocturne accompagnée de chansons, le Bon-odori ou danse du
Bon.
2. Narayama signifie littéralement « La montagne aux chênes ».NARAYAMA
Quant à l'autre voix qu'O Rin avait attendue, c'est
qu'un courrier était arrivé de chez elle pour lui annoncer
qu'au village d'en face il venait d'y avoir une veuve.
Cette veuve avait quarante-cinq ans, le même âge que
Tappei. Il y avait tout juste trois jours que les
funérailles de son mari s'étaient faites, paraît-il. Du moment
que l'âge convenait bien, c'est comme si l'affaire avait
déjà été conclue. Le courrier était venu annoncer qu'il
y avait une femme tombée veuve et il était rentré
après qu'on eut fixé jusqu'au jour où elle viendrait
comme bru. Tappei, étant allé à la montagne, était
alors absent. On ne pourrait néanmoins dire qu'O Rin
avait pris cette décision toute seule disons plutôt que
les choses s'étaient trouvées décidées du seul fait qu'elle
avait entendu les paroles du courrier. Il suffisait
exposât l'affaire à Tappei quand il rentrerait, et tout
irait bien. Dans quelque famille que ce fût, les questions
de mariage se réglaient simplement. I,es gens qui se
plaisaient se choisissaient après avoir discuté entre eux
librement et il n'y avait aucun événement spécial du
genre d'une cérémonie de mariage l'intéressée se
contentait d'aller habiter dans sa nouvelle maison, et c'était
tout.
O Rin regarda longuement du côté par où le courrier
s'en était retourné. Ce courrier avait dit qu'il était un
envoyé venu de chez elle, mais elle pensa qu'il devait
être l'un des proches de la femme qui allait venir comme
bru. Alors qu'il s'était passé tout au plus trois jours
depuis que le mari était mort, cette façon de se
précipiter et de vouloir conclure l'affaire aussitôt semblait
indiquer que le nouvel établissement de la veuve était une
grande cause d'anxiété.
Comme, l'an prochain, 0 Rin allait avoir ses
soixantedix ans et que c'était l'âge où elle irait au pèlerinage de
Narayama, elle s'était impatientée en se demandant
comment on ferait si une bru n'avait pas été trouvée àLA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
ce moment-là. Or voici qu'arrivait la bonne aubaine
d'une personne qui convenait exactement par l'âge. A
cette pensée, 0 Rin se sentit allégée, comme si un
fardeau fût tombé de ses épaules. Devant la perspective,
pas tant qu'il allait venir d'en face une bru, mais
simplement qu'il allait venir une femme, la question la plus
difficile se trouvait arrangée. Pour ce qui est des
petitsenfants, il y avait trois garçons, dont l'aîné, Kesakichi,
avait seize ans le dernier-né était une fille, qui n'en
avait pas encore trois.
Le soir, quand Tappei, rentré de la montagne, s'assit
sur la souche, 0 Rin, de l'intérieur de la maison, lui
cria par-derrière c'était comme si elle l'avait aspergé
d'eau
« Hé Y vient une bru du village d'en face1 A n'est
veuve que depuis avant-hier, mais, s'tôt passé
l'quarante-neuvième jour, y disent qu'a va v'nir. »
O Rin se gonflait de fierté, comme s'il s'était agi
d'annoncer un exploit.
« C'est-y possible. Du village d'en face. heh. Quel
âge elle a ?»
O Rin bondit à côté de Tappei « Tama-yan, a
s'appelle. Elle a quarante-cinq comme toi. »
Tappei en riant « A l'heure qu'il est, c'est qu'la
chose me travaille plus beaucoup. ha, ha, ha!» »
Est-ce parce que Tappei était un peu gêné ? Sa joie
ne semblait pas à l'unisson de celle d'O Rin. Est-ce
que Tappei n'aurait pas une autre idée en tête ? Avec
son flair de vieille, elle se demanda aussi cela, mais elle
se sentait heureuse comme dans un songe.
A Narayama, un dieu habitait. Ceux qui étaient allés
à tous, avaient vu le dieu. C'est pourquoi il
n'y avait personne qui eût des doutes. Comme on dit
que le dieu existe réellement, on faisait une fête à
laquelle on donnait un soin spécial qu'on ne donnait pas
aux autres célébrations. En fait de fête, c'était finale-NARAYAMA
ment comme s'il n'y avait eu que la fête de Narayama.
