La Nouvelle Revue Française n° 196 (Avril 1969)

De
Jean Grenier, L'heure de Midi
Roger Grenier, Le combat contre le paravent
Jude Stéfan, Libères
Étiemble, Japanalia
Henri Thomas, La Relique (Fin)
Pier Paolo Pasolini :
Georges Piroué, Pasolini romancier
Dominique Noguez, Pasolini-Roi
Jacques-Pierre Amette, Théorème, le film le plus prétentieux de l'année...
Claude Michel Cluny, L'amour avec l'Ange
Chroniques :
Jean-Marc Blanchard, Organt de Saint-Just et le Destin
Jean Pérol, À la recherche de l'héroïsme, de la tendresse et de la licornéité : Roger Vailland
François-Bernard Mâche, Langage et musique
Robert Abirached, Don Juan, le Diable et Dieu
Claude Esteban, L'ordre carolingien
Notes : la poésie :
Pierre Chappuis, Sommeils, par Roger Kowalski (Grasset)
Claude Michel Cluny, L'histoire de la peinture en troix volumes, par Mathieu Bénézet (Gallimard)
Notes : littérature générale et essais :
Jacques Bersani, Jeux et sports (Gallimard)
André Goosse, Le Jargon de Villon ou Le Gai Savoir de la Coquille, par Pierre Guiraud (Gallimard)
Guy Rohou, Les Chimères, par Pierre Gascar (Gallimard)
Notes : romans français :
Jean Grosjean, L'Azur, par André Dhôtel (Gallimard)
Henri Meschonnic, L'arrière-monde, par André Dalmas (Tchou)
Jean Blot, Le mendiant de Jérusalem, par Elie Wiesel (Le Seuil)
Alain Clerval, Les courtisanes, par Michel Bernard (Jean-Jacques Pauvert) - La Négresse muette, par Michel Bernard (Christian Bourgois)
Lionel Mirisch, La Vive, par Raymond Jean (Le Seuil)
Notes : romans étrangers :
Claude Michel Cluny, Sexus, par Henry Miller (Buchet-Chastel)
Jean-Claude Schneider, Deux points de vue, par Uwe Johnson (Gallimard)
Notes : les arts :
Renée Boullier, Ipoustéguy (Galerie Claude Bernard)
Janine Béraud, Yves Klein (Pavillon de Marsan)
Raymond Queneau, Errata
Marcel Arland, Notes de lecture
Jean Grosjean, Revue
Revue :
Jean-Claude Schneider, Comment continuer à écrire?
Michel Gresset, [Revues américaines]
Publié le : mardi 31 mars 2015
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EAN13 : 9782072380792
Nombre de pages : 160
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
L'HEUREDEMIDI
Unsouvenird'enfance
Midij'entendslesdouzecoupssonnerauxéglisesde lavilleetparticulièrementàcellequiestvoisinedela maisonj'habiteavecmesparents.Jehâtelepas.Ils'agit de nepasarrivertropenretard.Siencorejepouvaisne pasdépasserlesecondcoupdemidi,celuiquisonnetrois minutesaprèslepremier!Lachoseestaventurée,ilfaut courir.Detoutefaçonje trouveraimesparentsassisà tabledansl'attitudedejugesau tribunal.Jeneparaissais pasdevanteux,jecomparaissaisquandilétaitmidicinq. Jeneparlepasdemididix!étais-tu?Quefaisais-tu? Jenepouvaisrienrépondresinonquej'étaisavecuncama-radeetquejenefaisaisrienqueluiparleretluime parlait.Autrementditjeflânaisetcelam'occupaittelle-mentqu'aucuneplacenerestaitpourautrechose.L'heure passait,heureuseparcequ'ellen'appartenaitpasautemps, qu'elleétaitmiseentreparenthèsescequin'empêchait paslesproblèmesdeseposermaisdétournaitd'euxl'atten-tion.Etc'étaientlesdernièresminutesquiétaientlesplus précieusesparcequelesplusmenacées. Ilm'étaitimpossibledemanquerlerepasfamilial,non
