La Nouvelle Revue Française N° 301

De
Noël Devaulx, Les Moires
Jean Grosjean, Chants
Jean-Benoît Puech, La bibliothèque d'un amateur
Pa Kin, Nuit glacée
Bruno Gay-Lussac, Le Soldat de verre
J. M. G. Le Clézio, L'Inconnu sur la terre (Fin)
Chroniques :
Jean-Pol Madou, P. K. et les Lois de l'hospitalité
Georges Piroué, Retour de Pirandello
Georges Perros, Télé-notes
Jean Clair, Nouveaux dissidents, vieux philosophes
Dominique Aury, Jean Blanzat
Notes : la poésie :
Daniel Leuwers, Chants de la Balandrane, par René Char (Gallimard)
Notes : le roman :
Philippe Dulac, Cette voix, par Robert Pinget (Éditions de Minuit)
Notes : les essais :
Pierre Pachet, Le Principe Espérance I, par Ernst Bloch (Gallimard)
Daniel Lévis, Le Réel et son double, par Clément Rosset (Gallimard)
Hervé Cronel, Pour une critique de l'économie politique du signe, par Jean Baudrillard (Gallimard)
Notes : lettres étrangères :
Michèle Pirazzoli-t'Serstevens, Chronique indiscrète des mandarins, par Wou King-tseu (Gallimard)
Alain Bosquet, Cantique, par Jorge Guillén (Gallimard)
Gilles Quinsat, La Maladie, par Birgitta Trotzig (Gallimard)
Jean-Noël Schifano, Les Siciliens, par Dominique Fernandez, Ferdinando Scianna et Leonardo Sciascia (Denoël)
Notes : le théâtre :
Gilbert Chateau, Marivaux et Jean-Luc Boutté – Béatrice Agenin dans Badine – Labiche – Mes bateleurs du Pont-Neuf et autres lieux contre les tueurs à gages
Notes : le cinéma :
Jérôme Prieur, Pourquoi Liliana Cavani fait de si bons films - Louise Brooks, Portrait d'une anti-star (Éditions Phébus)
Notes : la musique :
Alain Duault, Les concerts lyriques (Hermann Prey à l'Orchestre de Paris, Christa Ludwig à Prestige de la mUsique, Jessye Norman aux Concerts Barg, Michel Piquemal aux Concerts Pasdeloup) - The Rake's Progress, de Stravinsky (Opéra-Studio)
Notes : les disques :
Dominique Fernandez, Cantates, de Bach - Les quatuors à cordes, de Schoenberg
Notes : les arts :
Jean Blot, La Renaissance et ses avant-courriers dans l'art d'Occident, par Erwin Panofsky (Flammarion)
Notes : ateliers et galeries :
Florence de Meredieu, Les dessins d'Artaud (Librairie-Galerie Obliques)
Jean-Jacques Lévêque, Samuel Buri (Galerie Jean Briance)
L'air du mois :
Jean Follain, Léon-Paul Fargue
Jacques Réda, Deux vues de Bercy
Jean-Loup Trassard, Fourches, râteaux et broc
Textes :
André Mareschal, Le Secret des romans
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072384912
Nombre de pages : 192
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LA NOUVELLE
REVUE FRANÇAISE
Les Moires
Puer, abige muscas! j'ai pris pour devise ce vieil exemple
de grammaire, admirablement adapté à une innocente
manie où de mauvais esprits au sein de ma propre
famille soupçonnent une obsession dont je serais
devenu le jouet. Il s'agit de la chasse aux mouches, mais
je conviens qu'elle prend dans mes activités une
importance peu commune.
Mon pavillon de retraité est proche de je ne sais quelle
industrie qui entretient une colonie inépuisable de
mouches. Aussi, à peine ai-je pris une position
confortable, ouvert un roman policier, qu'un vrombissement
ruine mon repos et provoque une gesticulation
anarchique, ou bien, au plus fort du suspens, c'est une
piqûre qui se traduit par un sursaut, une exclamation
étouffée, voire une élocution confuse, un flux de mots
sans suite ni sens.
Allons bon! j'en ai dit trop ou pas assez, et le lecteur
subodore que cette sensibilité exacerbée aux
vrombissements et aux piqûres cache une obsession plus profonde.
Autant l'avouer sans attendre ma chasse aux mouches
n'est qu'un alibi dérisoire. Car plus j'avance en âge, et
plus le Seigneur des Mouches qu'on me laisse lui garder
ce nom bien que l'étymologie de Belzébuth ait donné
lieu à controverse plus le Seigneur des Mouches, dis-je,
multiplie ses attaques. Je dirai même qu'il raffine sur le
procédé. Naguère encore il se contentait d'entrouvrirLa Nouvelle Revue Française
mon livre d'or sur telle lâcheté, telle minuscule
forfaiture. Ces contacts fulgurants avec une braise
soigneusement enfouie sous la cendre déclenchaientles réflexes
d'une authentique brûlure. Rien de comparable ici à la
détente qui suivra l'écrasement d'une mouche tout se
résout dans le secret d'une déliquescence morale.
