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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
FLAUBERTET
LES
DEMONSPUNIQUES
Auxyeuxdecertainslecteursmoinsnombreux aujourd'huiqu'hierSalammbôconstituelagrandeerreur deFlaubert,alorsqued'autres,hostilesàsonœuvreen général,fontexceptionpourceromanparcequec'est, disent-ils,unlivreunpeufou.Cesdeuxappréciationsoppo-séesjouent,ensensinverse,surlemêmeargument.L'em-bardéedansl'imaginairespontanéouartificiel,c'estune autrequestionplaîtauxunsdanslamesurel'appli-cationauréeld'oùrésultentMadameBovary,L'Education sentimentaleleursembleunappauvrissement(pousséà l'extrêmedansBouvardetPécuchet),tandisquepourles autres,l'excèsdesplendeuretdevacarmedeSalammbô accusel'épuisementdesonauteur,etleressentimentenvers uneréalitéquiéchappeàsaprise.Ilestremarquable,d'au-trepart,quedesespritsenclinsàlamoraleconsidèrent Salammbôcommel'œuvrelaplusinnocentedeFlaubert. Ailleurs,seloneux,iltirelavie,cruelle,insignifiante,vers lenéant.Salammbôl'exalteaucontraire,laveutmagnifique, grotesque,atroce,par-delàtoutejustification.Même,n'est-onpasendroitd'ysoupçonnerquelquechosed'uneénorme farceterrifiante,résurgenceetmétamorphosedugarçonde Rouen?Pourd'autresencore,cettefaçondepoèmeérotico-épiqueesthorriblementsérieux,obsédédecorpssuppliciés, àdéchiffrercommeuneinconscienteconfessiondumalade quefutFlaubert.Cesjugements,etleursnombreuses variantes,ontcecidecommunqu'ilss'arrêtent,dans Salammbô,àcequisemblerépondreau restedel'œuvre, arcs-boutants,motifscomplémentaires,pierresd'attenteen suspens,refletd'unensemblesupposéconnu.Maisl'œuvre
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
resteferméesursapropreétrangeté,etpeut-êtreconvient-il, pourendevinerlecœur,dechercherd'autresrapports. C'estlaseuleœuvredeFlaubertquisoitsituéedansun mondenonseulementantérieur,maistoutétrangerauchris-tianisme,etreflétantàpeinelacivilisationhelléniquequi luiestcontemporaine(semblableencela,mais encelaseu-lement,àTêted'Ordansl'oeuvredeClaudel).Cetteexcen-tricitédansletempsetl'espaceaété comprisedefaçons trèsdifférenteselleaussicommeunefaiblesse,ou commeuneforce.FaiblesseauxyeuxducherSainte-Beuve,oudumoinsbizarrerie,curieusedéviationdel'inté-rêt,quecettetentativederésurrectionesthétiqued'un mondeaussitotalementdisparusanshéritagespirituel queceluideCarthageavantHannibal.Ilyalà,pour Sainte-Beuve,quelquechosequirappellece«Kamtchatka littéraire»où,dansunarticleécritquelquesannéesplus tôt,ilsituaitla«Folie-Baudelaire».Encorelapoésiede Baudelaireest-elleramification,affinement,ex-ténuation d'uneinspirationissuedufortcourantromantiqueauquel Sainte-BeuvemêmeserattacheparLesRayonsjaunes. C'estl'hommeduVieuxMondeencore,danssonultime confusion,sonbesoindehauteetnoiresolitude.Sainte-Beuveadmetcertesqu'unauteurpuissetrouver,auhasard d'uncheminabsolumentpersonnel,deshérossanscom-munemesure,apparemment,aveclebourgeoisduSecond Empire.Maiscethommeestencoreunefigureabâtardie del'êtreprofond,complexejusqu'àlafoliequefurentpar exemplelesMessieursdePort-Royal,ouqu'incarnesi bien,aumilieuduxixesiècle,lesénateurSainte-Beuve. Maisn'est-cepasaberration,depousserlarecherched'une varianteàcerichemodèlejusqu'àneplusriengarderde sestraitsconstitutifs,etpasseroutreàl'humain,abordant undomainelaparolelecèdeaucriouausilencebrut, telceluidesesclavesàlameule«Leursyeuxétaient rouges,lesfersdeleurspiedssonnaient,toutesleurspoi-trineshaletaientd'accord.Ilsavaientsurlabouche,fixée
FLAUBERTETLESDÉMONSPUNIQUES
