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La Nouvelle Nouvelle Revue Française N' 7 (Juillet 1953)

De
228 pages
Jean Giono, Angelo
Roger Caillois, Le Catéchisme et l'Almanach
Antoine de Saint-Exupéry, Carnets
Michel de M'Uzan, La Chasse
Louis de Broglie, Sens philosophique et portée pratique de la cybernétique
Paul Claudel, Entretiens avec Jean Amrouche (II)
Chroniques : recherches :
Maurice Blanchot, Oů va la littérature?
Chroniques : la littérature :
Marcel Arland, Servir
Chroniques : les romans :
Dominique Aury, L'ombre d'un songe
Chroniques : la poésie :
Henri Thomas, Une uvre d'un seul tenant
Chroniques : le théâtre :
Jean Duvignaud, ŤOn ne voit pas les mains...ť
Jean Paulhan, Un Papier collé en littérature
Notes : la littérature :
Étiemble, La création chez Stendhal, par Jean Prévost - Baudelaire, par Jean Prévost
Marie Delcourt, La Source grecque, par Simone Weil
Notes : les romans :
Alain Robbe-Grillet, Les Bętes, par Pierre Gascar
Clara Malraux, Les Cordes Rouges, par Nicole Vedrčs
Françoise Gérard, Alarmande, par Henri Rode
Notes : littérature étrangčre :
Georges Perros, La Corde raide, par Arthur Koestler
Manuel Rainoird, La Montre, par Carlo Levi - Le Roman de quat'sous, par Bertold Brecht
Notes : le théâtre :
Daniel Mauroc, Le Théâtre de Ionesco
Notes : le cinéma :
Denis Marion, Reviens, petite Sheba, de Daniel Mann
François Nourissier, Stazione Termini, de Vittorio de Sica
Notes : les arts :
André Berne-Joffroy, Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale, par André Malraux
Revue :
Manuel Rainoird, Les Longues Années, par Yoichi Nakagawa
Jacques Alčgre, Lucien Jean, par Louis Lanoizelée
François Nourissier, Les Monstres, par Roger Grenier
Claude Elsen, Bâtons dans les roues, par Jacques Perret - L'épreuve sentimentale, par Solange Blanc - En de secrčtes noces, par Félicien Marceau
Georges Perros, L'Anti-Počte, par Joséphine - Le degré zéro de l'écriture, par Roland Barthes - Sycorax, de Pierre Brisson
Claude Elsen, Vérité, sens interdit, par Odette Sorensen - Qui qu'en grogne, par Nicole Louvier - Femmes et Femmes, par Cyril Kahn
Georges Perros, Correspondance, d'André Gide et Rainer Maria Rilke
Michel Dorsday, Le soleil brille pour tout le monde, de John Ford - Miracle ŕ Tunis, de Richard Brooks - Heureuse époque, d'Alessandro Blasetti - Les neiges du Kilimandjaro, de Henry King - Un amour désespéré, de William Wyller - L'énigme du Chicago-Express, de Richard Fleischer
Les revues, les journaux :
Anonymes, Matičre brute
Paul Klee, Réflexions
Anonymes, Fait divers
Le temps, comme il passe :
Norge, Langue verte
Charles-Albert Cingria, ŤChronica viridisť
Pierre Lambert, J.-K. Huysmans et Lautréamont
André Pieyre de Mandiargues, Les lis de mer
Anonymes, Bulletin
Armand Robin, ŤLes počmes de Giuseppe Ungaretti passent pour ętre cérébraux...ť
Giuseppe Ungaretti, La douleur jour par jour
Voir plus Voir moins

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BULLETIN DE JUILLET 1953
SUPPLÉMENT A LA N O U V E L LE 'N.R. F.
DO Ier JUILLET' 1953
No 7
nrf
PUBLICATIONS DE JUIN
Les .ouvrages analysés dans cette rubrique sont ceux dont la mise en vente a
été prévue pour le courant du mois. Il est cependant possible que, pour des
raisons techniques, la mise en vente de certains d'entre eux se trouve reportée
plus tard.
POÉSIE E
GARAMPON (Georges): LE JEU ET LA CHANDELLE.
Collection « Métamorphoses ».
De ces poèmes, l'auteur écrit modestement «J'avais gardé le souvenir d'une
œuvre; je me trouve en présence d'un jeu, d'un jeu à la chandelle. »
A la vérité, ce sont de curieux poèmes, non sans gravité ni sans puissance, mais
qui, habiles ou non, ne vont jamais sans évoquer un homme attentif, un peu
tremblant, épris de solitude, de silence et d'authenticité.
Sous la diversité familière du ton, on découvre souvent l'âme permanente de
la poésie, témoin ces quatre vers, pris parmi tant d'autres, aussi bien venus, dans
ce recueil
Je suis seul, et pourtant j'aime ces créatures
dont la damnable vie est comme un suif qui fond
au feu qu'attise Luci fer dans les bas-fonds
et dont le malheur fait comme un bruit de friture.
MAC ORLAN (Pierre), de l'Académie Concourt
CHANSONS POUR ACCORDÉON.
« L'idée d'écrire des chansons ne m'est pas venue récemment. Dans presque
tous mes livres, j'ai introduit une chanson sentimentale, qui me paraissait résumer
très clairement des situations romanesques un peu usées par leur fréquence.
La chanson est le meilleur moyen d'exprimer cette sentimentalité quotidienne de
l'âge des souvenirs de la rue et de leurs conséquences.» Ainsi s'exprime Pierre
Mac Orlan dans la longue et savoureuse introduction qu'il, a placée en tête de ces
Chansons pour Accordéon.BULLETIN DE J UILLET 1953
Ces chansons sont au nombre de seize. L'auteur les a partagées en deux
rubriques Chansons de Charme pour Situations difficiles, et Chansons de Soldats
et de Trimard. <
De Rouen à Paris, en passant par Brest, Le Havre, Naples, Londres, Bel Abbès
et les bords du Rhin, c'est toute une humanité, violente, charmante, fascinée
par l'aventure ou ballotée par le destin qui est évoquée ici serveuse de bar,
bataillonnaire, jusqu'à un grenadier irlandais, chacun dit sa complainte.
Et c'est le secret de Pierre Mac Orlan de faire tenir tout un être, toute une
ville, toute une époque en quelques vers qui ne sont même pas des alexandrins.
Les musiques sont de V. Marceau, et le volume comporte 17 clichés de
fragments musicaux.
ROMANS
CABANIS (José) L'AUBERGE FAMEUSE.
Bernard est un garçon de douze ans dont le père est mort, et dont la mère se
prostitue. Il a suivi des gamins de son âge, qui entraînaient vers des terrains vagues
une petite fille Yvette. Il n'a été qu'un spectateur immobile et angoissé. La Justice,
pourtant, s'empare de lui, l'interroge, l'éduque, et lorsqu'elle le rend à sa mère, il
en sait trop, et préfère mourir.
Yvette, cependant, est recueillie par une vieille fille. Mais sa bienfaitrice nourrit à
son égard de troubles sentiments, et, percée à jour, la chasse. La misère conduira
Yvette, à son tour, comme par la main, vers la mort.
