La Nouvelle Revue Française n° 199 (Juillet 1969)

De
Michel Gresset, Carson McCullers
Carson McCullers, Le Ballot
André Frénaud, La mort d'Actéon
Henri-Jean Schubnel, Keban Maden
Alain Prévost, Adieu, Bois de Boulogne !
Jacques Borel, Journal parallèle II
Palladas, [Épigrammes]
Chroniques :
Jacques Réda, Tel Quel : théorie d'ensemble
Jean Blot, François Mauriac et la Forêt magique
Jacques Borel, La maçonnerie collégiale de Montherlant
Philippe Jaworski, La double quête de l'identité et de la réalité chez Carson McCullers
Guy Rohou, Jacques Callot, un microcosme en noir et blanc
Robert Abirached, Théâtre du monde entier
Dominique Noguez, Les Beatles au Pays des Merveilles
Charles-Frédéric, Deux et deux font quatre
Notes : la poésie :
Émilie Noulet, Paroles sans musique, par Franz hellens (Seghers)
André Miguel, La ville, par Guillevic (Gallimard)
Notes : littérature et essais :
André Marissel, De Hegel à Nietzsche, par Karl Löwith (Gallimard)
Michèle Pirazzoli-t'Serstevens, La Bureaucratie céleste, par Étienne Balazs (Gallimard)
Jean-Pierre Ducassé, L'Islam en Union soviétique, par A. Bennigsen et C. Lemercier-Quelquejay (Payot)
Guy Rohou, Gustave Flaubert écrivain, par Maurice Nadeau (Denoël)
Philippe Pons, Innocence et mémoire, par Giuseppe Ungaretti (Gallimard)
Notes : romans français :
Lionel Mirisch, Mon nom est personne, par Boris de Schloezer (Seghers)
Jean-Claude Piguet, Un séjour sur la Terre, par Willy de Spens (Julliard)
Lionel Mirisch - Jean Grosjean, L'Ours des Adirondacks, par Michel Mohrt (Gallimard)
Jacques-Pierre Amette, Le jardin d'Armide, par Daniel Boulanger (Laffont) - Le Livre des Fuites, par J.M.G. Le Clézio (Gallimard)
Notes : romans étrangers :
Jean-Claude Schneider, Hôtel Savoy, par Joseph Roth (Gallimard)
Notes : romans français :
Guy Rohou, En jouant le jeu, par Angus Wilson (Stock)
Jacques-Pierre Amette, Ianek, portrait d'un souvenir, par Peter Härtling (Le Seuil)
Notes : les arts :
Renée Boullier, Odilon Redon (Galerie Le Bateau-Lavoir) - Dessins de Giacometti (Galerie Claude Bernard)
Janine Béraud, Gravures-objets de Roger Vieillard (Galerie Couard)
Notes : les spectacles :
Jacques-Pierre Amette, Du parti pris des choses dans le cinéma contemporain
Lectures :
Claude Michel Cluny, L'âge de la Pierre pourrie, par Éric-Bruno Depercenaire (Guy Chambelland) - Les sales bêtes, par Pierre Chabert (Chambelland, Saint-Germain-des-Prés)
Dominique Aury, L'Épreuve, par Annie Guéhenno (Grasset)
Lionel Mirisch, La neige autour, par Jean-Claude Andro (Denoël) - La petite fête, par Jean-Noël Gurgand (Grasset)
Jacques-Pierre Amette, Île mon île, par D. H. Lawrence (Stock)
Claude Michel Cluny, À propos de Dédé, par Hugo Claus (Gallimard)
Jean Grosjean - Jacques-Pierre Amette, Mémento
Publié le : mardi 31 mars 2015
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EAN13 : 9782072384639
Nombre de pages : 160
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
CARSONMcCULLERS
