La Nouvelle Revue Française n° 204 (Décembre 1969)

De
Cioran, Valéry face à ses idoles
Édith Boissonnas, Initiales
Roger Caillois, Inventaire d'un monde
Pierre Garnier, Poèmes
Marcel Arland, C'est l'aube...
Henri Thomas, Perse
Perse, Deux Satires
Chroniques :
Jacques Réda, Michel Butor : Illustrations, II
Georges Perros, Roger Judrin
Claude Michel Cluny, Jean-Claude Renard
Michel Gresset, William Styron
Jean Guichard-Meili, Vieira da Silva
Dominique Noguez, 'Anything Else'
Notes :
André Boucourechliev, Boris de Schloezer
Notes : la poésie :
André Miguel, L'Embrasure, par Jacques Dupin (Gallimard)
Notes : littérature et essais :
Patrick de Rosbo, Italiques, par Georges Borgeaud (Éditions L'Âge d'homme)
André Marissel, L'image métaphysique, par Jean-Pierre Attal (Gallimard)
Notes : romans français :
Jean Blot, La bataille de Pharsale, par Claude Simon (Éditions de Minuit) - La Dispersion, par Serge Doubrovsky (Mercure de France)
Anne Fabre-Luce, Le Loum, par Louis Victor Pilhes (Le Seuil)
Notes : romans étrangers :
Alain Clerval, Mon mal vient de plus loin, par Flannery O'Connor (Gallimard)
Jean-Claude Schneider, Le colporteur, par Peter Handke (Gallimard)
Philippe Pons, Le quotidien, par Carlo Villa (Gallimard)
Notes : les arts :
Renée Boullier, Soixante-cinq gravures de Filiberti à la Bibliothèque municipale de Mulhouse
Notes : les spectacles :
Marcel Schneider, À propos du Palais Garnier
François-Bernard Mâche, Neuf journées de musique contemporaine au T.N.P. et l'O.R.T.F.
Claude Michel Cluny, Porcile, de Pier Paolo Pasolini
Revue des livres :
André Miguel, Charles van Lerberghe, par Hubert Juin (Seghers) - Solyane, un chef-d'œuvre oublié, par Charles van Lerberghe (Seghers)
Jean Grosjean, Ma femme ô mon tombeau, par Pierre Chappuis (Éditions Robert Moutier)
Pierre Chappuis, Le point mort, par Paul Vincensini (Guy Chambelland)
Jean Grosjean, L'anthropologie du geste, par Marcel Jousse (Resma) - L'orthographe, par Claire Blanche-Benveniste et André Chervel (Maspero)
Revue des livresRevue des livres :
Guy Rohou, La vie de famille, par Henriette Jelinek (Gallimard)
Revue des livres :
Guy Rohou, Le point de suspension, par Jean Anglade (Gallimard)
Marcel Arland, Une fille cousue de fil blanc, par Claire Gallois (Buchet-Chastel)
Jacques-Pierre Amette, La fête de la dédicace, par Michel Huriet (Gallimard)
Nos correspondants :
Jacques de Bourbon Busset, Hiérogamie
Jean Follain, Sainte-Hélène
Jean Lebrau, Brindilles
Anonymes, Mémento
Publié le : mardi 31 mars 2015
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EAN13 : 9782072380150
Nombre de pages : 160
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R
LANOUVELLE EvueFRANÇAISE
VALERYFACEA
SES
IDOLES x
C'estunvéritablemalheurpourunauteurqued'être compris;Valéryl'aétédesonvivant,ill'aétédepuis. Etait-ildoncsisimple,sipénétrablefAssurémentnon. Maisilaeul'imprudencedefournirtropdeprécisionset sursoietsursonœuvre,ils'estrévélé,dénoncé,ila livrémainteclef,dissipépasmaldecesmalentendus indispensablesauprestigesecretd'unécrivainaulieu delaisserauxautreslabesognedeledeviner,ill'aassu-méelui-même;ilapousséjusqu'auvicelamaniede s'expliquer.Latâchedescommentateursdevaits'en trouversingulièrementallégéeenlesinitiantd'embléeà l'essentieldesespréoccupationsetdesesgestes,illes invitaitmoinsàuneruminationsursonœuvrequesur lesproposqu'ilatenussurelle.Dèslorsl'interrogation àsonsujetavaitpourmissiondesavoirsi,surtelpoint leconcernant,ilavaitétévictimed'uneillusionou,au
