La Nouvelle Revue Française N° 279

De
Jean Follain, Portraits
Jean Mambrino, Poèmes
Marcel Schneider, André Gide
Charles Duits, Le 6 décembre 1948
Anne Lagardère, L'eau des profondeurs
François Nérault, Bons à rien et patraques
Philippe Jaccottet, 'Cette folie de se livrer nuit et jour à une œuvre...'
Roger Judrin, Portrait de Françoise
Alain Clerval - Pierre Gascar, Entretien
Critique : poésie :
Jean-Charles Gateau, Pierre Jean Jouve poète - Morale élémentaire, par Raymond Queneau (Gallimard)
Critique : littérature :
Franck André Jamme, À propos de Charles Duits
Jean Blot, Pierres réfléchies, par Roger Caillois (Gallimard)
Critique : connaissance :
Hervé Cronel, Le Signe et le poème, par Henri Meschonnic (Gallimard)
Critique : histoire :
Pierre-François Moreau, Montaillou, village occitan de 1294 à 1324, par Emmanuel Le Roy Ladurie (Gallimard)
Paul Morand, Rectification
Critique : romans :
Jean Blot, Ada, par Vladimir Nabokov (Fayard) - Les bonnes intentions, par Alain Bosquet (Grasset)
Marcel Schneider, Le chien dans l'arbre, par Germaine Beaumont (Gallimard)
Choix de lectures :
Marcel Arland, Diurnal, III, par Jean Lebrau (Rougerie) - Coups d'arrêt, par Henri Michaux (Le Collet de Buffle) - La bouche pleine de terre, par Branimir Scepanovic (L'Âge d'homme)
Dominique Aury, Le Cratère, par Boris Schreiber (Grasset)
Marcel Arland, Les eaux mortes, par Frédéric-Jacques Temple (Albin Michel)
Michel Léturmy, Un substitut de campagne en Égypte, par Tewfik el Hakim (Plon)
Jean-Charles Gateau, Lac(i)s, par Vahé Godel (Henry Fagne)
Françoise Auger, L'absence à vif, par André Kedros (Robert Laffont)
Willy de Spens, Henry Miller, grandeur nature, par Brassaï (Gallimard)
Dominique Aury, Lötschental secret, par Maurice Chappaz (Éditions 24 Heures)
Marcel Arland, Journal d'un demi-siècle, par Pierre Cournau (Chez l'auteur)
Critique : théâtre :
Gilbert Chateau, Des auteurs 'maudits' qui font plaisir : Steinbeck, Ionesco, Vian
Critique : cinéma :
Yannick Pelletier, Eisenstein, par Dominique Fernandez
Jean-Claude Guiguet, Les trois jours du Condor, de Sydney Pollack
Jean-Charles Gateau, La Fugue, d'Arthur Penn - Nashville, de Robert Altman
Critique : les arts :
Antoine Terrasse, Jean Bazaine
Renée Boullier, Alberto Giacometti (Galerie Claude Bernard)
Édith Boissonnas, Sima (Le Point cardinal)
Critique : musique :
Michel Chion, Un sauvage nommé Pierre Henry
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072381294
Nombre de pages : 128
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Portraits
LOUISBEUVE
OnvoyaitàSaint-Lôunhommemarchantàpetits pasparfoispressés,chapeaumelonenhiver,canotier etvestond'alpagaenété,soulierstoujoursbiencirés, sonœilapparaissaitvif,sonregardbrillant.L'homme saluaitaveccourtoisie.Onlerencontraitsouventaux abordsduCourrierdelaMancheinstallédansunevieille maisonflanquéed'unetourelle,àperrontrèsusé. LouisBeuve,rédacteurduCourrier, yrédigelesnou-vellesd'uneplumeconsciencieuse,avecparfoisune pointed'humourdécelableauxseulsinitiésdelaville