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pasquelesconviveseussentappétitàtelmomentdonné, nonpasquenousfussionsheureuxdenousrevoiràce momentparticulier,maisparcequelachoseétaitétablie ainsiunefoispourtoutesetqu'ilétaitinterditdetoucher àcetteinstitution.Pourtantmesparentsm'aimaientbeau-coup. L'autrejourjedemandeàuntaxidemeconduireassez loin.C'étaitlafindelamatinée.Lestaxisdelastation étaientpartislesunsaprèslesautres.Iln'enrestaitplus quedeux.Midisonne.Leschauffeursàquijem'adresse m'opposentunrefuscatégorique.Commej'insiste,ilsme disentl'unaprèsl'autre«Jen'aipasmangéJeretourne Un chezmoi.troisièmequivientd'arrivermeregarde d'unairsévère.Etpuisl'indulgencel'emporte.Ses explicationsm'ébranlentd'autantqu'ellesfontétatd'un horairedetravailtroplongetd'unretardquipourraitêtre funeste.Jen'insistepas. Monexpériencefamilialepeutdoncêtreditenationale. LesFrançaislorsqueapprochel'heuredemidisontprisde panique.Lesbureauxfermentprécipitamment.Lesmaga-sinsdespetitesvillespoussentleursverrous.Jusqu'àces dernièresannéeslesbanquesetlesbureauxdeposteavaient leurported'entréegardée,nondepeurdescambrioleurs maisdepeurdesclients,dixminutesavantl'heurede fermeture. Cenesontpaslesaffresdelafaimmalgrél'insuf-fisanceducafématinalquidéclenchentdesmoments d'effroietdefuite.C'estl'observanced'unritesacré1. Pourquoidonca-t-onattribuéauxsociétéspolynésiennes etprécolombiennesl'institutiondutabou?Dessociologues plusavertisqueceuxdelagénérationprécédenteont démontréqu'ellesavaientinventél'artsavantbienque
1.Cf.lechanoinemisenscèneparBoileaudansLeLutrin Etdéjàtoutconfus,tenantmidisonné, Ensoi-mêmefrémitden'avoirpointdîné.
L'HEUREDEMIDI
déroutantdelanomenclatureetqu'ellesavaientétabli desstructuresqui,sansêtrelogiques,n'enétaientpasmoins dignesdeconsidération. Quantànous,ilestsuperfluderappelerquenotre vieestaussiencombréed'interditsquelesroutesbien signalisées. Lesbarrièresquinouscernentsontenpapier.Qu'ya-t-il deplusgrotesquequecetteobligationpourunpeuplede mangeràmidijuste?Ou,àlarigueur,demangeràune heurequisoitcalculéeparrapportàcelle-là?Ilsuffirait d'étendrelamainpourcrevercettecloison. Demêmepourtouteslesautres.Iln'yad'intouchable quecequin'apasététouché. L'oncomprendbienl'intérêtquepeutavoirtoute sociétéàédifieretàrenforcercesinterdits.Larépression laplusefficaceestcellequisefaitdel'intérieuron l'appelleaujourd'huimise encondition.Quel'individu mesuredelui-même saconduiteetjusqu'àsapensée! L'hommen'oseraplusrienfairequinepuisseagréer.La terreurdevienttotalequandchacunestprisonnierdes habitudesdepenséequ'onluiainculquées.Etlessanc-tionsdeviennentinutiles. Sil'hommesefabriquedesinterdits,ilfabriqueen mêmetempsdusacrélamêmechose,lamêmeaction estàlafoisl'objetd'un interditetl'incarnationd'unsacré. Sil'heuredemidinedoitpasêtretransgressée,elleledoit àcedoublecaractère. Etrangequalitépossédéeparl'hommeBergsonadit deluic'estunemachineàfairedesdieux.Etendons sapenséec'estunemachineàfairedesdieuxetdes chosesdéifiées. Ilseraittentantàceproposd'opposerlesanimaux auxhommes,lespremierscourantàleurplaisiravecun aveuglementjoyeux,lessecondss'empêchantdejouirde lavieens'inventantdesempêchements.Orlesanimaux connaissenteuxaussilestabous.Leschiensàquil'on
