La Nouvelle Revue Française N° 280

De
Marguerite Yourcenar, Sur quelques lignes de Bède le Vénérable
Louis Brauquier, Poèmes
Louis Reymond, Les Essarts
Juan Ramón Jimenez, Sonnets spirituels
Yves Véquaud, Anton
Les pays et les hommes :
Jean Sulivan, Comment était-ce?
Michel Léturmy, Bon pour une 'Petite-Bretèche'
Une voix :
Roger Judrin, Mon credo – Le compagnon – Éva, qui donc es-tu?
Critique : poésie :
Jean-Charles Gateau, Aromates chasseurs, par René Char (Gallimard)
Alain Bosquet, Toi qui pâlis au nom de Vancouver, par Marcel Thiry (Seghers)
Critique : littérature :
Guy Rohou, Paysages de l'immobilité, par Yves Régnier (Gallimard)
Critique : connaissance :
Hervé Cronel, Ivan Illich
Michel Léturmy, L'anthropologie du geste, par Marcel Jousse (Gallimard) - La manducation de la parole, par Marcel Jousse (Gallimard) - Fêtes romaines d'été et d'automne, par Georges Dumézil (Gallimard) - La Bible bleue, par Geneviève Bollème (Flammarion)
Guy Rohou, Libertinage et révolution, par Péter Nagy (Gallimard)
Willy de Spens, La tolérance, par Casamayor (Gallimard)
Bernard Sesé, José de Espronceda et son temps, par Robert Marrast (Éditions Klincksieck)
Critique : romans :
Alain Bosquet, La nostalgie de la pureté (Maurice Genevoix, Jean Cayrol, Françoise Mallet-Joris)
Anne Lagardère, Topologie d'une cité fantôme, par Alain Robbe-Grillet (Éditions de Minuit)
Jacques Chessex, L'armoire aux poisons, par Jacques Brenner (Grasset)
Alain Clerval, Paysage de ruines avec personnages, par Danièle Sallenave (Aubier-Flammarion)
Catherine Lahsinat, Les feux du large, par Christiane Baroche (Gallimard)
Jean Blot, Moscou-Petouchki, par Vénédict Érofeiev (Albin Michel)
Critique : cinéma :
Jean-Claude Guiguet, Les embarras du 'nouveau naturel'
Critique : les arts :
Renée Boullier - Jean-Jacques Lévêque, Francis Picabia - Olivier Debré (Musée d'Art moderne de la Ville de Paris)
Jean Guichard-Meili, De l'impressionnisme à l'art moderne, par Jean Clay (Réalités-Hachette)
Marcel Arland, Les revues
Une lecture :
Hubert Juin, Symboles et fantasmes (Victor Hugo)
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072381652
Nombre de pages : 128
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SurquelqueslignesdeBèdele
Vénérable
Cumeanspearwa.
Uncyclenouveaucommence;àtraverslesdernières feuillessèchesduprécédentautomnepercentcomme desdardslespremièrestigesvertes.Noussommesà cettepériodedefontedesneigesetdeventaigreoù un christianismeencorepresqueneuf,importéd'Orient parl'entremisedel'Italie,luttedanslesrégionsdu Nordcontreunpaganismeimmémorial,s'insinue commelefeudansunevieilleforêtencombréedebois mort;c'estl'aubetempétueuseduvnesiècle.Les plussurprenantesparolesquinoussoient parvenuesau sujetdecepassaged'unefoiàuneautre,desdieuxà unDieu,nousarriventparletruchementdeBèdele Vénérable,quilesconsignaàplusdecentansdedis-tance,sansdoutedanssonmonastèredeJarrowoù, entouréd'unmondeenchaos,ilcomposaitenlatinsa grandehistoiredesétablissementschrétiensdel'An-gleterre.Ellesontétéprononcéesparunthane(autant direunchefouunnoble)duNorthumberland,apparte-nantaupuissantgroupesaxonmâtinédeceltequi occupaitencetemps-làlenorddel'îlebritannique. LascènesepasseauxenvironsdeYork,lesédi-ficesduvieilEburacum,capitaleromainequivitmou-rirSeptimeSévère,n'enétaientencorequ'aupremier stagedeleurexistencederuines,maissansdouteparais-
