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La Nouvelle Revue Française N° 503

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La Nouvelle Revue Française n° 200 (Août 1969)

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Du même publieur

LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
CARSONMcCULLERS
«Pourquoiécrit-on?Jesupposequ'unécrivainécrit parcequ'unbesoinintérieurlepousseàtransformerson expérience(souventinconsciente)enquelquechosed'uni-verseletdesymbolique.Lesthèmesquechoisitl'artiste sonttoujoursprofondémentpersonnels.Jepensequemon thèmecentralestceluidelasolitudespirituelle.Ilnefait aucundoutequejemesuistoujourssentieseule.Maisun écrivainn'estpasseulementsolitaire.Ilestaussiamorphe. Ildécouvrebientôtqu'iln'apasuneidentitéunique;il vitlaviedetousceuxqu'ilcréesontempsest indé-pendantdeceluiqu'ilfaitdehors.Jevisavecceuxqueje créemasolitudeessentielleenatoujoursétémoinsvive» àLa («PréfacepersonnelleRacineCarréeduMerveil-leux). CarsonMcCullers,l'auteurdeceslignes,morteàcin-quanteansle30septembre1967,n'apasreçudescritiques letributqu'ellemérite.LaFrance,qu'elleaimaitetelle vécut,neluiapourtantjamaisménagésonestimenisurtout cettesympathiepresqueprivéequesollicite sonmerveilleux talent.Celui-ci,pours'exprimertoujoursenmineur,n'a pasmoinssaracineaucoeurdufondscommundel'inspi-rationsudiste,tantôtpathétique,tantôttragique,maistou-jourssolitairedansunpaysprospère,satisfaitet,jusqu'à récemment,peuenclinauxexamensdeconscience. Dèsaprèslaguerre,en1946,paraissaitchezStock
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
sonpremierroman,LeCœurestunChasseursolitaire; en1947,RefletsdansunŒild'or;en1949,Frankie Adams(TheMemberoftheWeddingdansl'original,dont elledevaittirerunepiècedethéâtre).PuisLaBalladedu CafétristefuttraduiteauPortulan,etenfinStock,en 1961,donnaitL'HorlogesansAiguilles.Seule,LaRacine carréeduMerveilleux,unepièceécriteen1958,resteà traduire,ainsiquedestextescourts,dontdespoèmeset lanouvellequenousdonnons. Celle-cifutpubliéepourlapremièrefoisle28septem-bre1963,maisCarsonMcCullersl'avaitécriteàdix-septans,en1934.Voicicommentl'auteurelle-mêmela présente«LorsqueleMajorSimsonSmith,deWest Point,m'écrivitqu'ilallaitfairedemonœuvrelesujet d'unethèsededoctorat,jeluidonnainaturellementla permissiondeparcourirmesdossiersou,pourêtre précise,mesmalles.Jenemesouvenaisd'aucunmanuscrit particulier.Maislemajor trouvaSucker.Jecroisquec'est mapremièrenouvelledumoins,c'estlapremièreque jelusfièrementàmafamille(jen'auraisjamaispensé quequiconquedûtunjourimprimercequej'écrivais). Jel'aiécriteàl'âgededix-septansmonpèrevenaitde m'offrirmapremièremachineà écrire.Jemevoisencore l'écrireenm'appliquant,puislataperpéniblement.Je l'aimais,alors;jel'aimeencore,etj'espèrequeleslecteurs aussi. duPostl'aimeront,eux» Onserafrappéd'ytrouver,sixansavantsonpremier roman,legermedesthèmessurlesquelstoutesonoeuvre esttendrementmodulée.IlfautlireCarsonMcCullers commeonécouteuntriodeMozart. Latraductionetl'étudequ'on valiredanslesChroniques sontduesàdeuxjeunesétudiantsdelaSorbonne. MICHELGRESSET
LE
BALLOT
C'étaitcommesij'avaisunechambreàmoi.LeBallot dormaitavecmoi,dansmonlit,maiscelanechangeaitrien auxchoses.Cettechambreétaitmachambreet jel'uti-lisaiscommejevoulais.Unjour,jemerappelleavoir percéunetrappedansleplancher.L'annéedernière,quand j'étaisendeuxièmeannéeaulycée,j'aicollésurmon murdesphotosdefilles,quej'avaistrouvéesdansdes revues,etl'uned'ellesétaitensous-vêtements.Mamère n'étaitjamaissurmondoscarilfallaitqu'elles'occupe despetites.EtleBallotpensaitquetoutcequejefaisais étaitépatant. Sijamaisjeramenaisundemescopainsdansma chambre,jen'avaisqu'àjeterunseulcoupd'ceilsur leBallot;ilselevaitaussitôt, parfoisavecunlégersou-rire,ets'enallaitsansdireunmot.Iln'ajamaisramené degossesici.Iladouzeans,quatreansdemoinsquemoi, etilatoujourssu,sansmêmequejeluienparle,queje nevoulaispasvoirdegossesmettreleurnezdansmes affaires. Lamoitiédutemps,j'oubliaisqueleBallotn'estpas monfrère.C'estmoncousin;maisenfait,autantqueje m'ensouvienne,jel'aitoujoursvudanslafamille.Ilfaut quejevousdisequesesparentsontététuésdansun accidentquandilétait petit.Pourmoietmespetitessœurs, ilatoujoursétécommeunfrère.