Mais depuis peu, j'observe un changement singulier
non dans les techniques d'approche c'est toujours la
même irruption mais dans la présentation qui évolue
vers une dramaturgie un regard, un visage, un corps,
des formes qui surgissent, s'animent.
Ne riez pas ou je me trompe beaucoup, ou qui que
vous soyez, marqué par la mort, vous rêvez aussi
d'abolir le temps écoulé et de retourner en arrière. Reprendre
à zéro, retrouver une vie pure, pourvue d'un cœur intact,
indemne des sévices du Temps. Les Moires veillent!
Comme on voudrait cracher sur la triade auguste devant
qui se taisent même les dieux! J'ai fait pire je les ai
décorées d'un de mes meilleurs calembours. Je les
appelle Mes Moires! et, voyez-vous, venant d'un de ces
êtres veules, de ces proies trop faciles, trop tendres pour
un passé irréversible, c'est le mot d'esprit, le bon mot
que ces dames redoutent plus que les jérémiades ou les
blasphèmes.
L'autre soir, je m'étais risqué sur un pont je dis
risqué parce que c'est une longue passerelle dont une pile
endommagée a été réparée par des moyens de fortune.
De plus, le tablier n'est qu'un mauvais platelage de
madriers entre lesquels on voit se nouer et se dénouer
la chevelure malpropre du fleuve.
Je sors peu. Cette grande ville a de vieux quartiers qui
me sont encore inconnus, mais je passais là par hasard.
C'était la fin d'une journée brumeuse de septembre. La
rive opposée, presque indiscernable, laissait deviner une
coupole et une croix grâce aux fenêtres hautes
faiblement éclairées. Sur le pont, accoudé à la balustrade, unLes Moires
homme d'une taille élevée sortit brusquement du
brouillard. Cédant à un réflexe méprisable, je m'apprêtais à
prendre l'autre trottoir quand je l'entendis appeler.
Il porta d'abord la main à ses cheveux longs,
peutêtre en guise de salut, et sur son visage poupin et plutôt
broussailleux, je crus voir l'ébauche d'un sourire. Le
vent gonflait sa pèlerine dont il tenait les deux pans
d'une main, tandis qu'il me tendait l'autre, une main
molle que je serrai sans enthousiasme.
« Mon cher Monsieur, il s'exprimait en hésitant sur
les termes, avec un accent manifestement étranger mais
d'origine incertaine, la Providence vous a conduit
vers moi Je suis perdu dans votre grande cité. Je pensais
reconnaître ma route en rejoignant la rivière, mais la
brume est si épaisse. »
Son attitude était très éloignée de l'anxiété d'un
homme en peine de son chemin, et je m'efforçai de lui
faire comprendre que je connaissais mal la ville, mais
comme il ne lâchait pas prise, je me vis contraint de
revenir sur mes pas en marchant à ses côtés. Il me parla d'un
hôtel dont les patronnes (si je compris bien ses
explications) devaient porter une coiffe. C'était en effet un détail
singulier, mais de peu de secours pour nous guider dans
le dédale de ruelles où, ayant quitté le pont, nous nous
trouvions engagés.
Le plus sûr était, à mon sens, de gagner le quartier des
hôtels. Malheureusement je n'étais pas assez convaincu
de détenir la bonne orientation pour opposer mes choix
aux siens, et, de places en carrefours, d'escaliers en
contre-pentes, nous parvînmes à une très ancienne partie
de la ville. Là, aucun de mes repères familiers
n'émergeait du brouillard, et la population y était si dense que
les masures chevauchaient les rues transformées parfois
en de longs couloirs voûtés.
Dans l'un de ces coupe-gorge, l'homme éclata
soudain de rire, et me serrant la main avec une force inatten-La Nouvelle Revue Française
due, désigna une porte profondément encastrée sur
laquelle je pus lire ce qui restait du mot Auberge.
« Enfin, me dis-je, c'est le moment ou jamais de lui
fausser compagnie! » et je tentai de dégager ma main.
Mais, sans prêter la moindre attention à ma stratégie, il
ouvrit la porte et, me tenant fermement, me poussa à
l'intérieur.
