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La Nouvelle Revue Française N' 171 (Mars 1967)

De
200 pages
J. M. G. Le Clézio, Le Silence
André Frénaud, La Secrčte Machine
Marcel Jouhandeau, Réflexions sur ma vie
Peter Bichsel, Explications
Étiemble, En relisant Lao-tseu
Chroniques :
Jean d' Ormesson, Passage de l'homme ou Les avatars du savoir
Jean Duvignaud, Barrčs l'étranger
Dominique Noguez, Roger Judrin ou L'homme en retrait
Claude Michel Cluny, Les Poésies d'Eugenio Montale
Jean Clair, Bonnard ou L'espace du miroir
Notes : la poésie :
Pierre Chappuis, La Terre du Sacre, par Jean-Claude Renard (Le Seuil)
Guy Rohou, La Pierre sans chagrin, par Henry Bauchau (Éditions de l'Aire/Rencontre)
Notes : littérature générale et essais :
Claude Michel Cluny, La mort de Charles le Téméraire, par Pierre Frédérix (Gallimard)
Notes : le roman :
Louis Morin, Le temps d'un livre, par Alain Jouffroy (Gallimard) - La Maison verte, par Camille Bourniquel (Le Seuil)
Guy Rohou, Le Village, par Raymond Jean (Albin Michel)
Robert Abirached, Le Voyage en écriture, par Yves Véquaud (Gallimard) - Ivre joie, par Philippe Guillemard (Gallimard)
Notes : lettres étrangčres :
Jean-Claude Schneider, Le Désert des miroirs, par Max Frisch (Gallimard)
Notes : les spectacles :
Claude Michel Cluny, Les sans-espoir, de Miklos Jancso
Pierre Bourgeade, La Passion selon Sade
Lu et vu :
Claude Michel Cluny, Novembre sur Terre, par Philippe Crocq (Guy Chambelland)
Denis Périer, Beethoven, par Edmond Buchet (Buchet-Chastel) - La musique interrompue, par Pierre Maillard (Cujas)
Guy Rohou, Les Sables mouvants, par Jean Forton (Gallimard)
Denis Périer, L'enfant ŕ femmes, par André Couteaux (Julliard) - Le pipeur d'oiseaux, par Marilčne Clément (Gallimard)
Renée Boullier, Francis Bacon (Galerie Maeght) - Alechinsky (Galerie de France)
Anonymes, Revue - Mémento
Présences :
Pierre Barat, Un déménagement
Boisdinghem, Les chats
Jean Clair, L'été ŕ la mer
Anne-Lise Couttet, Suite en noir et blanc
Alain Le Gohébel, Les ferrailleurs du Tiers Monde
Odile Naudin, La Veillée
Bernard Savoy, Avant nuit
Textes :
Charles-Albert Cingria, Quatre lettres
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
LE
SILENCE
Quandjeseraimort,cesobjetsquim'ontconnucesse-rontdemehaïr.Quandmavieenmoiseraéteinte,quand j'éparpilleraienfincetteunitéquim'avaitétédonnée,alors letourbillonchangeradecentre,etlemonderetourneraà sonexistence.Lesaffrontementsduouietdunon,les tumultes,lesrapidesmouvements,lesoppressionsn'auront pluscours.Quands'arrêteralecourantglacéetbrûlantdu regard,quandcesseradeparlercettevoixcachéequisimul-tanémentaffirmaitetniait,quandtoutcevacarmehideux etdouloureuxseseratu,lemonderefermerasimplement cetteblessure,etétendrasacouchedenouvellepeaudouce etcalme.Ilneresteraplusrien,pasunecicatrice,pasun souvenirpourmeporterau-delàdecequej'auraiété.Je nevoyageraipas.Jenecontinueraipasàlacérerletissudu réel,etl'impulsiondemaconscienceseraoubliéed'unseul coup,commesiellen'avaitétéqu'uncouinementridicule.La nappedenseetnoireretomberad'unseulcoup,etjenele sauraimêmepas.Jenesuispasfaitpourvaincre.Jenesuis quelefilmincequis'embrasesouslecouranttropfortpour lui,etquisebrûleenvoulantéclairerlesarêtesdeschoses. Etquandcefilserarompu,et quel'aveuglereprendrale monde,chaqueobjetcontinuerad'êtrecequ'ilavaitété,sans queriendemonregardaitpulecréer. Au-delàdesannées
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
etdessiècles,au-delàdesdistancesréelles,au-delàdemoi, niavantniaprès,nicausenieffet,maisjamaispluscet homme.J'aidéjàdisparudansmonimpuissance.J'aidéjà renoncédansmoninimaginable.Jesuisdéjàsoustrait, arraché,promisauvide.Jesuisdéjàmort,oui,mortdes millionsdefoisàchaquegestequejefaisaispourêtre vivant.
