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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
L'HEUREDEMIDI
Unsouvenird'enfance
Midij'entendslesdouzecoupssonnerauxéglisesde lavilleetparticulièrementàcellequiestvoisinedela maisonj'habiteavecmesparents.Jehâtelepas.Ils'agit de nepasarrivertropenretard.Siencorejepouvaisne pasdépasserlesecondcoupdemidi,celuiquisonnetrois minutesaprèslepremier!Lachoseestaventurée,ilfaut courir.Detoutefaçonje trouveraimesparentsassisà tabledansl'attitudedejugesau tribunal.Jeneparaissais pasdevanteux,jecomparaissaisquandilétaitmidicinq. Jeneparlepasdemididix!étais-tu?Quefaisais-tu? Jenepouvaisrienrépondresinonquej'étaisavecuncama-radeetquejenefaisaisrienqueluiparleretluime parlait.Autrementditjeflânaisetcelam'occupaittelle-mentqu'aucuneplacenerestaitpourautrechose.L'heure passait,heureuseparcequ'ellen'appartenaitpasautemps, qu'elleétaitmiseentreparenthèsescequin'empêchait paslesproblèmesdeseposermaisdétournaitd'euxl'atten-tion.Etc'étaientlesdernièresminutesquiétaientlesplus précieusesparcequelesplusmenacées. Ilm'étaitimpossibledemanquerlerepasfamilial,non
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
pasquelesconviveseussentappétitàtelmomentdonné, nonpasquenousfussionsheureuxdenousrevoiràce momentparticulier,maisparcequelachoseétaitétablie ainsiunefoispourtoutesetqu'ilétaitinterditdetoucher àcetteinstitution.Pourtantmesparentsm'aimaientbeau-coup. L'autrejourjedemandeàuntaxidemeconduireassez loin.C'étaitlafindelamatinée.Lestaxisdelastation étaientpartislesunsaprèslesautres.Iln'enrestaitplus quedeux.Midisonne.Leschauffeursàquijem'adresse m'opposentunrefuscatégorique.Commej'insiste,ilsme disentl'unaprèsl'autre«Jen'aipasmangéJeretourne Un chezmoi.troisièmequivientd'arrivermeregarde d'unairsévère.Etpuisl'indulgencel'emporte.Ses explicationsm'ébranlentd'autantqu'ellesfontétatd'un horairedetravailtroplongetd'unretardquipourraitêtre funeste.Jen'insistepas. Monexpériencefamilialepeutdoncêtreditenationale. LesFrançaislorsqueapprochel'heuredemidisontprisde panique.Lesbureauxfermentprécipitamment.Lesmaga-sinsdespetitesvillespoussentleursverrous.Jusqu'àces dernièresannéeslesbanquesetlesbureauxdeposteavaient leurported'entréegardée,nondepeurdescambrioleurs maisdepeurdesclients,dixminutesavantl'heurede fermeture. Cenesontpaslesaffresdelafaimmalgrél'insuf-fisanceducafématinalquidéclenchentdesmoments d'effroietdefuite.C'estl'observanced'unritesacré1. Pourquoidonca-t-onattribuéauxsociétéspolynésiennes etprécolombiennesl'institutiondutabou?Dessociologues plusavertisqueceuxdelagénérationprécédenteont démontréqu'ellesavaientinventél'artsavantbienque
1.Cf.lechanoinemisenscèneparBoileaudansLeLutrin Etdéjàtoutconfus,tenantmidisonné, Ensoi-mêmefrémitden'avoirpointdîné.
