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La Nouvelle Revue Française N° 265

De
128 pages
Henri Michaux, Diagonales
Claude Vigée, Bélier noir – À l'affût du silence
Robert André, Paysage d'hiver sur étang
Yvon Hecht, L'accident
Marc Baron, Fil des jours, fil d'amour
Stig Dagerman, Belleville en hiver
Charles Bachat, 'Un amour couleur de thé'
Joë Bousquet, Lettres à Elsie
La nouvelle :
Roger Judrin, Lettre sur la nouvelle
Daniel Boulanger, De la nouvelle
Antoine Terrasse, À lire une nouvelle...
Christiane Baroche, La 'nouvelle' et la rentrée d'octobre
Critique : littérature :
Jean-Michel Maulpoix, Malraux : les deux faces d'une même quête
Bernard Sesé, Mémoires d'un traducteur, par Maurice-Edgar Coindreau (Gallimard)
Critique : poésie :
Alain Bosquet, La dérision et la nostalgie (Roland Busselen, Jean L'Anselme, Georges Haldas)
Sylvie Leger, Odes élémentaires, par Pablo Neruda (Gallimard)
Alain Bosquet, La proie pour l'ombre, par Robert Goffin (Guy Chambelland)
Critique : romans :
Sylvie Leger, Les chiens affamés, par Ciro Alegria (Aubier-Montaigne)
Jean Blot, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de ce siècle, par Pierre-Jean Remy (Gallimard)
Alain Clerval, Porporino ou Les mystères de Naples, par Dominique Fernandez (Grasset) - Chagrin d'amour, par Jean-Edern Hallier (Éditions Hallier)
Christiane Baroche, Gros-Câlin, par Émile Ajar (Mercure de France)
Critique : théâtre :
Gilbert Chateau, Le scandale des générales (Annie Girardot, Hernani, Jamiaque, Billetdoux, Françoise Dorin, Aristophane à La Villette)
Critique : cinéma :
Jean-Claude Guiguet, Lancelot ou La nuit de Walpurgis
Michel Grisolia, Femmes, femmes, de Paul Vecchiali
Critique : les arts :
Renée Boullier, L'estampe impressionniste (Bibliothèque Nationale)
Jean-Jacques Lévêque, Christian Boltanski et Jacques Monory (C.N.A.C.)
Critique : musique :
François-Bernard Mâche, 'I Wajan Lotring' et la musique à Bali
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Diagonales
Jemerendaisàunecérémonieprécédantuneautre cérémonie,dontmonamiJ.étaitl'objet.Onallaitle mettreenterre,lui,avecquij'avaispassétantd'heures, ensembleàlacampagne,àlaville,àlamer. Onallaitlemettreenterreetjamaisplusiln'ensortirait. Notre«ensemble»,jeseraisàpartirdemaintenant seulàleporter.Notreégalitén'existaitplus.Iln'aurait pasaiméça.Ilytenaitbeaucoup,ànotreégalité.
Jemerendaisàlapremièrecérémonie,cellequialieu devantuncercueil,dansunfroidédificedepierreen présencedebeaucoup,sortederelaissocial,dernieret théâtralaccompagnementavantl'ensevelissementseul sousterre.Misenretardparunrenseignementimprécis, ayantprisuneéglisepouruneautre,jemarchaisàvive allure,àuneallureaussirapidequepossible,defaçonà nepasarrivertropenretard,ayantàrefairetoutunche-min. Animéparlarapiditédemespas,absorbéparl'attention que jeportaisànepasralentirlacadence,entraînépar cetexercicesiinhabituelettonique,troptonique,diffusant enmoiunoptimismehorsdepropos,jevoyaisvenir scandalisé,maisimpuissant,despenséesfortéloignéesde toutcequiconvientetqu'onattendraitenpareillecircons-tance.Sanscesserevenait,égalementinsupportableet impossibleàchasserpourdebon,leridiculequ'ilyavait
LaNouvelleRevueFrançaise
àsepresser,quandtoutcequicomptait,leconcernant, lui,étaitdéjàetpourtoujoursdupassé. Jevoyaisenespritlesmembresdelafamilleetlesrela-tionsdiversesquineleconnaissaientquesuperficiellement, faisantcejour-làduzèle,sûrementdéjàenplacedansune travéedel'église,habillésdesérieuxetd'afflictioncompas-séeautreridiculetandisquemoisonintimeamije metrouvaisàcetteheureloinsurunerouteinconnue, marcheurindécent,ayantl'airdefairedusport,footing matinalouentraînementenvued'uneprochainecompé-tition. Cespenséesque jen'auraispasavoir,etsurtoutpas garder,lecontrairedurecueillementetdel'attachement, j'ensentaisaumaximuml'inconvenance. Plusj'essayaisdelesécarter,plusilm'envenaitdumême type.Çacommençaitmal,notredeuxième«ensemble».