LaNouvelleRevueFrançaise saientdéjàauthaneetàsescontemporainssituésdans uneantiquitésansâge.Ilyadeuxcentsansenviron quel'empereurArcadius,dansuneproclamationaux habitantsdelaGrande-Bretagne,leuraannoncéqueles légionsrepassaientlamer,leslaissantsedéfendreseuls contrelesenvahisseurs.Depuislors,ons'estdébrouillé commeonl'apu. Bèdeamisenlatinlesparolesduthane;ilfaudra encoreunsiècleetdemi,peus'enfaut,pourqu'Alfred leGrand,danslesloisirsqueluilaisserasalutte contrelesinvasionsdanoises,retraduisecelatinen unanglaisrestétrèsprochedel'ancienislandaisetdes diversparlersgermaniques,maisqui,entre-temps, grâceàl'adoptiondel'alphabetlatin,aaccédéàla dignitédelangueécriteetadevantsoiunbelavenir. Sijeprendslapeinedenoterceschassés-croiséslin-guistiques,c'estquetroppeudegensserendentcompte àquelpointlaparolehumainenousarrivedupassépar relaissuccessifs,cahin-caha,pourriedemalentendus, rongée d'omissionsetincrustéed'ajouts,grâceseule-mentàquelqueshommescommeBèdelecontemplatif ouAlfredl'hommed'action,quionttenté,dansle désordrepresquedésespérédesaffairesdumonde,de conserveretdetransmettrecequileursemblaitmériter del'être.Lebrefdiscoursduthane,onvalevoir,est assurémentdeceux-là. Edwin,roideNorthumberland,alorsleprincele pluspuissantdel'Heptarchiebritannique,venaitde recevoird'unmissionnairechrétiendemanded'évangé-lisersursonterritoire.Ilconvoquasonconseil.Comme dejuste,legrandpontifedesdivinitéslocales,uncer-tainCoif,futinvitéàparlerlepremier.Lelangagede ceprélatfutpluscyniquequethéologique «Franchement,roi,dit-ilensubstance,depuisle tempsquejesersnos dieuxetprésideauxsacrifices, jen'aiéténiplusheureuxnipluschanceuxqu'un hommequinepriepas,etmessupplicationsontrare-
SurquelqueslignesdeBèdeleVénérable mentétéexaucées.J'approuvedoncqu'onaccueilleun autredieumeilleuretplusfort,s'ils'entrouve.» Leprêtreavaitparléenpragmatiste;lechefde clanquisuivitparlaenpoèteetenvisionnaire.Appelé àdonnersonavissurl'introductiond'undieu nomméJésusenNorthumberland,cethanedont nousignoronslenomélargit,sil'onpeutdire,le débat «Laviedeshommessurlaterre,ôroi,comparée auxvastesespacesdetempsdontnousnesavonsrien, meparaîtressemblerauvold'unpassereauentrant parune.embrasuredelagrandesallequ'unbonfeu, alluméaucentre,réchauffe,ettuprendstesrepas avectesconseillersettesliges,tandisqu'au-dehorsles pluiesetlesneigesdel'hiverfontrage.Etl'oiseautra-verserapidementlagrandesalleetsortducôtéopposé, et,aprèscebrefrépit,venudel'hiver,ilrentredansl'hi-veretseperdàtesyeux.Ainsidel'éphémèreviedes hommes,dontnousnesavonsnicequilaprécède,nice s vra. quilaui» Laconclusionduthanerejointcelledupontifepuis-qu'onnesaitrien,pourquoinepasfaireappelàceux qui,peut-être,savent?Unetellevueestd'unesprit ouvert;ellemèneàacceptercertainesvéritésouhypo-thèsessublimes,etparfoisaussiàaccueillirl'imposture etàculbuterdansl'erreur. Onnesaitcommentopinèrentlesautresmembresdu conseil,maiscesdeuxvoixl'emportèrent.Lemoine Augustinfutautoriséàprêcherlechristianismesurles territoiresd'Edwin.Ladécision,quidetoutefaçon auraitfiniparêtreprise,étantdansl'airdel'époque, mêmesilesconseillersdurois'étaientprononcésautre-ment,étaitgrossedeconséquencesquinousconcernent encoreelleporteensoil'île-monastèredeLindisfarne, havredepaixetdesavoirdansdestempstroublés,jus-qu'aujourdesVikingsenfoncerontleurhachedans lecrânedesmoines;ellecontientlacathédraled'York
