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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
Johnny
AParis,cetété-là,ilfaisaitbeauetJohnnyavaiteu vingt-deuxans.SonvraiprénométaitKurtmaisdepuis l'adolescence,onl'appelaitJohnnyparcequ'ilressem-blaitàJohnnyWeissmulleretqu'iladmiraitcesportif etcettevedettedecinéma.Johnnyétaitsurtoutdoué pourleskiqu'ilavaitapprisaveclesmoniteursde San-Antonquandsagrand-mèreetluivivaientencore enAutriche.Ilvoulaitdevenirunskieurprofession-nel. Ilavaitmêmecruqu'ilmarchaitsurlestracesde Weissmullerlejouroù onluiproposaunrôledefigu-rationdansunfilmdemontagne.Quelquetempsaprès letournage,sagrand-mèreetluiavaientquitter l'Autriche,àcausedel'Anschluss. Etchaquesoirvershuitheuresetdemie,ildes-cendaitdumétroà«Passy».Onavaitl'impres-siond'arriverdanslapetitegared'unestationthermale ouauterminusd'unfuniculaire.Parlesescaliers, Johnnygagnaitl'undesimmeublesencontrebas, prochesdusquaredel'Alboni,danscettezone dePassy quiévoqueMonte-Carlo. Audernierétagedel'undecesimmeubles,habitait unefemmedequinzeanssonaînée,unecertaineArlette d'Alwyndontilavaitfaitlaconnaissanceàlaterrasse d'uncafédel'avenueDelessertaumoisd'avrildecette année.
LaNouvelleRevueFrançaise Elleluiexpliquaqu'elleétaitmariéeàunofficieravia-teurdontellen'avaitplus denouvellesdepuisledébut delaguerre.Ellepensaitqu'ilétaitenSyrieouà Londres.Surlatabledenuitilremarqualaphotoenca-dréedecuird'unbelhommebrunauxmoustaches finesquiportaitunecombinaisond'aviateur,maiscette photosemblaitunephotodecinéma.Etpourquoison nomseulArletted'Alwyn,était-ilgravésuruneplaque decuivre,àlaportedel'appartement? Ilavaitfiniparneplusseposerdequestions.Ellelui confiauneclédesonappartement,etsouvent,lesoir, quandilentrait,elleétaitallongéesurledivandusalon, nuedansunpeignoir,àécouterlemêmedisque,un concertodeRachmaninov.Etellelaissaitledisquetour-nerdesheurescarlepick-up,demarqueaméricaine, avaitunbrasautomatique. C'étaituneblondeauxyeuxvertsetàlapeautrès douceetbienqu'elleeûtquinzeansde plusquelui, elleparaissaitaussijeunequeJohnny,avecquelque chosederêveuretdevaporeux.Maiselleavaitdutem-pérament. Elleluidonnaittoujoursrendez-vouschezellevers huitheuresdusoir.Elle'n'étaitpaslibrependantla journéeetildevaitquitterl'appartementtrèstôtle matin.Iltentaitdesavoircequ'ellefaisaitenson absencemaiselleéludaitsesquestions.Unsoir,ilétait arrivéquelquesinstantsavantelleetilavaitfouillé auhasardletiroird'unecommode.Ilytrouvaun reçu ducréditmunicipaldelaruePierre-Charron etappritainsiqu'elleavaitmisengageunebague, desbouclesd'oreillesetunclip.Etpourlapremière fois,ilsentitunlégerparfumdenaufragedanscet appartement.Était-cel'odeuropiacéequiflottaittou-jours,oucelavenait-ildesmeubles,dupick-up,des étagèresvidesoudelaphotoduprétenduaviateur, entouréedecuir? Pourluiaussilasituationdevenaitdifficile.Iln'avait
Johnny pasquittéParisdepuisdeuxans,depuiscemoisdemai quaranteilavaitaccompagnésagrand-mèreàSaint-Nazaire.Elleavaitprisledernierbateauàdestinationdes États-Unisenessayantdelepersuaderdeveniravecelle. Lesvisasétaientbons.Illuiavaitditqu'ilpréféraitres-terenFranceetqu'ilnerisquaitrien.Avantqu'elle s'embarquât,ilss'étaientassistouslesdeuxsurl'undes bancsdupetitsquare,prèsduquai. AParis,ilavaitrôdéautourdesstudiosdecinémaen cherchantunemploidefigurantmaisilfallaitunecarte professionnelleetonlarefusaitauxJuifs,àplusforte raisonauxJuifsétrangers commelui.Ilétaitallévoir auRacing-Clubsil'onavaitbesoind'unprofesseurde tennisoudenatationoumêmed'unprofesseurdegym-nastique.Peineperdue.Alorsilavaitprojetédepasser l'hiverdansunestationdeskiilpourraitpeut-être trouverunpostedemoniteur.Maiscommentgagnerla zonelibre? Grâceàunepetiteannonce,ilavaitréussiàsefaire embaucherenqualitédemannequinpourleschapeaux Morreton.Ilposaitdansunstudiodu boulevardDeles-sertetcefutàlasortiedecelieudetravailqu'ilren-contraArletted'Alwyn.Onlephotographiaitdeface,de profil,detroisquarts,coifféchaquefoisd'unchapeau Morretondifférentdeformeoudecouleur.Unteltra-vailexigecequelephotographeappelaitune«gueule» carlechapeauaccentuelesdéfautsduvisage.Ilfaut avoirlenezdroit,lementonbiendessiné,etsurtoutune bellearcadesourcilière.Celaavaitduréunmoiseton l'avaitcongédié. Alorsilvenditunparunlesmeublesdupetitapparte-mentqu'ilavaithabitéavecsagrand-mère,avenuedu Général-Balfourier.Ilpassaitpardesmomentsdecafard etd'inquiétude.Onnepouvaitrienfairedanscetteville. Onyétaitpiégé.Aufond,ilauraitpartirpourl'Amé-rique. Lespremierstemps,pourgarderlemoral,ilavait