1.LetextedeE.-M.Cioran,conçuprimitivementcommepréfaceà laversionaméricainedesécritsdeValérysurLéonard,PoeetMallarmé neparaîtrafinalement,auxEtats-Unis,qu'enrevue.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
contraire,d'uneexcessiveclairvoyance,d'unjugement décrochéduréeldanslesdeuxcas.Nonseulementila étésonproprecommentateur,maisencoretousses ouvragesnesontqu'uneautobiographieplusoumoins camouflée,uneintrospectionsavante,unjournaldeson esprit,unepromotiondesesexpériences,den'importe laquelledesesexpériences,aurangd'événementintellec-tuel,unattentatcontretoutcequ'ilpouvaityavoiren luid'irréfléchi,unerébellioncontresesprofondeurs. Savoirdémonterlemécanismedetout,puisquetout estmécanisme,sommed'artifices,detrucsou,pour employerunmotplushonorable,d'opérations;s'enpren-dreauxressorts,semuerenhorloger,voirdedans,cesser d'êtredupe,voilàcequicompteàsesyeux.L'homme, telqu'illeconçoit,nevautqueparsacapacitédenon-consentement,parledegrédeluciditéqu'ilauraatteint. Cetteexigencedeluciditéfaitsongeraudegréd'éveilque supposetouteexpériencespirituelle,etquiseradéter-minéeparlaréponsequ'ondonneraàlaquestioncapi-tale«Jusqu'oùêtes-vousallédanslaperceptionde l'irréalité»? Onpourraitmarquerendétailleparallélismeentrela quêtedelaluciditédélibérémenten-deçàdel'absolu,telle qu'elleseprésentechezValéry,etlaquêtedel'éveilen vuedel'absolu,quiestproprementlavoiemystique.Il s'agitdansl'uneetl'autredémarched'uneexacerbation delaconscience,avidedesecouerlesillusionsqu'elle traîne.Toutanalysteimpitoyable,toutdénonciateurdes apparences,àplusforteraisontout«nihilisten'est » qu'unmystiquebloqué,etcelauniquementparcequ'il répugneàdonneruncontenuàsalucidité,àl'infléchir danslesensdusalut,enl'associantàuneentreprisequi ladépasse.Valéryavaitététropcontaminéparlepositi-vismepourconcevoirunautrecultequeceluidelaluci-ditépourelle-même.
VALÉRYFACEASESIDOLES
«Jeconfesse quej'aifaituneidoledemonesprit,mais jen'enaipastrouvéd'autre.»Valéryn'estjamaisrevenu del'étonnementqueluicausaitlespectacledesonesprit. Iln'aadmiréqueceuxquidivinisaientleleur,etdontles aspirationsétaientsidémesuréesqu'ellesnepouvaientque fascineroudérouter.CequidevaitleséduirechezMal-larmé,c'étaitl'insensé,c'étaitceluiquien1885écrivait àVerlaine«j'aitoujoursrêvéettentéautrechose, avecunepatienced'alchimiste,prêteàsacrifiertoute vanitéettoutesatisfaction,commeonbrûlaitjadisson mobilieretlespoutresdesontoit,pouralimenterlefour-neauduGrandŒuvre.Quoi?C'estdifficileàdireun livre,toutbonnement,enmaintstomes,unlivrequisoit unlivre,architecturaletprémédité,etnonunrecueildes inspirationsdehasard,fussent-ellesmerveilleuses.J'irai plusloin,jediraileLivre,persuadéqu'aufondiln'yen aqu'un.»Déjàen1867,ilavaitformulé,dansune lettreàCazalis,lemêmesouhaitgrandioseetdélirant «ceneseraitpassansunserrementdecœurréelque j'entreraidanslaDisparitionsuprême,sijen'avaispas finimonœuvre,quiestl'Œuvre,leGrandŒuvre,comme disentlesalchimistes,nosancêtres.» Créeruneœuvrequiconcurrencelemonde,quin'en soitpaslerefletmaisledouble,cetteidée,cen'estpas tantdesalchimistes,c'estdeHegelqu'ill'atirée,dece Hegelqu'ilneconnaissaitqu'indirectementparVilliers, lequell'avaitàpeinepratiqué,justeassezcependantpour pouvoirleciteràl'occasionetl'appelerpompeusement«le reconstructeurdel'Univers»,formulequidutfrapper Mallarmé,puisqueleLivrec'estprécisémentàlarecons-tructiondel'Universqu'ilvisait.Maiscetteidéeaurait pu aussiluiêtreinspiréeparsafréquentationdela musique,parlesthéoriesdel'époque,dérivéesdeScho-penhaueretpropagéesparleswagnériens,quienfaisaient leseulartcapabledetraduirel'essencedumonde.Et d'ailleursl'entreprisedeWagnerelle-mêmeavaitdequoi
