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Du même publieur

Les
fils
du
ciel
EnTransbaïkalie,l'ancienterritoiredesHuns,avantles montsKhingan,àl'endroitlaSibérie,laMandchourie etlaMongoliesetouchent,prèsdel'Argoun,unaffluent del'Amour,aunord-estdudésertdeGobi,danslarégion l'onatrouvédescouteauxdebronzequiservaientde monnaie,troiscentsansavantnotreère,àl'époquedes Etatscombattants,àpeudedistancedeTchita,àquatre millecinqcentskilomètresdeMoscou,àquelquequinze centsdePékinetdeVladivostock,unenfantrussetenaitun cerf-volant. J'accumulecesénormesdonnéesdetempsetd'espace pourmontreràquoisaprésenceseréduisait.L'enfantau cerf-volantétaitseulaumilieudetoutuncontinent;seul aumilieudesépoques,dessiècles.Lasteppelerapetissait; lesouvenirdesHunsaussi.Aspirationducielau-dessus desespacesnusouventdel'Histoire(carn'est-cepasd'ici qu'ilsouffledenouveau?),lecerf-volantavaitatteintune trèsgrandehauteur. Lecerf-volantfaitpartiedesjeuxbaséssurdesloisde laphysiquedontnousnetrouvonspasladémonstration danslanature,ellesdémentiraientcellesque nousy vérifionscommunément.Aussileplaisirvient-ilicidela gageure,decequelaprouessead'insolent.Cetenfantde Transbaïkalieperduaumilieudelasteppetenaittoutle cielenlaisse,avecsoncerf-volant. Maiscesjeuxtournentcourtdèsqu'ilsontrévéléleprin-
LaNouvelleRevueFrançaise cipecaché,icilaforceascensionnelledesvents,dontils sontdestinésàmontrerl'évidence.Lacordeducerf-volant dérouléejusqu'aubout,l'enfantrestaitimmobile.Ilsem-blaitattendreuneréponseàsonsignal.Unsignalde détresse,sansdoute.Lepaysagen'étaitpastellementhos-tile,malgrésanudité,maislatristessedecescontréesvient justementdecequeriennenousydépayse.Nousytrou-vons,laplupartdutemps,unéclairagefamilieretdes teintes,danslagammedesnoirs,desblancs,desgris,des bruns,quisontcellesdenoshivers,enEurope.Une saisonquiseraitdevenuemorale,àdurerpresquetoute l'année.DucôtédelaMongolie,saufhuitsemainespar anlethermomètresemblen'avoirplusdemercure,la steppenefaitjamaispenserqu'àunlégerassombrisse-mentdenotredestin,undépouillementdeshorizonsde notreviehabituelle.L'Histoireuniverselleyreprendplace, etl'érosion.Ellesformentuncourantinlassable,invisible, dontonpeuttireruncertainpartiavecuncerf-volant. Maisilestd'autressignauxqued'appel:depuresmani-festationsd'existence,telsparfoislesfeuxdebergers,sur lescollines,lesoir.Unefaçondejalonnerlemonde,d'y placerlesrepèresdel'humain.Lecerf-volantdupetit Transbaïkalien,onauraitpulevoirdeMoscou,aumoins del'Oural,n'eussentétélarotonditédelaterreet lacou-leurgrisedelatoiledontilétaitfait(afinqu'onnes'y trompepas,lesjeuxéducatifs,enUnionsoviétique,portent lamarqued'unecertaineaustérité).Ainsi,ilseconfon-daitpresqueaveclecieldenovembre.Apeinedistin-guait-on,là-haut,cepointd'ancrage.Carils'agissaitbien decela.Auloin,l'horizonfuyant;partout,autourdesoi, cetteterresansvégétation,vaguementbossuéeetcomme damée,depuistroismilleans,parlepasdeshordes.La Transbaïkalieestunpaysl'onpeutéprouverlebesoin des'accrocherauciel. Unpeuplusloin,ausud,lesenfantschinoisyhis-saientsymbolesetdevises.Leurscerfs-volantsreprésen-taientdesanimauxfabuleux,dragons,tortuesoutigres,
Lesfilsduciel surlesquelsdescaractèresétaientpeints.Chaquecerf-volantconstituaitunmessage,lisiblejusqu'àuneassez grandehauteur.Moded'expressiond'unpeuplevolontiers silencieux,lescerfs-volantsportaientdanslecieldespro-clamationssemblables,parleuresprit,àcellesqueles «tatse-pao»,lesaffichesmanuscrites, répétaientsurles mursdesvilles.Mais,promisàl'envol,lemessage,sur lescerfs-volants,sedevaitd'êtreplussimpleetaussiplus poétique,plusaccordéàlavieilledialectiqueanimisteque rappelaientlesformesdonnéesàcesobjets. L'oiseaurouge,symboledusud,del'étéetdufeu,pla-naitdanslecielaveclestortuesnoires,quireprésentent lenord,aveclesdragons,auxsignificationssansnombre, aveclestigresblancsetmêmeavecdegrospoissons, répliquesdesmonstresenrubannésdesviviersimpériaux, seulementdotésici,commetouslescerfs-volantsdumonde, d'unequeuedepapillotes.Nuldoutequelesmotsd'ordre, surcesfiguresaériennes,nefussentconçusdefaçonàse compléter,lesunsprônantl'action,lavigilance,lesautres lasagesse, laréflexion,etàtrouver uneillustrationdans touscessymbolesdel'antiquefablechinoisebalancéspar levent. Onauraitpupenserquecettetranscriptiondespensées deMaosurdesobjetsenformed'animauxempruntésà lalégendeetdestinésàmonterdansleciels'assimilaità laprière.Onseseraittrompélepeuplechinoisvitdans unetropgrandefamiliaritéavecle cielpourquecemot, quisous-entendlaprosternationdevantunepuissance suprême,soiticiàsaplace.Danslamythologie,l'histoire etlaviequotidiennedelaChine,lecieloccupeautant d'espacequedanscestableauxoù,selonlavieillerègle d'artchinoise,«uncoinseulementsurquatreestpeint». Cepeuple,depuistoujourslemoinsreligieuxdelaterre, amisducielpartout.Maislecielnereprésentepasiciun empyréeilestunélément.LesChinoisluiprêtaient naguèreunematérialité,etilenestrestéquelquechose. Unechansonpopulairedit,aujourd'huiencore
LaNouvelleRevueFrançaise Onestàtroispiedstroispoucesduciel Pourpasser,ilfautbaisserla tête Sauteràterre,sionestàcheval
etMaoécrit,dansunpoème
Desmontagnesl Ellespercentle Lecielpenche;
cielsansémousserleurscimes. ellessontsescharpentes.
