Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

Publications similaires

La Nouvelle Revue Française N° 472

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 311

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 473

de editions-gallimard-revues-nrf

Vous aimerez aussi

suivant
LestoursdeNotre-Dame
C'estelle,j'ensuisàpeuprèssûr,quej'aivuedans unepharmaciedu boulevardSaint-Michel,nonloinde laSeine.Quejen'ensoispastoutà faitsûr,celan'a guèredépendu,sansdoute,qued'unpeudepatiencede mapart.Elleattendaitsontour,commemoietquelques autresclients,maisellen'attendaitpasdelamême manière.Ellenesetenaitpasprèsducomptoir,dansle groupe;elleétaitdansuncoindelapharmacie,comme siellehésitaitàs'avancer,ouplutôtcommesielleétait distraite,indifférente,nesachantpascequ'ellevoulait. Cen'estpourtantpascelaquim'aleplusfrappé;jene l'auraismêmepasremarqué,peut-être,sielleavaitété pareilleàtouteslesfillesquicirculaient,cetaprès-midi-là,surleboulevardSaint-Michel.Ilyavaitquelque choseenelle,surtoutesapersonne,quim'aobligéà détournerlesyeuxaussitôt,puisàlaregarderdenou-veau,furtivement.J'aieul'impressionimmédiatequ'elle étaitnonseulementisoléedanscecoindelapharma-cieelleneregardaitriendanslesvitrines,mais qu'elleétaitseule,absolumentseule,etjemesuis demandésiellen'étaitpasentréedanscettepharmacie parhasard,si,même,elleserendaitbiencomptede l'endroitelleétait,siellenousvoyait,nousautres.Il m'asembléquepersonnenefaisaitattentionàelle,à moinsquetoutlemonden'aiteulamêmeimpression quemoi,lamêmepetitefrayeuràlaregarder.Ilsuf-
LaNouvelleRevueFrançaise
fisaitd'uncoupd'oeilpour remarquerbeaucoupde choses,tellementl'abandonetladétresseétaientévi-dentssurtoutesapersonne.Seulecommeon l'est lorsquetoutestdevenuindifférent,lointain,inexistant, commeonl'estdansunechambrefermée,commeon l'estlorsqu'ondort.Uninstant,mesyeuxontren-contrélessiens;ilsn'étaientpassansexpression,mais commentdire?Jen'aipeut-êtrevupareilregardque dansleshôpitauxonpassedevantunechambredont laporteestouverte,unmaladeestassisdanssonlitet ilvousregardeaupassage,onnelereverrajamais,on l'aassezvu. Uneemployéedelapharmacielui'ademandéce qu'elledésirait;j'étaistoutprèsd'elle;jen'aipasété surprisenentendantlaréponsedelajeunefille.C'était lemêmeproduitquejevenaisd'acheteruninstant plustôt.Sij'avaisfaitattentionàcettepersonne,d'une manièrefurtiveetinsistanteàlafois,assezpéniblepour moi,c'estqu'ilyavaitquelquechosedecommunentre nouslebesoindecescomprimésquiontété,peude tempsaprès,retirésducommerce,carcertainsjeunesen faisaient,paraît-il,deredoutablescocktails.C'était, pournousautres,unmodesteexcitant.Ainsi,nous avionsbesointousdeuxdumêmeappoint,parcette bellejournéedumoisd'août,quandParisétaitspa-cieux,tranquille,quandonauraitpouvoirselaisser vivre.Jemesuisdemandéuninstantsij'avaisl'air, dansmongenre,aussitriste,aussiperduquecettejeune fille,puisj'aieuvaguementhontedeceretoursurmoi-même.Elledevaitvraimentêtreau-delàdel'abandon, arrivéeàjenesaisquelleextrémité,àunesortedeper-fection.Jenel'aivuequepeud'instants,ensomme, danscettepharmacie,puisdanslaruequandjel'ai suivieinvolontairementjusqu'aupremiertournant,et ilsepeutqu'àforcederepenseràellej'aiecomplétéson imagede détailsimaginaires,pourtantjecroisqueje suisallédanslesensdelavérité,sansl'atteindreabso-
LestoursdeNotre-Dame
