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Pourquoiest-cequej'écris?
Jesuisencoreàmeledemander.J'écrisdepuistrès longtemps.Atreizeansj'écrivaisunepiècedethéâtre,à onze-douzeansdespoèmes,àonze ansencorej'aivoulu écriremesMémoiresdeuxpagesdecahierd'écolier. Pourtant,ilyenauraiteudeschosesàdire.Jesaisque jegardaisàl'époquedessouvenirsdematoutepremière enfance,quandj'avaisdeuxoutroisans,dontjen'ai plusquelesouvenirdusouvenird'unsouvenir.Ily avaitdéjàeul'éveildel'amourverssept,huitansquand j'étaistellementattiréparunepetitefilledemonâge. Puis,àneufans,paruneautre,Agnès.Ellehabitaità de huitkilomètresdu«MoulinLaChapelle-Anthenaise j'aipassémonenfance,unefermeàSaint-Jean-sur-Mayenne.Jefaisaistoutessortesdegrimacespourla fairerire,elleriaiteneffet,enfermantlesyeux,elle avaitdesfossettesquandelleriait,elleavaitlescheveux blonds.Qu'est-elledevenue?Siellevitencore,c'est unegrossefermière,peut-êtregrand-mère.Ilyaurait euaussid'autreschosesàraconterladécouvertedu cinémaoudelalanterne magique;monarrivéeàla campagne,uneétable,l'âtre,lepèreBaptisteàquiil manquaitlepoucedelamaindroite.Beaucoupd'autres chosesencorel'école,l'instituteur,lepèreGuéné,le curé,lepèreDurandquis'enretournait,ivremort, aprèssestournéesdanslesfermesdelacommune.On luidonnaitàboireducidreou dupoiré.Ilyavaiteuma
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premièreconfession,lorsquej'avaisréponduouià touteslesquestionsduprêtreparcequejenelescompre-naispas,àcausedesamauvaisediction,etilvalait mieuxprendresursoidespéchésfictifsqued'enoublier quelques-uns.J'auraispuparlerdemespetitsamis, Raymond,Maurice,Simone,etracontermesjeux.Mais ilfallaittouteunetechniquepourcelaquel'onapprend bienplustard.Onparledesonenfancelorsquedéjàon n'yestplus,lorsqu'onnelacomprendplustrèsbien. Ilestévidentqu'onnesecomprendpasnonplusquand onestenfant,mais,entoutcas,j'avaisconsciencequeje vivais,lorsquej'étaisdanslaMayenne,danslebonheur, lajoieetquechaqueinstantétaitplénitude,sans connaîtrelemotplénitude.C'estdansl'éblouissement quejevivais.MapremièredéchirurefutdequitterLa Chapelle-Anthenaise.Maisavecletemps,lalumièrese seraitternieetjenevoispascommentj'auraisfaitpour êtrecultivateur,sipeudouéquejesuispourlestravaux manuels.Certainsdemescamaradesdel'écolecommu-nale,Lucien,Auguste,sontdevenusdegrosfermiers.Il mesemblequ'ilsmènentuneviequotidiennebiendure etqueleurvien'estplusunjeu.C'estavecunœilindif-férentqu'ilsregardentlesenfantsquijouent.J'aurais pudevenirl'instituteurduvillagemaisjen'auraisplus eudevacanceshorsdesvacancesquinesontplusde vraiesvacancespourlesadultes. Unedesraisonsprincipalespourlesquellesj'écris, sansdoute,c'estpourretrouverlemerveilleuxdemon enfanceau-delàduquotidien,lajoieau-delàdudrame, lafraîcheurau-delàdeladureté.Ledimanchedes Rameaux,lespetitesruesduvillageétaientjonchées de fleursetdebranchesettoutétaittransfigurésousle soleild'avril.Lesjoursdefête,jemontaislepetit cheminrocailleux,enpente,ausondesclochesde l'églisequejevoyaisapparaîtrepetitàpetit,d'abord lehautduclocheraveclagirouette,puisleclocher toutentiersurunfonddecielbleu.Lemondeétaitbeau,