Je l'avoue, j'eus une agréable surprise qui, à l'instant
décisif, me fit oublier ma résolution. La pièce était gaie,
toute en longueur, ouverte sur un jardin comme il en
existe, je le suppose, au fond de ces énormes îlots bâtis
de bric et de broc, et d'apparence si secrète quand vous
les abordez de l'extérieur. Les convives qui se tenaient
d'un seul côté de deux longues tables très étroites,
bavardaient, mais c'était un bourdonnement léger qui
contrastait avec le chahut des cantines. De grands murs blancs,
sans autre décoration que des dahlias aux fenêtres,
accusaient le caractère monacal de ce réfectoire.
Justement, l'étranger signalait à mon attention, auprès
de tréteaux couverts de crèmes, de laitages, les pupitres
des trois surveillantes dont les visages roses et replets
étaient en effet encadrés d'une coiffe, large coiffe
empesée qui couvrait les oreilles et tenait à la fois de la
cornette des béguines et de la coiffe hollandaise.
« Ah, c'est votre ami, dit l'une d'elles à l'homme,
comme si ma venue était une affaire entendue depuis
longtemps. Je lui ai réservé une place là-bas, entre le
peintre et la vieille tante. »
Je me sentis rougir en prétextant mes occupations.
J'alléguai que j'étais attendu au départ du tramway, et
je trichai quelque peu sur l'horaire.
« Ce qui est fait est fait, déclara-t-elle avec autorité
en m'indiquant le fond de la pièce. Au point où nous
en sommes, le mieux serait de vous asseoir et de vous
restaurer. »Les Moires
Dans la vie quotidienne, je ne supporte pas la moindre
atteinte à ma liberté de mouvement et je suis même
pourvu d'un solide esprit de contradiction. Mais j'avais
ici une étrange impression de bien-être, et l'activité
débordante dont je fais preuve ordinairement cédait
place à une nonchalance béate qui excluait jusqu'au
désir de poser les questions les plus naturelles.
Je m'assis, non sans provoquer un certain désordre.
Le peintre m'accueillit avec courtoisie, mais, en me
faisant place, il renversa sa carafe de vodka. Le parfum
attira l'attention d'une surveillante « Votre ration,
cria-t-elle, ne sera pas renouvelée! » puis, calmée par
ses compagnes, haussant les épaules, elle bougonna
encore quelques minutes. Le grand homme qui m'avait
conduit m'apporta alors un plat de légumes secs et un
pichet d'eau, ce qui eut pour effet de mettre mon pauvre
voisin de fort mauvaise humeur
Voyez comment elles me traitent! me dit-il à voix
basse. Elles prétendent détenir l'esprit authentique de
nos réunions, et, dans les faits, je vais vous le dire elles
ont pris ma peinture en grippe!
Votre art, je m'avançai prudemment, est-il
d'accès si difficile?
C'est tout simplement la peinture d'un homme de
métier, et qui, aujourd'hui, a le grave défaut d'être
figurative. Elle l'est d'ailleurs moins, ajouta-t-il aussitôt
et je sentais l'ironie que telle peinture abstraite qui
s'ingénie à reproduire les veines du bois ou les
fongosités des murs, avec la minutie d'une macrographie,
sous le prétexte que Léonard y retrouva les figures de
ses songes.
Certes, l'argument était banal, mais j'avais
l'impression de l'avoir entendu développer avec la même
passion, le même accent chuintant
Vous avez donc votre atelier ici, demandai-je?
Oui, fit-il après une hésitation, mais personne
n'ignore que je possède un château féodal dans un siteLa Nouvelle Revue Française
classé, et qu'une entreprise est en ce moment même
occupée à y amener l'eau, ce qui, à mon sens, portera
sa valeur au centuple, et quand je dis au centuple.
Cette histoire de château me troubla encore
davantage
Vraiment, fis-je avec politesse, mais ne feriez-vous
pas bien d'y aller faire un tour et de surveiller les
travaux ?
Vous plaisantez? Comment pourrions-nous
supporter votre air, l'air du dehors? Il eut là-dessus un rire
enfantin Regardez-moi mieux, souffla-t-il en penchant
la tête tout contre la mienne.
Mais quand j'eus croisé son regard, je dus m'écarter
brusquement du petit visage noiraud et malicieux dont
les yeux étincelaient sous des sourcils proéminents,
exceptionnellement buissonneux.
« Je suis tout à fait d'accord avec le peintre, bien que
j'ignore tout de ses origines et de son talent, intervint
alors la vieille tante. La surveillance est confiée à des
personnes honorables, certes, mais d'un milieu modeste.
Vous le voyez du reste à leur façon de s'exprimer. »
Mon regard se porta sur l'une des surveillantes dont
la fraîcheur, je l'avoue, m'inclinait à l'indulgence. Le
grand étranger se tenait près d'elle quand le service le
permettait, et je remarquai entre eux un jeu de mains,
une variante de la main chaude qui m'agaça et modéra
un attrait irraisonné.
