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La Nouvelle Revue Française N' 164 (Aoűt 1966)

De
196 pages
Georges Perros, Quarante ans
Jean Starobinski, La Rochefoucauld et les morales substitutives (Fin)
Boisdinghem, La nuit, l'été
Henri Thomas, La Vie éternelle (Fin)
Janine Brégeon, Une journée inutile
Odile de Lalain, ŤLes Lettres vénitiennes, écrites par Fréderick Rolfe ŕ un ami, ont été publiées pour...ť
Frederick Rolfe, Extraites des Lettres vénitiennes
Chroniques :
Jean-Pierre Richard, Chateaubriand, la civilisation, l'histoire
Marcel Schneider, Roger Caillois, déchiffreur du fantastique
Jean-Claude Schneider, Kafka ou Le refus du bonheur
Jean-Louis Curtis, Miracle ŕ Leptis Magna
Jean Clair, La Maison fermée
Présences :
Pedro Salinas, Federico
Guy Bellay, Počmes
Jacques Bussy, Dixains
Anne Chesnaie, Du côté de la Terre
Fouad El-Etre, Počmes
Gérard Engelbach, Počmes
Jeanne Faure-Cousin, Dit sur le sable...
Georges-L. Godeau, Des enfants
Christine de La Tour, Vaisseau de l'ombre
Bernard Noël, La face de silence
Franck Venaille, L'été n'en finit pas
Textes :
Arthur de Gobineau, Le Mariage d'un Prince
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
QUARANTEANS
Nulleexpressionnemeparaîtmieuxcorrespondreàce quim'arrivedeplusenplusfréquemment,laissantpasser jenesaisquelventdepaniquedanslecorridorinternele longduqueltoutesportesrestentouvertessurl'absence absolue;nulleexpression,sinoncellequ'onadresseaux enfants,cesbavardspourneriendire,sinoncelle-ci«Tu asperdutalangue.»l'aurais-jeperdue?Aquil'aurais-jedonnée?Certainementpasauchat,animalaveclequelje nemesuisjamaissentid'affinités,sinonceluidegouttière, ennoirsurunfondlunaire.Aquil'aurais-jeconfiée,sinon àunmuetparexcellence,pour,peut-être,enconserverà jamaislesilence,franged'uneparoleperpétuellementmena-cée,d'uneécriturequejeneparvienspasàprendreau sérieuxadéquat,alorsqu'autourdemoicertainsindividus proclamentleuramourexclusifetabsoludelalittérature, pacteetdéfitoutensemble,leresteneprenantplus,dès lors,quelesapparencesdérisoiresdel'anecdocteintégrale; vivreneressemblantplusàrien,horslegestequasiment sacréquiporteuneplumesurdupapier,àfinsextrêmes. Quelquechosememanquepoursaisircechoixambigu,et dequelquemanièrehéroïque.Quelquechosecommeun
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
mur,commeunedureté.Jeparlaisplushautdeportes ouvertes.Oui.C'estcela.Lesportessontouvertes,et «entrer»danslavie,unefoispourtoutes,nemeserait possible,etsouhaitable,quesiune,aumoins,decesportes, restaitfermée.Maiscequimefrappedeplusenplus,c'est l'extraordinaireouverturedetout.Toutm'échappe.Ilya uncourantd'air,quiestlaviemême,quimeut,meten branlelecompteurquim'enregistre,maisjenesaisquoi defluvialentraînemapluspersonnellemécaniquedansune anéantisationsansappel.Jenepeuxguèrequeflotter,etla moindretempêtemeclamel'horreurdemaprécarité.Le ventdelalibertépousseàlamort.
