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La Nouvelle Revue Française N° 212

De
128 pages
Pierre Gascar, Le monde de l'obscur
Michel Butor, Jalons – Ressac – Champ de vitres – Voix de l'écrit
Jacques-Pierre Amette, La rencontre
Maurice Fombeure, Poèmes
Michel Tournier, Un pays noir et blanc
Pierre Bonnard - Henri Matisse, Correspondance (Fin)
Chroniques :
Pierre Chappuis, Michel Leiris poète
Jean Blot, Pierre Mac Orlan, l'aventure et le destin
Claude Faraggi, Neruda
William Chattaway, Réflexions d'atelier
Dominique Noguez, Le siècle des ombres
Notes : littérature et essais :
Roger Judrin, Propos, II, d'Alain (Gallimard)
Emmanuel Berl, Lettres à une amie, de Georges Clemenceau (Gallimard)
Michel Léturmy, Comprendre Bultmann (Le Seuil)
Jean Grosjean, Un jeu d'enfer, par Michel Mohrt (Gallimard)
Roger Judrin, L'art d'écrire, par Étiemble et Jeannine Étiemble (Seghers)
Notes : romans français :
Guy Rohou, Mémoire de la ville, par Daniel Boulanger (Gallimard)
Jean Blot, Mort d'un Grec, par Robert Quatrepoint (Denoël)
Notes : romans étrangers :
Alain Clerval, Un dieu et ses dons, par Ivy Compton-Burnett (Gallimard)
Jacques-Pierre Amette, Portnoy et son complexe, par Philip Roth (Gallimard)
Notes : les arts :
Renée Boullier, L'expressionnisme européen (Musée national d'Art moderne)
Notes : les spectacles :
Jacques-Pierre Amette, Le cinéma des Quatre Cents Coups
Claude Michel Cluny, Zabriskie Point, de Michelangelo Antonioni
Revue des livres :
Claude Michel Cluny, Le Train bleu, par Pierre Albert-Birot (Poésie-Club)
Jacques Chessex, Titre pluriel sujets, par Georges Badin (Mercure de France)
Jean Grosjean, Mémoires, de Liddell Hart (Fayard)
Jean Bastaire, Le temps des cerises, par Tristan Rémy (Éditeurs Français Réunis)
Lionel Mirisch, La brûlure, par Jean-Roger Bourrec (Gallimard)
Jean Grosjean, Mémento
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Le
monde
de
l'obscur
LevillagedeB.,prèsduquels'ouvrentlesgrottes,garde desmarquesdesonancienneté.Ils'estconstituéautour d'uneabbayedontlesbâtiments,aujourd'huiàusagepro-fane,ontsubi,depuisleMoyenAge,biendestransforma-tions.Lesapports,plusoumoinsheureux,desépoques n'ontpascompenséetnemasquentpaslesatteintesdu temps.Lesfigures sculptéesdanslapierres'effacent;les nervuresetlesmouluresont,icietlà,disparu;lespiliers ont,parendroits,leprofilinégaletlaporositédesvieilles meulessurlesquelleslespaysansaffûtentleurscouteauxou leursfaux. Endépitdeladouceurdesreliefsetdesombres,c'est l'imageoul'idéedecequimord,entame,retranche,qui dominedansceslieux.Al'abri,danslescourslespierres verdissent,onsentencorel'érosion,letemps,sousla mousse,commeunearmeaufourreau.Grattezdel'ongle cettecoucheàl'odeuramèreletempsvousdote,àvotre insu,d'unegriffedefer.Danscentans,silamoussene repoussepas,lapierreportera,encreux,votremarque. Autourdel'abbaye,lesmaisonsduvillagemontrent d'autantplusdevétustéquelesiteestprotégéparl'Etatet queriennepeutêtrebâtiourebâtisanssonautorisation,à cinqkilomètresàlaronde.Lesmaisonsdanslestyleancien, lesseulesadmises,coûtenttropcherpourqueleshabitants deB.enentreprennentlaconstruction.Ilsn'ontpasbesoin d'ailleursdelogementsnouveaux,carlesjeuness'envont