« Une mouche! mais là, sur votre assiette » s'exclama
la vieille dame qui, dans l'aimable intention de m'en
débarrasser, brandit sa serviette et m'aspergea de purée.
De très près, son visage entouré de fichus me causa un
tel étonnement que je me levai, sans égard à la
discipline. Me retournant, j'avisai une place inoccupée sur
l'autre table. J'abandonnai le peintre et, surpris
moimême de mon assurance, je m'installai et repoussai les
miettes de mes nouvelles voisines, oubliant que j'avais
laissé derrière moi ma pitance. Au lieu de me rappelerLes Moires
à l'ordre, les surveillantes et l'étranger partirent d'un
fou rire qui me parut concerté. Riant encore, l'homme
alla reprendre mon assiette, le pichet, et les remit devant
moi.
Cette fois, j'en étais convaincu, je n'avais rien à
craindre de cette grande femme vulgaire au teint
couperosé, non plus que de la jeune paysanne endimanchée
qui dînait à ma gauche. Je me sentais radicalement
étranger à leurs destinées, et je commençais à jouir des
agréments de la sécurité quand elles reprirent toutes
deux l'entretien que mon arrivée avait interrompu.
« Mais si, disait la femme aux joues couperosées, je
leur ai donné la recette. Ces confits avaient été imaginés
par la veuve d'un général qui venait comme moi du
Gers, mais elles prétendent que le célérier les a écartés
en raison de leur coût sans doute, mais surtout
toujours selon elles de leur mauvaise influence sur
certains tempéraments. Dieu sait pourtant si j'en ai fait
pour mon cher mari, et aussi pour ce charmant jeune
homme que je ravitaillais dans les années difficiles. »
Elle se tut. Elle savait qu'elle venait de faire mouche.
« Le temps passe! pensai-je en la regardant enfin plus
attentivement, mais la mémoire n'a pas de caches assez
profondes! »
Un convive qui se trouvait de l'autre côté de la jeune
paysanne lfécarta sans façon et avança vers moi un
faciès massif, couleur de poussière, à peine relevé par
une impériale de poils roux. Il m'apparut une fraction
de seconde et se remit aussitôt dans le rang. Mais une
image avait déjà percé l'épaisseur d'indifférence et de
refus sous laquelle je la croyais éteinte le voici
émergeant d'un lit d'hôpital. C'est bien sa voix, à peine
perceptible. J'entends « La mort. la mort. » et ce sont
bien ses yeux où je lis un appel déchirant, tandis que
je demeure glacé, de l'autre côté de l'abîme, insensible.La Nouvelle Revue Française
mentir sa creance, et il se fust perdu dedans ces feintes,
s'il ne se fust souvenu que Chrysolite avoit un esprit qui
luy faisoit tenir tous les personnages qu'elle vouloit
quelque resolution pourtant qu'il eust prise, de
n'escouter ses excuses ny de regarder seulement ses larmes,
il fut contraint de faire l'un et l'autre, et l'un et l'autre
treuverent la force de le surmonter. Il falloit mourir de
pitié, quand ce n'eust pas esté d'amour, de voir une
fille si belle, et si charmante jettée à ses pieds, au milieu
des larmes et des souspirs, avec un transport
extraordinaire, et les yeux moitié pleins de pleurs, et moitié pleins
de flames, luy demander quelle satisfaction il vouloit
d'une faute qu'elle n'avoit pas faite, et qui n'estoit qu'en
sa colere quelles plus grandes asseurances il vouloit
avoir de son affection, que celles qu'elle luy avoit si
librement données, dont il se souvenoit si peu que s'il
desiroit des promesses de son sang, elle se picqueroit
la veine, que luy mesme luy mist la plume dans le bras.
Mais, disait-elle, Clytiman, je voy bien que vous ne serez
pas content à si peu de sang, vous le demandez tout et
bien, il le faut sacrifier à vostre colere, il est à vous, je
ne sçaurois aller contre le premier don que je vous
en ay fait je ly dans vostre intention, vous
demandez ma mort, ou du moins vous voulez que je sorte du
monde, et que je cache ma honte dedans l'enclos d'une
Maison Religieuse. Il en arrivera tout ce que vous
voudrez, et ce que la fortune permettra mais quand ma
mere me devroit treuver icy, dit-elle en l'embrassant, et
luy saisissant les deux bras, je ne me destacheray point
de vous, que vous ne m'ayez promis que vous ne
sortirez point d'Athenes. Elle disoit cecy avecque tant de
larmes, que le plus insensible en eust esté touché par
ces feintes elle amollit le cœur de Clytiman, où l'amour
fut augmentée par les impressions que la pitié y avoit
faites tellement que s'estimant heureux d'estre vaincu
sur une dispute, où il n'eust pas voulu gaigner, il luy
promit de demeurer et dans Athenes et dans son affec-

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