IlestdevenucourantdecomparerBorgesàKafka.Leur mondeestbiendifférent.Kafkanousdécritdescauchemars quinousressemblent.Borgesnouscontedeshistoiresleshommesquenouscroyonsêtres'identifientàtousles hommespossibles.L'hommeKafka,c'estK.L'homme Borges,c'estShakespeareoulemenuisierducoin.C'est uncombinésansnuméro.Borgesestantidémocratiqueau possible,maisl'éliten'aaucunsenspourlui.Riend'un ValeryLarbaud.Borgesestunenchanteurdésenchanté, unrationalistedumerveilleux.Ilentredanslelabyrinthe, maiscommeThéséeallaitauMinotaure.Sansperdrelefil. Etsipenser,c'estperdrelefil,onpeutbiendirequeBorges s'esttoujoursgardédepenserselonlesnormesdialectiques, traversqueValeryn'apassuéviter.Borgesentredans lelabyrinthe,maisc'estpours'yrisquer,nonpours'yfour-voyer.Cequ'ilrisque,c'estdeperdrelaraison,et queserait laraisonsanscettepossibilitédedéfaiteperpétuelle?Le charmeextrêmedeBorgesvientdecettetémérité.Ils'en-foncedansnosmilleetunenuits,milleetun jours,maisla lampedel'intelligenceveille.Enaventurier.D'oùsonrefus dupathétique,del'irrationnel,esttoutàfaitpathétique.
QUARANTEANS
C'estcequiluidonnecetimmenseavantagesurtousses descendants,etilyena,quisetrouventdanslarégion Borgescommepoissonsdansl'eau,alorsquelui,Borges, luttefrénétiquementpournepastomberdanslespièges qu'ilsetend.Quelefaitd'existerluitend.Ilestsansdoute undeshommeslesplusintelligentsdel'époque,parceque sacuriositédévoranterecouvreundésertquelamortelle-mêmen'oseraitvisiter.Ouparcourir.IlyachezBorgestout cequirendnotretristefigurationpossibledanslemerveil-leux,impossibledanslaréfutationdetouteconnaissance issued'unseulhomme.Borgesestobsédéparcetteespèce decharade absurdequiagaçaitaussiM.Teste,etquiveut quepoursavoirBilfautsavoirA etquepoursavoirAil fautsavoirA,etc.An'enplusfinir.Le rêved'unesatura-tiondetouteslescombinaisonspossiblesn'estpasnouveau. Maistoujoursactuel.UnhommecommePaulhans'est atteléàcettetâchepurementsurhumaine.Borgesenasaisi lecôté«oriental»enmultipliantleshistoiressusceptibles d'éclairerl'aridecheminquinemènenullepart.Inutilede tenterdeleclasser.Borgesn'estniunmétaphysicien,niun poète,etquoiencore.Apeineest-ilBorges.Lesyeuxde l'espritgrandsouverts,ilavancedansuneduréecasséeen lignescourbes,quasimentaveugléparsonsoleilpersonnel; quidemeureunsoleildepleinair.C'est,encore,cequi ledistinguedeKafka,grandoiseaudenuitqu'aucunciel argentinnevintjamaisdistrairedesaquêtedenyctalope. Ilnefautpasêtre n'importequipourêtre n'importequi, ilnefautressembleràpersonnepourressembleràtoutle monde.Borges,quandnouslelisons,nousvoilàBorges. Borges,quandilécrit,levoilàtoutlemonde.D'où,peut-être,sonmalheur.Etnotrereconnaissance.Cethommequi seveutrienavecfrénésienousfaitdubien,nousconsole, ennousramenantauxorigines,sanssuperstition.Sans croyances.Ildonnelaplusfortesensationdel'homme moderne,danslecrâneduquelilseraitvaindechercher sérieusementdequoiperpétuerl'idéefolled'unDieusau-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