oudescampagnesenvironnantes. Poète,ilécritenpatoisnormand;iln'ariend'unécri-vaindefolkloreetn'emploiepasletondelalittérature régionaliste;ilestpourtantleseulhommeàmaconnais-sancequiregretteouvertementlesstipulationsdutraité deBrétigny.Pourlui,laNormandieeûtfairepartie del'Angleterre,àlaquelleelles'apparenteauplusprès. AussibienlerôledeJeanned'Arcluiparaît-ilnéfaste. QuandunAnglaiss'aventuredansSaint-Lôoularégion, Beuvechercheàlerencontreretdevantluis'anime, exposevéhémentementsonpointdevue.DesAnglais, ilendécouvreàlafoiredeLessayquisetientsurcette grande landedécriteparBarbeyd'AurevillydansL'En-sorcelée,etobjetd'undesplusbeauxpoèmesdeBeuve;
LaNouvelleRevueFrançaise CertainsAnglaistraversentlamerpourvoircourirles chevauxquiysontprésentésauxclartésdel'aubeeten fairel'acquisition. Beuve,danssajeunesse,collaboreàunerevuenor-mande,LeBouaujean.CetermeBouaisJanouBonjan désignelegenêt.Acetteépoque,ilserendparfoisà Paris. FérudesVikings,Beuvedonneàsesneveuxetnièces, quandilestleurparrain,lesvieuxnomsdelaconquête. Illefaitavecunparfaitnaturel.Ilresteleseulàsavoir organiserdegrandsrepascomprenantdevraismets normands,metsmalheureusementintrouvablesdansla plupartdesauberges,telslasoupeàlagraisse,leplatde sang,lejambonfumébouillioulerôt. Saviedurant,ilcultivel'amitié,connaîtGeorges Laisney,professeuràSaint-LôpuisàRouen,poèteà sesheuresetdegenrebanvillesque;Leboulangerqui parcourutleCotentinenroulotte,hommefier,royaliste, devenuàPariscoltineurauxHallesàl'aubeetchanteur decabaretlesoir.Ilvintm'emprunterunepairedegants clairsàl'occasiondumariagedesafilleauquelilassista encompletjaquetteethaut-de-forme,unhaut-de-forme démodécommeenportentencoredevieuxlords.Beuve gardeaussiunvieilamidanslecurédelaparoisse Sainte-Croix.Ilserendchezluiaprès dîner.Lecuréle reçoitenpetitecalottenoiresursescheveuxblancsplutôt longscommeceuxduclergéd'autrefois.Ilssemettent aucoindufeu;là,Beuvesedéchausseavecprécaution, metseschaussonsdefeutrenoirapportésdansunvieux numéroduCourrierdelaManche.Cepeutêtreunnuméro sansnouvelles,uniquementréservéauxannoncesdes ventesmobilièresetimmobilières,commeilestd'usage àcetteépoque;plustard,ledirecteurenvintàajouterà cesnumérosconsacrésauxventesunsupplémentd'un tiersdepagedenouvelles. QuandunprésidentdelaRépubliquevientàSaint-Lô, onveutluiprésenterlepoèteLouisBeuve,celui-ci
Portraits
refusefranchementconsidérantquesesopinionssépara-tistesrendentcetteprésentationindécente.LouisBeuve segarded'unepropagandequi,enfait,luiparaîtinsou-tenable,aussibienn'a-t-ilpaspourl'occupantallemand lamoindrecomplaisance. LespoèmesdeBeuve,patoisantsounon,sontécrits d'unelanguepleinedeverdeuretd'âpreté.Lepoème intituléLaGrandeLandesoutientletondel'épopée, ilestécritennormand,FernandFleuretenafaitlatra-ductionfrançaiseetlepoèmerestebeausilenormand luiajoutedelasaveur,ilneconditionnepaslavaleurdu poème. Surleproblèmedelaliturgie,LouisBeuverestefidèle àlaprononciationdulatinenusetnonenous.Quand Beuvemeurt,lesvêpresdesmortssontchantéesdansla cathédraledeCoutances,unetrentainedechantrespay-sansyassistent,lesunsaulutrinetchapés,lesautresavec letraditionnelsurplissansmanches.Touschantentles psaumesenus.
