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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
L'Inconnusurlaterre
1
Écrireseulementsurleschosesqu'onaime.Écrire pourlierensemble,pourrassemblerlesmorceauxdela beauté,etensuiterecomposer,reconstruirecettebeauté. Alorslesarbresquisontdanslesmots,lesrochers, l'eau,lesétincellesdelumièrequisontdanslesmots, ilss'allument,ilsbrillentànouveau,ilssontpurs,ils s'élancent,ilsdansent!Onpartdufeu, etonarrive danslefeu.Partoutautour,partoutàl'intérieur, brûlentdesflammes,desdrôlesdeflammes,légères, odorantes,quiremplissentl'espacedechaleuretde blancheur.Commentêtreloindelavie?Comment accepterd'êtreétranger,exilé?Toutcequel'onsait, toutcequel'onreconnaît,etleschimèresdelacons-cience,toutcelacèdedevantunseulinstantdevie.Un moucheronquitraversel'air,unbrind'herbequefait vibrerlevent,unegoutted'eau,unelumière,etd'un seulcoupiln'yaplusdemotsilyal'étenduemuette delaréalité,lelangageestdéposé,laconscience estminéralisée.Ceuxquiveulentvivreau-dehors(ils disentaudessusdumonde)sont-ils?Eneffaçantle monde,c'esteuxqu'ilseffacent.Onnelesvoitplus.Ils ontdisparudanslessouterrainsdeleursavoir,dansles cellulesdeleurstombes,ilsnesontmêmeplusde 's ombres.Ilssontdansleursprisonsdepoussière,réduits auxdeuxdimensionsentrelespagesdeslivres.Aplatis surlesécrans,disparus.Lelangagene guidepasvers
La.NouvelleRevueFrançaise l'espaceillimité;ilvousconduitpasàpassurlessentiers réelsdelaterre.
Labeautén'estpassecrète.Elleestlibre,exposéede toutesparts.Lecielestsigrand,lamer,etlalumière resplendit.Toutestsicalme,sivaste,lesilenceestsi profond,àtraversluipassentlesvolsd'oiseauxblancs, lentement,voyageantlelongduciel.C'estqu'ilfaut aller,oui,c'estpariciqu'ilfautentrer.Ilfautlaisser toutcequel'ona(cequel'oncroitavoir)etentrerdans l'espaceouvert.Ilfautquitterlesrefugesetleschambres closes,etglisserenavant,ens'écartant,pourrecouvrir toutcequel'onvoit.C'estquandonestleplusloin qu'onestleplusproche,commentcomprendrecela? sommes-nousmaintenant?Nousallonsversles régionsclaires,verslalumièrejaunequienivreetbrûle lecorps,verslalumièrequifaitluirelapeau.
C'estcelaqu'onattend,qu'oncherchedepuissilong-tempslalumière. Ilsuffitalorsd'êtredeboutenhautd'unecolline, devantlamer,avecleciel,etregarder,respirer,regar-der,respirer. Leregardetlesoufflealorssontuneseuleaction,il n'yaplusdedifférence,plusdefrontière.Jenesais rien,jeneveuxrienapprendre,riendecequedonnent lesmotsetlesloisdeshommes.Maisjeveuxêtrelà, quandcelasepasse,deboutsurcettecollinepauvre, devantleciel et lamer,toutàfaitcommeunefemme. sursonbalcon,etregardercequiestimmense,cequi estpur.Iln'yaurarienaprès,iln'yarieneu,ou presque,avant.Personnen'attendpersonne.Maislevent souffledelamer,leventfroid,etlesanimauxrapides lissentlasurfacedelamer,tracentdesfrissonsgris.Il yabeaucoupdevaguesrégulières,l'écumeblanche quientourelescapsetpousse danslecreuxdesbaies. Ilyalesnuagesquifilentdansleciel,quitraversent
L'Inconnusurlaterre