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
LeBallotgobaittoujourstoutcequejeluidisais. C'estpourquoionluiadonnécesurnom.Unjour,ilya unanoudeux,jeluiaiditques'ilsautaitdutoitdu garageavecunparapluie,çaferaitcommeunparachute etqu'ilneseferaitpasmalentombant.C'estcequ'ila fait,etils'estamochéungenou.Cen'estqu'unexemple. Etcequiestdrôle,c'estque,peuimportelenombrede foisqu'ilsefaisaitavoir,ilcontinuaitàmecroire.C'est pasqu'ilétaitbête,maisc'estcommeçaqu'ilétaitavec moi.Ilregardaittoutcequejefaisaisetlegobaittran-quillement. Ilyaquelquechosequej'aiappris,seulementj'enai honteetc'estduràexprimersiquelqu'unvousadmire beaucoup,vousleméprisezetnefaitespasattentionàlui; maisc'estlapersonnequinevousremarquepasquevous allezadmirer.Cen'estpasfacileàcomprendre.Maybelle Watts,uneétudiantededernièreannéeaulycée,seprenait pourlareinedeSaba,etmême,ellem'humiliait.Mais, enmêmetemps,j'auraisfaitn'importequoipourattirer sonattention.Jepensaisàellejouretnuit,jusqu'àen devenirpratiquementmaboul.QuandleBallotétaitpetit etjusqu'àsesdouzeans,jecroisquej'aiagienverslui aussiméchammentqueMaybelleenversmoi. MaisleBallotatellementchangéqu'ilm'estunpeu difficiledemelerappelertelqu'ilétait.Jen'auraisjamais cruquequelquechosearriveraitquinousrendraitsidiffé-rents.Jen'auraisjamaiscruque,pourmettreleschoses enordredansmamémoire,j'éprouveraislebesoinde penseràluitelqu'ilétait,decompareretd'essayerd'arran-gerleschoses.Sij'avaispuprévoir,j'auraisagidiffé-remment. Jen'aijamaistellementfaitattentionàlui,oupenséà luiet,sionconsidèretoutletempsnousavonspartagé lamêmechambre,c'estétrangecommejemesouviens depeudechoses.Quandilsecroyaitseul,ilparlait beaucoup;ilracontaitdeshistoiresdegangsters,oubien
LEBALLOT
ilétaitdansunranchdeshistoiresdegosse,quoi.Il allaitdanslasalledebainsetyrestaitaumoinsuneheure. etparfois,ils'excitait,savoixdevenaitaiguë etonl'enten-daitdanstoutelamaison.D'habitude,pourtant,ilétait trèscalme.Iln'avaitpasbeaucoupdecopainsparmiles garçonsduvoisinageetilavaitlevisaged'ungossequi regardeunjeuetattendqu'onluidemandedejouer. Celaneledérangeaitpasdeporterlestricotsetles vestesquinem'allaientplus,mêmesilesmanchesétaient troplongues,etluifaisaientdespoignetsmincesetblancs depetitefille.Telssontlessouvenirsquej'aideluiil grandissaitchaqueannée,maisilétaittoujourslemême. LeBallot,c'étaitçajusqu'àilyaquelquesmois,lorsque touscesennuisontcommencé. PuisqueMaybellefutmêléeàcequiestarrivé,jecrois quejedevraiscommencerparelle.Avantdelaconnaître, jenem'étaispastellementoccupédesfilles.L'automne dernier,elles'estassiseàcôtédemoiaucoursdesciences etc'estàcetteépoquequej'aicommencéàlaremarquer. Sescheveuxsontd'unblondlumineuxcommejen'enai jamaisvuet,detempsentemps,ellelesarrangeenboucles, avecuneespècedeproduitcollant.Sesonglessontlongs, manucurésetvernisd'unrougebrillant.Pendantlaclasse, jeregardaisMaybellepresquetoutletemps,sauflorsque jepensaisqu'elleallaitregarderdans madirectionou lorsqueleprofesseurm'interrogeait.Parexemple,jene pouvaispasm'empêcherderegardersesmains.Ellessont trèspetitesetblanches,saufcevernisrouge;quandelle feuilletaitson livre,elleléchaitsonpouce,tendaitson petitdoigtettournaitlapagetrèslentement.Ilest impossiblededécrireMaybelle.Touslesgarçonsensont fousmaisellenefaisaitmêmepasattentionàmoi.D'abord, elleadeuxansdeplusquemoi.Entrelescours,j'essayais depassertoutprèsd'elledanslescouloirs,maisellene mesouriaitpresquejamais.Toutcequejepouvaisfaire, c'étaitderesteràlaregarderpendantlaclasse;parfois,