pardeuxchaînettesdebronze,unemuselière,pourqu'il leurfûtimpossibledemangerlafarine,etdesgantelets sansdoigtsenfermaientleursmainspourlesempêcher d'enprendre.»OuleshurlementsautourdeMoloch «Lesbuveursdejusquiame,marchantàquatrepattes, tournaientautourducolosseetrugissaientcommedes tigres,lesYidonimvaticinaient,lesDévouéschantaient A avecleurslèvresfendues.rapprochercesévocations detellesimagesdumêmeordrequel'ontrouvedansLa TentationdesaintAntoine,onvoitplusnettementencore àquelpointSalammbôs'éloignedenotremonde.Les déliresdesaintAntoinesontceuxdenotreconscience, nourriederêvesmillénaires;pasunmonstrequinenous soitenfindecompteanalogue,intérieur, étantissudenotre sommeil;noussavonstoujoursnoussommes;lenéant annoncéestencorelenôtreincroyablement,ilpéritavec nous.Avecles«personnages»lesplusintelligibles,les plusfortementcaractérisésdeSalammbô,laquestiontou-jourssepose,ouplutôtflottecommeunemenaceindéfi-nissableotisommes-nous?Enquelrègnedelavie, grouillantd'êtresàformehumaine,maisantérieursàl'âme quiestnôtre,antérieursàl'amourcemaldel'Occident maisnonàunedévorationauprèsdelaquellelesprurits del'érosbovaryquesontdeschaleursangéliques.Seul IsidoreDucasse,quelquesannéesplustard,iraseperdre surlesconfinsdesurnatureetdesous-humanitéla viergedeTanitépouselepythonsacré«Luiposantsur lanuquelemilieudesoncorps,illaissaitpendresatête etsaqueue,commeuncollierrompudontlesdeuxbouts traînentjusqu'àterre.Salammbôl'enroulaautourdeses flancs,soussesbras,entresesgenoux;puis,leprenant àlamâchoire,elleapprochacettepetitegueuletriangu-lairejusqu'auborddesesdents,et,fermantàdemiles yeux,elleserenversaitsouslesrayonsdelalune.Puis ilestd'autrespassagesFlaubertabordeenpionnier trébuchantàquelquechosedeplusinsoliteencore,et
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
queSainte-Beuvevraimentréprouve,lebon-papacritique. Laformehumaine,cetempleducoeur,del'esprit,dela grâcevivante,estalorsoffensée,déchirée,affreusement livréeàBaal-Moloch.Schahabarimoffreausoleil«surla le cuiller»cœurencorepalpitantarrachédelapoitrine deMâtho.Flaubertécritalorsceslignesdontonpeutêtre sûrqueRimbaud,quelquesannéesplustard,s'est enchanté«L'astres'enfonçaitdanslameràmesureque lesbattementsdiminuaient;àladernièrepalpitation,il disparut.Carthageétaitcommeconvulséedanslespasme d'unejoietitaniqueetd'unespoirsansbornes». C'estl'instantmeurtSalammbô«pouravoirtouché aumanteaudeTanit»,disentlesdernièreslignesdu livre,etellessonttrompeusesSalammbômeurtparce qu'elleestlaproie,l'instrumentoulejouetdesforces «titaniques»quiéclatentnon seulementdanslajoiesan-glantedeCarthagesauvéedesmercenaires,maisdans soncorpsàelle,exténué,réduitàl'animalitévisionnaire. Ellenefutjamaisunepersonne;pétrie,imprégnéedès l'enfanceparlesrites,elleretourneaugouffredontils émanentcommelesenfantsdel'holocausteauventre-four-naisedeMoloch.Quecettechuteàl'abîmesolairesoitle mouvementmêmedulivre,onlevoitàceslignesdela lettreàSainte-Beuve«Notezd'ailleursquel'âmedecette histoireestMoloch,leFeu,laFoudre.Ledieului-même, sousl'unedesesformes,agit;ildompteSalammbô». Amourethaine,possessionetdestructionsontuneseule etmêmeardeur,etSainte-Beuvepeutbiensignaler, pate-hez linement,«unepointed'imaginationsadiquecson cherFlaubert.Contrequoicelui-ciprotestedecurieuse manière;ilnesedéfendpas;iltrouveseulementquece futbienassezdepasserunefoisencorrectionnelle(pour MadameBovary)etqu'illuiseraitfortdésagréabledelire dans«quelquepetitjournaldiffamateurM.G.Flau-bertestundiscipledeSade.Sonami,sonparrain,unmaître enfaitdecritique,l'aditlui-mêmeassezclairementetc».