Quandjeseraimort,quandseserontretiréesdemoiles raisonsquimeportaientaveclesouffle,quandmonesprit disparuauraréintégrél'immensejournéetoutestégal, quandjeserairedevenupetitetquemoncorpssesera confonduaveclaplacequ'ilavaitoccupéedanslemonde, alorslesvieillescontradictions,lesdoutes,lesrythmes s'évanouirontd'eux-mêmescommedesillusions. Cetinstant magiquequejenevivraimêmepasauralieu.Cenesera pasunpassage.Ceneserapasunemétamorphose,niune trahison.Ceserasimplementeffectué,sansheurt,sansque riendu mondebasculeousedétériore,commeunvoile légerqu'onenlève,commeunegoutted'eauquisèchesur lasurfacedepierreinchangée,commeunesorted'ombre projetéequis'effacequands'arrêtelefluxlumineuxqui l'avaitrendueréelle.Cequej'avaiscruêtreladifférence fondamentaleentremoietlemonde,cetteséparationqui avaitétémondrame,toutcelafondra,sedissoudrafacile-mentsanslaisserdetrace.Sanslaisserdesouffrance.L'éten-duematériellehorsdel'exprimableredeviendracommeelle n'avaitjamaisvraimentcessédel'être.Plane,nette,indéfi-nimentofferteetinaliénable.Latroubleatmosphère,les jeuxoptiques,lesfluctuations,lescyclesetlesloisauront toujourscours,maisilsn'ouvrirontpluslaconnaissance, maconnaissance.Commecelaavaitétédesmilliardsetdes milliardsd'années,desièclesoudejoursavantmoi,cela continuerapourlesmilliardsetlesmilliardsdesiècles, d'annéesoudejoursaprèsmoi.Toutcequej'avaisconnu, senti,aimé,déterminéetdontjem'étaisunpeucrulemaître
LESILENCE
resteraalorsquejeneseraiplus.Monroyaumeseraplus longquemonrègne,etmascienceplusprofondequemon savoir.Jequitteraidonc,sansavoirrienpossédé.Jepar-tiraisanspouvoirrienvoleretemporteravecmoi,parven-geance,dansmonnéant.Mamortmedépouillera,etjene pourraimêmepasretenirunhaillon.Commej'étaisvenu, vide,jeretournerai,vide.Laplaiedemavien'auraétéque mapropreblessure,etlasouffrance,lescris,lebonheur,non pasmesbiens,maiscequej'avaisétéobligédedonnerau mondedansmavie. Lelangage,lessentiments,lesidées,toutcequej'avais reçudesautresmaisquej'avaisacceptécommemien,etqui m'avaitaidéàvivre,toutcelan'étaitdoncqu'illusion?Tout celan'était-ilquechimère?C'étaientlesétincelles dema vied'hommedanslemonde,ettoutcelapourradisparaître sansdifficulté. Quandjecesseraid'unseulcoupd'êtrelecentredu monde,lavéritéinconnuereprendrasonvisage.Quandmes yeuxserontfermés,ilsneverrontpaslepaysagedivine-ment,magnifiquementréelapparaître.Quandmoncœur auracessédesursauter,magorgedesecontracter,mespou-monsdes'emplird'air,quandmonsangarrêterasonva-et-vientlelongdemoncorpsetcommenceraàs'épaissir,à séchercontrelesparoisdesartèresetdesveines,quandma peaunesentiraplusledur,niledoux,nilefroid, nile chaud,maisseferafineetcraquanteetcrèveracommele papierd'unecigarettepourlaisserglisserlesentrailles mortesquandmesonglestomberont,etquandlaterre entreradansmesorbitesetempliramoncrâne;quandmes ossedétacherontlesunsdesautresets'écraserontenpou-drecommelapierrequandl'eau,lefeu,lesgrainsdesable, lesoxydes,lesracinesdesarbustesetlesversetleslarves auronttoutépuisé,toutrongé,toutécrasésousleurpoids; quandlesgénérationsdesautreshommes,lesguerres,les civilisations,aurontainsipasséàlasurface,respirantle mêmeairquemoi,buvantlamêmeeau,etnourriesdes