En outre, comme cette fête avait lieu coup sur coup
avec le Bon, la chanson de la danse du Bon avait fini
par se confondre avec la chanson de la fête de Narayama.
C'était une fête où, en dehors des produits du début
de l'automne, marrons sauvages, raisins sauvages,
fruits du shii et du kaya 1, champignons frais poussés,
que l'on consommait à cette occasion, on faisait cuire
et mangeait du riz, qui est la chose la plus précieuse
qui soit; et où, après avoir fabriqué du doburoku 2,
on se régalait toute la nuit. On appelait le riz «
Messire le hagi blanc3 ». Dans ce village pauvre, on en
cultivait, mais la récolte n'était pas fameuse. Comme
sur ce sol montagneux il n'y a pas de terrains plats,
la nourriture quotidienne se composait de millet et de
maïs, qu'on récoltait en abondance. Ie riz était chose
que l'on ne mangeait qu'à la fête de Narayama ou bien
en cas d'une grave, grave maladie.
La chanson de la danse du Bon dit
Mon papa dans sa conduite quelle malice
Si trois jours il est malade on cuit du riz.
C'était une chanson pour mettre en garde contre le
luxe. Elle voulait dire dès qu'il a le moindre mal, le
père, chez nous, aussitôt mange du riz c'est pourquoi
l'on se gausse de lui comme d'un débauché ou d'un
idiot. Cette chanson servait dans toutes sortes de cas
à la manière d'un proverbe quand un enfant était
paresseux, ses parents ou ses frères chantaient
r. Noms d'arbres d'espèces sauvages, répandus au Japon.
2. Le doburoku est le vin de riz non encore raffiné. La présence des
grains de riz lui donne l'aspect d'un brouet alcoolisé.
3. Le hagi est une jolie plante, qui fleurit à l'automne et dont les
fleurs, de couleur rose, rappellent la forme des grains de riz. Ainsi
s'explique le surnom de « hagi blanc u donné à la précieuse céréale.
Le riz, nourriture par excellence et symbole même de la vie humaine,
apparaît, dans la cosmologie japonaise, comme doué d'un caractère
divin. L'épithète sama, qui a été traduit ici par « Messire », est une
marque du respect qu'on lui porte.LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
Mon frangin dans sa conduite quelle malice
Si trois jours il est malade on cuit du riz.
Pour la fête de Narayama, la chanson qui dit « Des
marrons tombés les fleurs germent » était la seule, mais les
gens du village fabriquaient des couplets de rechange
comiques sur le même air, si bien qu'il y avait toutes
sortes de chansons.
La maison d'O Rin, étant à la lisière du village,
finissait par servir de passage à ceux qui allaient à la
montagne de derrière. Encore un mois, et ce serait la fête
de Narayama. Dès qu'une chanson avait fait son
apparition, de proche en proche, on se mettait à la
chanter, et elle parvenait aux oreilles d'O Rin.
0 Tori-san de la Maison au Sel sa chance est bonne
Le jour qu'elle va à la montagne il neige.
Dans le village, l'expression « aller à la montagnea
deux sens complètement différents. Dans les deux cas,
c'est la même prononciation, c'est le même accent,
mais tout le monde peut distinguer duquel des deux
sens il s'agit. En parlant du travail, monter dans la
montagne pour aller chercher du bois à brûler ou pour
faire du charbon de bois, c'est aller à la montagne
mais l'autre sens, c'est le sens d'aller à Narayama.
