La Nouvelle Revue Française N° 260

De
Jean Lebrau, Brindilles
Claude Delarue, La dernière lettre
Jean-Pierre Colombi, Le gramme noir
Noël Devaulx, Devoir de vacances
Jean Joubert, Poèmes
Diane de Margerie, Sybil
Jean Queval, Christopher Smart
Christopher Smart, Car je considérerai mon chat Jeoffry
Conteurs d'Europe centrale :
Dumitru Tsepeneag, Le dompteur
Kornel Filipowicz, Notre kapo Hans Muffke
Ilse Aichinger, Mon âne vert
Andrzej Bursa, La convocation
Zivko Cingo, La décoration
Critique : poésie :
Alain Bosquet, L'engagement et la distance (Tahar Ben Jelloun, Robert Mallet, Marc Guyon, Marc Cholodenko)
François Gachot, Contrefables, par Gyorgy Somlyó (Gallimard)
Critique : littérature :
Lionel Mirisch, Essais de littérature (vraiment) générale, par Étiemble (Gallimard) - Mes contre-poisons, par Étiemble (Gallimard)
Jean Blot, Le Temps immobile, par Claude Mauriac (Grasset)
Critique : connaissance :
Pierre Jean Founau, Le 'roman familial' de Sigmund Freud
Critique : histoire :
Hervé Cronel, L'identité culturelle de l'Islam, par G. E. von Grunebaum (Gallimard)
Roger Judrin, Manuscrit venu de Sainte-Hélène d'une manière inconnue (Gallimard)
Critique : romans :
Jean Blot, Paul Gadenne ou L'idéalisme
Hervé Cronel, Approches de la science-fiction
Alain Clerval, L'Homme violet, par Bruno Gay-Lussac (Gallimard) - L'eau et les cendres, par Claude Faraggi (Mercure de France)
Jean-Michel Maulpoix, Un homme à catastrophes, par Iris Murdoch (Gallimard) - Nous deux, par Nestor Sanchez (Gallimard)
Bernard Savoy, Nous deux, par Nestor Sanchez (Gallimard)
Guy Rohou, Reviens ma douce, par Marie-José Piguet (Bertil Galland)
Jean-Michel Maulpoix, De tels hommes sont dangereux, par Kavanagh (Gallimard)
Critique : théâtre :
Matthieu Galey, Les lumières de Tartuffe
Critique : cinéma :
Michel Grisolia, Toute nudité sera châtiée, d'Arnaldo Jabor
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 3
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072387494
Nombre de pages : 128
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Brindilles
Prèsd'unemétairieoubliéeparlevent,unhommeplace despiègesàrenardaucreuxdusillonquelechevalblanc vientd'ouvrir.Lesrenards,meditcethomme,seprennent ainsirégulièrement.Ilssuiventlatranchée,sedissimulant enquêted'uneproieet,tentésparl'odeurdelaviande, tombentdanslepiège.Quanduneseulepatteestprise entrelescrocsdefer,l'animalpréfères'amputerd'une dentaussidurequecellesdutraquenard etselibèreau prixdesapatte,allantdanssonrepairelécherlonguement laplaie,desrefletsdesouffrancedanssonœilainsihuma-nisé. Jepoursuismoncheminbordéd'amandiersrabougris auxfruitsamersdontj'écraselescoquesvides,carles enfantsdecepayspréfèrentlesfruitsamers. Jen'avaispasvucetautre,bêchant,courbéparmiles sarmentsdesavigne.Ilesttrèsvieux,maigrecommeces sarmentsmêmes,levisagecreuxetnoir,lesdoigtscrochus quivolontiersrapinent. Auseuilduvillageleserrurierchercheurdechampi-gnonsetd'aspergessauvagestriedevantsaportequelques touffesdecettesaladequ'onappellela«doucette».Ses doigtsyprennentplusdeplaisirqu'auxoutils.Safemme cependantvientducimetièreenfacesurlatombedufils uniquequ'ilsontperdu.Ilsrestentseulsavecunpetit chien,n'ayantquedesparentséloignésquipensentsur-toutàleurmaigrehéritage.
LaNouvelleRevueFrançaise Lesoirtombe,leventsecalme,lescyprèssemblent grandirencore.
#
Sedoule-l-ellequ'elleestnue Lafilleroussedelarue Auxyeux Duvieux Quilaregarde Torlillantsamoustacheetla nueesthagarde.
Unerainetteétaitdanslesfusains,uncanaridanssa cagequ'ontrouveraitmortlematindePâques.Iln'y avaitpasalorsdechatsdanslamaison. Semainessaintes. Semainespascales.Vacances.L'ombred'unrameau surcecahier.Mieuxvaudraitneplusriendire,neplus rienécrire,attendre,toujoursattendre,maisàforced'at-tendrec'estlamortquivient,vivrait-onprèsdecentans commecegrand-oncleoucettegrand-tante.poussière d'annéesauxyeuxdeDieu.quin'apasd'yeux.
Ceminéralcarrédequelaslrea-t-ilchu Coincéparquelhasarddanscetarbrefourchu?