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
parcellesdemoncorps,est-cequ'ilyauraencorequelque chosedeténu,depalpitant,d'infime,mêmeplusunedouleur niunejoie,maisunfantôme,unsouvenirconfusetlointain quimedonnerauneâme? Etquandcesgénérationselles-mêmesaurontpassé,quand lesderniershommesaurontdisparu,quandlaterreetle soleilaurontétéengloutis,seserontconfondusaveclevide, restera-t-ilquelquechosedemoidanslapluspetitepartie d'unatome?Yaura-t-ilseulementunepoussièreflottant dansl'espaceabsoluquiporteraencorelesignequej'ai vécu etquej'aipenséàceschoseséternelles? Maintenant,le soleildemaconsciencebrûleavecferveur. Lalumièredemonregardestéblouissante,insupportable. Maisplustard?Quandcesoleilaurasuccombé,quandce regardseserafermésurlemonde,qu'yaura-t-il?Jesuis celuiquejesuis,avecardeur,avecjoie;commentcroire quecebrasier,quecevolcanviolentetdouloureuxpourra s'éteindre?C'estquecesoleilnebrûlaitpasdanslemonde; cefeun'étaitpasinscritdansl'ordredeschoses;ilétait enmoi,dansmonchaos,etc'étaitfatalement,incompréhen-siblement,MONSECRET. Au-delàdulangage,au-delàdelaconscience,au-delàde toutcequiétaitformeetvivait,étaitl'étenduedelamatière totale,delamatièrebrute,livréesansbutàelle-même. Au-delàdemoi,par-delàleprismedemavéritéindividuelle, ilyavaitcemondequineveutpass'exprimer.Tantqueje vivrai,tantquejeverrai,jenepourrai rienconnaître.Tout cequejesentirai,neserapasfaux,neserapasillusoire, maisneserapas.J'auraibeauvouloirretournerversla mère,ellenemerecevrapas.Ellenevoudrapasdemoi vivant.Ellenem'accepteraquelorsquejeneseraiplusrien. C'estsaloi. Ilfautquej'attendecemoment.Ilfautquejefassedecet instantmonespoir.Lorsquemonêtresedissoudra,lorsque monunité précaireexplosera,jecommenceraienfinàpéné-trerlanatureimpénétrable.Toutcequejen'avaispassu,
LESILENCE
toutcequejen'avaispasimaginé,toutcequejenepouvais seulementconcevoir,meseradonné,ainsi,sansintermé-diaire,endehorsdel'intelligence.Lorsquejecesseraid'être un,jedeviendraiun,etlorsquejenepourraiplussavoir, jebaigneraidansl'immense,ineffableocéandelaconnais-sance. Commelamortestleparachèvementdelavie,cequilui donneformeetvaleur,cequifermesaboucle,demêmele silenceestl'aboutissementsuprêmedulangageetdela conscience.Toutcequel'onditouécrit,toutcequel'onsait, c'estpourcela,pourcelavraimentlesilence. Pouratteindreenfinledomainenerègnentplusla lumièreetl'ombre,pouratteindrelelieumagiquedecequi estrévélésansfin,etsanspouvoir;l'hommeluttepourarra-cher,pourétreindre;illuttedoncpourêtrearrachéet étreint.Ilnelesaitpas,oubienneveutpaslesavoir.Car iln'apasd'autresmoyenspours'oublierquedeseconnaître, etpuisqu'ilnepeutpasentendrelavoixinhumainequiest derrièrechaquechose,lavoixquidonnelaclédumystère delacréation,ildénommeetrendhumainpourmieux oublier.Maisl'issuerestesemblables'ilatantcrié,c'est