Auprès de ces enfants, et de quelques comparses du même milieu, vivent les
gens comme il faut magistrats, riches bourgeois, dames d'oeuvres, professeurs, tel
Gilbert Samalagnou, héros du premier roman de José Cabanis L'Age ingrat,
qu'on retrouve ici. Ceux-ci ont assez de temps et d'argent pour accorder grande
importance à leurs aventures sentimentales, et pour se persuader qu'ils sont très
malheureux. Yvette et Bernard n'en pouvaient rien attendre. Pour deux enfants
misérables, le suprême refuge est cette Mort dont parle Baudelaire, « qui refait
le lit des gens pauvres et nus ».
La misère, depuis toujours, est le scandale du monde, et celle des enfants, qu'on
montre ici, devrait empêcher les heureux de dormir.
CABRINI (Gabrielle) LE ROI DÉODAT.
Après deux années de bonheur, Bertrand de Lauries, malade, commence à
devenir jaloux non seulement de sa femme Aurore, mais de la famille de celle-ci,
de ses cinq sœurs, surtout de leur vitalité et de leurs possibilités de bonheur
dont il se sent exclu. Pour se concilier ce monde qu'il croit lui être hostile, il fait
venir près de lui au bord de la mer sa plus jeune bel le-soeur, Renée, âgée de onze ans,
afin de reconquérir, à travers elle, une famille qui le fascine.
Mais Renée est tyrannique, capricieuse, perfide, violente. Elle se constitue
dans le jardin un royaume où rêver. C'est là qu'elle conserve dans un petit bassin
un crabe dormeur, « le Roi Déodat » qu'elle vénère et chérit comme un dieu.
Elle y entraîne Bertrand. En fait, cet homme et cette petite fille qui ne se quittent
pas semblent se haïr et se craindre mutuellement.
Par perversion, par amour, Renée mènera Bertrand jusqu'aux limites de la
folie, du meurtre par lequel il croira pouvoir se délivrer du mal qu'elle fait peser
sur lui et qu'incarne le personnage maléfique du Roi Déodat.
OÉjEAN (Jean-Luc) LES VOLEURS DE PAUVRES.
Jérôme Berga, de sa province, vient à Paris après la libération. Il veut être
écrivain et commence par le journalisme, mais on refuse ses articles. C'est la misère.
Après avoir été porteur non assermenté à la Gare de Lyon, puis fort des Halles,
il trouve enfin une place dans un journal qui ne tarde pas à faire faillite. De France,BULLETIN DE JUILLET 1953
Jérôme passe à New-York et au Canada. Partout c'est la même histoire, la même
misère. Partout on rencontre des voleurs de pauvres, qui sont eux-mêmes des
pauvres volés.
Au cours de ces « années d'apprentissage », Jérôme a toutefois plusieurs amis,
cuj'il nous fait connaître et dont il retrace les aventures. Son ami le plus cher,
c est Ugo Mirski, Polonais naturalisé Français, qui a combattu dans divers endroits
où la liberté était opprimée, et qui joint à une sagesse assez brutale beaucoup
d'expérience et de connaissance des hommes. Autour de Jérôme et d'Ugo s'agitent
et vivent de nombreux personnages Jimmie Katz, mutilé de guerre, Lucien Valade,
étudiant qui découvre la philosophie et les femmes, une prostituée la grosse
Irma, Ciblat, un pion chahuté, Charles Brux, un obsédé sexuel, etc.
Le livre qu'écrit Jérôme (c'est-à-dire précisément ce livre-ci) est composé de tous
ces personnages et de leurs destins. C'est son aspect le plus séduisant, car on y sent
toujours un bonheur d'écrire, une joie de « raconter des histoires » qui est le
témoignage et la preuve du vrai tempérament d'écrivain de Jean-Luc Déjean.
Jean-Luc Déjean, né en 1921 à Montpellier, d'une famille catalane, publie aujourd'hui
son premier roman. Activités dans la Résistance. A Paris en 1945, fait plusieurs métiers,
débute dans le journalisme, puis s'embarque pour le Canada en 1946. Y reste trois ans,
professeur dans un collège, et chargé de cours d'été à l'université de Québec. De retour
en 1949, cherche à se réadapter et mène une vie assez dure en écrivant Les Voleurs de
Pauvres. A travaillé à la ^Cinémathèque Française en qualité de Chef Bibliothécaire
pendant deux ans.
3UNOYER (Jean-Marie) LES PRINCIPES D'ARCHIMÈDE.
On retrouve le héros des Lions Végétariens. dans Les Principes d'Archimède,
bien que ce nouveau roman de Jean-Marie Dunoyer soit tout à fait indépendant
du précédent.
Voici donc Gabriel, pion à l'Institution Archimède, dirigée par un homme à
principes, d'où le titre du livre. Le caractère de notre grand escogriffe s'est affirmé
s'il est pourtant resté velléitaire, c'est parce qu'il n'a pas encore trouvé ce qu'il
recherche sans relâche. Est-ce l'amour? On le croit un moment, Gabriel s'étant
épris de la fille du patron, Isabelle, qui le lui rend bien. Ce sont ces amours, aussi
violentes que maladroites, de deux êtres neufs qui ne s'aiment pas pour rire,
qui forme le fond du récit. Elles sont un peu distraites par les nouvelles
fréquentations de Gabriel, guère plus recommandables, mais tout aussi amusantes que celles
qui faillirent faire de lui un mauvais garçon il hante maintenant les milieux
royalistes en effervescence, car le Pape vient de condamner leurs doctrines,
Mais l'idylle? Elle finit mal. Dommage. Isabelle était une fille bien.
La principale originalité de ce livre qui d'autre part fuit l'ennui comme la peste
et mêle un humour constant aux situations les plus tragiques, c'est qu'il n'a rien
d'une autobiographie. L'auteur préfère observer et faire revivre des personnages
parfaitement extérieurs à lui-même. Certains d'entre eux ont pu ou pourront
rebuter ceux qui n'aiment que les gens aimables. Hélas, qu'y faire ? Ils sont comme
ça, avec des côtés gentils et des côtés méchants. Tout le monde est comme ça.
iUlGUES (Louis-Paul) LISBETH.
Ce récit se déroule dans un bizarre appartement, meublé d'un bric-à-brac
merveilleux et un peu inquiétant. L'homme qui l'habite et qui fait ce récit n'est'
pas lui-même si rassurant.
Dix ans plus tôt, il a été l'amant d'une jeune Anglaise, Dorothy; et foilà que
maintenant Dorothy reparaît et lui confie sa fille Lisbeth. Le père de Lisbeth est
un major anglais qui est en train de mourir aux Indes.
Lisbeth est une étrange petite fille, passionnément glaciale. Et c'est une vieétrange, pleine de passion et de haine, qu'elle va mener avec l'homme auquel onj
l'a laissée. A celui-ci sa présence apporte un grand bonheur, ce qui ne l'empêchera
pas de tuer Lisbeth par la révélation trop brutale de la mort du major.B ULLETIN DE J UILLET 1953
Avec Lisbeth, Louis-Paul Guigues, après Labyrinthes, a écrit un roman très
attachant et assez terrible qui ravira ceux pour qui le merveilleux reste un des
plus grands plaisirs de lalecture.
HUMBOURG (Pierre) ESCALES.
