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LevillagedeB.,prèsduquels'ouvrentlesgrottes,garde desmarquesdesonancienneté.Ils'estconstituéautour d'uneabbayedontlesbâtiments,aujourd'huiàusagepro-fane,ontsubi,depuisleMoyenAge,biendestransforma-tions.Lesapports,plusoumoinsheureux,desépoques n'ontpascompenséetnemasquentpaslesatteintesdu temps.Lesfigures sculptéesdanslapierres'effacent;les nervuresetlesmouluresont,icietlà,disparu;lespiliers ont,parendroits,leprofilinégaletlaporositédesvieilles meulessurlesquelleslespaysansaffûtentleurscouteauxou leursfaux. Endépitdeladouceurdesreliefsetdesombres,c'est l'imageoul'idéedecequimord,entame,retranche,qui dominedansceslieux.Al'abri,danslescourslespierres verdissent,onsentencorel'érosion,letemps,sousla mousse,commeunearmeaufourreau.Grattezdel'ongle cettecoucheàl'odeuramèreletempsvousdote,àvotre insu,d'unegriffedefer.Danscentans,silamoussene repoussepas,lapierreportera,encreux,votremarque. Autourdel'abbaye,lesmaisonsduvillagemontrent d'autantplusdevétustéquelesiteestprotégéparl'Etatet queriennepeutêtrebâtiourebâtisanssonautorisation,à cinqkilomètresàlaronde.Lesmaisonsdanslestyleancien, lesseulesadmises,coûtenttropcherpourqueleshabitants deB.enentreprennentlaconstruction.Ilsn'ontpasbesoin d'ailleursdelogementsnouveaux,carlesjeuness'envont
LaNouvelleRevueFrançaise presquetousvivreàlaville,ilspeuventtrouverdes emplois.L'abbayeet levillageformentainsiunensemble engagétoutentierdansunprocessusd'effacement. D'effritement,dedélitement.Misàpartquelquesruines quifontsailliedansletableau,aveclesanglesencorevifs deleurspierres,touticis'émousse,seréduit.Cenesontpas nos yeuxquinouseninstruisentchaquepierremontreune usureacquisedepuislongtemps.Ondevine,plusqu'onne constate,que ladétériorationsepoursuit,secondepar seconde.Cetteimpressionrelève,sansdoute,enpartie,du sensdel'histoire,quiexistemêmechezleshabitantsdeB. lesmoinsinstruits.Toutautourduvillage,lapierredes falaisesdelareculées'use,sansquepersonneenait conscience.Dansl'abbaye,depuisdessiècles,onaisoléune duréehumaine.Danscespierressculptées,chaquejour, notreespècevieillit. Ladestructionpatientedontonsuitlesprogrèsdans l'abbayeetdanslevillagecontrasteaveclacroissanceet laproliférationminéralesqu'onobservedanslesgrottes voisines.Chacunjureyvoirlesstalagmitesetlesstalactites grandir.L'illusionvientdumanquederepères.Ilestvrai quetouticiestenconstantdéveloppementetquelavisite desgrottes,dontlesoletlesvoûtespoussent,detoutesparts, leursblanchesconcrétionsnaissantes,vouslaissecomme ungoûtdecanine.Maisleconstatvisueldemanderait centans. Lacréationquis'accomplitainsisansrelâche,dansle seindesfalaises,sembled'abordentachéedegratuité.La matière dontlesconcrétionscalcairessontfaitesneseprête àaucunusage.Sacruditéetsonhumiditélarendenttoutà faitimpropreàêtretravailléeoumêmescellée.Encompa-raison,touteslespierresquelaterrerecèle,etjusqu'aux plusfriables,sontrassises,recuites.Direqu'ellessont mortesseraitpeut-êtreplusexact.Danslesconcrétionscal-cairesdesgrottes,lemondecontinuedenaître.Leminéral, partoutailleursexpressiondupassé,croît,développedansla nuitdesformesdelaitoudelymphe.Parsablancheur,ses
Lemondedel'obscur contoursimprécis:stalagtitesencoulée,lobes,bouillonne-ments,couchesparcouruesderides,lapierrerecréeet éternise,danslenoir,unephasebiologiquesemblableà celleaucoursdelaquellelesêtresvivantsn'existentencore qu'entantquecorpsfluides,principes.Amilleendroits,on penseàunspermeminéral.Lecalcairesemoire.Ils'am-plifie,segonfle,sedéploie,sansjamaisatteindreàlaréalité enquelquesortecharnelledusilex,dugranit,dugrès,du marbreveinéounon. Onpeutrêveràloisiràpartirdufaitquelesconcrétions calcairesdesgrottes,sevérifielemouvementd'expan-siondel'univers,dont,parailleurs,lesastronomesnous apportentla preuve,nousrappellent,soitparleurstructure, soitparleurcouleurouleurtransluciditéetleurteneuren eau,lesélémentspremiersdelavieorganique.Cetteana-logiesemanifesteparfoisd'unefaçontroublante.Sil'on grattelaparoidelagrotte,àcertainsendroitselleest recouverted'uncalcairesemblableàdugivre,unliquide d'unblancopaquesemetàcouler.Lesgéologuesallemands l'ontnomméle«mond-milch»,lelaitdelune.Pouquoi delune»Parcequepersonnenepeuts'empêcherdevoir « danslesgrotteslarépliquedespartiesextra-terrestresde