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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
LEPAPECHEZATTILA
En452,lepapeLéonI"serend àMantoue, danslecampd'Attila,pourobtenirdelui, moyennanttribut,qu'ilépargneRome. LÉON.Monfils,net'étonnepassijeviensbêlerau milieudesloups. ATTILA.Tuvoisquelesloups,commelesagneaux,vivent entroupe.J'aimahordeettuasdel'or.Nouspouvons nousentendre. LÉON.Jesaisquetun'aimespaslahainepourelle-même.TuasépargnéConstantinople. Maisunempereur estplusrichequ'unpape. ATTILA.Quidonc,sanslasaucedudiable,trouveraitdu goûtaupoissondeDieu?Soisprodigue.C'estlaleçondes choses,etcelleaussidetonMaître,quicélébraitl'éclatdes lisquinefilentpoint. LÉON.Silesaraignéesnetissaientdestoiles,elles enfreindraientlesloisdeleurespèce.LemêmeSeigneur quinousaprescritl'abandonàlaProvidencemetsous notreoreillerlarègleetlecompas. ATTILA.Tues,Léon,decesdébiteursquiontl'airde nousdonnercequ'ilsnousdoivent.TonJésus,aprèstout, nefutqu'unpauvre. LÉON.Sapauvretéétaitcelled'unDieu. ATTILA.Jereprocheauchrétienquetuesdenepasl'être assez.Tuascousudespeauxd'hermineàlatuniquesans couture. LÉON.Netemêlepasdemecondamner,bienquejene
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
soispasdignedetepardonner.J'ai,commetoi,uncorps, etlachairn'estmauvaisequesil'âmeladégrade.LeChrist amangé.Iln'apasrefusélesparfumsdeMarie-Made-leine.S'ilsuffisaitd'êtreungueuxpourêtreunsaint,la facedelaterreauraitlasplendeurd'unparadis.Judas raisonnaitàtamanière.Ilpensaitquelesonguentsd'une dévoteinsultaientàlafaimdesnécessiteux.Ilsetrompait, etilallaittrompersonmaître.Laconvoitisedel'indigent adesgriffes.Ledépouillementvolontaireduricheouvre lesmains. ATTILA.Ouvrelestiennes. LÉON.Jedéfendsdestrésorsquinesontpas àmoi.Je n'ensuisquel'intendant.C'estRomequetusaignesà blanc. ATTILA.Quem'offres-tu? LÉON.Trentechariotsd'or. ATTILA.C'estpeu.Mespattescoûtentpluscheràgraisser. Sais-tudequelsplaisirstumeprives?Mesguerrierssont beaux.Considèrecequ'estdevenu,sousvostoitssordides, l'éclatnatureldesbêtes,etpréfère,situl'oses,auchat haretlematou,aubisonlebœuf,àlalaielatruie,età l'oiesauvagel'oieduCapitole.L'angeexterminateurgalope surnospoulains.Lesnations,commelacamomille,plus onlesfouleetplusellesfeuillent.Lemeurtreestlepivot surlequelroulelaCréation.Ilfait clairdanslesruines souslavieillelampedesincendies.Quandjepartageavec mabandelagamelleetlaboue,lasueuretlesang,les vieillesmoustachesadmirentqu'unmaîtres'égaleàses esclaves.Vuquejenesuisnullepartàmaplace,jesuis partoutcommechezmoi.Incapabled'êtrebienenselle surunechimère,jem'accommodedemescavalesetdemes chutes.Laviem'aécorché.J'airefairemapeau. Commentneserait-ellepasunpeutropdure?Jevaudrais moinssijevalaismieux.Maforceestliéeàmesvices. Ilsepeutqu'unexcèsdevirilitéproduiselessoldats.Que degenssonttimidesetbrutauxIlleur fautdeschefsqui
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lesguérissentdeleurembarras,etdesbataillesdéchar-gerleurbile.Onditquejesuisunfléau,jesuisunclapet. Tuseraiscommemoi,Léon,situavaispasséparmoi. LÉON.Jet'offretrente-cinqchariotsd'or. ATTILA.C'estpeu.Mais,àmamode,jesuisbon.Jetiens unbrandondansunemain,et,dansl'autremain,unseau d'eau. LÉON.Lesentimentdumalnet'estdoncpasétranger. ATTILA.Lemalconsiste,nonpasàtuerpourmanger, maisàtuersansmanger.Nospères,quiétaientcannibales, furentplusexcusablesquenous.Onsouhaiteraitquetous lesmassacressefussentterminésdansdesmarmites.Si laguerrenerelevaitquedelacuisine,l'histoiredesempires seraitpluspure. LÉON.C'estquandlestigresdigèrentoudormentque ladouceurseglisseunmomentdansl'histoire. ATTILA.Jedigèreviteetjedorspeu.Lebonheurn'a pasdetête.Iln'aquedesmains.Soitquejesonnela chargeoularetraite,jenemetspasderaisonsdansma