L'Homme qui n'a jamais vu le Printemps Tous feux éteints Escale.
Préface inédite de l'Auteur.
Des trois romans de Pierre Humbourg qui ont été réunis dans ce volume,
deux sont célèbres Escale et Tous Feux éteints. Le troisième, L'Homme qui n'a
jamais vu le Printemps, qui est plutôt un court récit qu'un roman, est un peu
moins connu, mais les égale, tant par l'intensité dramatique que par l'art du conteur.,
« On a longtemps confondu le roman d'aventures et le roman maritime »,
écrit l'auteur. C'est ici de romans maritimes qu'il s'agit, dans la grande tradition
de Joseph Conrad, où le cadre est un cargo, où le drame est spécifiquement un
drame de la mer.
« Mes héros, poursuit Pierre Humbourg, ne sont que des marionnettes que
dirigent des fils invisibles. Dieu se charge des hommes. C'est lui qui embarque en
fraude toute cette cargaison de rancœurs, d'espoir, de jalousie, de tendresse,
et nul douanier n'y fera jamais obstacle. L'aventure, c'est de promener son cœur
douloureux du Havre à Rio de Janeiro. » .1
MAGRINI (Liliana) LA VESTALE.
Elena est une je&ne Vénitienne dont le fiancé (avec qui elle venait de rompre)
a été tué à la guerre. Elle vit dans un vieux palais avec une grand-mère impotente,
une servante âgée et un frère malade Luca. C'est le temps de l'occupation
allemande. Les Alliés ont déjà débarqué en Italie et des groupes de résistance se forment
partout, à la fois contre les Allemands et le régime fasciste.
Cependant, bien que les peintures de la Venise de cette époque y soient exécutées
avec un talent des plus rares, ce roman ne doit pas être considéré comme un roman
de guerre. Elena essaie de s'insérer dans la vie, de rejoindre les autres. La résistance
et ses hommes en l'accueillant lui donnent l'occasion de s'approcher de cette
communion.
Elena reçoit chez elle des clandestins. Celui dont elle se sentira le plus près
et à qui elle se donnera, Martino, a tué un homme et ne peut l'oublier. Par là il est
à la fois soudé aux autres et étranger; il ressemble à Elena qui désire passionnément
communier avec ses semblables et n'y parvient pas.
Elle gagne le maquis, mais en revient aussitôt, rappelée par la mort de Luca.
Celui-ci, dandy ironique et détaché, lui avait toujours semblé ne pas agir, mais elle
apprendra qu'il secourait des persécutés et sauvait des vies. y
Cette révélation, la rencontre sans iendemain avec Martino, une tentative d'amour
gratuit avec l'écrivain Francesco Elena comprendra qu'on ne rejoint les autres
qu'au niveau de la souffrance, et que pour le reste chacun est le gardien distant et
sans recours de sa propre flamme, comme ces personnages de Piero della Francesca
qu'elle découvre à la fin du livre.
Liliana Magrini est née à Venise, où elle vit. Elle a fait, à l'Université de Padoue,
des études de philosophie, et séjourné à Florence et à Rome. Très attirée depuis
toujours par la culture française, elle passe beaucoup de temps en France. Critique
et romancière, elle a collaboré à divers journaux et revues et à la radio italienne,
s'intéressant principalement à la Littérature française contemporaine. Elle travaille à
un nouveau roman.
RÉHAL (Jean) SOLO.
Le héros de ce livre appartientà une famille bourgeoise qui fut aisée, riche même,
mais qui n'a pas échappé à la ruine. Il est né d'un premier mariage de sa mère, et
l'ignorera jusqu'à la mort de son beau-père. Ce garçon intelligent, d'un naturelBULLETIN DE JUILLET 1953
tendre, a envie de travailler, mais à cause de sa constitution délicate, est obligé
d'interrompre sans cesse ses études. Enfin une chute qu'il fait révèle qu'il est
atteint du mal de Pott. Le voilà immobilisé dans le plâtre il devient bossu. La mort
du beau-père ayant laissé la famille dans la gêne, il végète dans de petits emplois.
Il finira sans doute sa vie comme relieur dans la grande maison que ses demi-frères
lui ont abandonnée.
Ce qui importe dans ce livre émouvant par sa minutie, sa sincérité, son
intelligence, ce n'est pas tant le schéma que nous en donnons ici, mais l'exceptionnelle
richesse avec laquelle l'auteur en a traité les thèmes la découverte que fait un
enfant de sa fragilité physique, avec tout ce que cela comporte d'anxiété, de volonté
d'être comme les autres; la découverte (très lente) d'une difformité; la
découverte d'une fausse paternité; enfin la découverte de l'amour.
Le lecteur se perdra avec délice dans les méandres de ce roman qui n'est pas
sans rappeler parfois, par la profondeur et la sensibilité de l'analyse, certaines pages
de Marcel Proust.
L'auteur, né en 1910, publie aujourd'hui son premier ouvrage. Etudes
secondaires, puis de médecine, à Lyon. Passe sa thèse en 1937. A vécu ensuite dans le
département de la Drôme, et maintenant dans l'Ain.
TRADUCTIONS
VON SALOMON LE QUESTIONNAIRE.
Traduit de l'allemand par Guido Meister.
Collection Du Monde Entier
Après la défaite de l'Allemagne, les gouvernements alliés établirent un
questionnaire qui fut distribué à la grande majorité des Allemands. Ce n'est qu'après avoir
répondu aux 125 questions de ce document qu'on recevait carte d'alimentation et
permis de travail.
Lorsque Ernst von Salomon eut pris connaissance du Questionnaire, il déclara
« Il me faut trois ans et douze cents pages pour y répondre. »
Le Questionnaire, en effet, embrasse toutes les activités d'un homme, sa vie
privée et sa vie publique, ses voyages, sa situation de fortune, etc. C'était pour
Ernst von Salomon le plan tout tracé à la fois d'une autobiographie et de vingt<inq
ans d'histoire de l'Allemagne.
Issu d'une famille bourgeoise, envoyé très jeune au corps des Cadets, engagé
volontaire après la guerre 1914-18 dans les Corps Francs de Haute Silésie, cet
écrivain nationaliste n'a cependant jamais été membre du parti nazi.
Le fait politique le plus marquant de sa vie a été sa participation indirecte à
l'assassinat de Rathenau.^
Son livre est à la fois le tableau d'une nation et l'histoire d'un homme
d'aujourd'hui. C'est aussi l'œuvre du grand écrivain, dont nous venons de réimprimer le
célèbre roman La Ville.
TUTUOLA (Amos) L'IVROGNE DANS LA BROUSSE.
Traduit de l'anglais par Raymond Queneau
Collection du « Monde entier ».
« Dès l'âge de dix ans, je me soûlais au vin de palme et je ne faisais rien d'autre
dans la vie ». C'est sur cette fulgurante déclaration que débute le narrateur. Les
560.000 palmiers de sa plantation lui fournissaient suffisamment de vin de palme
pour en boire quotidiennement plus de deux cents calebasses. Mais un jour son
« malafoutier » l'homme qui lui préparait son vin de palme tombe du haut
d'un arbre et se tue. Voilà un bien grand malheur impossible de trouver un
«» aussi expert que le défunt, et la soif se fait sentir. Le narrateur
décide donc d'aller chercher son « malafoutier» dans la Ville-des-Morts, et ce sont
ces aventures dans la Brousse et le Monde des Etres Etranges et Terribles quiBULLETIN DE JUILLET 1953
constituent le sujet de ce récit écrit directement en anglais par Amos Tutuola,
nègre Yorouba de la Nigéria britannique et, de son métier, planton au palais du
Gouverneur à Lagos.
