La Nouvelle Revue Française N° 298

De
Michel Butor, Fouilles
Eugène Ionesco, Tout à recommencer?
André Dhôtel, Youri Naguibine
Iouri Naguibine, Un cadeau généreux
Édith Boissonnas, Sourdine
Dominique Fernandez, Rembrandt et Van Gogh, deux classiques de l'errance
Émile Yoyo, Les Pensées de la terre
Chroniques :
Jacques Bersani, Patrick Modiano, agent double
Jean-Noël Vuarnet, Massacre des femmes
Michel Sicard, Histoire d'un philosophe de l'Histoire
Henri Meschonnic, La vie pour le sens, Groethuysen
Georges Perros, Télé-notes
Jean Clair, Du dessin sur nature en général, de celui de Sam Szafran en particulier
Notes : le roman :
Marianne Alphant, Non-lieu dans un paysage, par Jean Lahougue (Gallimard)
Alain Bosquet, Les enfants du parc, par Pierre-Jean Remy (Gallimard)
Alain Clerval, L'armoire, par Pierre Bourgeade (Gallimard) - Au pays du nain, par Bertrand Visage (Le Seuil)
Notes : les essais :
Pierre Pachet, J'ai choisi la liberté!, par Victor Kravchenko (Self)
Pierre-François Moreau, Le comique des idées, par Judith Schlanger (Gallimard)
Hervé Cronel, Entre le rêve et la douleur, par J.-B. Pontalis (Gallimard)
Notes : lettres étrangères :
Nicole Casanova, Le Pont inachevé, par Manès Sperber (Calmann-Lévy)
Notes : le cinéma :
Jérôme Prieur, L'ami américain, de Wim Wenders - Cet obscur objet du désir, de Luis Buñuel
Notes : la musique :
Alain Duault, Adieu à Maria Callas - Fêtes estivales en Provence (Fidelio de Beethoven, Cosi fan tutte de Mozart)
Dominique Fernandez, L'œuvre pour piano seul, de Mozart - Double concerto, de Ligeti
L'air du mois :
Michel Chaillou, Sept minutes d'aventures dans les Alpes
Jacques Réda, Deux vues de Javel
Dominique Allan Michaud, Devoir de vacances : espace muséal et aire touristique
Jean-Loup Trassard, Cognées, haches et merlin
Textes :
Jean Gaulmin, Le Livre des Lumières
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072379970
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
Fouilles
avecHenriMaccheroni
MessagerdeSaturneàlabalafrebéante,aubecde vautour,auregardenguidondemoto;unpharebour-geonnesoussonfront,lamâchoirecoupe,guillotine humaine.Peut-ondirehumaine?Leparkingblême étalesesfrissonssouslesrafales.Festindeclochards dansuncoinsouslasurveillanceduloup-mirador. Puischacunrampedanslagueuleruisselantede bave quicristallisedanslegeldelaveilléed'ombres.Fluxde soupirs,refluxderâles,tourbillonsd'alarmesentra-versdesvertèbres.Del'autrecôtédecesgorgesserrées lagrandeavalanche.
Lalangueduprophèteàl'étalduboucher,déchi-quetéesursoncrochetcruciforme,marquéeautampon etaufer,clouéeenpleinepancarte,épouvantaitpour lesapprentisfossoyeursjouantauxquillesdanslesgra-vats.Ellepalpiteencore;lesmouchesquilarévèrent cherchentlemielpourytremperleurspattesafinde soulagersespapillesavides,maissurtoutleslarmesdes enfantsdontelleestparticulièrementfriandeUnfilet d'épaisseliqueurcouledansleventredelavillequise retourneengeignant.L'accouchementserapourbien-tôt unenouvellegénérationdeproblèmes
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Lecasqueetlegantdeboxe.Lesécateuretl'enclume. Leprocureuretlejuge.Latrogneetlalippe.Guignol infâmeaumilieudusilexetdugivre.Arcadesetmoi-gnons.LecordeRolandàRoncevauxdevientrauque. Lecarnavaldestortuess'annonceparunebourréedans desmoraines.Lamontagnerassemblesesgriffesetprend sonvolau-dessusdesautostradeslézardées,deslacs delie,desémissionsdevariétés,desbest-sellers,des grandscollèges,desartificesdeprocédureetdestatis-tique.Lefouet duventsonnecommeun luthsurle désastremouquisepulvérisedansleblanc.Crépus-culed'unjourquinevalaitpasleréveil.Lapage s'abat.