poursetaire,s'ils'esttantbattu,c'estpourêtreenpaix. Celaestnormal;cen'estpascontradictoire.Tantde parolespourfinirdanslesilence,cen'étaitpasunvainjeu. Lavieavaitformésonespècedecloque,elleavaitfaitémer-gerlemorceaudematièreau-dessusdesautres.Lui,cequ'il voulait,profondément,intensément,instinctivementpresque, c'étaitréintégrerl'ensemble.Détruirecettedifférence.Il nevoulaitpasdecettesolitude,ilnevoulaitpasdece pouvoirincomplet.Ilnevoulaitpasvraimentdecette liberté.Alors,poursedéfendre,pourlutter,etsoutenu danssonfutilecombatparlesmouvementsdesonexis-tence,ilainjurié,ilablasphémé,ilamauditlemonde brutal.Ilareniésanaissance,ilavoulusedélivrerde samort.Ilavouluquecessâtcetinstantquifûtl'instant delavérité,ilavouluquecesoitcettesecondequifûtl'éter-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
nité,cettemiettedeconscienceetdesciencequifûtlepou-voiretlesavoir.Ilavouluquecesoiticiletemps,ici l'espace,icilaréalité,etnonpaslà-basdansl'étendue procheetlointainedelamatièredébarrasséedel'homme. Puisqu'ilnepouvaitpasconnaîtreniaimercetinfini,ila voulul'oublier.Ilacrééd'autresrègnes,devaientpersé-vérersavieetlesœuvresdesonlangage.Iln'apasaccepté quesonregardpuisses'éteindreunjour,etilavoulupro-longerceregardau-delàdel'horizonétabli.Maisenfaisant cela,ens'enivrantainsidesondésespoir,jusqu'àl'espoir même,c'étaitlamortqu'ilvoulaitretrouver.Enparlant avecsalangue,ilvoulaitêtremuet.Endardantsonregard, ilvoulaitêtreaveugle.Enécoutantavidement,ilvoulait êtresourd.Enmarchant,ilvoulaitêtreparalysé.Ensentant avecsapeauetsesviscères,ilvoulaitêtresansnerfsetsans chaleur. Lamortn'estplushaïssable.Cevide,cetteéternelle nuitquientourelavieetl'opprime,nedoitplusfaire souffrir.Cen'estpasungouffre;cen'estpasunebouche quiveutgoberetdétruire.Lamortestlà,quotidienne-mentexposée.Elleestcequelesyeuxnepeuventpas voir,cequelecorpsnepeutpassentir,cequel'espritne peutpascomprendre.Elleestcequi,danslemonde,n'est pasmoi,cequidanslemondeestmonde,puretsimple mondequiagitetporte;ceslumières,cesactions,ces espacesréelsnepeuvents'abolirtoutestfaitpourdurer, pourdurerau-delàdemoi,au-delàdemontempsetde monaire.Cettepaixquiviendran'estpasensevelissement cetteréalitén'estpasextinctiondelaréalité.Toutcequi doitmourir,toutcequidoitdisparaître,estenmoi,en moiseulement. Celuiquejesuis,celuiquejedevaisêtren'avaitdonc pasd'importance.Iln'étaitqu'unmomentparmid'autres. Enréalité,depuislongtemps,depuistoujours,ilapparte-naitàl'immensitédecequiétait. Iln'yavaitpasdecontradiction,pasd'amertumeàres-
LESILENCE
sentir,nidehonte,nidehaine.IIn'yavaitpasdesalut, pasdeconsolation.Cequej'avaisreçu,auplusprofond demoi-même,cedonmiraculeuxquejenepouvaispas juger,c'étaitcemouvementdel'infinitéàl'infinité.Sans levouloir,sanschoisir,j'avaisététiréduchaos,etje devaisretournerauchaos.Percevoir,connaître,désirer étaientdesactionspassagères.Ilsétaientlespointsde repèredanslepetitdramedemonexistence. Cequiestétendu,cequiestpuissantetquirésout, c'étaitcetétatdenitriomphenidéfaite,cetétatd'identité. Etrecettepoussière,êtrececaillou,cetteparcelle,etsavoir