lumentelleestau-delàdetouslesdétails.Ellen'était pasvêtuecommeunepauvresse,maiscommesielle avaitété,unjour,bienhabillée,etqu'elleeûtgardéla mêmerobe,lesmêmesbas,lesmêmessouliers,lamême coiffure,sansenprendreaucunsoindepuislongtemps; larobependaitd'uncôté,ilyavaitunegrandeéchelle visiblepar-derrièreàl'undesesbas;sescheveuxceux d'unejeunefilledevingtetunans, ainsiquejel'ai apprislelendemainmêmeétaientternescommela poussièredesrues,etdanslapharmacie,quandellea penchélatêtepourfouillerdanssonsac,ilsluitom-baientsurlesyeuxcommedescheveuxnoyée,raides etsales.Jecroisqu'elleavaitlesyeuxgris-bleu. Non,jenepouvaispasl'aider,nipersonne.Savait-elledéjàelleallait,ensortantdelapharmacie?Pas plusquemoi,sansdoute.J'aimarchéuninstantder-rièreelle,aumilieudespassantsquiallaientdansun sensoudansl'autre,dansl'agitationparesseused'un jourde vacancesetdegrandechaleur.Ellepenchaitla têteenmarchant,sonsacqu'elletenaitparlabride pendaitpresqueàfrôlerlesol,elleallaitlentement. ArrivédevantlecaféquifaitlecoindelarueSaint-Séverinetduboulevard,j'aivuqu'ilyavaitdelaplace aucomptoir,etjemesuisprécipitémachinalement j'aisisouventeucemouvement,dansmesbêtesde journéesdeParis.J'aiavalédeuxcomprimésavecun quartVichy.J'auraispeut-êtrecontinuéàpenseràla fillesolitaire,silaconversationdedeuxhommesassisà unepetitetablevoisineducomptoirnem'étaitpasdis-tinctementparvenue. «Iln'yapasd'étatsd'âme,disaitl'un,iln'yaque desmomentsdialectiques,desétatsdesforces. Vous voustrouvez,aditl'autre,dansl'étatd'âme particulier,d'ailleursfréquentdenosjours,l'on affirmequ'iln'yapasd'étatsd'âme. Pasmal»,aditl'autreenriant. Celui-ci,jel'aireconnu,c'étaitArthurAdamovon
LaNouvelleRevueFrançaise
levoyaitbeaucoupàcetteépoquedanslescafésdu quartier.J'auraisbiencontinuéàlesécouter,maisils sesontlevés,jelesairegardéss'éloignerjusqu'àceque jelesperdedevue. Difficiledeserappeleruneheure,deuxheuresde déambulation,etpourtant!Étantdonné,maintenant,la suitedecettejournée,ilmesemblequejemesuis employé,sanslesavoir,àamasserbeaucoupd'impres-sionsquis'additionnentpourdonnerunsensàtoutle grouillementdegensinconnus,plusoumoinslibérés deleurssoucis,quipeuplaientPariscejourd'août.Un «étatd'âme»là-dedans?Un«momentdialectique»? é Un«tatdesforces»?Jesavaisquecelafiniraitentout casparunétatdefatigue,maisàcemoment-là,et pendantaumoinsdeuxheures,lescomprimésd'amphé-taminesm'ontdonnéuneheureusecuriosité,cellequi nechercherien,quiprendcequivient,quirécoltele tempscommesic'étaitunematièreprécieuse.Sansme donnerunbutparticulier,jenemesentaispasdépourvu debut;etcelamesuffisait,jemeberçaisàchaquepas del'idéequ'ilyenavaitun,etqueriennemepressait del'atteindre.Toutletemps,toutelavie!Eneffet, jem'acheminaisversquelquechose,d'unefaçonqui m'apparaîtaujourd'huiassezmystérieuse.Onen jugerajenepeuxqueretracerunecertainefigure, danslechaosdecettejournée. Del'autre,je.neconnaisqu'unephotographiedans unjournaldusoir,parulelendemaindecemêmelong jour.J'aivuunvisagetrèsjeune,sousdescheveux courts,defacecommesurunephoto d'identité;c'était sansdoutelaphotodesonpasseport,etjemedemande commentlejournalapul'obtenir,soitdelapolice,soit despersonnesquiaccompagnaientlajeuneAméricaine. Cen'étaientpas(toujourslejournal)sonpèreetsa mère,maisdescousinesbeaucoupplusâgées.Elles faisaientpartied'ungroupedetouristesvenanttousde lamêmeville,Minneapolis.JesuiscurieuxdeMinnea-
Monfrère
LaNouvelleRevueFrançaise
NELLYSTÉPHANE
ANDRÉSUARÈS
LettresàMarieDormoy(numérospécial) Lettresàsasoeur(ibid.)
BERTIL
UnedédicacedeBaudelaireà suédoisparC.G.Bjurstrôm)
SUNDBORG
Hugo(traduitdu
SYLVIETÉCOUTOFF
LénineàZurich,d'AlexandreSoljénitsyne Souvenirs,dePaulineAnnenkova
ANTOINETERRASSE
AndréMalrauxetL'Intemporel
HENRITHOMAS Loind'Attigny LettresàDominiqueAury(numérospécial) LettresàMarcelArland(ibid.) LestoursdeNotre-Dame
GUSTAVE-CHARLESTOUSSAINT
LettresàJeanPaulhan(numérospécial)
GIUSEPPEUNGARETTI
LettresàJeanPaulhan(numérospécial)
PAULVALÉRY
LettresàJeanPaulhan(numérospécial)
34
7 13
120
109 87
108
57 157 160 i
37
52
41i
287
286 286
284
283 284
288
285 286 286 288
286
286
286
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin