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«Dansquelquesminutes,noussurvoleronslefleuve Amour.»Adixmillemètresau-dessousdulong-courrier, l'interminableSibérie,commeuneimmenseépongevert vif,quineparvientpasàabsorbertoutel'eaudontelle estgorgée.Déjà,sousl'aile,lefleuveannoncé.Ilcoulevio-letdanslamolleémeraude.Diviséendeuxbras,ilencadre unécudepursinople,semédegrandeslarmesmauves, parfoisturquoiselorsqu'uneeauplusclairereflèteunciel sansnuages.Nulletracehumainesurl'étendueabstraite, quiappellelaméditationmieuxencorequelesjardinsde pierresetdesabledestemplesdeKyoto,d'oùjeviens. Lesprêtreslesratissentetlesdésherbentchaquematin pourenpréserverlasécheresse,leurdonnantcommeune façaded'immortalité.Ici,àl'inverse,unocéan,faitdeterre irriguéejusqu'àsaturation.Ilsepassedusoindeshommes. Iln'estpasclosparquatremurs.Iln'estproposéàla réflexiondepersonne.Traverséseulementparunepuis-santeveinecaveouveineporte,vineuse,ramifiéedemille vaisseauxfourchuscommecheveluresdeneurones.Tran-quilleetscintillantréseaud'émail.Plusqu'unsautoirsurla planèteenrobevivaceleslignesinvétéréesdelapaumede laterre,quin'attendentl'oracledenulchiromancien. Faitedesable,uneminceplagecommepartoutcouleur sableetquiseplaîtàproclamersasubstance,rehaussesans oublileurparcours,faitvaloirleurteintedepruneetde cerne.Unécoulementimmobile,quiestlavie,plusdurable
LaNouvelleRevueFrançaise quel'hommeetquipeuttarir,elleaussi.Plusqu'auxjar-dinsaridesdel'ascèseetdel'extase,entretenusavecsubti-litépourmanifester combienvainssontledésir,letravail etl'application,jepenseauxrizièresméticuleusesqui occupenttoutelasurfaceutiled'unpays.Desdoscourbés sansrépit,desdoigtshabilesetinfatigablesontrepiqué piedparpiedenalignementsinfaillibleslacéréalevivrière. Desplansd'eausuccessifsétagentlescollinesenminces terrassessubmergées.Ellesperpétuentleprofildupaysage originel.Ilestàpeinerectifié.Maislesvastescourbes concentriquesquis'étalentlelongdespentestrahissentun effortinsensible,discretcommelacaressequifinitpar lustrerunpelagerebelle. Iln'ya pasl'espaced'unemainquinesoitrendufécond par unepatiencemillénaire.Etcommeauxmaresdufleuve Amour,lecielsereflètedanslesétangsfertiles.Ilsemire, cettefois,entredefinestouffeséquidistantes,plantéespar lesinsectesindustrieuxquis'ennourrissent.Chaqueannée, ilsrecommencentlelabeuridentiquequedéclenchenten euxlesétoilesoul'almanach.Decettehauteur,onneles distingueraitpas.Aquoibond'ailleurslesapercevoir?Ils sontobscurseteffacés,indiscernablesdelanaturedontils fontpartieetqu'ilsfaçonnent,commelafaçonnelevent, commeycheminentleseauxquisanshâtecreusentleurs bouclesavecletempsdevantelles,commelefleuveAmour danslasolitudedel'Asie. «SatêteauréoléedufleuveAmour.»Lemembrede phrasemerevient soudain.Seulilmerested'unecomplai-santedescriptionqu'unpoètefitnaguèred'unejeune géanteassoupiesurl'étendueentièredelaterre.Maisétait-il besoind'ajouterunegéanteàlaterre?Elle-mêmeestune géantesplendide.C'estemphaseetredondancederhéteur qued'allongersurellelecorpsd'unegéanteimaginaire. Mieuxvautlaprendrecommeelleest,danssatrivialité, sansintercession,toutdego,avecsesmousses,seslichens, sestourbières,sanécroseincessanteetlamultitudedesêtres rapides,remplaçablesquis'affairentsursoncuir.Jene
LefleuveAmour faispasdedifférenceentrelesmaraisellesedébrouille seuleetledoux escalierdescirquesaménagésparceux demonespècepourleursubsistance.Lesjardinschauves desprêtresontcertesleurplacedanslespectaclegénéral uneimageessoréedelanature,quin'estpassinaturelle qu'ilsl'imaginent.Tropharmonieuse,tropcalculée,àcoup silrtropremarquablepourunsimulacredunéant.Etque vientdoncfairelarusedesquinzepierresdontnulne voitjamaisquequatorzeàlafois,sinonrappelerlafutile ingéniositéhumaine? Jesongeavecplusdepiétéàmesfourmisobstinées,avec plusderévérenceaulentfleuveAmourlent,etlilas quidraineparesseusementlavieversunemerglacée,au solennel,autraîtrefleuveAmour,dontlessyllabessibé-riennesnefontquemimerlemotamour.
ROGER
CAILLOIS
La
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«C'estdimanche,nomdeDieu!hurlalepèreTabaron. Tu vasmettreunecravateoujetebottelecul?Envoilàdes façons!Quiquicommandeici? Ilfaitchaud»,repritlegamin,maisilobéitàson pèreetnouasoussoncoldechemiseune longueétoffe rougedontilglissalatraîneavecméprissoussabraguette. Danslapiècevoisine,lacourroiedelabaratteàbeurre claquaitavecrégularitéetlesmouchessurlerideaudela chambrel'ondiscernaitdanslesblancsdessinsaucro-chetunepyramideetdespalmiersformaientuneconstella-tionnoirecommesil'onavaitvouluprojeterlenégatif d'unenuitsurleNil.Dehors,lachaleur gonflaitdéjàla plaine,l'arrondissaitvaporeuseenfleurdepissenlit,etle cielcommençaitàbrûler. LepèreTabaronregardaitsonfilsdontlesmainsdispa-raissaientjusqu'auxphalangesdanslesmanchesdeveste. Dupantaloncassésurlesbottinesàlaraiedanslescheveux mouillés,toutétaitselonsesgoûtsetdignedelesreprésen-teràlamesse,luietsadéfuntedontleportraitàbandeaux sepenchaitsurlelitdecuivreentredesrameauxdebuis. Legaminsortitdanslacourlesvolaillesdétendaientà quimieuxmieuxleursressortsquandlavoixdupèresou-dainlesfits'effaroucher. «Fernand,tesdixsous.Penseàlaquête,nomdeDieu!» Legosseallaprendrelapièceenbaissantlatêtel'épi rebelledescheveuxétaitl'imagemêmedesonâme.Un
LaNouvelleRevueFrançaise
Dequellemanièreexercerlamémoirepourapprendreà oublier? P
Neparlezpasdevosrêves nentlepouvoir!
ilsepeutquelesfreudienspren-
IIestfaciledepeuplerlemonde;ilestfaciledeledépeu-pler.Alors,estleproblème?
Danslesguerresd'idées,cesontleshommesquimeurent.
Est-cequel'anthropophagealedroitdeparleraunom dudigéré?
Mêmesurlechemindelapensée,desvoleursteguettent, maisilssecroientdesintellectuels!
Mêmesonsilencecomportedeserreurs!