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donnedesmorceauxplussavoureuxqued'habitude,desos depremièrecatégorie,vontlesenfouirdanslaterre,loinde lamaison,loindeleursmaîtres.Ilsirontlesdéterrerplus tardmaisnelesentamerontquepeuàpeu.Leurconduite ressembleàcelledeshommesquiaulieudefaireunbon repasouunbeauvoyagevontporterleurséconomiesàla Caissenationale(d'épargneetde prévoyance).Ilsnele fontpastoujoursparcalculmaisparcequelasomme quileurestéchueleursembletropprécieusepourqu'ils ladépensentimmédiatement.Ilslarendenttaboue, encouragésqu'ilssontparlesbanques,lesfamillesetles Etats. Pourenreveniràl'heuredemidi,jevoudraisbien luitrouverune«justification»,commeonafaitpourl'or etlediamant. L'orn'acesséd'êtreappréciéàtraverslessièclesque parcequ'ilestunmétalrare,brillantetinaltérable, lediamantparcequ'ilestcapabledecouperetqu'ilrésiste mieuxquelesautrespierresauxagressions.Midi,ce seraitlemilieudujour,l'heurelesdeuxaiguillesse rejoignent,ceseraitl'heurelesoleilestàlamoitiéde sacourseouestcensél'être.Midiestlesymboledu partage,leplussimplequisoit,lepartageparmoitié. Etl'antagonistesetrouveêtrenaturellementminuit.De uneantithèseàlaHugofavoriséeparcepenchantau manichéisme quiestlepropredetoutepenséenon dégros-sied'uncôtéleBien,del'autreleMal.Maisaucune decesraisonsn'estlabonne Unegrandetristessevousprendàpenserquejusqu'à lafinduMoyenAgepersonnenedoutaitdelavertu deschiffresetdelatoute-puissancedesastres.D'innom-brablesspéculationssesontsuccédésurlechiffredouze, sansparlerdesthéoriespythagoriciennesdanslesquelles
1.Ilexistedefortesraisonsenréalité,d'ordreculinaireetd'ordre éthiquesurlesquellesjereviendraiunjour. Jen'enveuxiciqu'àl'insti-tution,nonàl'usage.
L'HEUREDEMIDI
leschiffressontlessymbolesdesvertus,parexemplele septdelasanté,lehuitdel'amour;letrois,quimarque lecommencement,lemilieuet lafinetpourcertainsc'est lemoteurdeladialectique,leschosesrestantenétattant quelechiffredeux,symbole destabilité,n'estpasdépassé. Ladécade,étantlasommedesquatrepremiersnombres (1+2+ + 34),estlenombreleplusparfaitpourles pythagoriciens.L'apothéoseduchiffredouzeestdueaux Babyloniens,suivisparlesAnglais. Icicommeailleursl'onconstateunmélangedusacré etduprofane.L'avantagedusystèmeduodécimalestcer-tainilpermetdesmultiplicationsetdesdivisionsplus nombreusesquelesystèmedécimal.Cen'estpascette qualitéquifait saforce,d'autantquesesinconvénients l'emportentc'estl'accoutumance;et lasuperstitiondu passésedoubled'unesuperstitiond'unautreordrecarac-tériséepar«laSymbolique». Lablancheurestlesymboledelapureté,quecesoit celleducygneoudel'hermine,lelionestlesymboledu courage,etainsidesuite.Nousnousdivertissonsàtrouver deséquivalentsplastiquesdessentiments.Iln'estpas déplaisantdetraduirecessentimentspardesimagesou pardeschiffres.Ledangervientdecequelessymboles prennentunevieindépendante.Ilsdévorenttoutcequi n'estpaseux.Orjevoistoutel'humanitéatteintedece cancer. Alorsquelechristianismeavaitdélivrélemondeantique dessuperstitionsquil'encombraientetrendaientdifficile laviequotidienne,lemondemoderne,quiparaissaitêtre affranchidecequiconstituait«l'arrière-monde»,estde nouveauséduitparlessoi-disantsciencesdeladivination leshoroscopesnesontpasseulementconsultésparles prostituéesquiveulentsavoirsiellestrouverontleclient idéalgrâceàlajonctiondeVénusetdeMercureetpar lesmidinettesàlarecherched'unretourd'affection. L'onsecroitrevenuàl'époqueavantdelivrer
