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LANOUVELLE REVUEFI~AN~'AISE
VERMEER
LadestinéedeVermeerestl'unedesplusextraordi-nairesquisoientmoinspoursonaccessiontardiveàla renomméequepourlalumièredegloiredéfinitivedans laquellel'aplacél'élogedeProust.Jusqu'en1866,jusqu'à lamentionqu'enavaitfaiteàlafindecetteannée-là,dans laGazettedesBeaux-Arts,ThéophileThoré,plus connusouslepseudonymedeBürgerdontilavaitsignéson essaisurVermeer,onsaitquel'oeuvreétaitpassée,même duvivantdupeintre,presqueinaperçue.Quantàl'homme, iln'estpasmoinsextraordinairequ'ilsembles'êtreingénié ànelaisserd'autrestracesdansleschroniquesquecelles d'unebanaleexistencedebonpèredefamilleetdemodeste citoyendeDelft,dontl'événementleplussaillantfutd'avoir étéchoisiparsescollèguesdelaGuildepourexercerdurant unanlesfonctionsdedoyen.Ilétaitcatholique;cequià cetteépoque-là,enHollande,nedevaitpastoujoursêtre facile;maisrien,danssonoeuvrenidanssabiographie,ne permetdesupposerquecelaluiaitétédifficile,nimêmeque desproblèmesreligieuxl'aient jamaispréoccupé. Sapeintureestsingulièredanssonépoque etparrapport aupassé,singulièreauxPays-Basetparrapport auxautres pays. Parmilesœuvresdespeintresd'Europequileprécé-dèrentouquifurentsescontemporains,unseultableaupeut
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
enêtrerapprochéc'estlaMadoneàl'EnfantdePiero dellaFrancesca.Jem'ensuisrenducompteenretournant visiter,voilàquelquesmois,laGalerieduPalaisDucal,à Urbino.Et,enlisantaujourd'huipourmoninformationles dernierslivresconsacrésàVermeer,jem'aperçoisque RobertoLonghi,dèssonpremieressai,lointaindéjà,sur Piero,avaitrelevécetantécédentetpersonne,certes,n'a pourlapeinturedemeilleursyeuxqueLonghi. LespersonnagesdePiero,danscetableaucommedans touslesautres,sontcampésdelafaçonlaplusfermeetla plusmassive;et,siconcretqu'ensoitlevolumecorporel, cequidominedanschacun,c'estlamajestéquilesélève au-dessusdeleurconditionhumaine.AdroitedelaMadone, onentrevoitparuneporteouvertedeuxfenêtresjumelles, éclairéesensemble,dontlalumière,reflétéesurlaparoi voisine,paisiblement,apparaîtdanscerefletcommeune mincetranchelumineusedouéedelavertumêmede l'ombreuneincroyable fragilité. Cettefrêleverticaleest coupée,cachéeparlemanteausombresurl'épauledroitede laMadone.Onaperçoitencoredanscetableau,ducôté opposé,toutàfaitàl'écart,au-dessusdelatêtedel'ange degauche,unecorbeilledefruitsposéesuruneétagère; plushautencore,ilsemblequ'ilyait,presqueinvisible,une secondeétagère.L'harmonietonaleestobtenueàpartirde teintesclaires,etcommesilafranchiseetlavigueurde l'expressionnepouvaientselepermettrequ'àcondition d'avoirprouvéqu'ellesn'excluaientpascettedélicatessede touchequiexigeuneadaptationcontinuelledelasensibilité. Lerésultatestlacréationd'unespaceclosàl'intérieur duquellerecueillementatteintaucombledusilence.Tous élémentsqueVermeern'oublierapas. LespersonnagesdeVermeer,eux,n'ontpasdemajesté, etn'yprétendentpas.Cesontdesêtresaccoutumésàne pasfranchirleslimitesimposéesàuneexistencedebour-geoismoyensetqui,danslemeilleurdes cas,pourraient allerjusqu'às'imposerleslimitesquesouhaitel'êtrepar-
VERMEER
faitementsimpleàtouségards,doncaussidanssasensi-bilitéetsonimagination.Cela,loind'exclurelaprofondeur, peutmêmedonneràl'expressionsaprofondeurjuste,la justemesuredelaprofondeur,cettemesureindispensable, quandonpoursuitlevraiàl'intérieurdeslimiteshumaines, poursusciteretaffirmerl'indéterminationpoétique.Ilfaut examinerdeplusprèsceparquoiVermeeratteintetatteste àtraverslevérismeforcené des«petitsmaîtres»hol-landaislanégationmêmedeleurvérismeetdetout vérisme,enrestantfidèleauvrai. Jenote,entreparenthèses,uneremarquequimevient encemomentàl'esprits'ilarrive auxvisagesdesper-sonnagesdeVermeerdeparaîtrefades,cedoitêtrela conséquencefâcheusedupeudescrupulesdecertainsres-taurateursenversdesglacissansdéfense.Jepuisledire,car j'aivisitéàplusieursreprises,àdesannéesd'intervalle,des expositionsdeVermeerainsiquelesmuséeshollandais,et