La Nouvelle Revue Française N° 288

De
Henri Thomas, Les tours de Notre-Dame
Jean-Michel Frank, Dieu protège les roses!
Yves Véquaud, Dans les Himalayas
Kenneth White, Vers le Nord
Robert André, Scènes d'enfants
Les pays et les hommes :
Jean Lebrau, Brindilles
Bernard Bousquet, Paysage
Critique : poésie :
Diane de Margerie, Carnets, Journal, Lettres de Gerard Manley Hopkins (10/18)
Gérard Bocholier, Arthur Rimbaud, par Lionel Ray (Seghers)
Critique : littérature :
Hervé Cronel, Œuvres de Haoran (Alfred Eibel)
Roger Judrin, Regards sur Bernanos, par Henri Guillemin (Gallimard)
Critique : romans :
Anne Lagardère, Disent les imbéciles, par Nathalie Sarraute (Gallimard)
Alain Bosquet, Les sobres et les flamboyants (Jean Blot, Gonzague Saint Bris, Patrick Grainville, Marc Cholodenko)
Jean Blot, L'amour les yeux fermés, par Michel Henry (Gallimard)
Alain Bosquet, Romansonge, par André Stil (Julliard)
Michel Léturmy, Les régions céréalières, par Jean-Marc Lovay (Gallimard)
Gilles Pudlowski, Les Raouls, par Evane Hanska (Olivier Orban)
Pierre Dalle Nogare, Les fondateurs, par György Konrad (Le Seuil)
Critique : théâtre :
Gilbert Chateau, Le temps des miracles (Aymé, Jamiaque, Haïm, Ribes et Cyrano)
Critique : cinéma :
Jean-Claude Guiguet, Gérard Blain ou Les hautes solitudes
Critique : les arts :
Antoine Terrasse, André Malraux et L'Intemporel
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 7
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072379512
Nombre de pages : 128
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LestoursdeNotre-Dame
C'estelle,j'ensuisàpeuprèssûr,quej'aivuedans unepharmaciedu boulevardSaint-Michel,nonloinde laSeine.Quejen'ensoispastoutà faitsûr,celan'a guèredépendu,sansdoute,qued'unpeudepatiencede mapart.Elleattendaitsontour,commemoietquelques autresclients,maisellen'attendaitpasdelamême manière.Ellenesetenaitpasprèsducomptoir,dansle groupe;elleétaitdansuncoindelapharmacie,comme siellehésitaitàs'avancer,ouplutôtcommesielleétait distraite,indifférente,nesachantpascequ'ellevoulait. Cen'estpourtantpascelaquim'aleplusfrappé;jene l'auraismêmepasremarqué,peut-être,sielleavaitété pareilleàtouteslesfillesquicirculaient,cetaprès-midi-là,surleboulevardSaint-Michel.Ilyavaitquelque choseenelle,surtoutesapersonne,quim'aobligéà détournerlesyeuxaussitôt,puisàlaregarderdenou-veau,furtivement.J'aieul'impressionimmédiatequ'elle étaitnonseulementisoléedanscecoindelapharma-cieelleneregardaitriendanslesvitrines,mais qu'elleétaitseule,absolumentseule,etjemesuis demandésiellen'étaitpasentréedanscettepharmacie parhasard,si,même,elleserendaitbiencomptede l'endroitelleétait,siellenousvoyait,nousautres.Il m'asembléquepersonnenefaisaitattentionàelle,à moinsquetoutlemonden'aiteulamêmeimpression quemoi,lamêmepetitefrayeuràlaregarder.Ilsuf-
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fisaitd'uncoupd'oeilpour remarquerbeaucoupde choses,tellementl'abandonetladétresseétaientévi-dentssurtoutesapersonne.Seulecommeon l'est lorsquetoutestdevenuindifférent,lointain,inexistant, commeonl'estdansunechambrefermée,commeon l'estlorsqu'ondort.Uninstant,mesyeuxontren-contrélessiens;ilsn'étaientpassansexpression,mais commentdire?Jen'aipeut-êtrevupareilregardque dansleshôpitauxonpassedevantunechambredont laporteestouverte,unmaladeestassisdanssonlitet ilvousregardeaupassage,onnelereverrajamais,on l'aassezvu. Uneemployéedelapharmacielui'ademandéce qu'elledésirait;j'étaistoutprèsd'elle;jen'aipasété surprisenentendantlaréponsedelajeunefille.C'était lemêmeproduitquejevenaisd'acheteruninstant plustôt.Sij'avaisfaitattentionàcettepersonne,d'une manièrefurtiveetinsistanteàlafois,assezpéniblepour moi,c'estqu'ilyavaitquelquechosedecommunentre nouslebesoindecescomprimésquiontété,peude tempsaprès,retirésducommerce,carcertainsjeunesen faisaient,paraît-il,deredoutablescocktails.C'était, pournousautres,unmodesteexcitant.Ainsi,nous avionsbesointousdeuxdumêmeappoint,parcette bellejournéedumoisd'août,quandParisétaitspa-cieux,tranquille,quandonauraitpouvoirselaisser vivre.Jemesuisdemandéuninstantsij'avaisl'air, dansmongenre,aussitriste,aussiperduquecettejeune fille,puisj'aieuvaguementhontedeceretoursurmoi-même.Elledevaitvraimentêtreau-delàdel'abandon, arrivéeàjenesaisquelleextrémité,àunesortedeper-fection.Jenel'aivuequepeud'instants,ensomme, danscettepharmacie,puisdanslaruequandjel'ai suivieinvolontairementjusqu'aupremiertournant,et ilsepeutqu'àforcederepenseràellej'aiecomplétéson imagede détailsimaginaires,pourtantjecroisqueje suisallédanslesensdelavérité,sansl'atteindreabso-
