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LANOUVELLE REVUEFRA,N~'AISE
LAGUERREDE
DIXMILLEANS
Laguerreacommencé.Personnenesaitplusoù,ni comment,maisc'estainsi.Elleestderrièrelatête,aujour-d'hui,elleaouvertsabouchederrièrelatêteetellesouffle. Laguerredescrimesetdesinsultes,lafuriedesregards, l'explosiondescerveaux.Elleestlà,ouvertesurlemonde, ellelecouvredesonréseaudefilsélectriques.Chaque seconde,elleprogresse,ellearrachequelquechoseetle réduitencendres.Toutluiestbonpourfrapper.Ellea desquantitésdecrocs,d'onglesetdebecs.Personnene resteradeboutjusqu'àlafin.Personneneseraépargné. C'estcela,c'estl'oeildelavérité. Quandc'estlejour,ellefrappeaveclalumière.Et quandc'estlanuit,ellesesertdelamaréedesonombre, desonfroid,desonsilence. Laguerreestenroutepourdurerdixmilleans,pour durerpluslongtempsquel'histoiredeshommes.Iln'ya pasdefuitepossible,pasdedésaveu.Noussommesle frontbaissédevantlaguerre,noscorpsvontservirde cibleauxballes.Lesabreaigucherchelesgorgesetles cœurs,quelquefoislesventres,pourfouiller.Lesablea soifdesang.Les duresmontagnesontdésirdecreuser leursgouffressouslespiedsdesmarcheurs.Lesroutes veulentqu'ons'écrase,qu'ons'écrabouillesansarrêt.La merabesoindedéfoncerlestrachées.Etdansl'espace,il yalavolontéterriblederefermerl'étauduvidesurles étoiles,etd'étoufferlesclignotementsdelamatière.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
Laguerrealevésonventquivatoutdétruire.Legaz brûlantsortdespotsd'échappement,legazinsipidese répanddanslespoumonsetdanslesartères.Lesbouches s'ouvrentenrondetlâchentlesrondellesdefuméebleu-grisquimontentendansantjusqu'auplafond.Leslèvres s'écartentetlaissentfilerlessuitesdemotsmortels,de motsquidonnentlapeur.C'estcela.C'estleventdela guerre. Ildit,parexemple 22h15 Unjerk. Ildanseenmeregardantdanslesyeux. J'aime. Mescheveuxsupportentcejerk. Normal. 23heuresenfinunslow. Ildanseassezprèsdemoi. Etpourlapremièrefois. Jelelaissecaressermescheveux. Ilssontsouplesetsoyeuxsoussesdoigts. Ilaime. J'aime. Septjourssursept. SetdePantène.
Leséclairsdunéonéclatentautourduvisagedelajeune fille;ilsvonttrouersapeau,ilsvontbrûlersafaceaux douxtraits,ilsvontcrêperseslongscheveuxanimaux. Lesdursrayonsdelumièrejaillissentsanscessede l'ampouleélectrique.Danslabulledeverrebrillelefila-mentincandescent.Ça,c'estleregarddelaguerre,l'œil impitoyablequiéblouitlessurfacesdelachambre,etfixe l'imagesurlapelliculeopaque. Pareilàlaflammecourtequisorttrèsviteducanon durevolver,pareilàl'explosiondelabombe,pareilàla couléedenapalmquiroulelelongdesruesdelaville.