l'univers. Qu'ilnes'agisse,aveclemond-milch,l'analyselerévèle, qued'unesolutiondecalcaire(plusexactementdecalcite) dehautedensiténeprivepaslephénomènedesoncaractère allusif.Ilenestdemêmeaveclesperlesdesgrottes,boules blanches,parfoisdelagrosseurd'uneprune,quiseforment dansleslacssouterrains.Uneparcelledegravierqu'entraîne danssarondeleremousàlachuteobstinéed'unegoutte d'eauleurdonnenaissance,croit-on.Entournantsansfin, legraindesables'envelopped'unecouchedecalcaire. L'objets'arronditjusqu'àatteindreparfoislatailled'un œuf. Rejetonsl'imaged'uneoviparitédesgrottes,souvenirde cellequelespaléontologistesprêtentauxsauriensmons-trueuxdelapréhistoire.Iln'enrestepasmoinsquenous
LaNouvelleRevueFrançaise noustrouvonsicidansuneannexedelafabriquedes mondes.Delapierrenaîtsousnosyeux.Justementsousla formeduglobe,imagedel'absolu,delaparfaiteimpar-tialitéquiaprésidéàlaGenèse.Ici,ilyadéjàaccomplis-sement.Ilsepeutquetouteslesautresconcrétionscalcaires, mêmelesplusaiguës,tendentàlarotondité.Riennel'in-diqueencoreclairement,auboutdetantdemillénaires. Maisnoussentonsquetoutestentraindeseconstituer. Au-delàdesconcrétionscalcaires,ilflotteiciduminéral. Qu'ilnousfassesisouventpenserauxcorpssimpleset mêmeauxhumeurs,siègesdenotrevie,nedoitpasnous surprendre.C'estlamêmemèreblafardequisedéploiedans l'infinidel'espaceetennous. Leshabitantsduvillage,quiraisonnentencarriersouen maçons,n'établissentqu'unecomparaisonmachinaleentre lespierresdeleursmaisonsoudel'abbayeetlesconcrétions calcairesdesgrottes,impropresàtoutemploi.Ilssebornent àconstater quelespremièress'usent,quandlessecondesne cessentdepousser.Selonl'expressioncourante,c'estle jouretlanuit.Onnesauraitévidemmentmieuxdire. Encoreest-ildifficiledeparlerdesconcrétionscalcairesou delafauneetdelafloredesgrottesenneperdantjamais devue,sil'onpeutainsis'exprimer,l'obscurité,quiest leurmilieunaturel. L'étudedesgrottesnousobligeàadmettrelapositivitéde l'obscur,notionàlaquellenotreespritestrebelle.Lenoir n'estpasseulementl'absencedelumière;ilconstitueun élémentactif.Ilasescaractères,sespouvoirs.Dansles grottes,ilestfaciledeconstaterqu'ilprivilégielesformes. Mêmesil'onadmetl'existence,danslesconcrétionscal-caires,d'unmouvementverslatotalité,larotondité,le globe(l'universnes'étendquepourserejoindre,serefermer sursoi,«àunautrepalier»),onnepeuts'empêcherd'ob-serverquecetteévolutiondesformespassepardesphases particulièrementornées».Danslesgrottes,noussommes (( enprésenced'unbaroquetransitoire,certes,maisuniversel etchargédesignification.
LaNouvelleRevueFrançaise ouverturess'engouffrel'aircommedansunecontréeblanche, éblouissante. Vertuparadoxaledupoème«pulvérisé»,selonletitreprophé-tiquedeRenéCharaumomentmêmeleverssebrise,chaque éclatdemeurehantéd'unsingulierressort;lepoèmen'estplus jamaischant,encoremoinsdiscoursharmonieuxd'unespritqui s'enivreraitdesesvertus esthétiquesourythmiques.ChezGeorges Badincommechezplusieurspoètesdesagénération,lesensde l'œuvresurgitd'unattentatcontreletextequel'oncasse,que l'onhache,quel'ondisperseavecviolence.Stupeurdevantle spectacledumonde,insulteauscandaledelamort,endépitde toute«dislocation»,lepoèmedétruitsedressecontrelamenace etfondeleseulespoirduvivant,cette«bouchevalide»quiparle encoredanslamêlée.
LIDDELLHART Mémoires traduitdel'anglaisparJean-PaulConstantin (Fayard).
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Cegrandthéoriciendelaguerremodernenousmontrecomment noussommesallésdelastupidePremièreGuerremondialeàla stupidedeuxième,malgrélaluciditédequelqueshommesOn définitcommunémentlaguerrecommeuninstrumentdelapoli-tique,maissitelestlecas,c'estunefolied'employeruntelinstru-mentalorsquepersonnen'estcapabledelemanierintelligemment, écrivaitLiddellHartàLloydGeorge.Onn'oublierapas,dominant lesgrandspersonnagesquefréquentel'auteur, l'énigmatiquefigure du plusfascinantd'entreeux,T.E.LawrenceQuandilétait enfant,ils'étaitimaginéqu'ilallaitfairedegrandeschosesdans lesdomainesdel'actionetdelapensée.«Jenesavaispasencore qu'ilétaitimpossibledefairelesdeux.»
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Cen'estpeut-êtrepasunhasardoul'effetd'uneconversioninex-plicablesil'auteurd'unedesmélodieslesplustendrementbuco-liquesquisoient,LeTempsdescerises,aétéaussiunchansonnier