«Pourquoiécrit-on?Jesupposequ'unécrivainécrit parcequ'unbesoinintérieurlepousseàtransformerson expérience(souventinconsciente)enquelquechosed'uni-verseletdesymbolique.Lesthèmesquechoisitl'artiste sonttoujoursprofondémentpersonnels.Jepensequemon thèmecentralestceluidelasolitudespirituelle.Ilnefait aucundoutequejemesuistoujourssentieseule.Maisun écrivainn'estpasseulementsolitaire.Ilestaussiamorphe. Ildécouvrebientôtqu'iln'apasuneidentitéunique;il vitlaviedetousceuxqu'ilcréesontempsest indé-pendantdeceluiqu'ilfaitdehors.Jevisavecceuxqueje créemasolitudeessentielleenatoujoursétémoinsvive» àLa («PréfacepersonnelleRacineCarréeduMerveil-leux). CarsonMcCullers,l'auteurdeceslignes,morteàcin-quanteansle30septembre1967,n'apasreçudescritiques letributqu'ellemérite.LaFrance,qu'elleaimaitetelle vécut,neluiapourtantjamaisménagésonestimenisurtout cettesympathiepresqueprivéequesollicite sonmerveilleux talent.Celui-ci,pours'exprimertoujoursenmineur,n'a pasmoinssaracineaucoeurdufondscommundel'inspi-rationsudiste,tantôtpathétique,tantôttragique,maistou-jourssolitairedansunpaysprospère,satisfaitet,jusqu'à récemment,peuenclinauxexamensdeconscience. Dèsaprèslaguerre,en1946,paraissaitchezStock
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
sonpremierroman,LeCœurestunChasseursolitaire; en1947,RefletsdansunŒild'or;en1949,Frankie Adams(TheMemberoftheWeddingdansl'original,dont elledevaittirerunepiècedethéâtre).PuisLaBalladedu CafétristefuttraduiteauPortulan,etenfinStock,en 1961,donnaitL'HorlogesansAiguilles.Seule,LaRacine carréeduMerveilleux,unepièceécriteen1958,resteà traduire,ainsiquedestextescourts,dontdespoèmeset lanouvellequenousdonnons. Celle-cifutpubliéepourlapremièrefoisle28septem-bre1963,maisCarsonMcCullersl'avaitécriteàdix-septans,en1934.Voicicommentl'auteurelle-mêmela présente«LorsqueleMajorSimsonSmith,deWest Point,m'écrivitqu'ilallaitfairedemonœuvrelesujet d'unethèsededoctorat,jeluidonnainaturellementla permissiondeparcourirmesdossiersou,pourêtre précise,mesmalles.Jenemesouvenaisd'aucunmanuscrit particulier.Maislemajor trouvaSucker.Jecroisquec'est mapremièrenouvelledumoins,c'estlapremièreque jelusfièrementàmafamille(jen'auraisjamaispensé quequiconquedûtunjourimprimercequej'écrivais). Jel'aiécriteàl'âgededix-septansmonpèrevenaitde m'offrirmapremièremachineà écrire.Jemevoisencore l'écrireenm'appliquant,puislataperpéniblement.Je l'aimais,alors;jel'aimeencore,etj'espèrequeleslecteurs aussi. duPostl'aimeront,eux» Onserafrappéd'ytrouver,sixansavantsonpremier roman,legermedesthèmessurlesquelstoutesonoeuvre esttendrementmodulée.IlfautlireCarsonMcCullers commeonécouteuntriodeMozart. Latraductionetl'étudequ'on valiredanslesChroniques sontduesàdeuxjeunesétudiantsdelaSorbonne. MICHELGRESSET
LE
BALLOT
C'étaitcommesij'avaisunechambreàmoi.LeBallot dormaitavecmoi,dansmonlit,maiscelanechangeaitrien auxchoses.Cettechambreétaitmachambreet jel'uti-lisaiscommejevoulais.Unjour,jemerappelleavoir percéunetrappedansleplancher.L'annéedernière,quand j'étaisendeuxièmeannéeaulycée,j'aicollésurmon murdesphotosdefilles,quej'avaistrouvéesdansdes revues,etl'uned'ellesétaitensous-vêtements.Mamère n'étaitjamaissurmondoscarilfallaitqu'elles'occupe despetites.EtleBallotpensaitquetoutcequejefaisais étaitépatant. Sijamaisjeramenaisundemescopainsdansma chambre,jen'avaisqu'àjeterunseulcoupd'ceilsur leBallot;ilselevaitaussitôt, parfoisavecunlégersou-rire,ets'enallaitsansdireunmot.Iln'ajamaisramené degossesici.Iladouzeans,quatreansdemoinsquemoi, etilatoujourssu,sansmêmequejeluienparle,queje nevoulaispasvoirdegossesmettreleurnezdansmes affaires. Lamoitiédutemps,j'oubliaisqueleBallotn'estpas monfrère.C'estmoncousin;maisenfait,autantqueje m'ensouvienne,jel'aitoujoursvudanslafamille.Ilfaut quejevousdisequesesparentsontététuésdansun accidentquandilétait petit.Pourmoietmespetitessœurs, ilatoujoursétécommeunfrère.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
