La Nouvelle Revue Française N° 229

De
Roger Caillois, Le fleuve Amour
Daniel Boulanger, La quête – La cage – Coup de vent – Famille
Jacques Réda, Épisodes
Jean Clair, L'étrangeté de Léger
Monique Lange, L'enfance
Jacques-Pierre Amette, Un fauve par la fenêtre
Jean-Claude Schneider, Robert Walser (1878-1956)
Robert Walser, La Promenade (Extrait) – Nocturne – Notes
Critique : poésie :
Alain Bosquet, Un mois de poèmes : D'un certain surréel (Pablo Neruda, René Char, Claude Gauvreau, Gisèle Prassinos, Edmond Humeau, Jean-Pierre Thiébaut, Michel Nicoletti)
Michel Poicard, Alexandra, par Lycophron (Mercure de France)
Critique : littérature :
Jacques-Pierre Amette, La médecine de J.M.G. Le Clézio
Bernard Caramatie, Correspondance, de Roger Gilbert-Lecomte (Gallimard)
Claude Faraggi, L'Homme-Jasmin, par Unica Zürn (Gallimard)
Critique : connaissance :
Marc Petit, La Puissance et la Sagesse, par Georges Friedmann (Gallimard)
Bruno Vercier, Zola et les mythes ou De la nausée au salut, par Jean Borie (Le Seuil)
Jean-Yves Tadié, Poétique de la prose, par Tzvetan Todorov (Le Seuil)
Critique : romans :
Lionel Mirisch, L'étrange, l'étranger
Jean Blot, Jean Bloch-Michel et la littérature engagée
Guy Rohou, René Leys, par Victor Segalen (Gallimard)
Critique : les spectacles : théâtre :
Bertrand Poirot-Delpech, L'appel du silence
Jacques-Pierre Amette, Harold Pinter
Critique : les spectacles : cinéma :
Claude Michel Cluny, Notes sur quelques films : plan de coupe et plan-séquence
Critique : les arts :
Jean-Jacques Lévêque, Balthus (Galerie Claude Bernard) - Miro (Galerie Maeght)
Critique : musique :
Gilbert Amy - François-Bernard Mâche, Dialogue
Regards :
Robert Levesque, La place Saint-Sulpice
Stanislaw Jerzy Lec, Maximes
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 8
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072383670
Nombre de pages : 128
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Le
fleuve
Amour
«Dansquelquesminutes,noussurvoleronslefleuve Amour.»Adixmillemètresau-dessousdulong-courrier, l'interminableSibérie,commeuneimmenseépongevert vif,quineparvientpasàabsorbertoutel'eaudontelle estgorgée.Déjà,sousl'aile,lefleuveannoncé.Ilcoulevio-letdanslamolleémeraude.Diviséendeuxbras,ilencadre unécudepursinople,semédegrandeslarmesmauves, parfoisturquoiselorsqu'uneeauplusclairereflèteunciel sansnuages.Nulletracehumainesurl'étendueabstraite, quiappellelaméditationmieuxencorequelesjardinsde pierresetdesabledestemplesdeKyoto,d'oùjeviens. Lesprêtreslesratissentetlesdésherbentchaquematin pourenpréserverlasécheresse,leurdonnantcommeune façaded'immortalité.Ici,àl'inverse,unocéan,faitdeterre irriguéejusqu'àsaturation.Ilsepassedusoindeshommes. Iln'estpasclosparquatremurs.Iln'estproposéàla réflexiondepersonne.Traverséseulementparunepuis-santeveinecaveouveineporte,vineuse,ramifiéedemille vaisseauxfourchuscommecheveluresdeneurones.Tran-quilleetscintillantréseaud'émail.Plusqu'unsautoirsurla planèteenrobevivaceleslignesinvétéréesdelapaumede laterre,quin'attendentl'oracledenulchiromancien. Faitedesable,uneminceplagecommepartoutcouleur sableetquiseplaîtàproclamersasubstance,rehaussesans oublileurparcours,faitvaloirleurteintedepruneetde cerne.Unécoulementimmobile,quiestlavie,plusdurable