Pourquoiest-cequej'écris? jem'enrendscompte,toutfraisettoutpur.Jele répète,c'estpourretrouvercettebeauté,intactedansla boue,quejefaisdelalittérature.Tousmeslivres,toutes mespiècessontunappel,l'expressiond'unenostalgie, jechercheuntrésorenfouidansl'océan,perdudansla tragédiedel'histoire.Ousivousvoulez,c'estlalumière quejechercheetqu'ilm'arrivedesemblerretrouver detempsàautre.C'estlaraisonpourlaquellenonseule-mentjefaisdelalittérature,c'estaussilaraisonpour laquellejem'ensuisnourri.Toujoursàlarecherche decettelumièrecertainepar-delàlesténèbres.J'écris danslanuitetdansl'angoisseavec,detempsàautre, l'éclairagedel'humour.Maiscen'estpascettelumière, cen'estpascetéclairagequejecherche.Lapièce,oula confessionintime,ouleromanrestentténébreuxsije nedébouchepas,auboutdesténèbressurlalumière. DansmonromanLeSolitaire,toutàlafin,aprèsletun-nel,lepaysagedoitapparaître,lejouréclatantdansla lumièredumatin,unarbrefleurietunbuissonvert. DansLaSoifetlafaim,Jean,lepersonnageerrant,voit apparaîtreuneéchelled'argentdansl'azur.Dansma pièceComments'endébarrasser,Amédée,lehérosdela pièce,s'envoledanslaVoielactée;dansLesChaises,les personnagesn'ontquelesouvenird'uneéglisedansun jardinlumineuxetpuis,commecettelumièredisparaît, lapiècedébouchesurlenéant.Etainsidesuite.La plupartdutemps,cesimagesdelumière,viteétouffées ou,aucontraire,arrivantnaturellementauboutdu trajet,n'ontpasétévouluesmaistrouvées.Oualors,si ellesontétéprévuesconsciemment,cesontdesimages quimesontapparuesdansdesrêves.C'est-à-direque dansmespiècesdethéâtreoudans maprose,j'aile sentimentd'effectuerune exploration,àtâtons,dansla nuit,dansuneforêt sombre.Jenesaispasj'arriverai ousij'arriveraiquelquepart,j'écrissansplan.Lafin vientd'elle-mêmeconstatationdel'échec,commedans madernièrepièceL'Hommeauxvalises,ouréussite
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lorsquelafinpeutressembleràunrecommencement. Enfait,jesuisàlarecherched'unmonderedevenu vierge,delalumièreparadisiaquedel'enfance,dela gloiredupremierjour,gloirenonternie,universintact quidoitm'apparaîtrecommes'ilvenaitdenaître.C'est commesijevoulaisassisteràl'événementdelacréation dumondeavantladéchéanceetcetévénementjele chercheàtraversmoi-même,commesijevoulais remonterlecoursdel'Histoireouàtraversmesper-sonnagesquisontd'autresmoi-mêmeouquisont commelesautresquimeressemblent,àlarecherche, consciemmentou non,delalumièreabsolue.C'est parcequ'ilsn'ontaucuneindicationsurlarouteà suivrequemespersonnageserrentdanslenoir,dans l'absurde,dansl'incompréhension,dansl'angoisse.On asouventditquejeparlaisbeaucoupdemonangoisse. Jecroisplutôtquejeparledel'angoissehumaineque lesgensessayentderésoudrepardesmoyensinappro-priésensedébattantdanslequotidien,danslagrisaille oudanslemalheurouqu'ilssetrompent,enfermés qu'ilssontdanslesimpassesdel'Histoireetdelapoli-tique,desexploitations,desrépressions,desguerres. Enfanceetlumièreserejoignent,s'identifientdansmon