trompette.Jemarche,etjen'expliquepoint. LÉON.Ettes cavaliers,soustesétendards,joignent-ils aveuglémentlabarbeauxcrins? ATTILA.Iln'estpasdifficilederemuerlestribus.C'est leuragitationsecrètequilesentraînesurlespasdes conquérants. LÉON.MaisilfautêtreunDieupouroccuperleurimmo-bilité. ATTILA.LenomdeDieum'échauffelesoreilles. LÉON.Qu'importe!siturespecteslesidéesquecemot renferme.J'airencontréleveloursdansdesvipèresetla ragedansdesmoutons.Jepuisparlerdecequej'aimeà ceuxquinel'aimentpas.Mafoim'aideàcomprendreton incrédulité.Carlalampedelafoinebrillepasd'uneautre huilequedel'huiles'éteintledoute.Peut-êtreas-tu, commetoutlemonde,beaucoupd'opinionsquetun'aspas euletempsd'avoir.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
ATTILA.Toujourslabannièrem'agâtélacroix.Quand jefaisuneprière,Léon,lavoici«Seigneur,épargne-moilaniaiseriedesgensbornésauxquelstuparaisêtre nécessaire.» LÉON.L'humilitén'estpaslesignedesathées.Ilsdeman-dentàDieud'êtreunhommeraisonnable.T'est-ilarrivé, Attila,d'êtreamoureux? ATTILA.Jemourraidufeudontmebrûlentlesfemmes. LÉON.Imaginequel'universsoitfondésurl'Amour. Voudrais-tudonct'asseoiràl'aisesurcettebouchede Vésuve?Carnousdevonsnousservirdenosombrespour exprimerlalumière. ATTILA.Maislanaturesetait. LÉON.Displutôtqu'ellefaitparlerchacundenous danssalangue.Elleestextraordinairementordinaire. L'âme. ATTILA.Quelestcemotcreux? LÉON.Lestravauxdel'hommelibreetceuxdel'esclave sontpresquelesmêmes.Lacouleurdeleurtâcheest incomparable.Desmalheursàpeuprèspareilstombent surl'incréduleetsurledévotl'unenestaccablé,le deuxièmeysouscrit.Cejenesaisquoidontlesurpoids légeremportelabalance,n'est-cepasl'âmejustement? Pourquoitonchienn'est-ilqu'unchien? ATTILA.Etpourquoivoudrais-tuqu'unhommefûtautre chosequ'unhomme? LÉON.Parcequ'ilyaentoidumystère.Tun'aspas reçud'ailes,ettuasenviedevoler. ATTILA.Nousneverronsjamaisnossemblablesfendre l'airau-dessusdenostêtes. LÉON.Jen'enmettraispasledoigtaufeu.Noussommes d'uneracequipeutcourirsansjambes,etqui,sansplumes, peutmonterauciel. ATTILA.Es-tumagicien? LÉON.Oui,sijesuis capable,avecdescharretéesd'or, d'épargnerauxRomainslesacdeRome.Touteslesfois
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quelesraisonsdelafoçcemettentbasleursarmes,c'est lelevainduChristquitravaillelapâte. ATTILA.Dis-moitessecrets,etjet'adorecommeunpère. LÉON.ToutesmescléssontdanslapochedeDieu.Mais laplusbelleclé,lavoicijechercheenchaquehomme cettemiettedevéritéquilerendadmirable.Jemepermets souventd'êtrel'autre.Ainsij'airésoludet'aimerdavan-tageparcequej'étaisincapabledet'aimermoins.Onme répétaitqu'Attilaétaitunmonstre,etj'aijurédeteparler commeàunfils. ATTILA.Latendressen'étaitpaslefortdemafamille. LÉON.Tuastuétonfrère. ATTILA.Sinon,c'étaitBlédaquim'eûtégorgé.Ilcachait unrivalimplacablesouslesdehorsd'unjoyeuxcompa-gnon.Jeprendsausérieuxlespersonnesquiaffectent. d'êtregaies.Ausurplus,lavuedesmortsnousapprend àvivre. LÉON.Lespectacledelavienousaideaussiàmourir. Silesgensàquinouspardonnonspénétraientjusqu'aux sourcesdenotreindulgence,ilsne nouspardonneraient pasdeleuravoirpardonné. ATTILA.Jenecomprendspascequetudis. LÉON.C'estàpeuprèscequejevoulaisdire. ATTILA.Comment,Léon,concevrais-tuquel'expérience estlaseulemaîtressedeceuxquin'ontpaseudemaîtres? Tuesunclerc.Tunesaispas liredansleschoses. LÉON.Depuisquemoncœurn'estplustournéquevers l'Orient,onprétendquej'aiperdulacarte.J'aipourtant apprisàliredanslaconduitevisiblelaconduitesecrète. Nosactionsnousdistinguentmoinsqueleursmobiles.Il arrivesouventquelesagefasseautrementlamêmechose quelefou.Desgestespareilsdansunathéeetdansun chrétiennaissentd'impulsionsincomparables. ATTILA.Monteàcheval,etchaquepasdétruiral'illusion quetuasd'avoiruneâme. LÉON.Toutsepassecommesil'illusiond'avoiruneâme