C'était une tradition de dire que si, le jour où l'on va à
Narayama, il neige, on est quelqu'un dont la chance
est bonne. A la Maison au Sel, il n'y avait personne qui
portât le nom d'O Tori-san, mais c'était quelqu'un qui,
je ne sais combien de générations avant, avait vraiment
existé et, du fait que le jour où elle était allée à
Narayama il avait neigé, elle avait été mise en chanson et
elle était restée dans la légende comme le personnage
typique de quelqu'un dont la chance est bonne. Dans
ce village, la chance n'était pas une chose rare. Quand
venait l'hiver, il neigeait de temps en temps dans le vil-NARAYAMA
lage même, et le sommet des montagnes, à l'hiver,
devenait blanc de neige; mais, en ce qui concerne la personne
appelée 0 Tori-san, ce qu'il y avait est que la neige
était tombée au moment où elle était arrivée à
Narayama. Si l'on va sous la neige, c'est que la chance est
mauvaise, mais, dans le cas d'O Tori-san, c'avait été
idéal. Aussi cette chanson contenait-elle en plus un
autre sens elle donnait à entendre que, quand on va à
la montagne, on n'y va pas l'été, et qu'il faut
absolument y aller l'hiver. Aussi les gens qui allaient au
pèlerinage de Narayama choisissaient-ils pour s'y rendre un
temps où il semble devoir neiger. C'était une
montagne où, si la neige s'accumule, on ne peut aller.
Narayama, où habite un dieu, était une montagne située
au loin, que l'on gagnait en passant sept vallées et trois
étangs. Que si, après avoir parcouru un chemin sans
neige, la neige ne tombe pas lorsque vous êtes arrivé,
on ne peut pas dire que votre chance est bonne. Cette
chanson prescrit donc aussi des délais assez limités,
c'est-à-dire Va avant que la neige ne tombe.
Il y avait longtemps qu'O Rin avait fait ses
préparatifs intérieurs pour aller au pèlerinage de Narayama.
Il fallait fabriquer du sake pour le banquet du départ,
et puis il y avait la natte pour s'asseoir, une fois qu'elle
serait dans la montagne mais cette natte était déjà
prête depuis plus de trois ans. Il fallait que fût réglée la
question d'une seconde femme pour Tappei, et cela aussi
faisait partie des dispositions à prendre. Or, tant le sake
du banquet que la natte et la question de la bru, tout
était maintenant en ordre. Il restait cependant encore
une chose qu'il lui fallait accomplir.
Après s'être assurée que personne ne la regardait,
O Rin saisit la pierre à feu. Ouvrant la bouche, elle tapa
sur ses dents de devant en haut et en bas avec la pierre
à feu, gat gat. Elle pensait ainsi casser ses solides dents.
C'était une sale douleur qui résonnait gan, gan, jusqueLA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
sous le crâne. Mais elle se disait que, si elle avait la
patience de continuer à frapper, un de ces jours, des
dents viendraient à lui manquer. Vidée de ce manque
finissait par lui donner de la joie. Aussi, en arrivait-elle,
ces derniers temps, à ressentir la douleur du choc
ellemême comme une sensation de bien-être.
Les dents d'O Rin étaient, malgré la vieillesse, en pleine
santé. Depuis son jeune âge, ses dents avaient été
sa fierté. C'étaient des dents bonnes au point qu'elles
pouvaient croquer jusqu'à du maïs séché. Même en
vieillissant, il ne lui en était pas tombé une seule et,
pour 0 Rin, ç'avait fini par être une cause de honte.
Alors que Tappei, son fils, en avait déjà perdu bon
nombre, les dents d'O Rin, qui s'alignaient au complet,
pouvaient donner à penser que, pour ce qui est de
manger, elle était véritablement imbattable et qu'elle
était en état de dévorer n'importe quoi. Et dans ce
village qui manquait de nourriture, c'est là une chose
qui faisait honte.
Quand les gens du village rencontraient 0 Rin « Hé,
avec des dents comme ça, on risque point de manquer
Même ce serait des pommes de pin ou des pois à péter,
qu'y n'y aurait point de restant »
Ce qu'on appelle « pois à péter », ce sont les
poiscoupe-neige, ce sont des pois durs comme de la pierre
et, lorsqu'on en mange, il ne fait que vous sortir des pets.
Alors qu'O Rin n'avait, de sa vie, lâché un pet devant
quiconque, employer exprès à son propos l'expression
« pois à péter », il n'y a pas de doute, c'était pour se
moquer d'elle. 0 Rin l'avait bien compris. C'est qu'elle
avait entendu combien de personnes lui parler comme
ça. Avoir pris de l'âge et, qui plus est, être arrivée à un
âge tel qu'on va s'en aller au pèlerinage de Narayama,
et être bafouée de cette façon-là parce qu'on a ses dents
en bonne santé. « Mais, après tout, c'est fatal. »,
pensait-elle.NARAYAMA
Kesakichi, son petit-fils, lui aussi, la plaisantait en
disant « J'crois que Bonne-maman a trente-trois dents. »
Même son petit-fils disait cela. 0 Rin avait beau
compter ses dents, en les touchant du doigt, y compris
le haut et le bas, il n'y en avait pourtant que
vingthuit.