LAGUERREDEDIXMILLEANS
Immeublesblancs,églises,tours,écroulez-vousVousn'avez plusdroitàêtredebout.Femmeenmasqueconnu,tombe, tombe!Tun'asplusdroitàfairefaceàl'inconnu.La guerreveutqu'oncourbelatête,qu'onrampesurlesol pleindeboueetdefilsdefer.Femme,toncorpsnun'est pluspouraucune exultation.Ilestpourlescoups,pourles regardshumiliants,pourlesblessuresquidévoilentles replisdelavie. Pareilleàlaflammevenuedel'étoilequibrilledansla nuitpourdireseulementlesmilliardsdekilomètres qu'on nefranchirapas,c'estl'étincelleduregardentrelesdeux paupières.Pareilleàlagoutted'eau,àlagouttedesang, c'estlaconsciencedecettejeunefilledontlenomne signifierien,necomprendrien.Iln'yaplusdesolitude.Il n'yaplusderefusorgueilleux.Laguerrevivantelesa anéantis,facilement,d'uncoupdesalumière.Comment pourrait-onêtreseul,aumilieududéchaînement?Com-mentpourrait-ondirenon,mêmel'écrireainsi
NON
Celasepassaitdoncenretrait,àlatroisième personne.Il n'yavaitplusdeplacepourleje.Lestémoinsavaientété chassés,ilnerestaitquelesacteurs,lesseulsacteurs.Les yeuxavaientcesséd'allerpardeux,etlesjambes,etles mamelons.Danslesboîtesdescrânes,plusd'imagesdouces, plusderécits,plusd'analysesintelligibles.Leschiffres,les quantitésdechiffrescouvraientl'air,pleuvaient,heurtaient le sol.Lesmotsnevoulaientplusdiredeuxfoislamême chose.Ilsnesesouvenaientplus.Peut-êtrequ'oncontinuait àécrireleslettres,peut-être.Penchéssurleursfeuilles depapierblanc,lespoèteslaissaientallerleurspetitesaven-turessimples.Peut-être.Dansl'airserrédescafés, vibraientencorequelqueschansons,delaguitareetune voixdefemmeénumérantdesmotsamoureux.Oui,oui, peut-être.Peut-être.Maiscen'étaitpasimportant.Çane
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
voulaitriendire.C'étaientdesbruits,parmitantd'autres, desbruitsdelagrandemachineàvibrer.Non,cequ'il fallaitdire,cejour-là,c'étaitlavéritédelamultitude.Il n'yavaitplusd'âme,plusdesentimentenformed'île.Il n'yavaitpluslapensées'appliquantàsonminusculedessin linéaire.Iln'yavaitplusuneseulechose. Toutarrivedoncensemble.Toutavancecommeune arméederats,avecunseulfront,etdéfoncelerempart.Le flotdelamer,dirait-on,auxmillionsdepointsd'appui, quimonte,roule,écrase.Touslesnoms.Touslesmuscles. Touslesdoigtsdeviequipressent,quitâtent,quicréent leurchemin.Quivaparlerdelafoule?Quiest-il,celuiqui vacomprendreenfinlaroutedelamultitude?Ilestle chemin. Pluspersonnenediranon,jamais.Leshordesdebouches sontlà,entraindedire«Jeveux» C'estainsiquelaguerreacommencé,sansdoute,mais c'esttroptardpoursavoirexactement. Surlaplainegriseelles'étale.Elleemplitl'espace.Mala-diequibriselescloisons.Etfaitcoulerlalymphe.Ellea choisilecorpsd'unejeunefille,parmidesmillionsde jeunesfilles.Ellearompulesdigues.Elleaposésoncône dedouleursurlaterre,unnerfparmilesmillionsdenerfs. Maisc'estbienévidentqu'elleatoujoursétélà,laguerre, qu'elleexisteendehorsdelapensée.Elleestpartout.Dans lerêvedenuit,danslamarcheendessousdusoleil,dans l'amour,lahaine,lavengeance.Elleestlafindetout,et ellenefaitjamaisquecommencer. Ellen'estpasunaccident.Ellen'estpasunévénement. Elleestlaguerre. Elleestécritesurlepapierdesmurs,danslesfleurs etlesrosaces.Elleestgravéesurleverre,surlasurface del'eau,danslaflammedel'allumette,surchaquegrain desable. Guerrequineveutpasgagner,quin'apasbesoinde gagner.Cenesontpluslesaltercationsdeshommes.les
LAGUERREDEDIXMILLEANS