L'Ivrogne dans la Brousse est une des rares œuvres écrites par un noir africain
et qui n'aient subi aucune influence occidentale. Raymond Queneau s'est efforcé
de rendre le caractère d' « art brut » de ce conte et, surtout, de ne pas rationaliser
les « inconséquences » et les « contradidions », lesquelles se glissent parfois jusque
dans la structure même des phrases.
Enfin, à l'heure où l'Afrique « bouge », cette œuvre prend une valeur de
document et jette une lueur singulière sur un monde qui demeure fermé à la plupart
des Européens.
ESSAIS-CRITIQUE-LITTÉRATURE
DAUMAL (René) CHAQUE FOIS QUE L'AUBE PARAIT.
L'un des signes qui nous permet de reconnaître l'écrivain né, dès que nous
l'abordons, est que, de toute évidence, il n'existe pas pour lui d'occasion médiocre
de s'exprimer tout prétexte le contraint à remettre en question son système de
pensée, sa morale, sa propre condition dans l'univers, et par là celle de tous les
hommes. Pour un esprit d'une qualité aussi exceptionnelle que fut celui de René
Daumal, on peut bien dire qu'il ne se leva pas d'aube, qui en retraçant les
frontières de sa personnalité, ne lui proposât le mystère tout entier de l'existence.
C'est pourquoi nous avons le privilège de pouvoir le suivre à travers les essais
qui composent cet ouvrage, dans l'effort d'élucidation qu'il y poursuit d'une énigme,
parfois informulée, mais toujours présente derrière les accidents les plus variés
d'une destinée. Chaque fois que l'Aube parait, elle nous apporte ici les
méditations d'un homme pour lequel la poésie contient d'avance tous les secrets. Qu'il
s'agisse de la rencontre d'un grand livre, de l'analyse d'une technique, du
déroulement d'un spectacle, de la découverte d'une civilisation disparue, René Daumal
nous ramène au problème unique dont nous l'avons vu poser l'équation dans Le
Mont Analogue. Analogue. Et il n'est pas de lecteur qui puisse suivre les pages
d'Une Expérience Fondamentale sur lesquelles se termine l'ouvrage, sans
éprouver le sentiment que des perspectives inconnues viennent de lui être
ouvertes sur lui-même.
MAC ORLAN (Pierre), de l'Académie Goncourt LA LANTERNE SOURDE.
Ce livre est une espèce d'éventail sur lequel Pierre Mac Orlan aurait peint
à mesure le portrait de ses pensées et de sa sensibilité. En d'autres termes, il traite
toutes sortes de sujets la Seine et les Ponts de Paris, Fréhel, Mistinguett, les
assassins-genre-1924, la musique populaire, etc. L'auteur nous conduit jusque sur
la Tamise, dont il parle mieux qu'un Anglais, et sur la Loire, qu'il évoque mieux
qu'un Tourangeau.
Mais ce qui fait l'unité de ce recueil, c'est son ton unique, le ton Mac Orlan,
mélange de goguenardise et de mélancolie. Sur les paysages, les gens, les aventures
qu'il a observés, Pierre Mac Orlan jette une lumière un peu blafarde, une lumière
de lanterne sourde, bref, la lumière même de sa poésie.
TESSIER (Carmen) BIBLIOTHÈQUE ROSSE.
Préface de René Floriot
Collection « l'Air du Temps ».
dirigée par Pierre Lazareff
En quelques années, le frais et riant visage de Carmen Tessier est devenu aussi
célèbre et aussi connu que celui de Mistinguett, de Maurice Chevalier ou de Rita
Hayworth'.
C'est qu'il paraît, chaque jour, en première page du plus grand journal français,
où Carmen Tessier a lancé et rédigé ses fameux Potins de la Commère, brillante
chronique de la vie parisienne et anthologie de' l'esprit de Paris.BULLETIN DE JUILLET 1953
Renouvelant, d'une façon incisive et percutante, l'art de l'écho, adaptant
« à la française » les fameuses « colonnes» des journaux anglo-américains, la
« Commère » a imposé son personnage avec tant de force qu'il n'est guère de
revues ou spectacles de chansonniers où elle ne soit ou citée ou imitée. Ses
interviews ont paru dans la presse du monde entier et ont couru sur toutes les ondes.
On répète ses mots, on raconte ses histoires.
Redoutée des gens en place, elle est pourtant leur amie, car sa rosserie se
tempère toujours de grande gentillesse.
Maître René Floriot, qui présente son premier livre Bibliothèque Rosse,
dans une spirituelle et vibrante « plaidoirie » se plaint que, étant son avocat depuis
longtemps, il n'a jamais eu à plaider de procès contre ses victimes!
Carmen Tessier, après avoir été vendeuse dans un magasin de quincaillerie,
a débuté comme speakerine à la radio, au Poste Parisien, avant la guerre. Puis elle fut
chroniqueur judiciaire, et reporter avant d'inaugurer, dans France-Soir, sa rubrique
de la Commère.
C'est pour répondre à un désir maintes fois exprimé qu'elle a décidé de réunir,
chaque année, ses meilleurs potins en un livre qui sera, tous les douze mois, à la
fois une sorte de dictionnaire de la bonne humeur et d'anthologie du bon humour.
SOUVENIRS-CORRESPONDANCE
CARCO (Francis), de l'Académie Goncourt L'AMI DES PEINTRES.
L' « ami des peintres» c'est, bien sûr, Francis Carco qui fait ici le compte des
petits et grands artistes qu'il a connus, aimés, et même jugés avant cette guerre
et avant l'autre. C'est un feu roulant d'anecdotes savoureuses, d'aperçus sur la
peinture; on pourrait presque dire qu'on a affaire à une petite histoire de l'art
parisien au début du XX, siècle.
Bonnard, Soutine, Modigliani, Picasso, Matisse, Utrillo, Pascin, Segonzac, Derain,
Dufy, Vlaminck, Suzanne Valadon, Leprin, et bien d'autres, sont évoqués dans ces
pages avec la vivacité même de la vie. On y voit aussi les' figures pittoresques et
parfois non sans grandeur de Zborowski, Vollard, prestigieux marchands de
tableaux.
Mais si Francis Carco est capable de tendresse (il parle de Corot comme s'il
l'avait connu), il n'est pas non plus dépourvu de malice, et le lecteur trouvera dans
cet « ami des peintres » un connaisseur au jugement sûr, un psychologue averti
et un homme que,.seul, influence le vrai mérite.
GERVAIS (Dr A.) /ESCULAPE DANS LA CHINE EN REVOLTE.
Un médecin français, professeur à l'école de médecine d'une ville chinoise de
l'intérieur où quelques rares Européens vivent avec 800.000 habitants, se trouve
à son poste quand éclate la déclaration de guerre du Japon à l'Amérique. Il assiste
aux préparatifs de défense de la province par les autorités chinoises, aux combats
et, après l'effondrement des forces chinoises, à l'occupation japonaise.