LaNouvelleRevueFrançaise etcelledeDurham,celled'Elyetcellede Gloucester, saintThomasdeCantorbéryassassinéparlescheva-liersd'HenryIIetlesrichesabbayesquespoliera HenryVIII;lecatholicismedeMarieTudoretlepro-testantismed'Élisabeth,etdesdeuxpartslesmartyrs, desmilliersde tomes desermonsetdeprêches,et quelquesécritsmystiquesadmirables,LeNuagedel'in-connaissanceetLesRévélationsdeJulianadeNorwich,les homéliesdeJohnDonne,lesméditationsdeJohnLawet deThomasTraherne,et,aumomentj'écrisceslignes, lescatholiquesetlesprotestantsquisedescendentles unslesautresdanslesruesdeBelfast.L'Angleterre d'Edwinsortdesonâgedebronzepourentrerdansla communautéeuropéenne,quiàcetteépoqueseconfond aveclachrétienté.Aprèsl'arrivée,puisledépartdes légionsromaines,lapénétrationparlesmoinesvenusde Rome,etdanslesdeuxcaslesgainsetlespertes,unordre nouveauquiremplacel'ordreancien,jusqu'àcequecet ordrenouveausoitàsontourremplacé.Sansdoute beaucoupd'entrenoussesontparfoisdemandécom-ments'étaitopéréecetteespècederelèvededieux, quelleshésitations,quellesangoissesl'avaientprécédée ouenétaientnées,ouencorequelsélansdecœurelle avaitsuscités.Danslecasaumoinsqu'aconsignéBèdele Vénérable,nousvoyonsagircommeànuchezl'undes opinantslecynismeleplusépais,assaisonnépeut-être d'uncertainamourdelanouveautépourelle-même(ce traversn'estpasqued'aujourd'hui),etsûrementd'un goûttrèsvifpourlesbiensmatérielsqueledieunouveau pourraitapporter.Chezl'autreorateur,dontlestyle poétiquenousplaîtdavantage,unscepticismepro-fondquiestaussiunprofondscepticisme,maiss'en remetdeconfianceaux lumièresquepourraitapporter quelqu'unquiditsavoir.Onnepeut,certes,généraliser surceseulexemplevoilà,dumoins,cequ'unpieux chroniqueurnousrapportedelaconversionduroi Edwinetdesesliges.Lalégèretéquiprésidepresque
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l'officialité?Onpeutledemanderauxannéesdesolitudeetd'exil, lorsqu'ilest,devantsesmanuscrits,Gilliattautravailcesontles rêvesdudésir.Autrementditlamort. Lesrapprochementsqu'àlasuitedediverslecteursj'indique entrelespersonnagesdesstancesromanesquesdel'opushugolien demandent,exigentd'êtremaniésavecbeaucoupdeprudenceils jouentdansleseind'unesymboliquemystérieuse,rongéeparla biographie,confondueaveclespiècesmaîtressesd'unefantasma-tiquepuissante.Et,cependant,ainsiqu'onlevoitparcevolume dontl'arbitrairepermetdeconfronterbrusquementNotre-Dame deParisauxTravailleursdelamer,cesmêmesrapprochements requièrentl'audaceetunecertainebrutalité.VictorHugoavait prissoindedonneruneleçonsouveraineendisantqu'ilnefallait riendistraireniécarterdelatotalitédecequ'ilavaitécrit.Grandes pagesounotulesl'ensemblepeint»,ajoutait-il.Ils'étaitinsurgé paravancecontrelepiègequiluiétaittenduceluidesMorceaux choisis.ChezHugo,lesensn'acquiertdesensqu'ensefaisant,et parcequ'ilsefait,etnonparcequ'ilsurgit.Iln'yapasd'évi-denceschezVictorHugo,iln'yaqu'undédale.Donc,onnepeut leréduireauseulxixesiècle.Onsongeauxécueils«travaillera» GilliattLesDouvres,élevantau-dessusdesflotslaDurandemorte, avaientunairdetriomphe.On eûtditdeuxbrasmonstrueuxsortantdu gouffreetmontrantauxtempêtescecadavredenavire.L'énormepré-sencedunomméH.
HUBERTJUIN
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