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Laporte
Ilseréveillaitdanslanuit,versdeuxheures.Lesilence étaitprofond,maisiltendaitl'oreille,ilguettait.Un bruitavaitleréveiller,peut-êtreallait-ilrecommen-cer,ilvoulaitl'entendre.Riennebougeaitautourde lamaison,iln'yavaitpasdevent;labrumequiétait venuedanslasoiréeremplissaitlanuit,immobile.Inu-tilederegarderparlesvolets,toutlemondedormait danslevillage.Ilrestait longtempsattentif.Lesanglui bruissaitunpeudanslatête,c'étaittout.Ilserendor-mait,peudetemps,etdenouveauseréveillait.Cette fois,ilétaitàpeuprèscertaind'avoirperçuquelque chose.Lentement,posément,ilretournaitunpeuen arrière,presquejusquedanslesommeil.S'iln'avait pasvraimententendulebruitmême,ilenavaitsaisi unécho,etdecelaildisposait,ilpouvaitl'éloignerou lerapprocheràvolonté.C'étaitleclaquementd'une portequiseferme,nonpasquequelqu'unferme,mais quitourned'elle-mêmesursesgonds,quis'enclenche fortementetdoucementàlafois.Ilrépétaitaisément lebruit,maiscelanevoulaitpasdirequelaportese rouvraitetserefermait,là-bas,commeuneporteima-ginairequiauraitobéiàsacuriosité.Laportes'était ferméeetnepourraitjamaisêtrerouverte.L'échodesa fermetureallaitetvenaitentreelleetlui,dansl'espace delanuit,unpeucommeunoiseauégaréquinesait plusseposer,unechauve-sourisquinesecogneàrien,
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maiszigzaguedansl'espaceelleestprisonnière. Lapremièrefois,celaluifitcommeunecompagnie,une sortedespectacleinvisibledansledemi-sommeil,et celadisparutvite.Ilyeutplustardd'autresbruits;un oiseau,lepointdujourd'étén'étaitpasloin,etceux-là n'avaientriend'étrange,ilsnel'éveillaientpas.La portes'étaitferméeau-delàde touslesbruitshabituels. Elleétaitinfinimentéloignée,elleétaitréellementau fonddumonde,puisquetoutcequiétaitdanslemonde restaitperceptibleetvisible.Ensomme,presquerien n'étaitchangé,dufaitde cetteportefermée.Ilpouvait selever,prendresoncafé,travailler,alleretvenirdans lacampagneetlelongdelamer.Riendechangé,vrai-ment.Seulementilpensaitdetempsàautreàlaporte, etchaquefoisilluisemblaitmieuxvérifier,enlesana-lysant,lesdétailsquis'étaienttrouvésconfondusdans lechocduréveil.Laporteétaitmassive,trèslourde, maissiparfaitementajustée,laserrure(lesserrures?) sidocileetbienhuilée,lemétalsifinementpoli,que sonbruitétaittrèsdoux,commeceluidelaneige glissantdutoit,danslesVosges,durantlesnuitsd'en-fance.Unclaquement,toutdemême,infime,péremp-toire,unblocageimmédiatdetoutlesystème,ladis-paritiondéfinitivedetoutcequisetrouvait derrière cetteporte.Avraidire,iln'imaginaitpascetau-delà, iln'enavaitjamaisriensudirectement,etl'impossi-bilitéd'enavoir connaissancedésormaisneluicausait, s'ilypensait,qu'unmincemalaise,rienquipûtl'empê-cherdedormir. Quelquesnuitsplustard,versl'aube,ilfutde nouveauréveillé.Cettefois,cenefutpasseulement l'échoqu'ilretint,maisréellementpresquelebruit lui-même.Ilavaitêtreunpeuplusfortetplus rapproché.Uneporteencore,maiscen'étaitpasla mêmequiseseraitrouverteentre-temps.Celle-là étaitdéfinitivementclose,ellenecomptaitplus,elle faisaitpartiedumur(quelmur?Ilavaitsurgienmême
Laporte tempsquelaporte).Cellequ'ilvenaitd'entendreres-semblaitcependantàlapremièreleclaquementdoux, irrésistible,annonçaitlamêmematière,etlamême perfectiondutravail.Seulementelleétaitprochede lui.Enmêmetempsqu'elles'étaitclose,toutun arrière-fonddebruitslégersavaitdisparu,l'arrière-plandelanuitetdel'aube,lebruissementd'uneplage éloignéederrièrelescollinesquis'élevaientàl'ouest duvillage,lechantd'uncoq,del'autrecôté.Mais quoi?Qu'est-cequ'ilallaitrêver?Iln'yavaitpasde porte!C'étaitlaconfusionduréveiloncroitune secondeàcequel'onsaitquinepeutpasexister.Iln'y aquel'espace,toutl'espacesansaucunmurd'enceinte, àplusforteraisonsansplusieursenceintesdonton seraitlecentre.Lebruitavaitseproduiredansson oreille,illuiétaitarrivédéjàdedevenirunpeusourd pendantquelquesheures,mêmeunjourl'oreilleest obstruéeparducérumen,çasedéboucheaisément. Maisnon,unefoislevé,iln'éprouvapasuninstantla gênedelasurditéqu'ilavaitquelquefoisconnue.Toutes