Lavieilledamefaisaitdesréussites.Songendreallaitet venaitdanslapièce,puiss'arrêtaitdevantlatable,tirait brusquementletapisetlescartesjonchaientlecarrelage dusalonauxmeublesorientaux.Cegendreétaitvice-consul.Atoutinstantilconsolidaitd'ungestesecson binoclesurunnezsansdoutetropenpente.Onentendait
Brindilles crierdesmouettes.Peut-êtrel'huissierboiteuxfermait-il àcetteheurelesfenêtresduconsulat.C'étaitlemêmequi, lesjoursdevalise,traînaitdanslesbureauxcettemalle decuirenchaînéed'oùs'échappaientsoutiens-gorge,par-fums,cigarettesavecquelquesdocumentsadministratifs. Onentendaittonitruerleconsulgénéralétheromane. Lavieilledameramassaitlescartespourrecommencer laréussiteetsongendrericanait.Ilétaitjaloux,deman-dantenvainétaitsafemme,uneveuvedontlegamin (dupremierlit)allaitrentrerdel'écoleetc'estsurluique sonbeau-pèreassouviraitsacolère,letraitantdeparesseux, d'abrutimaisn'allantjamaisjusqu'àlefrapper,enhomme bienélevé.
Arbres,emmurez-moi,séparez-moidumonde! Quelavoixdesoiseauxcouvrelesautresvoix! Qu'importentlescaillouxsouslespascarlescroix Cesontlesautressouscellerumeurquigronde.
Aucoindelaruecettefemmenoireramasseuncaillou, puislerejette etcrachedessus.
Jevoyaislacouturièreétirantlefilqu'elleavaitentreles dents.Lelendemainelleétaitmorte.C'étaitlefildela Parque.
Ellel'atrompétantetplusetmaintenantellelepro-mènechaquejourausoleilavecbeaucoupdeprévenances. UneAntigonematernellepourcevieillardpresqueaveugle.
LaNouvelleRevueFrançaise
L'enlendrai-jetoujours,vieuxpins,votrerumeur Commedufonddesnuitsquelquevoixéternelle Jusquedansletombeau,lamenlodurameur Surdeseauxsansrefletssouslanoirceurd'uneaile?
Jeregardaisunemoucheentraindelissersespattesde devantparunréflexenaturelchezcesbestioles.Peut-être était-elleheureusedevivrecetinstant.Hélas!unetapette s'abattitsurelle.Jeregrettaidenepasl'avoirchassée.
Jenesaissilesmurs,commeondit,ontdesoreilles, maisceluidevantlequeljacassentàlongueurdejournée deuxfemmesduquartier,difformes,abiendumériteà nepasleurtomberdessus.
Unpetitcafé,uneodeurd'anis,unguéridonausoleil couvertdemouchesprèsduquelunvieilhommesomnole. Village,solitudesolaire,unegrand-route.
Tandisquel'églisebrillammentilluminéeretentit d'hymnesoudecantiques,jevoisparlaporterestéegrande ouvertedansl'étroiterue,assissurunechaise,toutcourbé entresescannes,unvieilinfirme,tandisqueprèsdelui safemmeétendquelqueshardessurunecordeentravers dumur.
LaNouvelleRevueFrançaise versiondeTartuffe,lareligionest-elleconstammentprésente souslaformed'ungrandChristsouffrant,d'unestatuecouronnée d'épinesetons'étonneramêmede nepaslavoiraccuséeavec plusd'évidence.Onvajusqu'àsedemandersisonTartuffe,au fond,necroitpasunpetitpeuenDieu.Etquandila desallures diaboliques,n'est-cepasrevenirparundétourauxanciennes croyances?Iln'yaquelescatholiquespourcroireaudémon.De plus,siTartuffeavaitréussisonentrepriseenépousantlafille d'Orgon,aprèsavoirséduitsamère,son épouseetlemaîtrede maisonlui-même,onpourraitvoirenlui,tellehérosdeThéorème, uneimagedelaGrâcevisitantunefamille.Encorefaudrait-illui donneralorsuneapparenceaimable,contraireàlatraditionque Planchon,ici,arespectée.Ceseraituneautrepièce,certesinfidèle àMolière,maisquinemanqueraitd'enrévélerdesaspectsfort intéressants,etneufs.
Uneautrepièce,cependant,c'estbiencellequel'onvoit,à traverslalecturequenousenoffreleT.N.P.,danslebeau « » décorbaroqued'HubertMonloup.Ilyadixansledécor étaitd'AllioOrgonnousétaitprésentécommeunrichebour-geoistrèsassisdanssafortunenouvellementédifiée.Sademeure étaitordonnée,cossue,bâtie pourdurer.Aprésent,Planchona changél'éclairagedutoutautout.Nousvoicireçusdansune maisonentransformation,chezdesbourgeoisquiviventparmi leséchafaudagesetlesplatras.Eux-mêmes,enpetitetenueleplus souvent,nousdonnentl'impressiond'avoirétésurprisàleur lever,dansledésordredel'intimité.Desgensriches,nouveaux riches,quinesontpasencorebieninstallésdansleuraisance.Une tribudesquattersquicampedansunpalais.Cesnantisde « » fraîchedaten'ontpastoutàfaitperdulanaïvetéoriginelledu populaireuneproieoffertepourunintrigantastucieux.Toutce côtéquotidienestadmirablementrendu,enparticulierquand «» onvoitcettefamilleréunieautourd'unegrandetabledeferme, danslasallenuedeleurdemeure.Ilyadupaysandansleur façondevivreàlabonnefranquette.Onestplusproched'un tableaudeLeNainqued'unescènedegenreparRigaudou Largillière.C'estémouvant,patriarcal.Ducoup,Orgonetles siensacquièrentunehumanité,unevéritésaisissantesetinsoupçon-nables.Cesontdesvictimestoutesprêtes,dontunTartuffe,plusà l'aisedansleshautessphèresdelasociété,neferaqu'unebouchée. Carc'estdanscesensquelapiècevireetnousétonne.Planchon nousmontrel'histoired'uncomplot,etlepersonnagen'estplus seulementungourmandhypocrite,c'estunindicateur,placédans cettefamilled'opposition(Orgonaeujadisdesliensavec « »
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