ilnem'aétéquetropfaciledeconstateravecamertume, lorsdelarécente expositiondeParis,combiencertains tableauxavaientétéamoindris,réduitsàunesortede brouillardilyavaiteu,avantl'intervention,dela couleur,cetriomphedelacouleurqueVermeern'ajamais cesséderechercherdanssonceuvre.Fermonslaparen-thèse. Vermeerapparaîtd'embléecommel'antagonistedes «petitsmaîtres»antagonistepeut-êtresanslesavoir. Montrercequ'aperçoitlepassantderrièrelesvitresdes grandesfenêtresdonnantsurlaruedesustensilesde cuivremiroitantaccrochésauxparoisrevêtuesdecuirde Cordoue,dessiègesauxboisraressavammentouvragés, desmeublesettoutesorted'autresobjets,depréférence exotiquesouprécieux,étaitenHollandeunusageencore bienvivant,pourunecertaineostentationd'aisance.La tâchedu«petitmaîtreconsistaitàpeindre,commes'il étaitunpassant,cetespacefermépardesimplesvitreset pourtantimpénétrable,sinonauregard,àquin'étaitpasde
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE e.Lepetitmaître lamêmecasteoudelamêmesect«» peignaitavecuneméticulositéscrupuleusedebigot,sans autresouciquedefaireressemblant,defairemieuxquene feraitaujourd'huilaphotographie,maisavecl'espoirdene pasfaireplusquecequedevaitfaireplustardcelle-ci. QuandmêmeVermeerauraitreprisaux«petits maîtresleurbutprincipallesvuesd'intérieurs,lapein-tureditedegenre,ilacherché,enfait,toutautrechose. Onl'appellelepeintredelalumière.Onditqu'ila cherchélalumière. Cen'estpasfaux.Voyez-lavibreràtraverslesvitres, émouvoirl'ombre,l'ombredelalumière,l'ombrepresque impalpabledescilsquandleregardaiméseferme,regard dontondirait,pourunpeu,qu'ilimite,étiréentremémoire etdésir,lesignemêmedel'ombre.Néanmoins,quandon parledelumière,ilfautfaireattention.Peut-êtreVermeer, encherchantlalumière,a-t-iltrouvéautrechose,peut-être lamerveille desapeintureest-elled'avoirtrouvéautre chose. Tantdepeintresontvoulucapterlalumière. LeCaravageforcelalumièreàconcasserleréel,pour bâtirensuite,àpartirdecesdébrislumineux,danslajoie etlafrénésiedessens,uneautreréalité. Rembrandtlaisseentendrequ'ildisposeàsongrédela pierrephilosophale;ilpeutsusciterunelumièred'alchimie, saisieaumomentlesoleilfrappelesvitresetlesbriques desmaisonsavecunelangueurétrange,etpourtant,secrète-ment,d'uneextrêmeviolence.Alorsleplombs'écaille,l'or éclateetdévorecommeunelèpre. PoussinetCorotontperpétuésurdesmodesdifférents, maisl'unetl'autredansl'étonnement etletransport, l'exacterestitutionenpeinturedesboisalbainspeuplésde faunesetdenymphes,sousuncield'unbleuintactqui tamiseetdiffuse,surterre,salumièrejustedeparadis nonencoreperdu. Cézannerendlalumièresurlemodedramatique.Ila
VERMEER
essayéd'affirmer,endépitetenconsidérationdelalumière, levolumedesobjets,lesdéveloppementsvolumétriquesque lesobjetspeuventsuggéreràl'intelligenceetàl'imagination d'unpeintre. Seurat,pourconstruirelevolumepesantdesesfigures, seborneàdécomposerlalumièrequilesentoureenminus-culespointsdescouleurscomplémentairesduspectre. Enfait,touslespeintresquenousavonscités,sauf Seu-rat,onttrouvéautrechoseque lalumière,mêmesic'est grâceàlalumièrequ'ilsl'onttrouvé. Nouspourrionsallongeràl'infinilalistedespeintres quiontsuexploiterlesressourcesdelalumière.Enfinde compte,onnesauraitconcevoird'objetssanselle,puis-qu'iln'eûtpasétépossibledelesidentifieretdelesnommer avantqu'unêtrehumainnelesaitvus,desesyeuxvus. Plutôtque lalumière,Vermeeratrouvéautrechose lacouleur,unecouleurvraie,absolue.Silalumièrecompte tantchezlui,c'estqu'elleaaussiunecouleur,lacouleur delalumièrecouleurqu'ilvoitcommeunecouleuren soi,commelumière,etdontilvoitaussi,dontilisole,quand elleestvue,l'ombre, cettechaîneindispensabledela lumière.Lesvolumeseneux-mêmesnecomptentpaspour lui,trempésqu'ilssontdelumière,macérésdanslalumière, projetésenavant,ventresgravidesqu'ilcerneavectantde pudeur,tantd'angoisse,unesitremblantetendresse.C'est lacouleurquicompte.Cespersonnages,safemme,oul'une desesfilles,oului-même,cesfamiliersqu'ilportraiture,ces objetsusuelsqu'ilévoquenesont-ilsdoncquedesfan-tômes?C'estpossible.Leréeldemeuredanssajuste mesure,etenmêmetempsilluiéchappepourdevenirméta-physique,poursefaireidée,formeimmuable,pourneplus êtreàlafinquecouleurpureoumieuxrépartitionavisée, mesurée,decouleurspuressecompénétrantl'unel'autre, s'isolantl'unedel'autre. Ilm'estarrivénaguère,àproposdesrapportsdel'art etdelanature,dem'enréféreràVanEyck.Jesaisbien