lespays,quivontensedénouant.Ilyaledisquedu soleilquimonteauzénith,etquiredescend,silente-mentqu'onoubliedetempsentempssonheure.Ilya laterredelacolline, enfin,lesboutsd'herbe,lesronces, lescactus,leslianes,lesarbustesséchés. Alorsjeregarde,jerespire,ettouteslesodeurs,celles quiviennentdeloinaprèsavoirfranchilameretles archipels,cellesquiviennentdenaîtresouslespas, minusculestourbillonslentsquimontentettraînent avecparesse,touteslesodeursentrentdansmoncorps etsemêlentauximages,auxbruits,àlachaleuretau froidjevois,enfin,jepeuxvoirlabeauté.Jelavois commesij'étaisenelle,jelavoiscommesij'avaisses yeux. Quelquefoisonrencontrelespetitssignesabandon-néssurlaterre.Ilsnesontpasimportants,ilsneveulent pasdiregrand'chose,etilfautsepenchertoutprèsdu solpourlesapercevoir.Riendutout,justequelques petitsmessagesàmoitiécachésdanslaterrecailloux lissesquibrillentàlalumière,grainesrouges,graines noires,brindilleenformedecroixoud'Y. Quelquefoisilyaunenfant,assisparterre,qui regardedanslecreuxdesamainunecoquilled'escar-got.Illaregardelongtemps, longtemps.Elleestlégère etcassante,blanche,avecsaspiraleferméeparune petitepointe,siprécise,sijuste.L'enfantneditrien. Ilregardelacoquillevidesurlapaumedesamain,de siprèsetavectellementd'attentionquesesyeux louchent.Illaregardecommes'ilsavaitcequecela voulaitdire,commes'ilentendaitquelquechose, commesilacoquilleétaitencorehabitée.Maisla coquilleneditriennonplus.Ilnefautpasladéranger. Ilnefautpasdérangerlespetitssignesquitraînentsur laterre,lescaillouxbrillants,lesgrainesrougeset noires,lesbrindillesenformed'Youlestracesdepattes desmoineaux.Ilfautdevenirsoi-mêmepetit,sipetit qu'onestàl'ombred'uneherbeetd'unefleur,etvivre
LaNouvelleRevueFrançaise
ausoleil,danslapoussière,souslevent,dansuneseule journéelonguecommeunesaison.
C'estbiend'attendre.Tut'assoisausoleil,maisun peuabritéparunarbre,avectoutescespetitestaches clairesetsombresquiocellenttout,surtoncorps,sur laterre,ettuattends.Tunesaispascequetuattends. Tuattendspeut-êtreunefemme,oul'autobus,ou l'heure,tunesaispastrop.Alorstunebougespresque pas.Tuesassisbiendroitsurlebanc,aveclesdeux piedsposéssurlesol,etlesmainssurlescuisses.Autour detoi,lesgensbougent,ilsvont,ilsreviennent,les autos,lesmotos,ilsvontviteetfontdubruit.Euxn'at-tendentpas.Ilsvontquelquepart,àleursaffaires,ils sontpressés.Quandilspassentdevanttoi,ilste regardentducoindel'oeil,quelquefoisilsseretournent avant*detourneràl'angledelarue.Toitulesregardes passer.Turegardeslesrouesquitournent,lesjambes qui marchent.Maistuesbientues,surlebanc, sansbouger.Cen'estpasquetunelesaimespas,au contraire.Euxilssontbienàfairecequ'ilsfont, ilsvontvite,ilscoupentlevent.Maistupréfères attendre. Peut-êtrequetuattendsréellementquelqu'un.Peut-êtrequ'encemomentmême,ilyaquelqu'unqui marcheàtraverslaville,quicroiselesgenssurlestrot-toirs,quiattendaufeurouge,quitourneàgauche, longeunjardin,dépasseunevieillefemmequi marche difficilement.Quelqu'unqui,del'autreboutdelaville, vientjusqu'ici,àl'endroittuattends. Maiscen'estpasvraimentunefemmequetu attends.Tunelesaispasbienencore.Tuesassislà, surlebanc,pourunmoment.Alorstueslibérédes heures,desminutes,dessecondes.Tulesalibérées. Tulesalaisséess'agrandir,s'étirer,s'enallerelles veulent. Dansleciel,lesoleilbouge,lentement.Ilya desnuagesquipassent,quisetransforment.Lalumière