veur,maisplusvainencored'enchercherlecontraire,je veuxdireunhommegrandeurnature.Noussommestous desinfirmes.DeDieuouduDiable,ledébatresteouvert. Etlemondequinousentoure,quinousregardeindifférem-ment,ressembleàceluiqueBorgesnouslivre.L'homme,lui, neressembledécidémentpasàgrand-chose.Maisl'effortde Borgespourle«reconnaître»nousrendprécieuxson témoignage,songéniesingulier,sadétresserentrée. LalecturedeBorgesestunévénement.Ons'avise,ce faisant,quel'hommen'estpeut-êtrefaitquepourraconter deshistoires,desparaboles.Quecequirendnotreexis-tencepossibleetmémorable,cen'estpasdutoutl'Histoire, avecsesgrandsnomsréels,LouisXIV,Napoléon,etc.; maisbienladésidentitépoétiquedecesnoms,rendusàleur magieessentielle.Laphilosophien'estqu'unlourdpléo-nasme,pensersurlapenséeunefarcesublime,etdèslors, commeditBorges,le«Jepensedoncjesuis»setrouve frappédenullité.Ilditencore«Tantqu'unauteurse borneàfairelerécitd'événementsouàdessinerlesimper-ceptiblesméandresd'uneconscience,nouspouvonslesup-poseromniscient;dèsqu'ils'abaisseàraisonner,nous savonsqu'ilestfaillible.»Laformuleesthardie,maissied bienàBorges.Quivoudraitbiensavoircequenileslivres nileschosesnilesêtresneluiontlaissédiscernerpour-quoiilestetn'estpasJ.L.Borges.Ilestbon,ilestrécon-fortantquedanssestextesilfassetrèsfamilièrementétat d'uncertainBorges.Ilestbienqu'ilnes'entiennepasàun Bmajuscule,qu'ilévitel'écueilessentielquiconsisteà déniertouteressemblanceavecquiquecesoitauxperson-nagesmobilisés.Onestalorsàpeuprèscertainquec'estle contraire.Oui,cequim'étonnechezlui,etmebouleverse, c'est,parexemple,ceci«Notredestinladifférencede l'enferdeSwedenborgetdeceluidelamythologietibé-taine)n'estpaseffrayantparcequ'il estirréel,ilesteffrayant parcequ'ilestirréversible,parcequ'ilestdefer.Letemps estlasubstancedontjesuisfait.Letempsestunfleuvequi
QUARANTEANS
m'entraîne,maisjesuisletemps;c'estuntigrequime déchire, maisjesuisletigre;c'estunfeu quimeconsume, maisjesuislefeu.Pournotremalheur,lemondeest réel, etpourmonmalheur,jesuisBorges.Oui,lemondeest réel,etnousbutonssursavicieuseréalité;oui,c'estun malheurd'êtreBorges,maisc'enestunbienplusgrand d'êtrePerros.Cenepeutêtrequ'unmalheurd'êtrequel-qu'unalorsquequelquechoseenl'être,épars,nousenrend impossible,voireridicule,laconsécration.
J'aiuneexcellentemémoire.Jeneretienspresquerien.
Jemesuisfaituneplaceàl'ombre.
Lesuicide,cen'estpasvouloirmourir, disparaître.
c'estvouloir
Quandjesuis loindemes amis,jecroistoujoursqu'ils fontdeschosesextraordinaires.Maisquandonesten-semble,c'estcommesimaprésencemêmelesenempêchait.
Ilm'arriveparfoisdepenserdeschosesque,normale-ment,jenedevraispaspenser.Ellesmedépassent.Qu'en faire?Jem'aperçoisquelquesmois,voirequelquesannées après,qu'ellesmeconcernaient,qu'ellesétaientmeslimites enétatdeliberté.Quecespensées,ouidées,habitaient d'autreshommes,leurpayaientunloyer,maisquemefrô-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
lant,seposant,commeoiseau,surmabranchelaplussolide, ellesmesignifiaientque,malgrémoninfirmitémentale,je dépendaisd'elles.Etquedumêmecoupellesdépendaient demoi,danslamesured'unehalteentredeuxgrands voyages.
Aupointj'ensuisarrivé,jediraiquecequim'aparu leplusdifficile,c'estd'aimercequ'onaime,degarderpure-mentintactlepourquoid'unchoix,pourquoiquiatendance àseperdredanslesmilleetunegrottesdenossollicitations fallacieuses.Aussibienest-ilnécessairedetravailleràcette conservation,etlemottravailn'aguèrequ'unsenspour moicelui-là.Travaillerànepasfaireexprèsd'étoufferce quinousgêneetl'amourgêne.