L'HEUREDEMIDI
déroutantdelanomenclatureetqu'ellesavaientétabli desstructuresqui,sansêtrelogiques,n'enétaientpasmoins dignesdeconsidération. Quantànous,ilestsuperfluderappelerquenotre vieestaussiencombréed'interditsquelesroutesbien signalisées. Lesbarrièresquinouscernentsontenpapier.Qu'ya-t-il deplusgrotesquequecetteobligationpourunpeuplede mangeràmidijuste?Ou,àlarigueur,demangeràune heurequisoitcalculéeparrapportàcelle-là?Ilsuffirait d'étendrelamainpourcrevercettecloison. Demêmepourtouteslesautres.Iln'yad'intouchable quecequin'apasététouché. L'oncomprendbienl'intérêtquepeutavoirtoute sociétéàédifieretàrenforcercesinterdits.Larépression laplusefficaceestcellequisefaitdel'intérieuron l'appelleaujourd'huimise encondition.Quel'individu mesuredelui-même saconduiteetjusqu'àsapensée! L'hommen'oseraplusrienfairequinepuisseagréer.La terreurdevienttotalequandchacunestprisonnierdes habitudesdepenséequ'onluiainculquées.Etlessanc-tionsdeviennentinutiles. Sil'hommesefabriquedesinterdits,ilfabriqueen mêmetempsdusacrélamêmechose,lamêmeaction estàlafoisl'objetd'un interditetl'incarnationd'unsacré. Sil'heuredemidinedoitpasêtretransgressée,elleledoit àcedoublecaractère. Etrangequalitépossédéeparl'hommeBergsonadit deluic'estunemachineàfairedesdieux.Etendons sapenséec'estunemachineàfairedesdieuxetdes chosesdéifiées. Ilseraittentantàceproposd'opposerlesanimaux auxhommes,lespremierscourantàleurplaisiravecun aveuglementjoyeux,lessecondss'empêchantdejouirde lavieens'inventantdesempêchements.Orlesanimaux connaissenteuxaussilestabous.Leschiensàquil'on
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
donnedesmorceauxplussavoureuxqued'habitude,desos depremièrecatégorie,vontlesenfouirdanslaterre,loinde lamaison,loindeleursmaîtres.Ilsirontlesdéterrerplus tardmaisnelesentamerontquepeuàpeu.Leurconduite ressembleàcelledeshommesquiaulieudefaireunbon repasouunbeauvoyagevontporterleurséconomiesàla Caissenationale(d'épargneetde prévoyance).Ilsnele fontpastoujoursparcalculmaisparcequelasomme quileurestéchueleursembletropprécieusepourqu'ils ladépensentimmédiatement.Ilslarendenttaboue, encouragésqu'ilssontparlesbanques,lesfamillesetles Etats. Pourenreveniràl'heuredemidi,jevoudraisbien luitrouverune«justification»,commeonafaitpourl'or etlediamant. L'orn'acesséd'êtreappréciéàtraverslessièclesque parcequ'ilestunmétalrare,brillantetinaltérable, lediamantparcequ'ilestcapabledecouperetqu'ilrésiste mieuxquelesautrespierresauxagressions.Midi,ce seraitlemilieudujour,l'heurelesdeuxaiguillesse rejoignent,ceseraitl'heurelesoleilestàlamoitiéde sacourseouestcensél'être.Midiestlesymboledu partage,leplussimplequisoit,lepartageparmoitié. Etl'antagonistesetrouveêtrenaturellementminuit.De uneantithèseàlaHugofavoriséeparcepenchantau manichéisme quiestlepropredetoutepenséenon dégros-sied'uncôtéleBien,del'autreleMal.Maisaucune decesraisonsn'estlabonne Unegrandetristessevousprendàpenserquejusqu'à lafinduMoyenAgepersonnenedoutaitdelavertu deschiffresetdelatoute-puissancedesastres.D'innom-brablesspéculationssesontsuccédésurlechiffredouze, sansparlerdesthéoriespythagoriciennesdanslesquelles
1.Ilexistedefortesraisonsenréalité,d'ordreculinaireetd'ordre éthiquesurlesquellesjereviendraiunjour. Jen'enveuxiciqu'àl'insti-tution,nonàl'usage.
L'HEUREDEMIDI
leschiffressontlessymbolesdesvertus,parexemplele septdelasanté,lehuitdel'amour;letrois,quimarque lecommencement,lemilieuet lafinetpourcertainsc'est lemoteurdeladialectique,leschosesrestantenétattant quelechiffredeux,symbole destabilité,n'estpasdépassé. Ladécade,étantlasommedesquatrepremiersnombres (1+2+ + 34),estlenombreleplusparfaitpourles pythagoriciens.L'apothéoseduchiffredouzeestdueaux Babyloniens,suivisparlesAnglais. Icicommeailleursl'onconstateunmélangedusacré etduprofane.L'avantagedusystèmeduodécimalestcer-tainilpermetdesmultiplicationsetdesdivisionsplus nombreusesquelesystèmedécimal.Cen'estpascette qualitéquifait saforce,d'autantquesesinconvénients l'emportentc'estl'accoutumance;et lasuperstitiondu passésedoubled'unesuperstitiond'unautreordrecarac-tériséepar«laSymbolique». Lablancheurestlesymboledelapureté,quecesoit celleducygneoudel'hermine,lelionestlesymboledu courage,etainsidesuite.Nousnousdivertissonsàtrouver