L'Inconnusurlaterre
esttrèsclaireparinstants,puiselles'estompe.Ilyades gris, desbruns,desmauvesternes. Leventsouffleunpeuenvenantdeladroite.Ensuite ilsoufflepar-derrière.Oubien,pendantlongtemps,il n'yaplusdevent,l'airestaussiimmobileque toi. Quandtuattendscommecela,tunepensesplusau temps.Tusaïsbienqu'ilfaudrarepartir,unjour,bien-tôtmaislemomentn'estpasencorevenu.Maintenant, c'estsuffisantd'attendre. Tuvoudraisqueceladure, dure,quecelan'enfinisse pas.Quel'autobusvienneduboutdumonde,surune routetrèslonguequiserpenteàtraverslesmontagnes del'HinduKush,quidescendlesvalléeslonguesde l'Amazoneetdel'Ucayalli,quitraverselesimmenses pontssuspendusau-dessusdesestuaires,quisuitla côtelelongdelamer,enfaisanttouslescaps,toutes lesanses,touteslespresqu'îles. Tulesuisduregard,sanseffort,enrêvant,au-delàde l'horizon,lelongdesalongueroute.Ilvientverstoi, celaestsûr,maisdanscombiendetempsarrivera-t-il?Ildisparaîtderrièrelescollines,ilestcachépar ungrandbuilding.Puistulevoisànouveau,trèspetit, lelongd'unecorniche.Ilrouleentrelesrangsdepla-tanes,iltraversedegrandscarrefoursvidescli-gnotentquatrefeuxorange.Detempsentempstule voisquis'arrêtedevantungroupedemaisons,etil laissedescendredeuxfemmesetunpetitenfant.Plus loin,ils'arrêteànouveau,sesportess'ouvrent,etc'est unouvrierquimonte.Ilsuitlentementsonitinéraire, ettoi,tusaisqu'ilvavenirjusquedevanttonbanc.Mais danscombiendetemps? C'estbienquetoutsoitparfoissilent.C'estbienque lesoleilavancecommeunescargotdansleciel,queles nuagess'étirent,quelesbateauxfumentetdéfassentleurs amarresinterminablementavantdequitterlesquais. Peut-êtrequetun'attendsrien?
LaNouvelleRevueFrançaise L'autobussuituneautreroute,l'heureestarrêtéeau cadrandelapenduleBrilliéetlajeunefemmeauxche-veuxnoirs,vêtuedesonimperméablebleu,quimarche vitelelongdesavenuesetdesboulevards,peut-être qu'ellenevientpasverstoi? Lesheures,celan'existeplus.Ilyaseulementla lumièredujourquichangeunpetitpeu,commesion déplaçaitquelquesmiroirs.Ilyalessoufflesduvent quianimentlesfeuillesdesoliviers,etlà-bas,les vaguescalmesdelamer,l'uneaprèsl'autre. Tun'asrienentoi.Quandtuattends,tunepossèdes rien.Toutcequetuasfaitestdénoué,etglissecomme dusable,coulecommedel'eau.Ilyatellementde chosesautourdetoi.Celaserépandets'étaleen nappes, celas'évaporeennuages. Toutseconfonddanslalumière,labellelumière,et tusensune sortedeplaisirtranquille,parcequetun'as plusenviederienretenir. Tuesassissurlebancvert,ledosappuyé,lespieds poséssurlesol,lesmainssurlescuisses,ettuchan-tonnesunpeu.Tuessuruneîle,çadoitêtreça,une îleimmobileau milieudesondes. Alorstonregardest calme et clair, etturespireslentement.Toutautourde toiestlibre,s'enva,revient,vole,nage. Lalumièren'appartientàpersonne.Lesnuagesne sontàpersonne.L'autobusparcourtsaroutetrès longue,pourceuxquiaimentlesuivre.Lajeunefemme auxcheveuxnoirsadesyeuxquibrillent,ellevient àgrandesenjambéesenbalançantsonsacdecuir,elle arrivesansfin,pourtousceuxquil'attendent.