LaNouvelleRevueFrançaise
décidédeseplieràunedisciplinesportive,commeil avaittoujoursaimélefaire.Chaquematin,ilseren-daitàlapiscineDelignyetnageaitsurunedistancede millemètres.Maisbientôt,ilsesentitsiseulparmices femmesetceshommesindifférentsquiprenaientdes bainsdesoleilqu'ilrenonçaàlapiscineDeligny.Il étaitprostrédansl'appartementminusculeetvide del'avenueduGénéral-Balfourieretquandhuitheures sonnaient,ilallaitretrouverArletted'Alwyn. Pourquoi,certainssoirs,retardait-ilcetinstant?Il seraitvolontiersdemeurétoutseuldansl'appartement auxvoletsfermés.Ilsesentaitincapabledeparleràquel-qu'un.Unefois,iln'avaitpaseulaforcedequitter l'avenueduGénéral-Balfourier.Lelendemainsoir,il s'étaitprésentéchezelle,hirsute,sanss'êtrerasé,et elleluiavaitditqu'elleavaitétéinquièteetqu'unjeune hommebeauetdistinguécommeluinedevaitjamais senégliger. Maisd'autresfois,l'airétaitsichaudetlanuitsi clairequ'ilslaissaientlesfenêtresouvertes.Ilsdispo-saientlescoussinsdeveloursdudivansurlapetiteter-rasseetilsyrestaienttrèstard.Audernierétaged'un immeublevoisin,ilyavaituneterrassecommelaleursetenaientquelquespersonnesdontilsentendaientles rires. Ilsfaisaientdesprojets.Johnnycaressaittoujoursson idéedesportsd'hiver.Arletted'Alwynconnaissaittrès peulamontagne.ElleétaitalléeunefoisàSestrièreset elleengardaitunbonsouvenir.Pourquoinepasy retournerensemble?Johnny,lui,pensaitàlaSuisse. Uneautrefois,lesoirétaitdouxetildécidade nepas descendreàlastation«Passy»commeilenavaitl'habi-tudemaisà«Trocadéro».Iliraitàpiedparlesjardins etlequaidePassyjusquechezArletted'Alwyn. Ilarrivaitenhautdel'escalierdumétroetilvitun cordondepoliciersquiattendaientsurletrottoir.On luidemandasespapiers.Iln'enavaitpas.Onlepoussa
Johnny danslepanieràsalade,unpeuplusloin,setrou-vaientdéjàunedizained'ombres. C'étaitl'unedesraflesqui,depuisleprintemps,pré-cédaientrégulièrementlesconvoispourAuschwitz.
PATRICK
MODIANO
PoèmesduTrobarClus
Nil'orgueilsanspersonned'Orphée,nilafatuité blesséedeNarcisse. Mortelparmid'autres,avouantnotre nostalgie d'être.
Vertdanslabrumeacideetprintanier Lainedel'automneàlatièdehaleine Verrequevintbriserl'ivresseenpleurs L'aineappelaitlacorned'amouroudehaine. Versdupoèmeoudutombeauversval'heure? Lesnœudssontrompusd'âmeetnondechair Quandlepauvrefauneenfourcheunefoisdernière Lesbeauxreinsdugénie jeuneetfou Puispauvrefollefaitfeusurl'infidèle Lesliantangesdéchusauxsaisonsdel'enfer.
Desaislesenladextre,enlagaucheunegerbe. ApreslesfeuxpuceauxleTresbuchetreluit, Quijustementbalanceet~~OMr,etlanuict D'orsontsesdeuxbassins,sessixcordonssontd'or D'orsontsestroisanneaux,d'orestsonfleauencor. LetraistreScorpionsecondantlaBalance, ~M~aM~ Couvredevenindesapance, Etcruel,chasquejourparl'unetl'autrebout SespestesvomiroitésmembresdeceTout, Sil'archerPhillyride,homme,etchevalensemble Galoppantperleciel,quisoussesonglestremble, Nemenaçoittousjoursdesontraitenflammé LesmembresbluetansduSigneenvenimé. OrlechenuCentaureestpartouslieuxqu'ilpasse, Tellementattentifàcesteuniquechasse, QueleChevreulcelesteesclatanttoutderais Tallonneceveneursansredoutersestraicts. Cependantl'Eschansonsursesclairstalonsverse Desonestoillévaseuneondeblondeperse, E~ya~~M:Cr0!7'<2/~)MCM~~<:?7~~aMX Poufrailte(squsiuylveancsroPiroais!s)onsa,isutrneridchetorrentd'eaux. Et~or~M~~~<2M.)c LesalterezNageurscourentverscestesource, Maislefleuveàplisd'ors'enfuitdevantleurcourse AinsiquelesPoissonsfuienttousjoursdevant LecelesteBelier,quilesvapoursuivant. Outrecesdouzefeux,ducostédelaBise, UnDragonflamboyantlesdeuxOursesdivise ApresvientleBouvier,laCouronne,leTrait, L'Enfantagenouillé,laLyre,lePourtrait SoitdudocteEsculape,ousoitdufilsd'Alcmene, Quiledoréserpentparmilesastresmene, Pegase,leDaufin,l'Aigle,leCygneblanc, Andromede,quivoidassezpresde~OK~a~C, Cassiopesamere,etsonpereCephee, Etlesmembresastrezdeson~aM~~Persee, Lern<7~g/fluisant,lefrontMedusien, Etl'estoilléChartonducharTyndarien.
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