lesvoixalentourluiparvenaientnettement;ilétaitmême surprisdepercevoirdesbruitstrèsfins,lefroissement del'herbeauventdevantsafenêtre,unautrebruit surtout,qu'il auraitsouffertdenepaspercevoir,le frôlementduslipdeNicolequ'ellefaisaitglisserdevant luienleregardant.Ilfut«heureux»cejour-là,dans lepérimètrehabituel;iléprouvacommed'ordinaire unevagueangoisseensedemandantsicen'étaitpas pourladernièrefois.Toutcelaétaitdansl'ordreil admettaitquelaviereculâtimperceptiblementenlui chaquejour,ilétaitàl'âgel'onnepeutpasespérer lemouvementinverse.Ensommeils'étaithabituéau sentimentdureflux,ilprenaitceladistraitement. Maisdécidément,cequiluiarrivaitlanuit,vers l'aube,àplusoumoinslongintervalle(cinqousix nuitspouvaientpassersansaucuneinsomnie),pasques-tiondes'yhabituer,carsic'étaitchaquefoislamême
LaNouvelleRevueFrançaise chose,ilyavaitaussichaquefoisunedifférencequi comptaitplusquelachoseelle-même.Laporteétaitde plusenplusproche.Aucundoutelà-dessuslebruit s'augmentaitàprésentd'unecertainevibrationsourde quivenaitpeut-êtredumurlui-même.Unenuit,deux moisaprèslapremière porte,ilserappelalescoffres ausous-soldelabanqueilavaittravailléuncertain temps.Quelquechosevibraitcommecela,àlafer-meturedesgrandscoffresd'acier.Acetteépoque,il détenaitunrevolver,propriétédelabanque,qui nele quittaitpasaucoursdesopérationsdanslesous-sol blindé.Ilavaitoubliébeaucoupdechosesdecesannées éloignées;maintenantlesdétailsrevenaient,malgrélui; ilsledistrayaientd'autreschosesdontilauraitbien s'occuper,desesoreilles,d'abord,carilpensait encorequecettehistoiredeportevenaitdelà.Ilavait retrouvél'adressed'unoto-rhinoquil'avaitsoigné autrefois(avantlabanque).Bon,illuitéléphonerait, maisaujourd'huiçanepressaitpas.Ilneperdaitpas unmotdesconversationsautourdelui,mêmedans lebruitd'uncafé.Iln'avaitpasbesoind'êtreparti-culièrementattentifàdistanceraisonnableauxenvi-rons,toutétaitnet,pourl'ouïecommepourlavue (excellente,celle-ci).Ilremarquaitmême,nonsansune petiteinquiétude,qu'ilpercevaitmieuxquejamaisles sous-entendusdesconversations,lesnuancesdesappa-rences,cequilerendaitunpeuméfiantetmoins loquace.Illuisemblaitqu'ilétaitplusprésentqu'autre-foisàtoutcequisepassaitautourdelui;cen'étaitpas volontaire;unevigilanceexcessiveluivenaitparsur-sauts,commeunepousséedefièvre.Ilauraitpréféré queleschoseshabituellesrentrentunpeudanslevague elless'étaienttenuessilongtemps,maisrienàfaire; l'impatience,aulieudel'éloignerdecequilegênait, luidonnaitlasensationd'êtreserrédeprès,d'étouf-ferunpeu.Peut-onserésigneràl'intolérable?Ily auraitunecontradiction.intolérable.Pourla
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Maiscelui-ci?
L'a-t-onconnu,leconnaît-onencoreunpeu,cetAndréFontanel, àquilesCAHIERSHAUTS-MARNAISrendenthommage(n°122)?S'ils lefont,c'estqu'ilavécuprèsdetrenteansàBourbonne-les-Bains, avantdemouriràParisenfévrier1975.HenryetSimoneRonot retracentsafigure;quantàsonoeuvre,RogerClericienexpose fidèlementlecoursetlescaractères. L'hommeétaitcourtois,souriantetmesuré,commeilconvient quandonexerceàBourbonnelachirurgiedentaire.Maisla revanche,c'estlepoètequilaprend;ilpousselalibertéjusqu'au défi;plusdemesure,quecesoitdanssesthèmesoudanssaforme, danssesaudacesousesambiguïtés,danssonaccent,quivadu lyrismeàl'humour,delagrâceauricanementbaroqueoudoulou-reux(etilarrivequel'onsongeàTristanCorbière). Audemeurant,cefutunpoètequisetintàl'écart,loindessalons etdesécoles,etquiseplutmêmeàdérouter,àchangerdenom (ÉricSarn,KeesMervial,Éric-BrunoDepercenaire.),commes'il avaitpeurd'unsuccèsquieûtaltérésonintime figureettravesti sondestin. LaN.R.F.d'août1968apubliél'undesespoèmes,Dansles limbesdontnousrappelonslecurieuxdébut
Leprintempss'abattitenrafalesd'oiseaux Surl'hommedensequej'aimais.
Etmoi,Juivenuequ'onpendait, Jemesentisbénied'unnoiretlourdciseau.
Ilspouvaientbien,lesgarsd'enhaut, Passerlacorderauqueàmoncouderosée,
Jenesavaisqueluiqui,latailleaiguisée, M'éclaboussaitdéjàd'unsainbaiser dechaux.
Quandserompirentmesvertèbres, «Lagarce!»murmuramonfauvebien-aimé,