FLAUBERTETLESDÉMONSPUNIQUES
Envérité,onal'impressionqueFlaubert,danslalongue réponse àSainte-Beuve,sedéfendassezmollement,ame-nant,pêle-mêle,desargumentsdifficilementconciliables. LesjugementscontrairessurSalammbôtrouveraient presquetousdesamorcesdansunpassagecommecelui-ci, ilveutmarquercequileséparedu«systèmedeCha-teaubriand(dansLesMartyrs),«diamétralementopposé ausien»[Chateaubriand]partaitd'unpointdevuetout idéal,ilrêvaitdesmartyrstypiques.Moi,j'aivoulufixer zenmirageenappliquantàl'Antiquitélesprocédésduroman moderne,etj'aitâchéd'êtresimple.Rieztantqu'ilvous plaira!Oui,jedissimpleetnonpassobre». Onperçoitetenmaintautrepassagel'aga-cementàdevoirsedéfendre,unecertainelassitude,qui deviendrontexaspérationlorsqu'illuifaudrarépondre àunpseudo-orientalistedoubléd'unimbécileNon, M.Froehnern'estpasléger,ilesttoutlecontraire»).L'im-patienceluifaitécrire«Jememoquedel'archéologie Silacouleurn'estpasune,silesdétailsdétonnent,siles mœursnedériventpasdelareligionetlesfaitsdespas-sions.s'iln'yapas,enunmot,harmonie,jesuisdansle faux.Sinon,non.»Ilcessed'argumenterpouraffirmer uneesthétiqueuniversellementvalable.Sansdouten'est-il pasdemeilleuredéfensedansl'absolu.Valablepour touteœuvre,elleneconvientàaucuneenparticulier;de celaFlaubertestparfaitementconscient;lepeudeplace quetiennentceslignesdanslalettreàSainte-Beuvele montre. ResteSalammbô,ensasingularité,sonpoidsd'horreurs, samonstruosité;c'estletermedontuseFlaubert,danscette interrogationquibriseleproblèmeesthétiqueetouvrela littératureauxdémonsdontnulnesaitencores'ilssont venuslasauveroulaperdre«Pourquoinevoulez-vous pasquedeuxvraisexistent,deuxexcèscontraires,deux monstruositésdi~'érentesp» HENRITHOMAS
ALMEDIANE
Belleseraitl'heuredernièreavant trépassiconversantavecjeunes amisletaciturneetlarêveuse aucieldéjàanaloguesnousallions cheminantauxjetsd'eauarrêtant nospasonsurlesbancsreposant sousfeuillée(ettoilaMuseéclairant ceprivilègedenotretrinité)d'où contemplerl'abîmesansoiseaux désormaismaisd'amitiépurifiés avantl'adieusansgestes.Orpeut-être nosombresunjourparmifleursetruis-seauxdelà-basraviesàjamaisse reconnaîtraientauhasarddesâmes?
(Bienheureux)
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
enlestransposant,idiotismes,tournurespatoisantesetcalem-boursd'unDublinois. Telquel,lelivreestd'unesavoureuse diversité.Onyparle depolitique,defolklore,devoyagesenFrance.C'estleverre enmainque lechroniqueur,aussifamilierqu'HenriCaletà ParisetàpeinemoinséruditqueCharles-AlbertCingriaà Lausanne,contesaparesse,sonamourdelabièreetdu whiskyetsonamitiépourlespersonnagesmarginauxqui composentlepetitcercledesesrelations.Onapprendche-minfaisantcertainsdétailsconcernantl'histoiredel'Irlande àtraverssesballadeset lamanièrededifférerlarédaction d'unarticle.On découvresurtoutl'inimitablehumourinsu-lairepropreàfairecreverdejalousielesécrivainslatins, humourgouailleurquitoucheautravailetauxflics,humour férocequis'adresseauxAnglais,humourattendriquiregarde lesautres,clochards,paresseux,raconteursd'histoiresnous tousenfin.
GUYROHOU