Abrideabattue,lessierras,lesmesasdéfilent.Cierges surlesfalaises.Gibetsdeloinen loin.Lescoyotesy tiennentleursassiseshurleuses.Chercheursdediamant rassemblezvossantés,vousenaurezbesoinpourtra-verserlesfourchesetlesbanques.Plusvite,plusvite! Lespontss'écroulentpourl'hésitant,lesmonumentsde lanatures'effondrent,lecielserepliecommeunlivre qu'onroule,l'horizoncrèvesurdegrandescendres gâteusesremuentfaiblementquelquesdébrisde villestropviteplantées.Leseulsalutc'estlapanique. Écoutezlajumentdusoirquibatlerappeldesapor-téedeténèbrestrébuchantes.Plusvite,ausommetd'un galopquevotreadolescencejugeaitimpossible,enfin unegorgée,unecaresse,untintement,laplusprécieuse despierres.
Fouilles
Scarabéeroulantsonsoleildebouse,vautourfouil-lantsacharogned'or,j' ivécudansplusieurempire plusieursvalléesetdeltas,dévalisélestombesdesrois, ravagélesjardinsdesreines, cassélespyramides,vidé leslacs,rouléleshorizons,brûléleslouvres,éparpillé leslivres,irriguélesdésertsetdéplacélesmers.Assez! Ayezpitiédemoi,dieuxdesfrontières!Délivrez-moi decelentsuicidejemecomplaisdanslespuitsde pétrolequejehante,etdonnezàmesdentsdesproies quipuissentlesrendredouces.Enfantsdesamphores del'enfer,quejepourrisseinterminablementdanstous vospores,quejem'infiltreen tousvosnerfsjusqu'aux nuitsdel'été,traquantsansrelâched'éternitéenéter-nitélegibierdevosnouveauxmondesquitardenttant!
Crinoline,capsule,conque,gestepar-dessusla jambe,ramured'orignal,perruqueenpleinvent. Danse,jockeyducrépuscule,surlesreinsdetarivière coulantsouslespontsdetaforêtdefumées.Unjour l'archepénétreradel'autrecôtédescavernes,unautre selcristalliseradansnosmarais,d'autresperlescroî-trontdansnoshuîtres,unautreorrouleradanslestor-rentsdesIndes.Unjourunautresangcouleradans nosveines,unjourunautre jouréveilleranosvilles-fantômes,etnousroulerons,animauxdeslivres,dans lavaguedesèressurlessablesdelatendresse.Unjour uneautremortlibéreranosmorts,unautrelangage flamberalenôtre,uneautrevuenousdonneratout
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notrecorps,unautregoûtnouspermettradelécherle ciel,unautreodoratdesentirlesastres.
ClaviculesdufantômedeSalomon,lessabotspié-tinentlatombe.Éleveurdepustules,lefossoyeurracle sespelles.Deschevauxécorchésbroutentdesmasques degaze,descolliersd'éperonsaccrochésàleurselle. Passentlesviergesfolles,leurslampesremplacéespar despotsdepommade;rouéesdecoupsparleurssei-gneursprovisoires,ellesenduisentleursecchymoses,et desmenottesclaquentàleurspoignets.Soleilde minuit,hôpitalvétérinairedanslaneige,cimetière flottant,salondeslarves,alcôvedeslarmes,fissure d'ombres.