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
qu'ils'agitd'unpeintrequiatravailléenvirondeux sièclesavantVermeer,etd'unFlamand.Lessiècles,pour monpropos,necomptentquejusqu'àuncertainpoint. Les Flandres,certes,nesontpaslaHollande;maisHollandais etFlamands,pourlemoins,cousinent.Voyez,aumuséede Bruges,laMadoneduchanoineVander Paele.Descinq personnagesdutableau,quatreunévêque,unguerrier,la Madoneetl'Enfant,restentvolontairementimaginaires. QuandPierodellaFrancesca,parexemple,évoqueun saint,iln'oubliejamaislanécessitédetrouverenlepei-gnant,pourlerendresensibleaucœur,unéquilibreentre l'idéedesaintetéetunepersonneréelle,dechairetd'os. Danslecasduchanoine,aucontraire,VanEyckne sepréoccupequeducontrasteentreleréeletl'imaginaire, maisnel'obtientpas,parcequelesdeuxpartiesdutableau restenttotalementinconciliables,etquel'incompatibilité absoluenelaissepaslamoindreplaceaudrame.C'estun castypiqued'incommunicabilité.L'imaginationn'estpasen mesuredelaréduiresipeuquecesoitelleaboutitcertesà desrésultatsd'unesuprêmedélicatesse,maisdetellenature quetoutrapportavecl'humainsembleabolietquela virtuositéetletransportmystique,s'ilssubjuguentlespec-tateur,nepeuventniletoucher,nileconvaincre.Quantau réel,ondiraitquecetabsurdegaspillaged'imaginationdans lesquatreautrespersonnagesn'aeulieu,souslesyeuxdu chanoine,quepourluiprouverquellefolleillusionc'était d'ycroire. Cecinquièmepersonnage,cechanoineledonateur estenfaitsiextérieurautableauqu'ilsemblen'avoirpu qu'enêtreexpulsé.Sansriendereligieux,cettefigure, agenouilléeàl'écart,àl'extrêmeborddel'estradeelle estplacée,estmassive,compacte,autoritaireetbruyante dansleva-et-vientdesvisiteursoui,elleparlesihaut qu'ellevousparalyse.Négligeonsleslunettes,lebréviaire, toutuncondimentdedétailssansliensorganiquesavecla figure,etobservonslevisagequiestpeint,aucontraire
MIRCEAELIADE (Gallimard).
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE ~M~ LeMythedeRetour
Voilàunepassionnantehistoiredelarésistanceàl'histoire, depuislesoriginesjusqu'aujourd'huietjusqu'àcertainsreplis denoscoeurs.Nosjourspassentàchaqueinstantetcepassé quis'éloignenousdevientméconnaissabletandisquenous sommessanstrêvelivrésànosimprévisiblesfuturs.Dèsqueles peuplessesontaperçusdelanature«historique»dutemps, ilsontétéprisdevertige.Lescivilisationssesontconstruites contrecettepeurellesontinventélesarchétypesetlescycles poursedonnerducouragenousretrouveronsduconnu dans notreavenir,nousrécupéreronsnotrepassé,toutn'estque retour.Abrahama, lepremier,osésortirdecebagneconfor-tableils'estfiéaudieu<j~Mappellecequin'estpasco~Mt~ c'était.Maisnotreépoquesemblesedéfaireàlafoisdela croyanceaux«retours»etde celleenundieulibre.Reste alorsl'angoisse. JEANGROSJEAN
DIDIERMARTIN
LeJéroboam(Gallimard).
C'estdanslasolitudequel'artistedoitédifieruneœuvrequi tiennecontrelamort.Lafaussemonnaiedesillusionsdoit êtreconvertieenlaseuleréalitéquiimporte,lelivreàvenir. Enempruntantunedémarchepropreàbeaucoupd'écrivains decetemps,pourquisagenèseconstitue lamatièremême d'unlivrequitrouve,danslesévénementsayantdétournéle narrateurdesavocation,lethèmedesoninspiration,Didier Martinapeut-êtrevoulusacrifieràunetendanceactuelle.Le récits'achèveparilacommencél'étudedespassions,enfin renduepossibleparlasublimationdessouffrancesdel'amour, peuts'appliqueravecunerigueurinlassableàfairelavérité enetautourdesoi.Parsonécrituresensible,frémissante,de trèsbellespagessurl'Egypte,DidierMartinréussitànous attacher.Malgrésesmaladresses,LeJéroboamestlapromesse d'unvraiécrivain. A LA INC LER V A L