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
suggérerdegrandsrêvesetinviteràlamégalomanie,tout commel'alchimieoulehégélianisme.Unmusicien,etun musicienfécondpar-dessuslemarché,peut,àlarigueur, aspireraurôlededémiurge;maisunpoète,etunpoète délicatjusqu'àlastérilité,comments'yprendrait-ilsans ridiculeoufolie?Toutcelaparticipedeladivagdion, pournousservird'unmotqueMallarméaffectionnait. Etc'estjustementparcecôtéqu'ilattirait,qu'ilconvain-quait.Valérylecontinueetl'imitequandilparledecette Comédiedel'intellectqu'ilseproposaitderédigerun jour.Lerêvedeladémesureporteaisémentversl'illusion absolue.Quand,le3novembre1897,Mallarmémontrait àValérylesépreuvescorrigéesduCoupdeDés,etlui demandait«Netrouvez-vouspasquec'estunactede démenceledémentn'étaitpasMallarmémaisle Valéryqui,dansunaccèsdesublime,devaitécrireque, danscepoèmed'unesiétrangedispositiontypographique, l'auteuravaittenté«d'éleverunepageàlapuissancedu cielétoile».S'assignerunetâcheimpossibleàréaliseret mêmeàdéfinir,vouloirlavigueuralorsqu'onestrongé parlaplussubtiledesanémies,ilyadanstoutcelaun riendemiseenscène,undésirdesetromper,devivre intellectuellementau-dessusdesesmoyens,unevolonté delégende,etd'échec,leraté,àuncertainniveau,étant incomparablementpluscaptivantqueceluiquiaabouti. Nousnousintéressonsdeplusenplus,nonàcequ'un auteuraditmaisàcequ'ilauraitvouludire,nonàses actesmaisàsesprojets,moinsàsonœuvreréellequ'à sonoeuvrerêvée.SiMallarménouspassionne,c'estparce qu'ilremplitlesconditionsdel'écrivainirréalisé,irréalisé parrapportàl'idéaldisproportionnéqu'ils'étaitfixé,si disproportionnéqu'onestparfoisenclinàappelernaïf ouimposteurceluiquienréaliténefutqu'unhalluciné. Noussommesdesferventsdel'oeuvreavortée,aban-donnéeenchemin,impossibleàachever,minéeparses exigencesmêmes.L'étrange,enl'occurrence,estque
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l'œuvrenefutmêmepascommencée,puisqueduLivre, cerivaldel'Univers,ilnerestepratiquementaucunindice révélateurilestdouteuxquelesbasesenaientétéjetées danslesnotesqueMallarméfitdétruire,cellesquiont survécuneméritantpasqu'ons'yarrête.Mallarméune velléitédepensée,unepenséequines'estjamaisactua-lisée,quis'estenferréedansl'éventuel,dansl'irréel, dégagéedetoutacte,supérieureàtoutobjet,àtout conceptmême.uneattentedepensée.Etcequelui, l'ennemiduvague,aexpriméenfindecompte,c'estbien cetteattentequin'estriend'autrequelevaguemême. Maiscevague,quiestl'espacedeladémesure,comporte uncôtépositifilpermetd'imaginergrand.C'esten rêvantduLivrequeMallarméadébouchésurl'unique eût-ilétéplussensé,qu'ileûtlaisséuneœuvrequelconque. OnpeutendireautantdeValéry,quiestlerésultatde l'idée,presquemythologique,qu'ilsefitdesesfacultés, decequ'ileûtpuenextraire,s'ilavaiteulapossibilité ouletempsd'enfairevéritablementusage.SesCahiers nesont-ilspaslebric-à-bracduLivreque,luiaussi,vou-laitrédiger?IlallaplusavantqueMallarmémais,pas plusquecedernier,ilneputmeneràbienundesseinqui