Peu à peu, il est entraîné par ses amis chinois à la résistance. Il prend part à
leur lutte tenace et patiente contre l'occupant, à leur révolte enfin qui libère la
ville au prix des plus lourds sacrifices, C'est ainsi qu'il eut l'occasion de connaître
certains des chefs du mouvement insurrectionnel. On apprendra en le lisant le
rôle primordial que joua une jeune fille de vingt ans qui n'hésita pas à sacrifier
sa vie pour obtenir la victoire et la libération de ses concitoyens.
L'auteur montre admirablement dans ce livre les réactions du peuple chinois
devant l'envahisseur nippon qu'il déteste et méprise, son courage et sa lâcheté,
son patriotisme ardent et sa vénalité. Il explique aussi les causes profondes du
conflit, et celles de la victoire.
Connaissant la langue parlée, mêlée à la population, l'auteur qui avait de
nombreux amis dans la société chinoise constate l'opposition de plus en plusBULLETIN DE JUILLET 1953
LA
NOUVELLE Ri
REVUE MENSUELLE DE
Rédacteurs en chef: JEAN PAULHAN, MARCEL A
publiera
MARCEL PROUST Carnets inédits.
ANDRÉ SUARÈS Le Paraclet.
ANTONIN ARTAUD Fragmentations.
C.-F. RAMUZ Désordre dans le Coeur.
VALERY LARBAUD. Gaston d'Ercoule.
R.LERICHE. La Conscience végétative.
PAUL LÉAUTAUD. Journal littéraire.
HENRI MICHAUX Témoin, qu'as-tu fait de tes yeux ?1
CIORAN. Contre le roman.
JULES SUPERVIELLE Le Nez.
LOUIS GUILLOUX Vingt ans passés.
BRAQUE Nouveaux Propos.
LOUIS MASSIGNON Le procès de Aal Halladj.
MAX JACOB Trois nouveaux Figurants.
ETIEMBLE Mots d'Enfant.
JULIEN BENDA De la Critique.
JEAN GRENIER Mon oncle Charles.
GEORGES BATAILLE Le Non-Savoir.
MIRCEA ÉLIADE Les Mythes du Moderne.
ROGER GILBERT-LECOMTE. Rêves.
CONSTANTIN BRUNNER Aphorismes.
GAULÉE. Lettres.
VICTORHUGO. Erotica.
des poèmes, essais et récits de
Roger Martin du Gard. André Malraux. Albert Camus. René Char.
Jean Grosjean. André Chamson. Pierre Gascar. julien Gracq. Julien Green.
Jacques de Lacretelle. Noël Devaulx. Béatrix Beck. Marcel Bisiaux. Léon Bopp.
Nathalie Sarraute. Albert-Marie Schmidt. Henri Bosco. Franz Hellens. Roger
Nimier. Henri Calet. Armen Lubin. Georges Limbour.
des textes de
Alexei Remizov. Rainer Maria Rilke. G. Ungaretti.
de vieux textes français, et des inédits de
André Gide. André Suarès. C.-F. Ramuz. Antoine de Saint-Exupéry.BULLETIN DE JUILLET 1953
'VELLE =
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Adr. télégr. Enerefene Paris. R. C. Seine 35-807.BULLETIN DE JUILLET 1953
marquée qui sépare actuellement les générations, et les immenses sacrifices que
le peuple a su faire pour défendre sa liberté.
Le Docteur Gervais, ancien médecin commandant de la Marine, a fait un long
séjour dans la Chine de l'Ouest. Personne n'a oublié son célèbre /Esculape en Chine.
TRADUCTION
ROSENBERG (Julius et Ethel) LETTRES DE LA MAISON DE LA MORT.
Traduit de l'américain par Pierre Singer.
Ethel et Julius Rosenberg ont été arrêtés et accusés de « crime d'espionnage »,
au cours de l'été 1950.
Depuis lors, des milliers d'articles, d'innombrables commentaires à la radio et
à la télévision, des pétitions sans nombre ont été suscités par leur procès. Dans
tous les pays du monde, l'élite des savants et des artistes, aussi bien que l'homme
de la rue, se sont penchés sur les conditions étranges du procès, la
condamnation, la sentence de mort. Le « cas Rosenberg» rejoint, dans les annales des grands
procès qui ont bouleversé la conscience universelle, le procès Sacco-Vanzetti et
l'Affaire Dreyfus.
Les lettres publiées dans ce livre constituent un choix parmi toutes celles écrites
par les condamnés, au cours de leurs trois années d'emprisonnement. On n'y
trouvera pas de lumière sur la cause, ni d'arguments en vue de la révision du
procès mais le drame de deux vies séparées, d'une famille détruite. Ce sont des
lettres d'amour et d'espoir espoir dans la justice des Etats-Unis, dans le triomphe
de la liberté écrites aux portes de la mort.
HISTOIRE-BIOGRAPHIE
TOCQUEVILLE (Alexis de) ŒUVRES COMPLETES. Édition définitive sous la
direction de J.-P. Mayer. Tome Il L'Ancien régime et la Révolution (2" volume).
Fragments et notes inédites sur la Révolution.
Texte établi et annoté par André Jardin.
La deuxième partie de L'Ancien Régime et la Révolution, reconstituée d'après
les manuscrits, aurait pu être intitulée « La Révolution ».
Tocqueville poursuit son analyse magistrale, dans leurs ramifications
sociologiques, des grands mouvements et des événements historiques qui se succèdent,
de la convocation des Etats Généraux jusqu'à Napoléon. « C'est l'histoire de la
Révolution française », dit le grand sociologue lui-même. Pourtant Tocqueville
situe le dynamisme révolutionnaire dans le monde européen.
L'histoire administrative et économique est éclairée par l'interprétation
comparée des institutions, des idées, des hommes et des classes, avec un art qui
range cet ouvrage parmi les chefs-d'œuvre de la littérature sociologique et
historique. La méthode de travail de Tocqueville y apparaît dans une vive lumière, et
André Jardin, dans sa préface, esquisse avec perspicacité la genèse des textes
réunis pour la première fois dans ce volume, et les liens qui les unissent.
TRADUCTION
HUFF (Théodore) CHARLIE.CHAPLIN.
Traduit de l'américain par Pierre Singer.
Depuis plus de trente-six ans, Charlie Chaplin est, incontestablement, le roi du
comique. Ses films sont projetés continuellement dans tous les pays du monde.
Ses premières comédies, datées de 1914, passent encore et font recette. On estime
que chacune a été vue par trois cent millions de personnes.BULLETIN DE JUILLET 1953
1
Grâce en partie au moyen d'expression universel qu'est le cinéma, Charlie
Chaplin a fait rire plus de gens que nul homme au monde. Bien plus il est un symbole
de notre temps. Le petit bonhomme à moustache, melon et canne, l'opprimé
perpétuel, si drôle et si poignant, est une figure familière dans tous les pays. En France,
c'est Chariot, ailleurs c'est Carlino, Carlitos, Carlos, etc. Celui qui est capable de
produire une impression aussi durable et aussi universelle mérite que l'on consacre
à son œuvre et à sa vie une étude approfondie.