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bataillelesgénérauxconsultaientlevoldesoiseauxetles entraillesdespoulets,ilsimmolaientdesbœufspourse rendrelesventsfavorablesetparfoismêmedeshommes l'onsecroittransportéauMexiqued'avantCortezdescentainesdeprisonniersétaientsacrifiéspourquele soleilrassasiéselevâtlelendemaind'unemanièresûre. Les chiffresontvraimentexercéunefascinationsur l'esprithumain.Lathéoriedesnombresentiersremonte auxâgeslesplusreculésc'estunenumérologiefantai-sistequiaccordedesprivilègesàtel outelnombresui-vantlalongitudeet lalatitude,commeditHenriPoincaré. Sil'entreprisen'étaitfastidieuseonpourraitrenouveler pourlesthéoriesdesnombrescequeFlaubertatenté pourlessystèmesthéologiquesdanssaTentationde saintAntoine. Pournousentenirauxpythagoriciensdontlesdécou-vertesforcentl'admirationetqu'onnepeutaccuserd'être superstitieuxausensmodernedumot,leschiffresavaient, onlesait,unevaleursymboliqueinextricablementunieà leurvaleurnumérique.Quatrereprésentaitlajustice,sept ne lasanté,huitl'amour;etles«justificationsman-quaientpas,puisqueparexemplel'amour,équivalentà l'harmonie,trouvesaplusparfaiteexpressiondansl'octave. Qu'est-cequ'unami?demandait-onàPythagore,etil répondaitc'estceluiquiestunautremoi-même, comme sont220et284.Eneffet,sinouscalculonslenombredes diviseursde220,nous nousapercevronsqu'ilsdonnent pourtotal284;etletotaldesdiviseursde284est220. Quantauxnombresparfaitscesontceuxquiéquivalent àlasommedeleursdiviseurs,tels6et28. Laissonsdecôtélesnombresamisetlesnombrespar-faits,neparlonspasdesnombrespremiersdontla rechercheaétépluslaborieuseetmoinsinféconde. Contrairementàcequ'onpourraitcroire,cenesontpas tantlesartistesetlesécrivainsquipropagentcesconcep-tions,cesontlesespritspassionnésd'exactitude,
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ellefaitlepoint,critiqueetbibliographique.Laformule évoquecellequ'utiliseexcellemmentenFrancelarevueCri-tique.Danslederniernumérode1967,parexemple,c'était,à proposdesConfessions,uneétudesurStyronparLouis D.Rubin,Jr.,quitendàseprésentercommelecontinuateur del'oeuvredeJayB.Hubbell.Cetteannée,lesnumérosparus ontétéconsacrésàMakingIt,l'autobiographieducritique (contestable)etintellectuel(degauche)NormanPodhoretz; ausecondroman,TheLastUnicorn,d'unjeuneécrivainà NewYorken1939,PeterBeagle;àl'oeuvredeWilliam Mervin,poèteettraducteurdecertainsdestextesespagnols anciensdontlatraductionfrançaisevientdenousêtredonnée parM.Molhodans.RcMKMMpicaresquesespagnols(LaPléiade) enfin,àThomasKinsella,poèteirlandais.
THEMISSISSIPPIQUARTERLY,volumeXXI(Mis-sissippiStateUniversity,StateCollege,Mississippi).
Cetterevue«deculturesudiste»devientpeuàpeu,faute d'unlocussolus,larevued'étudesfaulknériennes;noblesse oblige.Ainsi,sonderniernuméroestconsacréauxnouvelles deFaulknerundomaineencorerelativementinexplorépar lacritique.Danslesnumérosprécédents,lesauteursétudiés sontPoe,Cabell,CarolineGordon,AllenTate,etc.
MODERNFICTIONSTUDIES,volumeXIV(Depart-mentofEnglish,PurdueUniversity,LafayetteIndia-na47907).
Cetterevue,limitée,commesontitrel'indique,auroman contemporain,donnechaqueannéeunoudeuxnumérosspé-ciauxquinesontjamaissansintérêtledernierestconsacré à Hemingway(Automne1968),l'avant-dernier(Printemps 1968)l'était,parunelégèredérogationchronologique,àMark Twainou,plusprécisément,àHuckleberryFinn,l'undes livreslesplusimportantsquisoientpourl'étudedelacons-cienceaméricaine.Chaquenumérocomporteunebibliographie signéedeMauriceBeebe,dontlenomestfamilierauxlec-teursdelaRevuedeslettresmodernes.
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