LaNouvelleRevueFrançaise presquetousvivreàlaville,ilspeuventtrouverdes emplois.L'abbayeet levillageformentainsiunensemble engagétoutentierdansunprocessusd'effacement. D'effritement,dedélitement.Misàpartquelquesruines quifontsailliedansletableau,aveclesanglesencorevifs deleurspierres,touticis'émousse,seréduit.Cenesontpas nos yeuxquinouseninstruisentchaquepierremontreune usureacquisedepuislongtemps.Ondevine,plusqu'onne constate,que ladétériorationsepoursuit,secondepar seconde.Cetteimpressionrelève,sansdoute,enpartie,du sensdel'histoire,quiexistemêmechezleshabitantsdeB. lesmoinsinstruits.Toutautourduvillage,lapierredes falaisesdelareculées'use,sansquepersonneenait conscience.Dansl'abbaye,depuisdessiècles,onaisoléune duréehumaine.Danscespierressculptées,chaquejour, notreespècevieillit. Ladestructionpatientedontonsuitlesprogrèsdans l'abbayeetdanslevillagecontrasteaveclacroissanceet laproliférationminéralesqu'onobservedanslesgrottes voisines.Chacunjureyvoirlesstalagmitesetlesstalactites grandir.L'illusionvientdumanquederepères.Ilestvrai quetouticiestenconstantdéveloppementetquelavisite desgrottes,dontlesoletlesvoûtespoussent,detoutesparts, leursblanchesconcrétionsnaissantes,vouslaissecomme ungoûtdecanine.Maisleconstatvisueldemanderait centans. Lacréationquis'accomplitainsisansrelâche,dansle seindesfalaises,sembled'abordentachéedegratuité.La matière dontlesconcrétionscalcairessontfaitesneseprête àaucunusage.Sacruditéetsonhumiditélarendenttoutà faitimpropreàêtretravailléeoumêmescellée.Encompa-raison,touteslespierresquelaterrerecèle,etjusqu'aux plusfriables,sontrassises,recuites.Direqu'ellessont mortesseraitpeut-êtreplusexact.Danslesconcrétionscal-cairesdesgrottes,lemondecontinuedenaître.Leminéral, partoutailleursexpressiondupassé,croît,développedansla nuitdesformesdelaitoudelymphe.Parsablancheur,ses
Lemondedel'obscur contoursimprécis:stalagtitesencoulée,lobes,bouillonne-ments,couchesparcouruesderides,lapierrerecréeet éternise,danslenoir,unephasebiologiquesemblableà celleaucoursdelaquellelesêtresvivantsn'existentencore qu'entantquecorpsfluides,principes.Amilleendroits,on penseàunspermeminéral.Lecalcairesemoire.Ils'am-plifie,segonfle,sedéploie,sansjamaisatteindreàlaréalité enquelquesortecharnelledusilex,dugranit,dugrès,du marbreveinéounon. Onpeutrêveràloisiràpartirdufaitquelesconcrétions calcairesdesgrottes,sevérifielemouvementd'expan-siondel'univers,dont,parailleurs,lesastronomesnous apportentla preuve,nousrappellent,soitparleurstructure, soitparleurcouleurouleurtransluciditéetleurteneuren eau,lesélémentspremiersdelavieorganique.Cetteana-logiesemanifesteparfoisd'unefaçontroublante.Sil'on grattelaparoidelagrotte,àcertainsendroitselleest recouverted'uncalcairesemblableàdugivre,unliquide d'unblancopaquesemetàcouler.Lesgéologuesallemands l'ontnomméle«mond-milch»,lelaitdelune.Pouquoi delune»Parcequepersonnenepeuts'empêcherdevoir « danslesgrotteslarépliquedespartiesextra-terrestresde l'univers. Qu'ilnes'agisse,aveclemond-milch,l'analyselerévèle, qued'unesolutiondecalcaire(plusexactementdecalcite) dehautedensiténeprivepaslephénomènedesoncaractère allusif.Ilenestdemêmeaveclesperlesdesgrottes,boules blanches,parfoisdelagrosseurd'uneprune,quiseforment dansleslacssouterrains.Uneparcelledegravierqu'entraîne danssarondeleremousàlachuteobstinéed'unegoutte d'eauleurdonnenaissance,croit-on.Entournantsansfin, legraindesables'envelopped'unecouchedecalcaire. L'objets'arronditjusqu'àatteindreparfoislatailled'un œuf. Rejetonsl'imaged'uneoviparitédesgrottes,souvenirde cellequelespaléontologistesprêtentauxsauriensmons-trueuxdelapréhistoire.Iln'enrestepasmoinsquenous