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j'avaisl'impressionquetoutelasallepouvaitentendreles battementsdemoncœur,etj'auraisvoulucrier,oudécam-perpourfuirenenfer. Lanuit,dansmonlit,jenepensaisqu'àMaybelle.Sou-ventcelam'empêchaitdedormirjusqu'àuneoudeux heuresdumatin.Parfois,leBallotseréveillaitetme demandaitpourquoijenepouvaispasmecalmeretjelui disaisdelafermer.J'aiêtredésagréableavecluibien desfois.Jecroisquejevoulaisfairel'indifférentavec luicommeelle lefaisaitavecmoi.Lorsquesasensibilité étaitoffensée,onpouvaitleliresursonvisage.Jeneme souvienspasdetouteslesremarquesdésobligeantesque CelaMdurapeandantyprèsbdetreoislmolis;et,p.uis,jene j'aipuluifairecar,mêmelorsquejelesdisais,jepensais à saiscomment,Maybellecommençaàchanger.Ellemepar-laitdanslescouloirs,et,chaquematin,ellecopiaitmes devoirs.Unjour,àmidi,j'aidanséavecelledanslegym-nase.Unaprès-midi,j'aiprismoncourageàdeuxmains etjesuisalléfaireuntourchezelleavecunecartouche decigarettes.Jesavaisqu'ellefumaitdanslesous-soldu bâtimentdesfillesetparfoisendehorsdulycée;jene voulaispasluiapporteruneboîtedebonbonsparceque jecroisqueçanesefaitplus.Elleaététrèsgentilleetil m'asembléquetoutallaitchanger. C'estcettenuit-làquelesennuiscommencèrentpour debon.J'étaisrentrétardàlamaison etleBallotdormait déjà.Jemesentaistropheureux,tropexcité,pourme mettreàmonaise, etjesuisrestééveilléunlongmoment àpenseràMaybelle.Puisj'airêvéd'elleetj'aieul'impres-sionquejel'embrassais.L'obscuritém'asurprislorsque jemesuisréveillé.Jesuisrestéimmobile,etuncourt instantapasséavantquej'arriveàcomprendrejeme trouvais.Lamaisonétaitsilencieuseetlanuitétaittrès sombre. LavoixduBallot mesurprit.«Pete?».
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
petitefête,ellenesuffisaitpasàréveillerl'enfantéblouiqui, tapiaufonddelui,avaitpeut-êtrecesséd'exister. Jean-NoëlGurgand,dansunstylefermeetavecunhumour,ouune poésie,unpeugris,détaillelestristessesquotidiennes,etl'amer-tumedeceluiquinepeutleuréchapper. L.M.
D.H.LAWRENCEIlemonIleetautresnouvelles. Traduitdel'anglaisparCélineZins(Stock).
Cevasteensembledenouvellespermetdesuivrelaformation etl'épanouissementd'unauteur.Chaquenouvelleestcommeune imageetletoutformeunfilmauralenti.Filmdel'apprentissage d'unemaîtrisemaiségalementfilmquisaisitleromananglais dansunedesesmutationslesplusimportantes.Leroman «victorienetréalistelaissevoirsesfaillesetLawrencele débarrassedesasentimentalité,desaconvention.Illevivifie parunesensualitéàl'airlibre.Ladifférenceestunpeucelle quiexisteentre laphotoenstudioet laphotoenextérieurs. AvecLawrencelesarbressemettentàbouger,le cielvit,les regardssecroisentetaussil'inconscientfaitsonappa-rition.Brefc'estladestructionenrègleduvictorianisme littéraire.Mais,dira-t-on,cesélémentsnefontpasforcément leschefs-d'œuvre.AvecLawrence,si.RelisezLeRenayd. LawrenceméritevraimentmieuxquelescandaledeLadyChat-terley. JACQUES-PIERREAMETTE
HUGOCLAUSAproposdeDédé;roman.Traduit dunéerlandaisparMaddyBuysse(Gallimard). Unepeinturedelapetitebourgeoisieflamandecontempo-rainedanslegoûtdesscènesdegenredeJandeSteen,avec unepointedeférocité.C'est,troussévigoureusement,lepor-traitd'uncuréenbermuda(Dédé),etdesasaintefamille nimbéejusqu'auplafonddecrèmefouettée.Untalentaigre etsûr. c.M. C.
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