LaNouvelleRevueFrançaise quel'hommeetquipeuttarir,elleaussi.Plusqu'auxjar-dinsaridesdel'ascèseetdel'extase,entretenusavecsubti-litépourmanifester combienvainssontledésir,letravail etl'application,jepenseauxrizièresméticuleusesqui occupenttoutelasurfaceutiled'unpays.Desdoscourbés sansrépit,desdoigtshabilesetinfatigablesontrepiqué piedparpiedenalignementsinfaillibleslacéréalevivrière. Desplansd'eausuccessifsétagentlescollinesenminces terrassessubmergées.Ellesperpétuentleprofildupaysage originel.Ilestàpeinerectifié.Maislesvastescourbes concentriquesquis'étalentlelongdespentestrahissentun effortinsensible,discretcommelacaressequifinitpar lustrerunpelagerebelle. Iln'ya pasl'espaced'unemainquinesoitrendufécond par unepatiencemillénaire.Etcommeauxmaresdufleuve Amour,lecielsereflètedanslesétangsfertiles.Ilsemire, cettefois,entredefinestouffeséquidistantes,plantéespar lesinsectesindustrieuxquis'ennourrissent.Chaqueannée, ilsrecommencentlelabeuridentiquequedéclenchenten euxlesétoilesoul'almanach.Decettehauteur,onneles distingueraitpas.Aquoibond'ailleurslesapercevoir?Ils sontobscurseteffacés,indiscernablesdelanaturedontils fontpartieetqu'ilsfaçonnent,commelafaçonnelevent, commeycheminentleseauxquisanshâtecreusentleurs bouclesavecletempsdevantelles,commelefleuveAmour danslasolitudedel'Asie. «SatêteauréoléedufleuveAmour.»Lemembrede phrasemerevient soudain.Seulilmerested'unecomplai-santedescriptionqu'unpoètefitnaguèred'unejeune géanteassoupiesurl'étendueentièredelaterre.Maisétait-il besoind'ajouterunegéanteàlaterre?Elle-mêmeestune géantesplendide.C'estemphaseetredondancederhéteur qued'allongersurellelecorpsd'unegéanteimaginaire. Mieuxvautlaprendrecommeelleest,danssatrivialité, sansintercession,toutdego,avecsesmousses,seslichens, sestourbières,sanécroseincessanteetlamultitudedesêtres rapides,remplaçablesquis'affairentsursoncuir.Jene
LefleuveAmour faispasdedifférenceentrelesmaraisellesedébrouille seuleetledoux escalierdescirquesaménagésparceux demonespècepourleursubsistance.Lesjardinschauves desprêtresontcertesleurplacedanslespectaclegénéral uneimageessoréedelanature,quin'estpassinaturelle qu'ilsl'imaginent.Tropharmonieuse,tropcalculée,àcoup silrtropremarquablepourunsimulacredunéant.Etque vientdoncfairelarusedesquinzepierresdontnulne voitjamaisquequatorzeàlafois,sinonrappelerlafutile ingéniositéhumaine? Jesongeavecplusdepiétéàmesfourmisobstinées,avec plusderévérenceaulentfleuveAmourlent,etlilas quidraineparesseusementlavieversunemerglacée,au solennel,autraîtrefleuveAmour,dontlessyllabessibé-riennesnefontquemimerlemotamour.
ROGER
CAILLOIS
La
quête
«C'estdimanche,nomdeDieu!hurlalepèreTabaron. Tu vasmettreunecravateoujetebottelecul?Envoilàdes façons!Quiquicommandeici? Ilfaitchaud»,repritlegamin,maisilobéitàson pèreetnouasoussoncoldechemiseune longueétoffe rougedontilglissalatraîneavecméprissoussabraguette. Danslapiècevoisine,lacourroiedelabaratteàbeurre claquaitavecrégularitéetlesmouchessurlerideaudela chambrel'ondiscernaitdanslesblancsdessinsaucro-chetunepyramideetdespalmiersformaientuneconstella-tionnoirecommesil'onavaitvouluprojeterlenégatif d'unenuitsurleNil.Dehors,lachaleur gonflaitdéjàla plaine,l'arrondissaitvaporeuseenfleurdepissenlit,etle cielcommençaitàbrûler. LepèreTabaronregardaitsonfilsdontlesmainsdispa-raissaientjusqu'auxphalangesdanslesmanchesdeveste. Dupantaloncassésurlesbottinesàlaraiedanslescheveux mouillés,toutétaitselonsesgoûtsetdignedelesreprésen-teràlamesse,luietsadéfuntedontleportraitàbandeaux sepenchaitsurlelitdecuivreentredesrameauxdebuis. Legaminsortitdanslacourlesvolaillesdétendaientà quimieuxmieuxleursressortsquandlavoixdupèresou-dainlesfits'effaroucher. «Fernand,tesdixsous.Penseàlaquête,nomdeDieu!» Legosseallaprendrelapièceenbaissantlatêtel'épi rebelledescheveuxétaitl'imagemêmedesonâme.Un
LaNouvelleRevueFrançaise
Dequellemanièreexercerlamémoirepourapprendreà oublier? P
Neparlezpasdevosrêves nentlepouvoir!
ilsepeutquelesfreudienspren-
IIestfaciledepeuplerlemonde;ilestfaciledeledépeu-pler.Alors,estleproblème?
Danslesguerresd'idées,cesontleshommesquimeurent.
Est-cequel'anthropophagealedroitdeparleraunom dudigéré?
Mêmesurlechemindelapensée,desvoleursteguettent, maisilssecroientdesintellectuels!
Mêmesonsilencecomportedeserreurs!
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