courses,lescorridorsdeDantzigoules17"parallèles.Ces choses-làsepassaienttrèsvite,etceuxquimouraientne mouraientpasencombattant,maisparhasard,parcequ'une balleavaittracéunetrajectoirequitraversaitleurgorge, leurboîtecrânienne,ouleurdos.Entrel'œilquiavait conçulamort,etleboutdeferquil'avaitcreusée,ilne sepassaitrien,iln'yavaitrieneu. Maislaguerredontjevousparle,elle,n'ignorepas. Elleestmortd'unboutàl'autre. Lamitrailleuselourde,lemauser,l'arbalète,lasarba-caneetlahacheétaienttendresdanslefond,parcequ'ils étaientaveugles.Cen'étaientquedesarmes.Maisla destructiondontjevousparle,elle,adesyeux.Sonarme esttotale.Soncrimeestcontinuel. Guerrequisaitêtrebelle.Auxcouleursd'incendiesetde couchersdesoleilsurlamer.Auxmouvementsfélins.Aux cheveuxd'algues.Guerrequiestvivante,vérité,avenir! Pourquoia-t-ilfalluunjourquelemonderévèleses secrets? Cen'estpasdansl'âmed'unejeunefille.Sic'étaitdans l'âmed'unejeunefille,toutseraitbienfacile.Onluiextir-peraitl'âme,onlaluiarracheraitcommeunedentmalade, ettoutredeviendraitnormal.Sicelasepassaitdanslesyeux d'unejeunefille,onsaitbiencequ'onferaitonluienlève-raitsesyeuxetonlesremplaceraitpardeuxgrainsde raisin.Non,cenesontlesyeuxdepersonne.C'estendehors desyeux,endehorsdel'âme.Cen'estpasunnerfqui souffre.C'estau-delàdesnerfs.Soyezcequevousvoulez, ditescequevousvoulezmaisnecroyezpasquequelque choseserachangé.Fermezlesyeux,écrivezdespoèmesà petitsmots,faitesdesphotographiesdeseinsdefemme, caressezdeslèvresentraindesourire.Maisn'allezpas croirequequelquechoseseraenpaix. Commentdirecela?Pourledireabsolument,ilfaudrait desexplosionsetdesdéchirures,ilfaudraitdesmotsvenus dufonddel'espaceàlavitessedelalumière,desmots
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
quiécraseraienttoutsurleurpassage,desmotspareilsàdes couléesdelave,desmotsquisiffleraientdansl'airetcreuse-raientdegrandscratèresbouillonnantssurlasurfacede laterre. Ilfautsortirdesoi,illefaut.Ilfautallersiloinaufond desoiqu'onnereconnaisseplusrien,quetoutsoitànou-veauinventé. C'estvenulentement,ainsi,etcelas'estposésurlemonde. Unvoldecercles,parexemple,etlesanneauxsontretom-béslesunsaprèslesautressurlaterre. Ilyaquelquepart dansl'espaceungrandserpentquis'enrouleautourdesa proie,etsoncorpssilencieuxn'arrêtepasdejeterdesbou-cles.Chaquefoisqu'apparaîtunmorceaudechairlibre,le grandserpentfaitunnœudautouretserre. Non,non,cen'estpascela.Unserpentn'apastantde force.Lesbataillesquisefontpourlaviesontbiensimples. C'estpluscachéquecela,iln'yapasdevisagenidecorps. C'estàl'intérieurdeschosesquenaissentlescercles.Tout estgénérateurdecercles.Ilsnagentautourdespointsde poussière,ilss'écartent,ilsfonttremblerlasubstance.Agi-tationpermanentequidétruittoutcequ'ilyadefixe, d'extatiquementimmobile.Lavolontén'estpasextérieure. Ledangern'estpasétranger.C'estlapeurquifaitvibrer lemonde,quitroublelesimages.Plusrienn'estensécurité ici.Accumulezlesblocs depierre,dressezvosmonuments degranit,vite,vite.Ouilvaêtretroptard.Lapeura besoinderochersetdemontagnes.C'estpourcelaqueles hommesontfaittantdepyramidesetdecathédrales.Pen-dantdessiècles,ilsontcombattulaliquéfactiondel'uni-vers. Mourirn'estrien.Maisdevenireau.Puis,l'eausesépa-rant,écartantsesmembranes,devenirgaz.Voilàlaraison delapeur.Lesdésertsdesableetdebitumesontlesder-nierslieuxdelaconscience,quandilyatantdefleuves. Au-dessusdelaville,lesnuagessontprêtsàcrever.Per-sonneneveutdisparaître.Quandonestné,unjour,etqu'on
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