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
endonnaitune.Ilyadeshommesquiontvécucomme desâmes.Platonaexisté. ATTILA.MaismoijesuisetDieun'estpas. LÉON.Sil'absencedeDieut'occupe, c'estqu'il s'approche.J'ajouteque,s'iln'existaitpas,ilnefaudrait pasl'inventer.Lessouhaitsdel'espritn'entrentpasdans lasoliditédeschoses.Cenefutpasenluttantcontreun fantômequeJacobdevintboiteux.Ceuxquiprennentlafoi pourunréconfortn'ontaucuneidéedelamienne. ATTILA.Nousyvoilà.Nousallonsnousentendre. LÉON.Ecouteencore.Valentinien,troisièmedunom, règnesurl'Occident. ATTILA.Abeaucoupprès. LÉON.Ilestdumoinsserviparunexcellentgénéral. ATTILA.C'estqu'Aetiusavécu,chezlesHuns,enotage. Iln'estfortquedenousavoiremprunténotreforce. LÉON.Maiscetteforceestunfait. ATTILA.JemesouviensdeschampsCatalauniques. LÉON.Fortbien.Mais,tandisquejeparle,lesItaliens enfoules'enfuientdanslesmontagnesouparmilesmarais delamerAdriatique.L'épouvanteaglacél'empereur. ATTILA.Ilapluspeurd'Aetius,dontilestjaloux,qu'il n'apeurdemoi. LÉON.Quoiqu'ilensoit,quitrouves-tudevanttoi? ATTILA.Toi. LÉON.C'est-à-direunaiglesansbec.Jenesuisniun grandcapitaine,niunveaud'or,nilefilsdeConstanceet deGallaPlacidiaThéodosen'estpasnonplusmonbouclier. ATTILA.Tueslepape. LÉON.C'est-à-direleplusridiculedessouverains,puisque j'aipoursujetsl'impalpableopinion,l'imperceptiblefoi, lessimulacresdesidées,etlemoinsgrosdeslivresauplus faibledespoings. ATTILA.Maistuasducourage,etunmotdetabouche remuelesmultitudes. LÉON.Moncouragen'apasenmoisasource,etiln'y
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
analogueschezdeshommesquetoutsembleséparer.Cenuméro de.HcrMtMmetainsienparallèleTauler,Boehme,Eckhart, RuysbroekavecdesOrientaux.L'ondécouvrechezlesuns etchezlesautreslamêmesoifdevacuitéféconde(etnonpas denéantstérile)etsouventdesexpressionssemblables. Cependantnerisque-t-onpasdecommettredeserreursen secroyantsiprocheslesunsdesautres?Dansundialogue interrompuetreprisentreD.SuzukietleP.ThomasMerton lasagesseduZenestconfrontéeaveccelledesPèresduDésert. Enfin,sedit-on,voilàdespointsdecontact LilianSilburn,dontlelivreInstantetCauseestunchef-d'œuvreetquiaunelongueexpériencepersonnelledusivaisme cachemirien,nemanquepasdeciterlesgrandsmystiques allemands duxiv'siècleenfaisantressortirleurparentéavec certainsOrientauxengénéralbouddhistes.Maisceschrétiens ontunepenséequinesesituepasdansl'axeduchristianisme. D'originespécifiquementgermanique,cettepensée,quiain-fluencéjusqu'àSchopenhauer,acecideparticulierque,partant desmystèreschrétiensproprementdits,elledévieversun panthéisme,parfoisexplicite,parfoiscaché,quiseprêteà touteslesinterprétations.LepauvreJésus-Christhistorique faitalorspiètremine. Ladivergencedesfinscachéesousl'analogieduvocabulaire apparaîtdansledialogueSuzuki-ThomasMerton.Suzukimet au-dessusdetoutl'Innocenceoriginellequ'ilcompareàla vacuitébouddhique.Simplicitétotale,ignorancedubienet dumal,brefrefusdetoutdualismeavecréférenceàMaître Eckhart.MalgrétoutlaConnaissancen'estpasmauvaiseen soi,etilfauttenirenéquilibreInnocenceetConnaissance. LeP.Mertonvaluiaussifairedesconcessionsenvantant l'Innocenced'AdamavantlachuteetendisantaLeParadis aétéperdudanslamesurenousavonsétéengagésdansla complexitéallusionàlaconnaissancedubienetdumal. Maisestlesentimentdupéché,sispécifiquementjudéo-chrétien?Seréduit-ilausentimentdeladualité? LeP.Mertonestbienobligédereconnaîtrequepourun chrétienlavacuitéestseulementunbutintermédiaireet quelebutfinalestleroyaumedeDieu. JEANGRENIER
D'aprèslenumérod'EuROPEsurNapoléonet laLittérature (avril-mai)ilsemblequel'empereuraurasurtoutenseignéà conquérirlesfemmes(voirStendhal)oul'argent(voirBalzac).