LaNouvelleRevueFrançaise noustrouvonsicidansuneannexedelafabriquedes mondes.Delapierrenaîtsousnosyeux.Justementsousla formeduglobe,imagedel'absolu,delaparfaiteimpar-tialitéquiaprésidéàlaGenèse.Ici,ilyadéjàaccomplis-sement.Ilsepeutquetouteslesautresconcrétionscalcaires, mêmelesplusaiguës,tendentàlarotondité.Riennel'in-diqueencoreclairement,auboutdetantdemillénaires. Maisnoussentonsquetoutestentraindeseconstituer. Au-delàdesconcrétionscalcaires,ilflotteiciduminéral. Qu'ilnousfassesisouventpenserauxcorpssimpleset mêmeauxhumeurs,siègesdenotrevie,nedoitpasnous surprendre.C'estlamêmemèreblafardequisedéploiedans l'infinidel'espaceetennous. Leshabitantsduvillage,quiraisonnentencarriersouen maçons,n'établissentqu'unecomparaisonmachinaleentre lespierresdeleursmaisonsoudel'abbayeetlesconcrétions calcairesdesgrottes,impropresàtoutemploi.Ilssebornent àconstater quelespremièress'usent,quandlessecondesne cessentdepousser.Selonl'expressioncourante,c'estle jouretlanuit.Onnesauraitévidemmentmieuxdire. Encoreest-ildifficiledeparlerdesconcrétionscalcairesou delafauneetdelafloredesgrottesenneperdantjamais devue,sil'onpeutainsis'exprimer,l'obscurité,quiest leurmilieunaturel. L'étudedesgrottesnousobligeàadmettrelapositivitéde l'obscur,notionàlaquellenotreespritestrebelle.Lenoir n'estpasseulementl'absencedelumière;ilconstitueun élémentactif.Ilasescaractères,sespouvoirs.Dansles grottes,ilestfaciledeconstaterqu'ilprivilégielesformes. Mêmesil'onadmetl'existence,danslesconcrétionscal-caires,d'unmouvementverslatotalité,larotondité,le globe(l'universnes'étendquepourserejoindre,serefermer sursoi,«àunautrepalier»),onnepeuts'empêcherd'ob-serverquecetteévolutiondesformespassepardesphases particulièrementornées».Danslesgrottes,noussommes (( enprésenced'unbaroquetransitoire,certes,maisuniversel etchargédesignification.
LaNouvelleRevueFrançaise ouverturess'engouffrel'aircommedansunecontréeblanche, éblouissante. Vertuparadoxaledupoème«pulvérisé»,selonletitreprophé-tiquedeRenéCharaumomentmêmeleverssebrise,chaque éclatdemeurehantéd'unsingulierressort;lepoèmen'estplus jamaischant,encoremoinsdiscoursharmonieuxd'unespritqui s'enivreraitdesesvertus esthétiquesourythmiques.ChezGeorges Badincommechezplusieurspoètesdesagénération,lesensde l'œuvresurgitd'unattentatcontreletextequel'oncasse,que l'onhache,quel'ondisperseavecviolence.Stupeurdevantle spectacledumonde,insulteauscandaledelamort,endépitde toute«dislocation»,lepoèmedétruitsedressecontrelamenace etfondeleseulespoirduvivant,cette«bouchevalide»quiparle encoredanslamêlée.
LIDDELLHART Mémoires traduitdel'anglaisparJean-PaulConstantin (Fayard).
JACQUESCHESSEX
Cegrandthéoriciendelaguerremodernenousmontrecomment noussommesallésdelastupidePremièreGuerremondialeàla stupidedeuxième,malgrélaluciditédequelqueshommesOn définitcommunémentlaguerrecommeuninstrumentdelapoli-tique,maissitelestlecas,c'estunefolied'employeruntelinstru-mentalorsquepersonnen'estcapabledelemanierintelligemment, écrivaitLiddellHartàLloydGeorge.Onn'oublierapas,dominant lesgrandspersonnagesquefréquentel'auteur, l'énigmatiquefigure du plusfascinantd'entreeux,T.E.LawrenceQuandilétait enfant,ils'étaitimaginéqu'ilallaitfairedegrandeschosesdans lesdomainesdel'actionetdelapensée.«Jenesavaispasencore qu'ilétaitimpossibledefairelesdeux.»
TRISTANRÉMY LeTempsdescerises (Editeursfrançaisréunis).
JEANGROSJEAN
Cen'estpeut-êtrepasunhasardoul'effetd'uneconversioninex-plicablesil'auteurd'unedesmélodieslesplustendrementbuco-liquesquisoient,LeTempsdescerises,aétéaussiunchansonnier
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