esprit.Toutcequin'estpaslumièreestangoisse, ténèbres.J'écrispourretrouvercettelumièreetpour essayerdelacommuniquer.Cettelumièreestàlafi-on-tièred'unabsoluquejeperds,quejeretrouve.C'est aussiPétonnement.Jemevoissurmesphotosd'enfant, lesyeuxronds,stupéfaitd'exister.Jen'aipaschangé. L'ébahissementprimordialm'estresté.Jesuislà,on m'amislà,entourédetoutcecietdetoutcela,jene saistoujourspascequim'estarrivé.J'aitoujoursété trèsimpressionnéparlabeautédumonde.Lorsque j'avaishuitans,neufans,j'aivécudeuxmoisd'avril etdeuxmoisdemaiquejen'oubliepas.Jecouraissur lecheminbordédeprimevères,jecouraisdanslesprés reverdis,danslajoieindicibled'être.Cescouleurs,cet
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cettesociétéc'estd'avoirtoutfaitpourempoisonnerVanGogh, pourlesupprimercommeelleatuéNerval,Hôlderlinou Nietzsche,commeelleavoulu,souscouvertdemédecine,depsy-chiatrieetde«hautessaletés»,lui,AntoninArtaud,àcemoment (1947)sortidepeudel'asiledeRodez,proprementlerendrefou, autrementdit«saqueràsabasel'élanderébellionrevendicatrice quiestàl'originedugénie»,fairetaireunetropfortelucidité.Car cequebrutaliseaussil'hommeàl'oreillecoupée,c'estunecertaine visiondumonde,somnolenteoufeutrée,unregardquisevoudrait détaché,unematièrequirefuseraitlecorpsàcorps.Alors,«même lanatureextérieure,avecsesclimats,sesmarées,sestempêtes d'équinoxe»,dunoirgoudronneuxdespremièrestoileshollan-daises,sevoitprogressivementsaisiedevertigesousdesnuits d'alertebleudecobalt,oulabourée,rongée,électrisée,tonsur ton, pardessoleilsfélinsquiroulent. Commentairefabuleux,enruptureaveclacontinuitédel'essai traditionnel,l'ordreet lalogiquedesondéveloppementcontra-riéspartrois«Post-scriptum»quis'intercalentaucoursd'une cinquantainedepages,lerécitd'Artauddéjoueunesériede limites,sejoueentreelles.Outrecellesdunormaletdupatholo-gique,delaraisonetdeladéraison,cellesencoredelaparoleetde l'écrit.Tantôtmanuscrit,tantôtdicté,letextelaisseéchapperdes signesd'imprimerielessonoritésd'unelangueparticulièrement concrète,râpeuse,tranchante,avecsessautesd'intensité,sesappels d'air,sescrisperçants,soninsistanceetseseffetsd'écho,sarespi-rationirrégulière.Cetteécrituresouventàvoixhaute,etmêmeà plusieursvoix,envientàreproduireailleurs,surlesfeuillesdu livre,entrefictionetexplication,lescrépitementsphysiqueset mentauxdesTournesolsdansun«embrasementd'escarbilles»,le vieilédredondelaChambreàcoucher«d'unrougedemoule,d'our-sin,decrevette,derougetduMidi,d'unrougedepimentroussi», lamusique suraiguëducaféd'Arles,«cettefiguredeboucherroux quinousinspecteetnousépie»danslesautoportraits«au momentlaprunellevaverserdanslevide»,ou«lelingesale ettordudevinetdesangtrempé» duChampdeblé,sousunciel suffocantlacéréd'oiseauxfunestes. Sanslesmontrer,letextedialogueaveclestoiles,lesfaitvoir, bougeretrésonner,illeurdonnelaparole,celle-làmêmequela peinturedeVanGoghsemble,déjà,porterencreux,prolongeant lasurprenanteauthenticitévisuelledeslettresdeVincentàThéo.