« Débite donc des bêtises, va1 Y en a que vingt-huit
répondait-elle. Hé1 C'est qu'tu dois point savoir
compter plus loin que vingt-huit. Y en a sûrement davantage! »
Ainsi l'accablait-il de réflexions désagréables.
Kesakichi tenait à dire qu'elle avait trente-trois dents.
1/ année dernière, dans la chanson qu'il avait chantée
pour la danse du Bon, il avait dit
Ma Bonne-Maman dans un coin du cagibi
A rassemblé trente-trois dents de diable
et tout le monde s'était roulé par terre de rire. C'était
une chanson que Kesakichi avait faite en transformant
la la plus bouffonne du village Notre Maman
dans un coin du cagibi a rassemblé trente-trois poils d'un
endroit secret. C'était une chanson qui insultait les
mères. Kesakichi l'avait chantée en changeant les
paroles en'«dents de diable », et il avait gagné de grands
applaudissements.
O Rin, quand elle était venue se marier au village,
avait passé pour la plus belle femme de l'endroit et, après
la mort de son mari, on n'avait pas pu faire circuler sur
elle, comme sur d'autres veuves, des rumeurs
déplaisantes. Et elle n'aurait jamais pensé qu'elle souffrirait un
jour des affronts à cause de ses dents. En tout cas, avant
d'aller au pèlerinage de Narayama, il fallait absolument
qu'il se fasse par n'importe quel moyen une brèche dans
ces dents-là, pensait-elle. Quand elle irait au pèlerinage de
Narayama et qu'elle s'installerait sur une planche
accrochée au dos de Tappei, elle voulait pouvoir y aller
comme une belle vieille femme à qui il manque des dents.LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
C'est pourquoi, subrepticement, afin que ses dents
s'ébrèchent, elle essayait de les casser en se tapant dessus avec
la pierre à feu.
A côté de chez 0 Rin était une maison qu'on appelait
la « Maison au Sou ». Dans le village, on n'aurait pu
trouver aucune manière d'utiliser des sous et il n'y en
avait d'ailleurs dans aucune famille. Mais, à la Maison au
Sou, une fois qu'ils étaient allés en Echigol, ils avaient
rapporté un sou de Tempo 2. Depuis ce temps-là, on les
avait surnommés « la Maison au Sou ». I^e vieux père
de la Maison au Sou, appelé Mata-yan, avait eu cette
année ses soixante-dix. Outre qu'il était le voisin d'O
Rin, du fait qu'il avait à peu près le même âge, il y
avait bien longtemps qu'ils étaient compères. Mais,
tandis qu'O Rin s'était depuis des années préoccupée
du jour où elle irait à la montagne, à la Maison au Sou
ils étaient les plus ladres du village et, semblant trouver
trop coûteux les préparatifs du banquet pour le jour
du départ à la montagne, ils n'avaient, en vue de ce
départ â la rien préparé du tout.
A côté de la Maison au Sou, il y avait une maison qu'on
appelait « le Pin calciné ». Derrière la maison, il restait
un grand pin desséché dont le tronc avait pris l'allure
d'un rocher. Il y avait bien longtemps de cela, la foudre
était tombée sur ce grand pin et, depuis lors, il avait été
surnommé « le Pin calciné ».
A côté de celle-ci, c'était la maison qu'on appelait
« la Maison qu'y pleut ». Au sud-est par rapport au
village, il y avait une montagne appelée
Tatsumiyama « la montagne du Sud-Est ». Quand les gens de
cette maison-là allaient à cette montagne, c'était sûr
qu'il allait pleuvoir, disait-on. On affirmait qu'autrefois
deux membres de cette famille avaient trouvé à
Tati. Nom d'une province qui s'étend au nord de celle de Shinshû.
2. Tempo est une ère de règne qui s'étend de 1830 à 1844. Le sou
en question est donc une monnaie frappée durant cette période.