On a plus écrit sur Chaplin que sur n'importe quetle autre vedette de cinéma.
Toutefois dans aucun ouvrage n'a-t-on entrepris une étude achevée de sa carrière
et, parallèlement, de sa vie privée.
C'est ce que Théodore Huffa fait ici. On trouvera dans son livre toute la vie de
Chaplin l'enfance étrange et misérable, triomphes et scandales, amours, mariages,
divorces, amitiés, activités politiques; et aussi une analyse de son oeuvre l'auteur
a d'ailleurs écrit, spécialement pour l'édition française, un chapitre supplémentaire,
consacré à Limelight.
Théodore Huff, professeur à l'Université de New-York, qui est mort il y a
quelques semaines, était considéré en Amérique comme la plus haute autorité en
matière d'Histoire du Cinéma.
Le volume comporte 98 documents photographiques, répartis en 48 planches
hors texte.
PUBLICATIONS
DU 15 MAI AU 15 JUIN 1953
(Renseignements bibliographiques) t
On trouvera ici les renseignements bibliographiques sur les ouvrages
effectivement parus duI5 Mai auIjuin 1953 et dont l'analyse a été publiée dans
l'un de nos précédents bulletins ou dans le présent bulletin.
POÉSIE
DESNOS Robert Domaine Public, 424 p. in-16Jésus. Col,
lection Point du Jour"avec en frontispice
un portrait de l'auteur par Malkine, et
3 clichés surtexte. 760 fr.
75 ex numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre 2.500 fr.
ROMANS RÉCITS s
BLANCHOT Maurice Celui qui ne m'accompagnait pas, 176 p.
in- 166 double-couronne. Collect. blanche 390 fr.
40 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre I .OOP fr.
CABANIS José L'Auberge fameuse. 208 p. in-
1doublecouronne. Collection blanche. 375 fr.
50 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre. 1.200 fr.
DÉJEAN Jean-Luc Les Voleurs de Pauvres. 344 p. in-8 soleil.
Collection blanche V 650 fr.
40 ex. numérotés sur pur fil Lafuma 2.000 fr.
DHOTEL André Les Premiers Temps. 280 p. in-
16doublecouronne. Collection blanche. 425 fr.
75 ex. numérotés sur pur fil Lafuma. 1.250 fr.BULLETIN DE JUILLET 1953
-1
GUÉRlN Raymond. Les Poulpes. 576 p. in-8 soleil. Collection
blanche 9 50 fr.
80 ex. numérotés sur pur fil Navarre. 2.700 fr.
GUIGUES Louis-Paul. Lisbeth. 184 p. in-16 double-couronne.
Collection 390 fr.
40 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre. 1.200 fr.
HERBART Pierre L'Age d'Or.176 p. in-6double-couronne.
Collection blanche 320 fr.
45 ex. numérotés sur pur fil Lafuma 750 fr:
MAGRINI Liliana La Vestale. 272 p. in-6double-couronne.
Collection blanche 490 fr.
40 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre 2.000 fr.
MARGERIT Robert. La Femme Forte. 232 p.
in-16doublecouronne. Collection blanche. 390fr.
80 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre. I I 00 fr.
MASSAT René Le Panier à Salade. 224 p. in-
1doublecouronne. Collection blanche. 420 fr.
45 ex. numérotés sur pur fil Lafuma 1.250 fr.
MEYER Dick Isabelle ou Le Complexe des Iles. 320 p. ·
in-8 soleil. Collection blanche. 590 fr.
• 40 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre. 1.800 fr.
SARRAUTE Nathalie. Martereau. 296p. in-16double-couronne.
Collection blanche 575 fr.
40 ex. numérotés sur pur fil Lafuma 1.800 fr.
TRADUCTIONS
SALOMON Ernst Von.. Le Questionnaire, traduit de l'allemand par
Guido Meister. Collection « Du Monde
entier ». 652 p. in-8soleil. 1.200 fr.
80 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre. 3.700 fr.
WELLES Orson Une grosse Légume traduit de l'américain
par Maurice Bessy, 280 p. in-8 soleil.
Collection « L'air du Temps » 570 fr.
ESSAIS
DAUMAL René. Essais et Notes, i. Chaque fois que l'aube
paraît. 280 p. in-16double-couronne.
Collectionblanche 580 fr.
45 ex. numérotés sur pur fil Lafuma
Navarre •. 1.800 fr. (épuisé)
BIOGRAPHIE
HUFF Théodore Charlie Chaplin, traduit par Pierre Singer.
360 p. dont 48 hors-texte (98
documents). Hors série, in-8 soleil. 950 fr.
» iBULLETIN DE JUILLET 1953
HISTOIRE
TOCQUEVILLE Alexis de. L'Ancien Régime et la Révolution. 2« vol.
(Fragments et Notes inédites sur la
Révolution.) Texte établi et annoté par
André Jardin. 452 p. in-8 carré. 960 fr.
SCIENCES
LATIL Pierre de. La Pensée artificielle. 336 p. au format
78/110. in-l6 Jésus. Collection «
L'avenir de la Science », 8 pages hors texte
recto verso, très nombreux clichés au
trait in-texte, dépliant 890 fr.
SÉRIE NOIRE
STEWART Terry. Pas de vieux Os.
EASTWOOD James Bas les Masques, traduit de l'américain par
J.-G. Marquet.
KEENE Day Je tire ma Révérence, traduit de l'américain
• par J. Hérisson.
Chacun de ces volumes 256 p. in-16
double-couronne, reliure jaune et noire
sous couverture assortie. 220 fr.
TIRAGES RESTREINTS
BOUTANG (Pierre) COMMENTAIRE SUR 49 DIZAINS DE LA « DÉLIE ».
Tirage limité à
1.650 ex. numérotés sur Alfa 650 fr.
« J'ai tenté d'expliquer quarante-neuf des dizains de Scève. Un autre choix
était possible, d'autant qu'il n'est pas, dans la Délie, de dizain si obscur, et d'abord
si ingrat, qu'une longue habitude n'y révèle la beauté. Mais Scève n'est pas ce qu'on
a fait de lui jusqu'à présent, une curiosité, ni même un mystère. On l'a cité d'une
manière souvent arbitraire en fonction des modes poétiques plus que pour
révéler la ligne et le sens de sa poésie. Il faudrait que chacun des dizains de la Délie
fût expliqué, relié à l'intention de dévoilement de l'être qui définit la pensée
poétique de Scève. J'ai voulu le faire pour ceux des dizains où cette intention m'a
semblé la plus, évidente. »
P. B.
MALLET (Robert) LES SIGNES DE L'ADDITION.
Tirage limité à
40 ex. numérotés sur pur fil Lafuma Navarre 1.500 fr.
1.500 ex. sur Alfama 500 fr.
Les Signes de l'Addition, ce sont, pour Robert Mallet, les croix de bois des
soldats qui deviennent le symbole de tous les signes disposés par les vivants sur
les tombes de tous les morts.
Que penser de ce déploiement de « signes extérieurs » qui semblent signifier
qu'une opération est en cours? Il se trouve que justement le signe « plus» estBULLETIN DE JUILLET 1953
planté en terre quand le signe « moins» gagne du terrain. Tel est le point de départ
de la méditation du poète.