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lumentelleestau-delàdetouslesdétails.Ellen'était pasvêtuecommeunepauvresse,maiscommesielle avaitété,unjour,bienhabillée,etqu'elleeûtgardéla mêmerobe,lesmêmesbas,lesmêmessouliers,lamême coiffure,sansenprendreaucunsoindepuislongtemps; larobependaitd'uncôté,ilyavaitunegrandeéchelle visiblepar-derrièreàl'undesesbas;sescheveuxceux d'unejeunefilledevingtetunans, ainsiquejel'ai apprislelendemainmêmeétaientternescommela poussièredesrues,etdanslapharmacie,quandellea penchélatêtepourfouillerdanssonsac,ilsluitom-baientsurlesyeuxcommedescheveuxnoyée,raides etsales.Jecroisqu'elleavaitlesyeuxgris-bleu. Non,jenepouvaispasl'aider,nipersonne.Savait-elledéjàelleallait,ensortantdelapharmacie?Pas plusquemoi,sansdoute.J'aimarchéuninstantder-rièreelle,aumilieudespassantsquiallaientdansun sensoudansl'autre,dansl'agitationparesseused'un jourde vacancesetdegrandechaleur.Ellepenchaitla têteenmarchant,sonsacqu'elletenaitparlabride pendaitpresqueàfrôlerlesol,elleallaitlentement. ArrivédevantlecaféquifaitlecoindelarueSaint-Séverinetduboulevard,j'aivuqu'ilyavaitdelaplace aucomptoir,etjemesuisprécipitémachinalement j'aisisouventeucemouvement,dansmesbêtesde journéesdeParis.J'aiavalédeuxcomprimésavecun quartVichy.J'auraispeut-êtrecontinuéàpenseràla fillesolitaire,silaconversationdedeuxhommesassisà unepetitetablevoisineducomptoirnem'étaitpasdis-tinctementparvenue. «Iln'yapasd'étatsd'âme,disaitl'un,iln'yaque desmomentsdialectiques,desétatsdesforces. Vous voustrouvez,aditl'autre,dansl'étatd'âme particulier,d'ailleursfréquentdenosjours,l'on affirmequ'iln'yapasd'étatsd'âme. Pasmal»,aditl'autreenriant. Celui-ci,jel'aireconnu,c'étaitArthurAdamovon
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levoyaitbeaucoupàcetteépoquedanslescafésdu quartier.J'auraisbiencontinuéàlesécouter,maisils sesontlevés,jelesairegardéss'éloignerjusqu'àceque jelesperdedevue. Difficiledeserappeleruneheure,deuxheuresde déambulation,etpourtant!Étantdonné,maintenant,la suitedecettejournée,ilmesemblequejemesuis employé,sanslesavoir,àamasserbeaucoupd'impres-sionsquis'additionnentpourdonnerunsensàtoutle grouillementdegensinconnus,plusoumoinslibérés deleurssoucis,quipeuplaientPariscejourd'août.Un «étatd'âme»là-dedans?Un«momentdialectique»? é Un«tatdesforces»?Jesavaisquecelafiniraitentout casparunétatdefatigue,maisàcemoment-là,et pendantaumoinsdeuxheures,lescomprimésd'amphé-taminesm'ontdonnéuneheureusecuriosité,cellequi nechercherien,quiprendcequivient,quirécoltele tempscommesic'étaitunematièreprécieuse.Sansme donnerunbutparticulier,jenemesentaispasdépourvu debut;etcelamesuffisait,jemeberçaisàchaquepas del'idéequ'ilyenavaitun,etqueriennemepressait del'atteindre.Toutletemps,toutelavie!Eneffet, jem'acheminaisversquelquechose,d'unefaçonqui m'apparaîtaujourd'huiassezmystérieuse.Onen jugerajenepeuxqueretracerunecertainefigure, danslechaosdecettejournée. Del'autre,je.neconnaisqu'unephotographiedans unjournaldusoir,parulelendemaindecemêmelong jour.J'aivuunvisagetrèsjeune,sousdescheveux courts,defacecommesurunephoto d'identité;c'était sansdoutelaphotodesonpasseport,etjemedemande commentlejournalapul'obtenir,soitdelapolice,soit despersonnesquiaccompagnaientlajeuneAméricaine. Cen'étaientpas(toujourslejournal)sonpèreetsa mère,maisdescousinesbeaucoupplusâgées.Elles faisaientpartied'ungroupedetouristesvenanttousde lamêmeville,Minneapolis.JesuiscurieuxdeMinnea-
Monfrère
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NELLYSTÉPHANE
ANDRÉSUARÈS
LettresàMarieDormoy(numérospécial) Lettresàsasoeur(ibid.)
BERTIL
UnedédicacedeBaudelaireà suédoisparC.G.Bjurstrôm)
SUNDBORG
Hugo(traduitdu
SYLVIETÉCOUTOFF
LénineàZurich,d'AlexandreSoljénitsyne Souvenirs,dePaulineAnnenkova
ANTOINETERRASSE
AndréMalrauxetL'Intemporel
HENRITHOMAS Loind'Attigny LettresàDominiqueAury(numérospécial) LettresàMarcelArland(ibid.) LestoursdeNotre-Dame
GUSTAVE-CHARLESTOUSSAINT
LettresàJeanPaulhan(numérospécial)
GIUSEPPEUNGARETTI
LettresàJeanPaulhan(numérospécial)
PAULVALÉRY
LettresàJeanPaulhan(numérospécial)
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