FRANÇOIS-JOSEPH
François-Joseph,empereurd'Autriche,roiaposto-liquedeHongrie,estentrédanslalégende.AVienne,il estl'objetd'uncultesentimental,dontlesfidèlesse recrutentparmidesAutrichiensquipourautantn'as-pirentpasaurétablissementdesHabsbourg;latombede l'avant-dernierdesempereursd'Autrichedemeuretou-joursfleuriedequelquesbouquetsdeviolettes. J'étaisâgédedixansen1914,toujourspremieren HistoireetdéjàFrançois-Joseph,montésurletrôneen 1848etquinedevaitmourirqu'en1916,m'apparais-saitunpersonnageprestigieux;j'admettaisquelesgens demonbourgnatalfissentchorusaveclesjournaux d'alorspourridiculiserGuillaumeIIauxmoustaches
LaNouvelleRevueFrançaise effiléesetdressées,maisjenesouffraispasqu'onse moquâtduvieuxsouverainàfavorisenlesurnommant «Jojo»et,parfois,le«brillantsecond».Pourtant,je n'avaispasconsciencedecequ'ildétestâtsifortles Hohenzollernauxquelsilfutcontraintdeprêterle secoursdesesarmes. Ilexisteuntableaud'époquereprésentantleducde Reichstadtenuniformeblanc,tenantsursesgenouxun belenfanten1830;l'Aiglondevaitmouriren1832, l'enfantétaitFrançois-Joseph,futurempereurd'Au-triche.NeveudeFerdinandIer,iln'avaitquedix-huit ansquand,en1848,ilpriteffectivementlepouvoiralors quesurl'EuropelaRévolutionsévissait.Sonmariage avecÉlisabeth,surprenanted'intelligenceetdebeauté, extravaganteécuyère,poèteetamiedespoètes,futun mariaged'amour.Savieallaitsepoursuivreàtraversdes tribulationspolitiquesetfamilialesexécutiondeson frèrel'empereurduMexiqueMaximilien,dramede Mayerling,attentatdeSarajevoetcombiend'autres événementsfunèbresetscandaleux!Etl'Empereurde répéteraveclassitude«Quinousdélivreradelafolie desarchiducs?»Onnepeutdirequ'ilfuttrèsintelligent; ilcompritpourtantmieuxqu'onnelepenselesmalé-ficesdel'histoire.Certes,aprèsSadowa,l'Autriche-Hongrie,affaiblieparlaquestiondesnationalités,allait deplusenplusêtrevassaliséeparlaPrussequeFran-çois-Josephdétestait,ilsedéclaraitfièrementprince allemandetsesentaitlecontinuateurduSaintEmpire romaingermanique.Ilrestatoujourstraitécomme telàluiseul,lesmonarquesd'Europedonnaientle titredeMajestéetnonceluidefrèreoudecousin.Il futlemainteneurd'unprotocolequidevaitsombrer aprèslui. L'apparatquipeutencoresubsisterdansquelques coursd'Europeàcertainesoccasionsnepeutrendre comptedecequ'étaitleprotocolesévèreetquotidien deFrançois-Joseph.Ilrecevaitdèssixheuresdumatin
LaNouvelleRevueFrançaise
alarmerainsilapudeurintellectuelledesgenscultivés,etvolontiers jeparleraisdel'indécenteévidencedelamusiquedePierreHenry. Indécente,cettemusiquel'estd'abordparsoncôtéprimaire immédiatementsaisissable,volontiersillustrative,souventarticulée enmouvementsbiendistinctsquiexploitentchacun,enunecourbe francheetavecunimplacableespritdesuite,unemêmeproposition musicale,ellesembletoujoursselivrertoutde suiteettoutenue. LasecondeindécencedontserendcoupablePierreHenryest quecontrairementàbeaucoupdesesconfrèresquiaimentaccumu-lerlesobstacles,lesdétoursetlesambiguïtésentrelaconception deleuroeuvreetsaréalisation,celui-civiseetparvienttoujours, avecintransigeance,aumeilleurrendusonorepossibledeses intentionsmusicales.Etpourcelailnecomptequesurlui-même, consacrantplusieursjoursàdisposeretàréglersasonorisation danslessallesilfaitentendresesmusiques,commeilamisle plusgrandsointechniqueàlesconfectionner. Enfincettemusiquesiclaireetsibiensonnanteestsouvent(mais pastoujours)hédoniste,d'unhédonismequid'ailleurssetranscende lui-mêmeparsonpropreexcès,dansunefolledépensedeplaisir sonore. Seulementtoutsepasse,parrapportàlasensibilitédesamateurs demusiquecontemporaine,commesiceladevaitmeneràune miseàplatdelamusique,commesi,ens'accomplissantdansl'ins-tant,elles'yconsumaitdumêmecoup,nelaissantplusrienàdési-rer,doncplusrienàdire.Celaàl'opposédetantdemusiquesdela frustration,dontl'artconsisteàpromettrebeaucoupetàtromperle désir,enl'occupantparmilleagaceries,rupturesetmaniérismes quilaissentd'autantmieuxlemélomanerêveretlemusicologue spéculersurl'objetindéfinimentreculédecedésir. Postcoitumomneanimaltristepeut-êtreya-t-ilunpeu deceladanslasatiété,levaguedégoûtquisaisitparfoisl'auditeur àl'issued'unconcertdePierreHenry,traduisantuneespècede honteàs'êtredonnédelajouissance. D'ailleurslesmusiquesdePierreHenrysontsouventfaitesde momentsnoncoordonnés,développantchacununeidéemusicale conduiteencrescendoversunparoxysmeconstructiondontla monotonierépétitiveévoquelecinémaérotique. Puisquenous ensommesvenusàparlerdelaformeenmusique etdel'érotisme,soulignonsleurétroitecomplicitélaformen'est passeulementunproblèmed'information,deproportionset
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