Soleiletgrandvent.Vousmarchezdansladirection del'ouest,lelongdesrues.Leventsoufflefort,la lumièrevousaveugle.Maislesgrandsimmeublesblancs dechaquecôtédelarues'écartent,etdevantvousil yamaintenantunesortedevalléeimmense,unchamp désertetsilencieuxdanslequelvousentrez.
L'Inconnusurlaterre
Vousmarchezcommes'iln'yavaitplusrienquivous retienne,plusrienquivousarrête.Leventpasseàtra-verslarue,àtraversvous,ilappuiesurvotrevisageet faitflottervosvêtementscommedesvoiles.Vousmar-chezunpeupenchéenavant,lesyeuxplissés,sanssavoir vousallez.Vousmarchezlelongdelamer,ensui-vantunpaysagejonchéd'éclatsetparcourudechoses brutales,commes'ilyavaitunesériedecubesrenver-sés,detriangles,d'arceaux.Vraimentvousnesavezplus rien,vousnesavezplus dutout.Seulementvousfaites desefforts,commecela,penchéenavant,levisage crispé,lescheveuxagités.Ilyaquelquechosede furieuxsurlaterreetsurlamer,etenmêmetempsde joyeux,depassionné.Vousvoyezducoindel'oeille bleuintense,leblancdel'écume,lenoirdel'asphalte, lesréverbérationsdelalumièresurlespare-brisedes voitures,lesflammesquisautentetquidansent.Vous nepouvez passavoir,vousn'avezpasletemps.Vous faitesdeseffortspouravancer,pourremonterlevent, etvousentendezlesclaquements,lessifflements,les coupssourdsdestrousd'airquiseferment. Vouspouvezmarcherlongtempsainsi,trèslong-temps,tandisquelesmaisonss'écartentautourdevous etques'agrandissentlaroute,lesplaces,lesesplanades, ledésertetquevientlamer,plateauimmensesousle domainedel'air. Jamaisvous n'avez étéplusprèsduciel,plusprèsdu soleil.C'estcommesivousgravissiezuntrèsgrandesca-lierdepierreblanche,jusqu'ausommet,jusqu'autoit delaterre.Vousêtesdansunlieul'onpourraitvoir trèsloin,mais vousnecherchezpasàvoir.Vousêtes danslalumière,aumilieudelalumière.Alorsvous restezdebout,unpeupenchéenavant,ivre,pareilà uneroche,tandisquepasseautourdevouslefleuve froiddel'air.
Lesparoles sontdelamusique.Lesparolesnedisent
LaNouvelleRevueFrançaise
GEORGESPERROS Télé-Notes Télé-Notes Télé-Notes Télé-Notes ANDRÉPIEYREDEMANDIARGUES LjFRuANCISbPa. Odeà titJ.-B.rPONTALeIS. ONGE Sans EntreGroddecketFreud
JÉRÔMEPRIEUR Alicedanslesvilles,deWimWenders LaDentellière,deClaudeGoretta Wenders. L'Amiaméricain,deWim Cetobscurobjetdudésir,deLuisBunuet PadrePadrone,deP.etV.Taviani
PASCALGUIGNARD
LeLivredesLumières
GILLESQUINSAT LesRavagés,d'HenriMichaux Paulhan. Carnetsdujeunehomme,deJean Écrits,deLaure
GEORGESRAILLARD
TroisièmeDessous,deMichelButor
KATHLEENRAINE
Ôfleursquinecroîtrontjamaissousd'autrescieux
98 131 1135 109
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