Et c'est une succession de tableaux de la vie la plus physique avec ses résonances
métaphysiques soixante et onze textes qui, chacun à sa manière, révèlent un
élément de l'opération et se présentent tantôt sous la forme de petits récits, tantôt
à la manière de tableaux ou de réflexions.
La rencontre d'un homme-sandwich ou d'un mendiant, la vue d'une fleur ou
d'un monument, une promenade en mer, un trajet en métro, suscitent des
évocations où le surréel fait corps avec la réalité, où l'ironie cache souvent l'angoisse,
où les images répercutent la pensée et font de ces pages de véritables poèmes en
prose.
Les Signes de l'Addition confirment le jugement de Thierry Maulnier sur Robert
Mallet, après la publication de son premier recueil de vers en 1947 « parmi
tant de voix qui se couvrent et se confondent, un son indistinct », et celui de Jean
Dutourd « un son poétique qu'on n'avait pas entendu depuis longtemps ».
Robert Mallet, né en191 5, docteur en droit, docteur ès lettres. Son Œuvre
poétique comprend L'Egoïste Clé De toutes les Douleurs Les Poèmes
du Feu -La Châtelaine de Coucy Amour, mot de passe A l'Hôpital.
Auteur dramatique, on lui doit deux pièces Le Filandier et Satire en trois Temps
cinq Mouvements.
Critique, il a publié les Correspondances de Claudel avec Gide de Gide avec
Jammes de Claudel avec Suarès et les Entretiens radiophoniques avec Paul
Léautaud. Il a également été le partenaire de Jean Paulhan à la Radio, prépare la
publication de la Correspondance de Valéry avec Gide et un recueil de poèmes
Le Poète lapidé. `
RELIURES D'ÉDITEUR
· d'après la maquette de Paul Bonet.
SAINT-JOHN PERSE Œuvre poétique, (Éloges. La Gloire des
Rois. Anabase. Exil. Vents). 700
exemplaires sur vélin labeur. 2.350fr.
d'après la maquette de Mario Prassinos.
SUPERVIELLE Jules Le Voleur d'Enfants, comédie en trois
actes et un épilogue. 700 exemplaires
numérotés sur Alfa (édition originale).. 1.550 fr.
SÉRIE NOIRE
CHASE (J. H.) UN TUEUR PASSE.
N° 165 –Traduit de l'anglais par J. Hérisson.
Un nouveau roman « pas comme les autres» de James Hadley Chase, dont les
épisodes haletants et chargés d'épouvante se bousculent et se chevauchent dans
l'espace restreint de six jours et de six nuits de cauchemar.
C'est une histoire de chantage à grande échelle, ponctuée de morts violentes et
soudaines, peuplée de tueurs sanguinaires, de flics louches et d'une floraison
malsaine de jeunes personnes, dont Chase nous a maintes fois révélé les charmes
suspects.
Ecrit avec l'acuité percutante d'une fusée à réaction et avec une rare sobriété
de style, Un Tueur passe fait honneur au talent corrosif de J.-H. Chase, champion
de l'action à la puissance mille et du coup de théâtre à répétition. Il se lit d'une seule
traite.BULLETIN DE JUILLET 1953
EASTWOOD (James) BAS LES MASQUES.
N' 163 -Traduit de l'américain par J.-G. Marquet.
Une belle noyée, vêtue de son seul manteau de vison.
Voilà un fait divers à jeter en pâture aux lecteurs assoiffés de sensations morbides.
Ou, peut-être, une étape dans la lutte à mort qui oppose Hutcheson, rédacteur
en chef du Day, à Rienzi, caïd du crime et de la corruption.
Combat en trois rounds et en trois jours.
Et l'arme, c'est le papier imprimé, qu'il soit journal d'informations ou billet de
banque.
KEENE (Day) JE TIRE MA RÉVÉRENCE.
N° 164 Traduit de l'américain par J. Hérisson.
Je contemple la liasse de billets.
L'Attorney Général m'a prévenu Connors essaye de m'acheter et si ça ne
marche pas, il me tuera.
Si j'accepte l'argent de Connors, je peux sauver Sally et il me restera de quoi
vivre.
Connors est un psychologue.
Hier encore, quand je voulais que Sally soit fière de moi, je lui aurais flanqué
mon poing sur la figure et je serais sorti du bureau. Ou du moins, j'aurais essayé.
Mais maintenant, quelle importance?
Alors, je me décide O.K., je suis votre homme!
ÉCHOS-PROJETS
• L'Académie Française a décerné son Grand Prix de Littérature, le 28 mai, à
Marcel Brion pour l'ensemble de son œuvre. Nous avons publié, de Marcel Brion,
La Vie d'Attila et La Vie d'Alaric (Collection « Vies des Hommes Illustres »), La
Vie des Huns (Collection « Vies des Peuples »), et un roman Le Caprice Espagnol.
Quinze jours après, l'Académie a attribué le Prix Alfred Née à André Dubois
La Chartre pour son roman Roland, paru en octobre dernier.
C'est le 8 juin que le Prix des Critiques a couronné le livre de Pierre Gascar
Les Bêtes. En félicitant le lauréat, André Maurois (qui ne fait pas partie du jury)
lui a dit « C'est, sur les bêtes, le livre le plus original depuis Kipling, il mérite
d'atteindre le grand public ».
• André Malraux est de retour. Il a terminé son périple proche-oriental par
Téhéran, Ispahan, Byzance. Athènes, Cnossos, rapportant une documentation aussi
nombreuse qu'inédite pour les Musées Imaginaires futurs.
• Parti en janvier dernier pour l'Afrique centrale, Alain Gheerbrantvient de rentrer
subrepticement à Paris, après avoir parcouru plus de douze mille kilomètres de
routes et de pistes en Afrique Equatoriale française et au Congo belge. Il ne se
considère à Paris qu'en escale, avant un nouveau départ dans les mêmes régions où il
compte achever la préparation de deux ouvrages et d'un film de long métrage.
La nouvelle aventure à laquelle il compte ainsi nous convier ne sera pas purement
'd'exploration, comme « Orénoque-Amazone ». En Afrique c'est avant tout un
large problème humain qui le préoccupe, où les blancs comme les noirs ont tous
quelque chose « d'inexploré ».
Pendant son absence, des traductions de L'Expédition Orénoque-Amazone ont
été mises en train par de nombreux éditeurs étrangers Allemagne, Angleterre,
Argentine, Danemark, Etats-Unis, Finlande, Norvège et Suède.
• André Bay, invité par l'Association des Editeurs américains, est actuellement aux
Etats-Unis en voyage d'études. Son séjour se prolongera jusqu'à la mi-août.
• Après avoir assuré le service .de presse de La Bataille dans la Rizière, Jules
Roy est parti pour un voyage d'enquête en Tunisie.
Georges Auclair, qui vient de publier Une Vie barrée, partira en juillet aux
Etats-Unis, où il occupera, dès la rentrée, une chaire de littérature française à
Haverford College, Haverford (Pensylvanie).BULLETIN DE JUILLET 1953
• Le XXV* Congrès International des P.E.N. Clubs a siégé, du 7 au 14 juin à Dublin.