LaprincipaleactiondeNiu-Koua,unedesraresdivinités quesesoitinventéeslaChine,ausortirdelapréhistoire, consistedanslarestaurationdelavoûtecélestequivientde sefissurer,parsuitedel'effondrementdumontFendu,un desespiliers.Niu-Kouautilise,pourcela,despierres bleues,dulapis-lazuli,sansdoute,dont,plustard,sous lesT'ang,lescéramistesseservirontpourcolorerle kaolin. L'artdelaporcelainenaîtdudésirderecréerlamatière dontlecielestfait;ilviseàenfermersousl'émailunpeu duvidelactescentquis'ouvreau-dessusdenos têtes.Mais c'estnousquiparlonsdevide.Lesvieuxmytheschinois exorcisentl'infini.Ici,lecielestsûr;iln'apaslesdimen-sionsfuyantesqu'onluiprêteailleurs;onn'yentretient pas,enChine,l'imageriedanslaquellelesreligionsse complaisent,engénéral.Iln'est,pourlesvivants,qu'un lieuderéférence.Seigneurduciel(Yao,lepremierdes TroisSeigneursapparusaulendemindelaCréation),fils duciel(lesempereurssuivants),templeduciel(ilmarque, àPékin,lecentredumonde)aucoursdesixousept millénaires,secréeetsedéveloppeuneterminologietrans-cendanteilseraitvaincependantdechercherlamoin-drespiritualité. PeuaprèslaRévolution,afindepréserverlescultures, onatuétouslesoiseaux,enChine,mêmelesinsectivores (allezlesdistinguer!).Seuls,ontsubsistéleséchassiers, cigognesougrues,mangeursdegrenouilles,et,dansle
LaNouvelleRevueFrançaise Peut-êtrequ'endépitdesapparenceslesartistessontde médiocresgalants.Lesbluettesdudésiretlessecousses delavoluptésontplus utilesàleursouvragesqu'àleurs donzelles.Loind'abuserdesfemmes,ilslesemploient volontiersàréveillerl'invention.Onnommeboute-en-train,danslesharas,l'étalondontl'odeurenflammeles juments.Lesmignonnessont,pourlespeintresoupour lesécrivains,desespècesdecavalesrouleuses.C'estce libertinagedetêtequiinondelestableauxetleslivres.Il déconcerteaussilesPlutarques.Ilss'attendaientàune moissondefessesetdetétons.Iln'ya,leplussouvent, nipainnipâtedanslaboutiqueduCasanova. Resteleprécieuxlevainquelavie aemporté,etquela Museagardé.IlsuffitàBaudelairedegoûterdesyeux,un moment,danslachaleurd'unerue,ledandinement d'unerobesurlalangueurd'unecroupe,pourqued'une bougierejaillisseundiamant.Ainsilesoccasionsdu talentsontfragiles,etellesnelaissentaucunetracedans lesarchives.Maisquelmoyendenieruneforcedont l'aiguilleéchappeàl'historien,quandlasplendeurenest gravéedansunsonnet? Lespoètessontrarementgrandsabatteursdebois,et pourtantilsfigurentpournouslesemportementsdela chair. Ont-ilschargélacouleurOnt-ilsàplaisirgrossile trait?Pourmapart,jenelescroispasexagérateurs.Le génieattrapedansunecaressedel'œilcequ'unpeuple delampesaperçoitpardesfentes.Quedemeurerait-ilde BéatriceetdeLauredanslecreusetvulgairedelaréalité?a LesérieuxdesobservateursneprendpasPétrarqueau sérieux.IlsneretrouventdanslafontainedeVaucluse quelesjeuxtransparentsdePlaton.Quandonnesepaye pasdechansons,ondoutesiMmedeMortsaufestmorte debaisésrentrés. Gardons-noustoutefoisd'enchérir.L'artnedoitpas sapuissanceauxchatouillementsdeseunuques.Bornons-nousàdirequePascalsedistinguaitpeudanssesmœurs d'aveclesmessieursdePort-Royal.LaconduitedeDes-cartesfutdigneduTraitédespassions.Iln'étaitpoint nécessairequeBossuetfûtunsaintpourêtreunorateur sublime.JeprésumequeBoileauetLamartineaussi appartinrentàlamuetteconfrériedesfroides-queues. MmedeSévignéjouetantaveclefeuque je lasoupçonne d'êtreunglaçon;ellefutparunmarivolageintimement
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