LeBallotgobaittoujourstoutcequejeluidisais. C'estpourquoionluiadonnécesurnom.Unjour,ilya unanoudeux,jeluiaiditques'ilsautaitdutoitdu garageavecunparapluie,çaferaitcommeunparachute etqu'ilneseferaitpasmalentombant.C'estcequ'ila fait,etils'estamochéungenou.Cen'estqu'unexemple. Etcequiestdrôle,c'estque,peuimportelenombrede foisqu'ilsefaisaitavoir,ilcontinuaitàmecroire.C'est pasqu'ilétaitbête,maisc'estcommeçaqu'ilétaitavec moi.Ilregardaittoutcequejefaisaisetlegobaittran-quillement. Ilyaquelquechosequej'aiappris,seulementj'enai honteetc'estduràexprimersiquelqu'unvousadmire beaucoup,vousleméprisezetnefaitespasattentionàlui; maisc'estlapersonnequinevousremarquepasquevous allezadmirer.Cen'estpasfacileàcomprendre.Maybelle Watts,uneétudiantededernièreannéeaulycée,seprenait pourlareinedeSaba,etmême,ellem'humiliait.Mais, enmêmetemps,j'auraisfaitn'importequoipourattirer sonattention.Jepensaisàellejouretnuit,jusqu'àen devenirpratiquementmaboul.QuandleBallotétaitpetit etjusqu'àsesdouzeans,jecroisquej'aiagienverslui aussiméchammentqueMaybelleenversmoi. MaisleBallotatellementchangéqu'ilm'estunpeu difficiledemelerappelertelqu'ilétait.Jen'auraisjamais cruquequelquechosearriveraitquinousrendraitsidiffé-rents.Jen'auraisjamaiscruque,pourmettreleschoses enordredansmamémoire,j'éprouveraislebesoinde penseràluitelqu'ilétait,decompareretd'essayerd'arran-gerleschoses.Sij'avaispuprévoir,j'auraisagidiffé-remment. Jen'aijamaistellementfaitattentionàlui,oupenséà luiet,sionconsidèretoutletempsnousavonspartagé lamêmechambre,c'estétrangecommejemesouviens depeudechoses.Quandilsecroyaitseul,ilparlait beaucoup;ilracontaitdeshistoiresdegangsters,oubien
LEBALLOT
ilétaitdansunranchdeshistoiresdegosse,quoi.Il allaitdanslasalledebainsetyrestaitaumoinsuneheure. etparfois,ils'excitait,savoixdevenaitaiguë etonl'enten-daitdanstoutelamaison.D'habitude,pourtant,ilétait trèscalme.Iln'avaitpasbeaucoupdecopainsparmiles garçonsduvoisinageetilavaitlevisaged'ungossequi regardeunjeuetattendqu'onluidemandedejouer. Celaneledérangeaitpasdeporterlestricotsetles vestesquinem'allaientplus,mêmesilesmanchesétaient troplongues,etluifaisaientdespoignetsmincesetblancs depetitefille.Telssontlessouvenirsquej'aideluiil grandissaitchaqueannée,maisilétaittoujourslemême. LeBallot,c'étaitçajusqu'àilyaquelquesmois,lorsque touscesennuisontcommencé. PuisqueMaybellefutmêléeàcequiestarrivé,jecrois quejedevraiscommencerparelle.Avantdelaconnaître, jenem'étaispastellementoccupédesfilles.L'automne dernier,elles'estassiseàcôtédemoiaucoursdesciences etc'estàcetteépoquequej'aicommencéàlaremarquer. Sescheveuxsontd'unblondlumineuxcommejen'enai jamaisvuet,detempsentemps,ellelesarrangeenboucles, avecuneespècedeproduitcollant.Sesonglessontlongs, manucurésetvernisd'unrougebrillant.Pendantlaclasse, jeregardaisMaybellepresquetoutletemps,sauflorsque jepensaisqu'elleallaitregarderdans madirectionou lorsqueleprofesseurm'interrogeait.Parexemple,jene pouvaispasm'empêcherderegardersesmains.Ellessont trèspetitesetblanches,saufcevernisrouge;quandelle feuilletaitson livre,elleléchaitsonpouce,tendaitson petitdoigtettournaitlapagetrèslentement.Ilest impossiblededécrireMaybelle.Touslesgarçonsensont fousmaisellenefaisaitmêmepasattentionàmoi.D'abord, elleadeuxansdeplusquemoi.Entrelescours,j'essayais depassertoutprèsd'elledanslescouloirs,maisellene mesouriaitpresquejamais.Toutcequejepouvaisfaire, c'étaitderesteràlaregarderpendantlaclasse;parfois,