Foud'échecs.Audeuilpâliduciel,lacroixdeVénus aperdusonanneaudetête.Alaserreouatéedestoxi-cologues,lafleurmâchoireentrouvresesdentierschar-nus.Virolesàvenin,vertèbresàbaumes,cupulesà résines,boursesàlymphes.Lesparfumsquis'en dégagenttuentlesmouches,attirentlespoliticiens, détournentlesambulancesdeleursparcoursréguliers, provoquentdespannesd'électricitédanslesamphi-théâtresdedissection.Alorslesgrandsmaladessecouent leuragonie,leurslitsdeviennentnavires,etilsvoguent danslesruesinondéesdesvillesilsontconnuleurs premièresamours,lamortleurdevenantsidoucequ-'ils nelaisserontderrièreeuxnulcadavre.
Fouilles
Nœuddelasirèneenveloppéedanssahouled'ori-flammes.Lesjupesroulentsurl'écumedesquais,des gerbesd'épinglesrebondissentsurlescordages.Les filetsétalésentrelescabestansramènentdescourants entrecroisésdestroupesdebottinesauxlaçagesavides. Quelbalfutengloutilorsdecettemaréequetoutesles clochesdesbas-quartiersavaientaccompagnéedeleur glas,quellâcherd'ombrellesetdegauloiseriesétranglé parlepoingduvent!Dugoulotbrisédecettebou-teillecoulentdeslèvresetdeslanguesquiviennent lécherdanslesilencelespiedsdesmendiantssousles arcadesébréchées.Duventrecrevédecettegalère pendentdespaupièresetdescheveluresquiviennent essuyerlesyeuxdessolitairesattendantleretourdes fièvres.
Galèresetvioles,sonatesdenaufragessousl'étoile ducontre-ciel.Amersavoir,nuits,gisements.Chris-topheouVascoperdusdanslemiroirdelamersans amers.Archetsd'alguessurlabassedesoutres,athanor auxbraisesdularge.Sillaged'échosmûritlaron-deurdelaterre,sillondufraideshorizonsformésde filonsetdelèvres.Ambassadeursdela crispation jalouse,ilsgoûterontuninstantauxfruitsoffertsavant d'arracherlesarbresetderépandreleurnoirceur inquièteàcoupsdefouetssurleursconquêtes,épon-geantquelquepeulesangparleurshoméliessirupeuses, tandisquelescadavressécherontsurlesableousurna-gerontparmilesflots,leventreénorme.
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Minuteaprèsminutelebalanciers'écaille.Ala pharmaciedesâgesquitrouveralesbandagespourles rupturesdemémoire?Pincespourrapprocherles lèvresdesheures.Scalpelàcensure.Al'églisedesémi-grantssonnelaclochedesépaves.Laprocessiondes
horlogerst urneautourduport.Leprince-mageélève danssonostensoirunegouttedeloisir.Asonéclat fondentlesblindés,lesdissuasionsperdentleursforces etlesbarbelésleursépines.Letempsderéclusionfuit partouslesclaviers.Rosedesexclusouvretesneigeset tesbaumesànosfoulures.Uneaurorequineseran-gerapasenjour.
Sabotdetaureauquiracledansl'arène,gougequi fouilledanslesveinesdutroncencoreenpleinecrois-sancedégoulinantdesèveetdesalive,telestlesceptre ducouronnement-trépanation.Approchelediadème, casqued'infirmier-prophètesursoncoussind'ouate imbibéed'éthersouslesprojecteursdesvoûtes,dansla vibrationdestuyauxdechauffage,lescliquetisdes pinces,lessoupirsdesbombesàoxygène,lestintements desgouttesdansleséviers.Acclamationsétouffées, foulesombrantdansl'anesthésiedeslavages,violences danslesescaliers,placardséventrés,flaquesd'alcool. Legrandmaladeselèvealorsdesatableétincelante, arrachesespansementsd'hermine,donneàbaiserses mainsdebraiseauxlèvrescarboniséesdespréparatrices aumilieudesflammesrampantes.