J'arriveenfin.Lacérémonieacommencéetl'accapare-mentcatholiquedelamort.Atraverslesondesenglo-bantesdel'officedirecteur,j'essaiedememaintenirproche del'hommesiréservé,dusilenceetdel'immobilitéduquel maintenantonabusetellement.
Alasortiedel'église,etavantmême,lesparentsse tiennentàpart.Onvaleleurlaisser. Ilsl'entendentainsi. Surleparvis,personnequil'aitconnucommejele connaissais,avecquijepourraisl'évoquer,lefairerevenir. Lesassistantsgroupés,cérémonieux.Desparolesglissent, àcôté.Jerenonce. Lespiedsdesvivantsseremettentenmarchetandis quelecorpsdeJ.,parlafamillesurveilléunedernière fois,estconduitaulieuquiluiaétéassigné.
Lejours'écoule.Apparemment,pasgrand-chosede changéenmoi,pasassez.J'ensuisintérieurementgêné. Sansdoutema vierécemments'estinclinéeautrement. Maisjemesensenfautecoupabled'indifférence.Iln'est
Diagonales
paspermisdansunpareiljourd'êtreàcepointinchangé. Ainsi,c'estvraijesuisindifférent.
Encetemps-là,oncommençaitàParisàabattrela gareMontparnasse. Peudetempsaprèsj'yallaivoir.J'assistaisauxtra-vauxdedémolition,àlaprogressionrisiblementlentede cetteentreprisequiallaitprendredesannées,alorsque peuavant,dansletempsdelaguerre,unedestruction commecelle-làeûtpristrenteminutes. J'yallais.J'yrevenais.Combiendefois,jen'osele dire.J'yétaistoutletemps.Jetendaisàladémolition, jelapressaisintérieurement.Ellen'allaitjamaisassez vite.J'étaistoutâmeavecelle.Lestechniquesm'intéres-saient-elles?Peu.Lesnouvelles?Sipeunouvelles,sipeu efficaces,minables.Éléphantspourdéplacerunebrique! Enfinjecessaid'yaller.Unegêneplusfortequemes enviesmetenaitàdistance.Avecpeine. Sij'yallaisencorecen'étaitquepourquelquesminutes, afind'êtreaucourant.Maisj'yétaisallé. Iln'auraitpasaiméça.Ileûtétécontre.Lesédifices faitsensérie,brutalement,grossièrement,conçuspar degrossierscerveaux,neconnaissantrienàl'homme,à sesbesoins,àsesdésirs,illesvittoujoursd'unmauvais œil. Qu'est-cequejefaisaislà?Ilauraitréfléchi.Moiaussi, intrigué,jeréfléchissais,ilmevenaitdesrapprochements. Cettegarequibientôtneseraitplus,plusdutout,c'était justementlaseulegareamiedecettecapitaleellesne sontguèreattachantes. Lagarequantitédefoisdepuistrenteansj'avais, pourallerleretrouverenbanlieue,prisletrainavecsoula-gement,légèreté,allégresse,cetteparticulièreallégresse intérieureetmuettequenousavionsensemble.
Audébutjenemerendaispascompte.Jepensais peut-êtrequecettegareàl'airparticulièrementaccroupi,
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symboledel'inertiefrançaiseenfaitdeconstruction, devaitdisparaître. Maislanouveautésuspectedecettemaniedesanscesse revenirvoirl'avancementdestravauxdedémolition, j'avaisàm'endisculper,etàcomprendre,s'il yavait, commec'estprobable,autrechose.Maisquellechose? Jesais,j'aiconstaté,plusieursfoisdéjà,etàmasurprise choquée,quelorsqu'uneséparationd'avecquelqu'uns'est faite,mêmeinvolontairement,mêmenaturellementou accidentellement,jetendsaprèsquelquetempsàme retrancher,nonseulementdecettepersonne,maisde l'époquemêmequil'englobait,époquesurlaquellec'est commesijetenaisànepasrevenir,mêmesiellefut bonne(etaucunenel'estabsolument),defaçonàme permettred'allerau-delà,puisquedetoutefaçononne peutplusreveniràlapériodequin'estplusetquedès lorsjeveuxrévolueetannulée.
Cettegarepersonnelle,quipermittantderéunions joyeusesougraves,cettegareMontparnasse,garedes retours,carsouventenvoyage,jerevenaisparlà,sorte degaredufilsoudufrèreprodigue,est-cequejenevise pasparsadémolitionàdémolirlePassé?Passéheureux, certesc'estçal'étrangejedésireetleplustôt possibleénucléerl'œil duPassédontjeneveuxplusêtre regardé,moi,libresoudain,etdepuiscettelibertémême venueduhasard,prismaintenantd'unappétitdelibé-rationplusgrande,plusachevée. Plusieurs souvenirs(quantitémême)seraientbons, excellents,sijeleslaissaisrevenir.Maisc'estcommesi maintenantànouveauregardantenconquérantvers l'avenirquinesemontrepasencore,jetendaisàen surveillerlesabords;etautantquepossibleàmaintenir laplacenette,prêtàunenouvelleétape.
Cettegarepascommelesautresetplusgarequetoutes lesautres,qui,commepourl'éternitésemblaitappeler
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mélodiepentatonique;etsurtoutilainventéunstyledefigura-tionrythmiqued'unegrandecomplexité,unartdelasyncope encoreinconnu,unsensducontrastetoutnouveauentrepassages àl'unissonetbrusquestuttiàhuitoudixpartiesréelles.Cesrévé-lationsatteignirentlepublicbalinaisenparticulieravecdeux piècescélèbres,Gambangan,rythmesd'unquatuordexylophones transposésàl'orchestre,etLiarsamas.Cederniertitresignifierait 400liards,c'est-à-dire800roupies,etceseraitlarécompense promise,puisfinalementaccordée,parunprinceaujeuneLot-ringquiavaitétémisaudéfidecomposerunemusiquedevaleur. Telleestdumoinsunedesversionsquicirculent.Uneautreraconte quec'estencherchantsaprime,qu'ilavaitégarée,qu'ileut l'idéedecemorceau,d'aprèslestoursetlesdétoursqu'ilfaisait autourdelatable,chezlui.Lotringnem'apaslivrélavraie « » version,etc'estpeut-êtreaussibien.Atraverslesdifficultés duesàlalangueetàl'âgedeLotringapparaissaientcependant quelquesnotionsassezprécises,quinecorrespondentpastoujours àl'idéequ'onsefaitd'unhommequiauraitpuêtreledernier desgrandsartistesanonymesvenusdufonddesâges,etdontnotre siècle,avecsonpréjugéindividualisteetsonobsessiondutemps quichange,aurafaitparadoxalementlepremiernomd'une histoiremusicalebalinaisequin'estpasachevée. Quandvoussongiezàunecomposition,parcommenciez-« vous? Parlamélodiedugender;c'estellequejecommençaispar indiquerauxmusiciens. Letravaildecompositionétait-ilcollectif? Non.Jeleslaissaiss'entraînerunpeu,etilsmemontraient alorscequ'ilsfaisaient.Jerectifiaisleserreurs,puisjeleurensei-gnaissuccessivementtouteslesautresparties,quel'oncoordon-naitpeuàpeu,jusqu'àcequetoutelapiècesoitassimiléeparles vingt-septmusiciens. Maisvous-même,cherchiez-voussuruninstrument,ouest-ce quelamusiquenaissaitdansvotretêteavantd'êtrejouée? Lesidéesvenaientdansmatête.J'ysongeaisparfoispendant desnuitsentières. Était-ceaprèsavoirentendudessonsdelanature,par exemple? Non,c'étaitplutôtenrevenantd'unefêtedetempleon avaitjouéunairdemusiquesacrée,ouaprèsuneséancedepsal-modiedetextesreligieuxdeMahabharataouduBharata-Yuddha. Maisquandvouscomposiez,donniez-vousvous-mêmeunsens religieuxàvotreactivité? Non,pasdutout.Jelefaisaispourleplaisir.