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j'avaisl'impressionquetoutelasallepouvaitentendreles battementsdemoncœur,etj'auraisvoulucrier,oudécam-perpourfuirenenfer. Lanuit,dansmonlit,jenepensaisqu'àMaybelle.Sou-ventcelam'empêchaitdedormirjusqu'àuneoudeux heuresdumatin.Parfois,leBallotseréveillaitetme demandaitpourquoijenepouvaispasmecalmeretjelui disaisdelafermer.J'aiêtredésagréableavecluibien desfois.Jecroisquejevoulaisfairel'indifférentavec luicommeelle lefaisaitavecmoi.Lorsquesasensibilité étaitoffensée,onpouvaitleliresursonvisage.Jeneme souvienspasdetouteslesremarquesdésobligeantesque CelaMdurapeandantyprèsbdetreoislmolis;et,p.uis,jene j'aipuluifairecar,mêmelorsquejelesdisais,jepensais à saiscomment,Maybellecommençaàchanger.Ellemepar-laitdanslescouloirs,et,chaquematin,ellecopiaitmes devoirs.Unjour,àmidi,j'aidanséavecelledanslegym-nase.Unaprès-midi,j'aiprismoncourageàdeuxmains etjesuisalléfaireuntourchezelleavecunecartouche decigarettes.Jesavaisqu'ellefumaitdanslesous-soldu bâtimentdesfillesetparfoisendehorsdulycée;jene voulaispasluiapporteruneboîtedebonbonsparceque jecroisqueçanesefaitplus.Elleaététrèsgentilleetil m'asembléquetoutallaitchanger. C'estcettenuit-làquelesennuiscommencèrentpour debon.J'étaisrentrétardàlamaison etleBallotdormait déjà.Jemesentaistropheureux,tropexcité,pourme mettreàmonaise, etjesuisrestééveilléunlongmoment àpenseràMaybelle.Puisj'airêvéd'elleetj'aieul'impres-sionquejel'embrassais.L'obscuritém'asurprislorsque jemesuisréveillé.Jesuisrestéimmobile,etuncourt instantapasséavantquej'arriveàcomprendrejeme trouvais.Lamaisonétaitsilencieuseetlanuitétaittrès sombre. LavoixduBallot mesurprit.«Pete?».
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petitefête,ellenesuffisaitpasàréveillerl'enfantéblouiqui, tapiaufonddelui,avaitpeut-êtrecesséd'exister. Jean-NoëlGurgand,dansunstylefermeetavecunhumour,ouune poésie,unpeugris,détaillelestristessesquotidiennes,etl'amer-tumedeceluiquinepeutleuréchapper. L.M.
D.H.LAWRENCEIlemonIleetautresnouvelles. Traduitdel'anglaisparCélineZins(Stock).
Cevasteensembledenouvellespermetdesuivrelaformation etl'épanouissementd'unauteur.Chaquenouvelleestcommeune imageetletoutformeunfilmauralenti.Filmdel'apprentissage d'unemaîtrisemaiségalementfilmquisaisitleromananglais dansunedesesmutationslesplusimportantes.Leroman «victorienetréalistelaissevoirsesfaillesetLawrencele débarrassedesasentimentalité,desaconvention.Illevivifie parunesensualitéàl'airlibre.Ladifférenceestunpeucelle quiexisteentre laphotoenstudioet laphotoenextérieurs. AvecLawrencelesarbressemettentàbouger,le cielvit,les regardssecroisentetaussil'inconscientfaitsonappa-rition.Brefc'estladestructionenrègleduvictorianisme littéraire.Mais,dira-t-on,cesélémentsnefontpasforcément leschefs-d'œuvre.AvecLawrence,si.RelisezLeRenayd. LawrenceméritevraimentmieuxquelescandaledeLadyChat-terley. JACQUES-PIERREAMETTE
HUGOCLAUSAproposdeDédé;roman.Traduit dunéerlandaisparMaddyBuysse(Gallimard). Unepeinturedelapetitebourgeoisieflamandecontempo-rainedanslegoûtdesscènesdegenredeJandeSteen,avec unepointedeférocité.C'est,troussévigoureusement,lepor-traitd'uncuréenbermuda(Dédé),etdesasaintefamille nimbéejusqu'auplafonddecrèmefouettée.Untalentaigre etsûr. c.M. C.
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