Fouilles
Jardinsdechandeliersetd'urnes,arbresàcordes, buissonsd'anches,lessignauxdefuméepassentde replisenfalaises.Cerclesdevautours,approchesde cougars.Lescavaliersontdisparudansleurcaverne. Flûteoulyre,unappelquisuinte.Masquesmûrisdans vossommeils,ébranlezmaintenantdevosdéclarations danséesnosmaisonssouterraines.Leventserenverse. Quelquesgaletsroulent.Lesoirnousparledupaysde lanourritureetdesvins.Tousnosmaladeséprouvent uninstantdesoulagement.Unepistepartd'ici.Pro-grammedesannéesprochaines.Paysagedesiècles.Mil-lénairesdesoupirs.
Sémaphoreenloques,aucompasdesbanquisesles pointsdesuspensions'écartentencrissant.Notresam-panauxorbitescarréesoscillesurlesmargesdel'océan baveur.Verguebassepleurantsurl'écume,étaud'hor-logermigrateurentrerécifetblizzards.Surnotre cadranlesombresépineusesontrampédesannées d'outragestandisquepierreàpierres'édifiaientles donjons,poutreàpoutrepontsetgreniers;c'estle templedelaserruresurl'îleduguet,hantisedesnavi-gateursquin'osentallumerleursfeuxsousleurstentes mêmequandlecrânedusoleilbaignedéjàsesdents parmilesbrumesvenimeuses.
Constellationdefoutresurleventredel'espace, semisdepollensur lapagedesorchidées.Biencalés
LaNouvelleRevueFrançaise jesuismoy-mesmeenpeined'ensçavoirlacausemais j'ayresoludevousdemanderpermissiond'allerfaire quelquetourparlemonde,afinquejeperdecesinquie-tudesquimetourmentent;leCorbeauentendantcela, s'escria, etdist,ômonfils,tuasunfascheuxdessein,de voyager,levoyageestunemerquidevorelemonde;la plus-partdeceuxquivoyagent,lefont,oupouracque-rirdubien,ouparcequ'ilsnesetrouventpas àleurayse chezeux.Tondesseinnepeutestrecausépouraucune decesdeuxraisons.RendsdoncgracesàDieu,deceque tuesenreposavecunquotidienasseuré,etunEmpire absolusurtesautresfreres,tufaitsfolie,dequitterun reposasseurécheztoy,pourallerchercherdespeines,et desinquietudesailleurs.LeFauconrespondit,toutce quevous ditesestvray,etjeleprendspourtesmoignage devostreamitié,maisjesensenmoy-mesme,quelque ressentiment,quimetesmoignequecetteviesichetive n'estpasdignedemoy,avecd'autresfantaisiesquejene puisdire.AlorsleCorbeaureconnut,quetoutechose seressentoitdesapremierenaissance,etretournoità sonorigine.Illevouluttirer horsdecepropos,etluy dist;cequejeditsexciteàlasobrieté,etcequetudis, n'estcauséqueparl'avarice.Ilfautquetusçaches,que quiconquenesecontentepasdecequ'ila,ilnesçauroit estrejamaisenrepos,etcommejevoisquetuneveux pastecontenterdetacondition,etquetuveuxtelais-seralleràlaconduitedetonambition,jecrainsqu'ilne t'arrivelamesmechosequ'ilarriva auchatgourmand etambitieux,leFaucondemandacequiluyarriva.
HISTOIRE
LeCorbeaudit,qu'anciennementilyavoitunevieille femmeextrêmementmaigre,quiavoitpoursademeure unecahueteplusobscurequelecœurdesfols,etplus estroitequelesyeuxdesavaricieux.Elleavoitunchat
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