intimementquetoutcequiestvraiestdansl'impercep-tible,dansl'inconnaissable,dansl'indéchiffrable. J'aitouchélemondedelamort;j'aivudemesyeux, etj'aireconnucemondequiacourslesangles,lesreliefs, lescouleurs,lestachesdelumière,l'horizon,lesoleil,les nuages,lesanimauxvivants,lesarbres,lefeu.Toutcela jel'aivu;j'aicruquec'étaitvivant,quecelan'avait d'autreformequecellequeproposaientmessens.Mais celaavaitd'autresformes,etd'autresvies. J'aivulemondegigantesquedecepointdelaterre.De monbalcon,j'airegardécequim'encerclait,commesi j'enavaisétélecentreet la signification.Puis,comme celaparaissaitinfini,j'aicruquel'onpouvaitdonnerune idéedeceschoses,uneidéedégagéedelamatièreetqui nesoitpasuniquementhumaine.Maisc'étaitfauxmain-tenantjesaisquejen'aijamaisquittémoncorpsetmon âmed'homme.Pis,jesaisquejen'aijamaisquittéce siècle,nicepays.Plusjevoulaissortirdemoietme répandredanslemonde,plusjem'enfermaisdansladou-bleprisondemonindividuetdemeshabitudes.Quand jevoulaisvoiraveclesyeuxdescrabes,c'étaitavecmes yeux.Quandjevoulaissentiraveclesfibresduchêne, ouaveclesfeuillesdel'eucalyptus,c'étaitencoreavecmes nerfsetavecmescellules.Quandjemecroyaisleplusloin dansl'espacefou,j'étaisici,seul,enchaînéparmaraison,
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
etdépourvudefiction.Envoyageant,jerestaissurplace, etenimaginant,jenefaisaisquemerecréersanscesse.En parlantd'autreslangages,enécrivantd'autressignes, c'étaientmesmots,mesmots,toujoursmesmotsque j'énumérais. Etjenepouvaispasnepasmetromper.Car,restant dansmonesprit,jugeantavecmonesprit,distraitparmon esprit,jenepouvais pasarriverailleursquedansmon esprit.Envoulantluttercontreletemps,contrel'espace, contrelamatière,c'étaitcontremoiquejeluttais,etc'était parmoi-mêmequej'étaisvaincu.Enopposantcommeje lefaisaismamortàmavie,j'augmentaislaséparationetle mal.Jem'éloignaisdelaseulepaix,delaseulevérité,qui n'étaitpasdansledrame,maisdansl'union. Comprendre,toujoursvouloircomprendre,orgueil démesuré,insensé,invivable;commentpourrais-jecom-prendre?Jen'airienpourm'appuyer.Cequejecompren-drai,ceneserapaslemonde,nimêmemoidanslemonde. Ceseraunreflet,uneimagefugaceetmobiledecequi m'estapparu,etdontjenesuismêmepassûr.Jepourrai àlarigueurutiliser,adaptercertainesloisauxloishumai-nes.Fabriquerdesoutils.Meservirdecequiestoffert. Maisjenecomprendrairien,jeneconnaîtrairien.Jamais nes'ouvriralesecretdel'enchaînementdeséléments.Je nepourraijamaisrientenirpourcertain,pourétabli durablement.Cartoutcequej'approcheraiserasoumis auprinciped'écoulementdemonesprit.Etsurtout,jene pourraijamaisriencréer.Cequejepense,cequepense l'hommenem'appartientpas.Celan'estquenéantpar rapportàlacolossalepossessiondurègneétendu,où,dans lavieetdanslamort,semanifestelapuissanceincoercible decequiest. Parlesmotslesplusforts,parleschiffres,parlesidées lesplussubtiles,jenedemeureraipas.Jenetransformerai pas.Parleplusgranddespouvoirssurlamatière,parle désirleplusviolent,jenerégneraipas.Jenesurvivrai