Ilesttrèsdouloureuxdesesentircontemporaindeson langagequinenoussurvivrapas.Maisnoslimitesnous disent,bienmieuxquenosfugues,lesquellesaccusentnos limites.Quejetravailletoutelajournée,ouquejeflâne, meslimitesseprécisentdelamêmemanière. Quej'en sachepluslongsurunematière,quemonlangageenpro-fite,monécritureytrouverasoncompte,nonmonpoten-tiel,mon«essentiel».Ilyaunelettred'EinsteinàBroch trèssignificative.Jenelacitepaspourdéfendremaparesse, maispourcaractériserl'évidence,quisignifiemeslimites propres,maisenexcuse,peut-être,l'intransigeance«En effet,laformelogiqueépuiseaussipeul'essencedel'actede connaîtrequelemètrel'essencedelapoésie,ouquela sciencedurythmeetdelasuccessiondesaccordscelle de lamusique.L'essentielrestemystérieuxetleresteratou-jours,peutseulementêtresenti maisnonpascompris».
QUARANTEANS
«Lalittératureestdevenueunétatdifficile,étroit, mor-tel.Cenesont plussesornementsqu'elledéfend,c'est sa peau.» ROLANDBARTHES
LapositiondeBarthesesttoutintellectuelle,etsans douteest-celepoignantdel'histoire.Asensibilitémajeure, rigueurextrême,commesilamanifestationsensiblenese pouvaitréduire,jeveuxdiredévoiler,qu'àforcedepensée. D'oùonfait,onadressedéjààBartheslesvieuxreproches sécheresse,pédantisme,etc.Cen'estpassérieux,onlit bienmal.Iln'accepted'êtreémuqu'enaccordavecses pouvoirsmentaux.Aucombledecetaccord,voustrouvezla poésie.Barthesestunpoètedanslamesureilopèrece qu'ilvoitsansdutouts'éloignerdufoyerélectif.
POURQUOI?
Acteur.Ilyadumondedanslasalle? Régisseur.Jenesaispas.Pourquoi? A.S'iln'yapersonne,jevaismecoucher. R.Etvotretexte? A.Ilcoucheraavecmoi. R.Maisvousêtespourledire. A.Auxmurs? R.C'estvotremétier.Vousêtespayépourça. A.Paslongtemps,si. R.Çanevousregardepas.
A.
R. A.
R.
A. R. A. R. A. R. A. R. A. R.
A.
R. A. R. A. R. A. R. A. R. A.
R. A. R.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE Sipersonnenemeregarde,quejesoisou ailleurs! Ilssontpeut-êtreenretard. Alorsilsnecomprendrontrien.Cequejedisen commençantexpliquelafin. Qu'ilscomprennentounon,jem'enfous.Onne vientpasauthéâtrepourcomprendre. Alorspourquoi? Poursavoircommentlesautressecomprennent. Avouezquec'estvicieux. Unpeu. Etmoi,là-dedans? Quoi,vous? Oui,moi,qu'est-cequejedeviens? Cequevousêtes Dequiparlera-t-on?Demoi,oudupersonnage? Desdeux.Ondiraquevousjoueztrèsbienun personnagetrèsintéressant. Etsijelejouemal,qu'est-cequ'ildeviendra,le personnage? Ilattendraleprochain. Leprochainquoi? Leprochainmannequin. C'estquej'aiunefemmeetdesenfants. Çaneregardepersonne. Maissijeleurdisais. Ilss'eniraient. Pourquoi? Ilsnesontpasvenusicipourça. Maissilepersonnagequejejoueaunefemmeet desenfants? Çalesintéressera. Vousycomprenezquelquechose? Jevousrépètequ'onn'est,etquesurtoutilsne sontpaspourcomprendre.Quevousayezperdu pèreetmèredanslajournée,ilssontpour
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