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La Nouvelle Revue Française N' 181 (Janvier 1968)

De
204 pages
Jean Grosjean, Hymne d'Isaac vieillissant
Cioran, Rencontres avec le suicide
Roger Judrin, Dialogues
Étiemble, Délicieux Éleuthčre
Boisdinghem, Question Soleil
Jean Duvignaud, La Révolte de Rima
Chroniques :
Henri Thomas, Armand Robin sans feu ni lieu
Philippe Sellier, De Pascal ŕ Baudelaire
Robert Abirached, Loin des boulevards
Claude Michel Cluny, Le Samouraď, de Melville
Jean Clair, La chair et les cendres
Marcel Schneider, L'Orchestre de Paris
Notes : la poésie :
Jean-Pierre Attal, E, par Jacques Roubaud (Gallimard)
Jacques Chessex, Temps pyramidal, par André Miguel (Fagne)
Alain Bosquet, Galaad en miettes, par Michel Vachey (Guy Chambelland)
Notes : littérature générale et essais :
Jean-Claude Schneider, Ma sur, mon épouse, par H. F. Peters (Gallimard)
Jean Follain, La lutte des classes sous la Premičre République, par Daniel Guérin (Gallimard)
Jean Duvignaud, Érotique de l'Espagne, par Xavier Domingo (J.-J. Pauvert)
Notes : le roman :
Bernard Savoy, Terra Amata, par J. M. G. Le Clézio (Gallimard)
Guy Rohou, Un animal doué de raison, par Robert Merle (Gallimard)
Dominique Noguez, L'Échec de Nolan, par Claude Ollier (Gallimard) - Navettes, par Claude Ollier (Gallimard)
Claude Michel Cluny, Rosa, par Maurice Pons (Denoël)
Guy Rohou, Les Amours infantiles, par Charlotte Crozet (Gallimard)
Dominique Aury, Élise ou La vraie vie, par Claire Etcherelli (Denoël)
Jacques Bersani, La Manifestation, par Éric Westphal (Gallimard)
Notes : lettres étrangčres :
Jacques-Pierre Amette, Carson Mac Cullers
Jean Pérol, La Femme des sables, par Abe Kobo (Stock)
Michčle Pirazzoli-t'Serstevens, Six récits au fil inconstant des jours, par Shen Fu (Éditions F. Larcier)
Notes : les spectacles :
Jacques-Pierre Amette, Éclairage intime ou Le cinéma de la vie ordinaire
Notes : les arts :
Renée Boullier, Le Triptyque de Jean Hélion
Robert Abirached, Exposition ŤHeptať, de Byzantios (Musée Galliera)
Jean-Jacques Lévęque, Pierre Roy (Galerie André François Petit)
Lectures :
Alain Bosquet, Joie, par Maria Banus (Seghers)
Patrick de Rosbo, L'obsession de Delphes, par Jean Sullivan (Gallimard)
Guy Rohou, Un jeune couple, par Jean-Louis Curtis (Julliard)
Denis Périer, Le temps du partage, par Christian Guillet (Flammarion)
Dominique Noguez, La Frontičre, par Régis Debray (Le Seuil)
Anonymes, Revue
Présences. Počtes roumains :
Gellu Naum, La croűte
Eugen Jebeleanu, La voix de la cendre
Magda Isanos, Le matin
Nina Cassian, Les baisers
Tiberiu Utan, L'arbre qui marche
Nichita Stanescu, Histoire sentimentale
Marin Sorescu, Shakespeare
Ana Blandiana, Il faudrait
Textes :
Anonymes, Histoires qui sont maintenant du passé
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Tonombreestlueurdanslesfeuilles quands'allumeàtondoigtVesper sansquecessesousl'ondeéteinte l'abletteoudansmoncœurlesonge. Mais silanuitdehalteenhalte retournesouslesfeuxtremblants avecsonhaleinelaiteuse versmonséjourd'hier,lejour m'ycernedetorpeursetl'ombre n'estplusavecsesfeuxqu'enmoi.
Tonombreestlueurjemonte nevoirqueparéclairs,vertige, lemondeauxbougementsdesfeuilles etsilanuem'aveugleentendre tonsouffleàpeine.Ainsiremontent nosjoursetlesmortsàleursource. N'ysurnagequ'unrireenl'ombre
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pareilauxaubessouvenues quisurprenaientl'ombreoutardaient sansquelaneigeeûtfermél'œil.
Tonombreestmafièvrelalampe semeurtfaceaucielnoirdesvitres. Jemeretournesurmacouche tonnomfaitunbruitdefeuilles. Tonnomestl'ardenteinsomnie quivadéchirerd'âmel'ombre. Maissilesnuitssontsurtesyeux etlessymptômessurtonâme laisseengageauxcorbeauxd'hiver lebléquenousthésaurisâmes.
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Quandjesortaisdanslatempête tanguentlesauleetlapie jesentaistesyeuxsurmonâme. Ilsn'ontplusdeclartésqu'aveugles depuisquel'ombrelesfascine. Ainsisombreunongledelune surledernierhameaudumonde. Onm'alaisséseulavectoi dontlecorpsobscurcinevoit salueurqu'au-dedansdudieu.
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lafêtedecette
Plusjevais,plusjevoiss'amenuisermeschancesde metraînerd'unjouràl'autre.Avraidire,ilenatoujours étéainsijen'aipasvécudanslepossiblemaisdans l'inconcevable.Mamémoireentassedeshorizonseffondrés.
Ilexisteennousunetentation,plutôt qu'unevolonté, demourir.Cars'ilnousétaitdonnédevouloirlamort,qui n'enprofiteraitdèslapremièrecontrariété?Unautre empêchementjoueencorel'idéedesetuerparaît incroyablementneuveàceluiquienestpossédé;ils'ima-ginedoncexécuterunactesansprécédent;cetteillusion l'occupeetleflatte,etluifaitperdreuntempsprécieux.
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Cettefureurenpleinenuit,cebesoind'uneultimeexpli-cationavecsoi,avecleséléments.D'uncoup,lesang s'anime,ontremble,onselève,onsort,onserépète qu'il n'yaplusaucuneraisondetergiverser,dedifférercette fois-ci,ceseratoutdebon.Apeineest-ondehors,un imperceptibleapaisement.Onavancepénétrédugestequ'on vaaccomplir,delamissionqu'ons'estarrogée.Unrien d'exultationsesubstitueàlafureurlorsqu'onseditqu'on estenfinparvenuauterme,quel'avenirseréduitàquelques minutes,àuneheuretoutauplusetqu'onadécrété,desa propreautorité,lasuspensiondel'ensembledesinstants. Vientensuitel'impressionrassurantequevousinspire l'absenceduprochain.Tousdorment.Commentabandonner unmondel'onpeutencoreêtreseul?Cettenuit,qui devaitêtreladernière,onn'arrivepasàs'enséparer,on neconçoitpasqu'ellepuisses'évanouir.Etonvoudrait ladéfendrecontrelejourquilasapeetbientôtlasubmerge.