exigedel'obstinationetunegrandeinvulnérabilitéà l'ennui,àcetteplaiequi,desonpropreaveu,necessait deletourmenter.Or,l'ennui, c'estladiscontinuité,la lassitudedetoutraisonnementsoutenu,fondé,l'obsession pulvérisée,l'horreurdusystème(leLivren'eûtpuêtre quesystème,systèmetotal),horreurdel'insistance,dela duréed'uneidée;l'ennuiestencorecoq-à-l'âne,fragment, note,cahier,enfindilettantismeparmanquedevitalité,et aussiparpeurd'êtreoudeparaîtreprofond.L'attaquede ValérycontrePascalpourraits'expliquerparuneréac-tiondepudeurn'est-ilpasindécentd'étalersessecrets, sesdéchirements,sesabîmes? N'oublionspasquepour unméditerranéencommeValérylessenscomptaientet quepourluilescatégoriesfondamentalesn'étaientpasce
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
quiestetcequin'estpas,maiscequin'estpasdutout etcequiparaîtexister,leRienetleSemblant;l'être commetelmanquaitàsesyeuxdedimensionetmêmede portée. NiMallarméniValéryn'étaientéquipéspours'atta-querauLivre.Avanteux,Poeeûtétéàmêmeetd'en concevoirleprojetetdes'ymettre,etils'yestmisà vraidire,Eurêkaétantunemanière d'œuvre-limite, d'extrémité,defin,derêvecolossaletréalisé.«J'ai résolulesecretdel'Univers».«Jen'aiplusledésir devivre,puisquej'aiécritEurêka»cesontexcla-mationsqueMallarméeûtaimépousser;iln'enavait guèreledroit,mêmepasaprèscettemagnifiqueimpasse qu'estleCoupdeDés.BaudelaireavaitappeléPoe un «héros»desLettresMallarméiraplusloin,ill'appel-lera«lecaslittéraireabsolue.Personneaujourd'hui neratifieraitunteljugementmaiscelan'importeaucu-nement,chaqueindividucommechaqueépoque,n'ayant deréalitéqueparsesexagérations,parsacapacitéde surestimer,parsesdieux.Lasuitedemodeslittéraires ouphilosophiquestémoigned'unirrésistiblebesoin d'adorerquin'aétéhagiographieàsesheures?Un sceptiquetrouveratoujoursàvénérerquelqu'undeplus sceptiquequesoi.Mêmeauxvmesiècle,ledénigre-mentdevintinstitution,la«décadencedel'admiration» nedevaitpasêtreaussigénéralequelecroyaitMon-tesquieu. PourValéry,lethèmetraitédansEurêkaressortità lalittérature.«LaCosmogonieestungenrelittéraire d'uneremarquablepersistanceetd'uneétonnantevariété, l'undesgenreslesplusantiquesquisoient.»Ilpensait lamême chosedel'histoireetmêmedelaphilosophie, «genrelittéraireparticulier,caractériséparcertainssujets etparlafréquencedecertainstermesetdecertaines formes».Onpeutsoutenirque,lessciencespositives exceptées,toutseramènepourluiàlalittérature,à
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE MAURICEPIGUET UnSéjoursurlaTerre,deWillydeSpens.142CXCIX Judrin. GEORGESPERROS Roger890CCIV Satires. PERSE Deux880CCIV Désir. JEAN-CLAUDEPINGUET Leet laScènedu441CCI MICHÈLEPIRAZZOLI-T'SERSTEVENS LaBureaucratiecéleste,recherchessur ~.EcOKOMK~etlaSociétédelaChinetra-Balazs. ditionnelle,d'Etienne135CXCIX Gadoffr Claudelet~'t/MM~r.îchinois,deGilbert 461CCI XuânHuongoul'impudeurd'aimer.734CCIII Z/ŒMt~complètede7"c/tOM<m~M.765CCIII PHILIPPEPONS InnocenceetMémoire,deGiuseppeUnga-LLLeeeVoCSQrlayupsmoottnèaiirdmaieedne,,d'ddAeentCeCAaoerLtlsoaACrIreoNcVtiPoPnRai,iÉvildVeelOSsPaTaeol..o628CCCCIIVI 140CXCIX 302CC Adieu,BoisdeBoulogne37CXCIX MICHELRANDOM Boully. PrésentationdeMonnyde702CCIII JACQUESRÉDA Butor. d'ensemble. TelQuelThéorie74CXCIX Michel887CCIV JEAN-CLAUDERENARD Rivière. L'Exodeannonceune177CC Jazz. JEANRHYS Qu'ilsappellentçadu481CCII
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