La délégation française était conduite par André Chamson, président de la section
française P.E.N., assisté par Jean de Beer et Armand Pierhal. Roger Caillois assistait
au Congrès en qualité de représentant de l'UNESCO. La délégation française a
fait adopter une motion contre toutes les formes de suppression de la liberté
d'expression et toutes les limitations à la libre circulation des idées. Signalons à
ce sujet que l'interdit qui frappait Proust en Irlande a été levé récemment, « Proust
étant devenu un auteur classique ».
• Le Livre et la Scène.
La collection des classiques illustrés Hachette (collection Vanbourdolle) fait
entrer quelques auteurs vivants dans la série. Le premier est Henry de Montherlant
avec un Théâtre choisi. La notice biographique, les notes explicatives et les questions
d'examen sont de M. André Ferran, docteur ès lettres, professeur de littérature
française à la Faculté des Lettres de Toulouse.
Pasiphaé va être joué à Vienne en allemand, sous les auspices de l'Institut français.
L'Old Vie, de Londres, a proposé à Henry de Montherlant de monter en anglais
La Ville dont le Prince est un Entant la saison prochaine. Mais l'auteur avait déjà
signé avec un theatre club de Londres. Où qu'elles se fassent, ces représentations
de La Ville seront les premières données par des professionnels.
La Comédie de Provence (Centre Dramatique du Sud-Est), à la direction de
laquelle Douking a succédé l'hiver dernier à Gaston Baty, met au premier rang
de ses manifestations de l'été 1953 la création du Flaminéo de Robert Merle.
Des représentations en seront données, à Aix-en-Provence et dans les environs,
le 2 juillet, en représentation de gala donnée pour les Amis des Musées de la
Marine à la Tour Royale de Toulon, l'un des cadres les plus saisissants pour un
spectacle de plein air, et le 7 juillet, en rerés'entation privée réservée aux
Amis de la Comédie de Provence sur l'une des terrasses illuminées du Château
de la Barben, près de Salon-de-Provence. Le 8 juillet, sera donnée la première
représentation publique, devant le Château d'Aubénas. Musique de scène de
Jean Maillot, chef de la Musique des Equipages de la Flotte; mise en de
Douking.
0 Traductions.
Les Lettres de Jeunesse de Saint-Exupéry vont être traduites au Danemark.
Une Tête de chien, de Jean Dutourd, en Italie. Thomas l'Imposteur, de Jean
Cocteau, en Allemagne.
Les Couleurs du Jour, de Romain Gary, vont paraître en pocket-book, en
Amérique. Le premier tirage sera de 150.000 exemplaires.
Les auteurs français de la Série Noire Simonin (auteur du célèbre Touchez
pas au Grisbi !) et Arcouet (qui a publié, sous le pseudonyme de Terry Stewart
La Mort et l'Ange, La Belle Vie, La Soupe à la Grimace et Pas de vieux Os) vont
être traduits en Italie, dans une collection policière.
• Léon Lemonnier vient de mourir. Il était en train de terminer une vaste Histoire
des Etats-Unis, dont il avait déjà publié les volumes suivants La Guerre de
Sécession, La Ruée vers l'Or en Californie, Les Mormons; La Formation des Etats-Unis,
et, tout récemment La Guerre Indienne et la" Formation des premiers Etats
de l'Ouest.
Pour paraitre, entre autres nouveautés, dans le courant de juillet Les Carnets
(inédits) de Saint-Exupéry; le célèbre roman de Faulkner Absalon! Absalon!;
les Histoires sous le Vent, de Jacques Perret; le premier volume de la Série des
Hornblower (dont Winston Churchill disait « Je trouve Hornblower
admirable ») Monsieur l'Aspirant de Marine Horatio Hornblower; deux volumes
dans la Collection «L'Air du Temps »: Le Lapin blanc, de Bruce Marshall, et Le
Matador, de Barnaby Conrad et dans la Bibliothèque de la Pléiade, Poètes du
XVIe siècle, texte établi et présenté par Albert-Marie Schmidt.LA NOUVELLE^'
NOUVELLE
REVUE FRANÇAISE
ANGELO
CHAPITRE PREMIER
Le charmant Cavour n'avait pas encore commencé à
vocaliser entre ses favoris roux les cavatines de sa «
politique gaie ». Les sociétés noires chantaient déjà la basse
noble de l'opera séria dans les forêts du royaume sarde.
Les affiliés à l'œuvre de Charbon se recrutaient dans
toutes les classes de la société. Des nobles, des artisans,
des officiers, des marins, des professeurs, des soldats,
des étudiants, et même des femmes fougueuses mais que
le délice de cette politique romanesque rendait
discrètes, composaient un ardent compagnonnage d'ombres
où étaient placés à l'honneur le courage et la sainteté
des serments.
Le danger couru était très grand. Malgré la sympathie
qu'un immuable ciel d'azur donne pour les idées
généreuses et la température méditerranéenne du royaume qui
rend l'assassinat patriotique adorable, on était obligé de
fusiller les bons assassins avec de grands coups de
chapeau, mais de fort vilaines balles sardes. Les nerfs de
la monarchie autrichienne ne supportaient pas la perte
du plus petit de ses espions, et elle soutenait ses vapeurs
avec quarante divisions de grenadiers athlétiques.
Un matin de mai 18. on découvrit sous les buissons,
1LA NOUVELLE N.R.F.
à deux lieues de Turin, le cadavre du baron Schwartz.
C'était un soi-disant Lombard, qui se faisait ouvertement
des rentes avec le Spielberg. Il venait, encore tout
récemment, d'y faire expédier trois cordonniers qui, paraît-il,
complotaient en cousant la trépointe. Le peuple de la
rue fit courir aussitôt un petit sonnet qui avait tout l'air
d'avoir été préparé et dans lequel il était dit crûment
que le baron avait dû mécontenter un amateur de bottes.
Mais la police se donna le visage de prendre la chose au
sérieux.
Le cadavre était torse nu. Sa poitrine, blanche comme
celle d'une femme, était toute salie de ruisselets de sueur
séchée. C'est ce qui fit regarder avec attention le sabre
dont feu M. le baron serrait la poignée dans son poing
droit. Cela n'était pas une comédie de duel. On lui avait
longuement permis de défendre sa vie. La blessure
unique dont il était mort était singulière pour avoir été faite
au sabre qui, dans l'exaltation des combats, mâche
toujours un peu les chairs. C'était un coup de pointe, net
comme un coup d'épée, qui avait proprement percé le
cœur.
Il y avait alors à Turin un intendant de police très
entendu sur l'escrime au sabre. Cette blessure lui parut
parfaitement parlante. « C'est un coup, dit-il, qui exige
dix ans de pratique et trois cents ans de désinvolture
héréditaire. » Cet intendant était, par ailleurs, homme
d'esprit; il écrivait sous des pseudonymes de petits
romans de caractère qui ne manquaient pas de valeur. Il
donna beaucoup d'attention à un fait psychologique.
Non seulement, de toute évidence, on avait répugné au
coup de poignard dans le dos, mais encore, on avait eu la
générosité de laisser à une canaille aussi avérée que le
baron licence de se défendre, et une générosité aussi
monumentale ne pouvait, hélas! permettre aucune erreur
d'interprétation. Le Schwartz n'était pas le seul espion
de la ville il s'en fallait de beaucoup dans deux

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