deséquivalentsplastiquesdessentiments.Iln'estpas déplaisantdetraduirecessentimentspardesimagesou pardeschiffres.Ledangervientdecequelessymboles prennentunevieindépendante.Ilsdévorenttoutcequi n'estpaseux.Orjevoistoutel'humanitéatteintedece cancer. Alorsquelechristianismeavaitdélivrélemondeantique dessuperstitionsquil'encombraientetrendaientdifficile laviequotidienne,lemondemoderne,quiparaissaitêtre affranchidecequiconstituait«l'arrière-monde»,estde nouveauséduitparlessoi-disantsciencesdeladivination leshoroscopesnesontpasseulementconsultésparles prostituéesquiveulentsavoirsiellestrouverontleclient idéalgrâceàlajonctiondeVénusetdeMercureetpar lesmidinettesàlarecherched'unretourd'affection. L'onsecroitrevenuàl'époqueavantdelivrer
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
bataillelesgénérauxconsultaientlevoldesoiseauxetles entraillesdespoulets,ilsimmolaientdesbœufspourse rendrelesventsfavorablesetparfoismêmedeshommes l'onsecroittransportéauMexiqued'avantCortezdescentainesdeprisonniersétaientsacrifiéspourquele soleilrassasiéselevâtlelendemaind'unemanièresûre. Les chiffresontvraimentexercéunefascinationsur l'esprithumain.Lathéoriedesnombresentiersremonte auxâgeslesplusreculésc'estunenumérologiefantai-sistequiaccordedesprivilègesàtel outelnombresui-vantlalongitudeet lalatitude,commeditHenriPoincaré. Sil'entreprisen'étaitfastidieuseonpourraitrenouveler pourlesthéoriesdesnombrescequeFlaubertatenté pourlessystèmesthéologiquesdanssaTentationde saintAntoine. Pournousentenirauxpythagoriciensdontlesdécou-vertesforcentl'admirationetqu'onnepeutaccuserd'être superstitieuxausensmodernedumot,leschiffresavaient, onlesait,unevaleursymboliqueinextricablementunieà leurvaleurnumérique.Quatrereprésentaitlajustice,sept ne lasanté,huitl'amour;etles«justificationsman-quaientpas,puisqueparexemplel'amour,équivalentà l'harmonie,trouvesaplusparfaiteexpressiondansl'octave. Qu'est-cequ'unami?demandait-onàPythagore,etil répondaitc'estceluiquiestunautremoi-même, comme sont220et284.Eneffet,sinouscalculonslenombredes diviseursde220,nous nousapercevronsqu'ilsdonnent pourtotal284;etletotaldesdiviseursde284est220. Quantauxnombresparfaitscesontceuxquiéquivalent àlasommedeleursdiviseurs,tels6et28. Laissonsdecôtélesnombresamisetlesnombrespar-faits,neparlonspasdesnombrespremiersdontla rechercheaétépluslaborieuseetmoinsinféconde. Contrairementàcequ'onpourraitcroire,cenesontpas tantlesartistesetlesécrivainsquipropagentcesconcep-tions,cesontlesespritspassionnésd'exactitude,
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
ellefaitlepoint,critiqueetbibliographique.Laformule évoquecellequ'utiliseexcellemmentenFrancelarevueCri-tique.Danslederniernumérode1967,parexemple,c'était,à proposdesConfessions,uneétudesurStyronparLouis D.Rubin,Jr.,quitendàseprésentercommelecontinuateur del'oeuvredeJayB.Hubbell.Cetteannée,lesnumérosparus ontétéconsacrésàMakingIt,l'autobiographieducritique (contestable)etintellectuel(degauche)NormanPodhoretz; ausecondroman,TheLastUnicorn,d'unjeuneécrivainà NewYorken1939,PeterBeagle;àl'oeuvredeWilliam Mervin,poèteettraducteurdecertainsdestextesespagnols anciensdontlatraductionfrançaisevientdenousêtredonnée parM.Molhodans.RcMKMMpicaresquesespagnols(LaPléiade) enfin,àThomasKinsella,poèteirlandais.
THEMISSISSIPPIQUARTERLY,volumeXXI(Mis-sissippiStateUniversity,StateCollege,Mississippi).
Cetterevue«deculturesudiste»devientpeuàpeu,faute d'unlocussolus,larevued'étudesfaulknériennes;noblesse oblige.Ainsi,sonderniernuméroestconsacréauxnouvelles deFaulknerundomaineencorerelativementinexplorépar lacritique.Danslesnumérosprécédents,lesauteursétudiés sontPoe,Cabell,CarolineGordon,AllenTate,etc.
MODERNFICTIONSTUDIES,volumeXIV(Depart-mentofEnglish,PurdueUniversity,LafayetteIndia-na47907).
Cetterevue,limitée,commesontitrel'indique,auroman contemporain,donnechaqueannéeunoudeuxnumérosspé-ciauxquinesontjamaissansintérêtledernierestconsacré à Hemingway(Automne1968),l'avant-dernier(Printemps 1968)l'était,parunelégèredérogationchronologique,àMark Twainou,plusprécisément,àHuckleberryFinn,l'undes livreslesplusimportantsquisoientpourl'étudedelacons-cienceaméricaine.Chaquenumérocomporteunebibliographie signéedeMauriceBeebe,dontlenomestfamilierauxlec-teursdelaRevuedeslettresmodernes.