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La Nouvelle Revue Française N° 307

De
192 pages
Patrick Modiano, Johnny
Georges-Emmanuel Clancier, Poèmes du Trobar Clus
Adolf Rudnicki, Seigneur, si je Te suis vraiment tellement utile ainsi...
Paul Fournel, La patience – Le chêne – L'enfance grise
Pierre-Louis Rey, Le reflux (Fin)
Chroniques :
Jean Roudaut, Le devoir d'attente (Les ruines de Paris, par Jacques Réda)
Jean-Loup Trassard, La magie du verbe
Eugène Ionesco, Un mois plus tard
Clément Rosset, Propos d'outre-monde (III)
Denis Buican, La génétique et l'évolution passée et future
Chroniques : le théâtre :
Pierre Bourgeade, Beckett – chaussettes – gabardine
Notes : la poésie :
Claude Roy, Jumelages, par Michel Deguy (Le Seuil)
Daniel Leuwers, Eux les anges, par Norge (Flammarion)
André Pieyre de Mandiargues, Fragments : Poème, par Salah Stétié (Gallimard)
Notes : la littérature :
Gilles Quinsat, Le Testament de la fille morte, par René (Gallimard)
Jean-Paul Delamotte, Graal Théâtre, par Florence Delay et Jacques Roubaud (Gallimard) - Graal Fiction, par Jacques Roubaud (Gallimard)
Notes : le roman :
Jean Blot, Archives du Nord, par Marguerite Yourcenar (Gallimard)
Daniel Leuwers, La grande beuverie, par René Daumal (Gallimard)
Philippe Dulac, Les fleurs bleues, par Raymond Queneau (Gallimard)
Alain Bosquet, Le jeu du labyrinthe, par Claude Faraggi (Flammarion)
Alain Clerval, Yedda jusqu'à la fin, par Frédéric Vitoux (Grasset)
Notes : les essais :
Pierre Pachet, Publications récentes de Jean Baudrillard
Pierre Jean Founau, La clé des Chimères et autres chimères de Nerval, par Robert Faurisson (Jean-Jacques Pauvert)
Notes : lettres étrangères :
Jean-Noël Schifano, Nouvelles pour une année, de Luigi Pirandello (Gallimard)
Marianne Alphant, Ida – Autobiographie de tout le monde, par Gertrude Stein (Le Seuil) - Picasso, par Gertrude Stein (Christian Bourgois)
Christine Jordis, Adieu prairies heureuses, par Kathleen Raine (Stock)
Michel Mohrt, L'ami retrouvé, par Fred Ulhman (Gallimard)
Laurand Kovacs, Les lâches, par Josef Skvorecký (Gallimard)
Notes : le cinéma :
Jérôme Prieur, Violette Nozière, de Claude Chabrol
Notes : la musique :
Alain Duault, Opéra de Paris : les grandes reprises de la saison (Faust, de Gounod, Les contes d'Hoffmann, d'Offenbach, Elektra – Le Chevalier à la rose, de Strauss)
Notes : les disques :
Dominique Fernandez, Le tricentenaire de Vivaldi - Deux nouveaux disques de Boulez
Notes : les arts :
Édith Boissonnas, Arroyo (Galerie Karl Flinker)
Florence de Meredieu, Ateliers d'aujourd'hui, de Louis-René des Forêts
L'air du mois :
Octavio Paz, Description de José Luis Cuevas
Jean-Louis Bentajou, Vers des figures sans images
Dominique Allan Michaud, La voix cassée du vitrier
Textes :
Guillaume de Salluste Du Bartas, La Sepmaine (Fragment du IV<sup>e</sup> Jour)
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
Johnny
AParis,cetété-là,ilfaisaitbeauetJohnnyavaiteu vingt-deuxans.SonvraiprénométaitKurtmaisdepuis l'adolescence,onl'appelaitJohnnyparcequ'ilressem-blaitàJohnnyWeissmulleretqu'iladmiraitcesportif etcettevedettedecinéma.Johnnyétaitsurtoutdoué pourleskiqu'ilavaitapprisaveclesmoniteursde San-Antonquandsagrand-mèreetluivivaientencore enAutriche.Ilvoulaitdevenirunskieurprofession-nel. Ilavaitmêmecruqu'ilmarchaitsurlestracesde Weissmullerlejouroù onluiproposaunrôledefigu-rationdansunfilmdemontagne.Quelquetempsaprès letournage,sagrand-mèreetluiavaientquitter l'Autriche,àcausedel'Anschluss. Etchaquesoirvershuitheuresetdemie,ildes-cendaitdumétroà«Passy».Onavaitl'impres-siond'arriverdanslapetitegared'unestationthermale ouauterminusd'unfuniculaire.Parlesescaliers, Johnnygagnaitl'undesimmeublesencontrebas, prochesdusquaredel'Alboni,danscettezone dePassy quiévoqueMonte-Carlo. Audernierétagedel'undecesimmeubles,habitait unefemmedequinzeanssonaînée,unecertaineArlette d'Alwyndontilavaitfaitlaconnaissanceàlaterrasse d'uncafédel'avenueDelessertaumoisd'avrildecette année.
LaNouvelleRevueFrançaise Elleluiexpliquaqu'elleétaitmariéeàunofficieravia-teurdontellen'avaitplus denouvellesdepuisledébut delaguerre.Ellepensaitqu'ilétaitenSyrieouà Londres.Surlatabledenuitilremarqualaphotoenca-dréedecuird'unbelhommebrunauxmoustaches finesquiportaitunecombinaisond'aviateur,maiscette photosemblaitunephotodecinéma.Etpourquoison nomseulArletted'Alwyn,était-ilgravésuruneplaque decuivre,àlaportedel'appartement? Ilavaitfiniparneplusseposerdequestions.Ellelui confiauneclédesonappartement,etsouvent,lesoir, quandilentrait,elleétaitallongéesurledivandusalon, nuedansunpeignoir,àécouterlemêmedisque,un concertodeRachmaninov.Etellelaissaitledisquetour-nerdesheurescarlepick-up,demarqueaméricaine, avaitunbrasautomatique. C'étaituneblondeauxyeuxvertsetàlapeautrès douceetbienqu'elleeûtquinzeansde plusquelui, elleparaissaitaussijeunequeJohnny,avecquelque chosederêveuretdevaporeux.Maiselleavaitdutem-pérament. Elleluidonnaittoujoursrendez-vouschezellevers huitheuresdusoir.Elle'n'étaitpaslibrependantla journéeetildevaitquitterl'appartementtrèstôtle matin.Iltentaitdesavoircequ'ellefaisaitenson absencemaiselleéludaitsesquestions.Unsoir,ilétait arrivéquelquesinstantsavantelleetilavaitfouillé auhasardletiroird'unecommode.Ilytrouvaun reçu ducréditmunicipaldelaruePierre-Charron etappritainsiqu'elleavaitmisengageunebague, desbouclesd'oreillesetunclip.Etpourlapremière fois,ilsentitunlégerparfumdenaufragedanscet appartement.Était-cel'odeuropiacéequiflottaittou-jours,oucelavenait-ildesmeubles,dupick-up,des étagèresvidesoudelaphotoduprétenduaviateur, entouréedecuir? Pourluiaussilasituationdevenaitdifficile.Iln'avait
Johnny pasquittéParisdepuisdeuxans,depuiscemoisdemai quaranteilavaitaccompagnésagrand-mèreàSaint-Nazaire.Elleavaitprisledernierbateauàdestinationdes États-Unisenessayantdelepersuaderdeveniravecelle. Lesvisasétaientbons.Illuiavaitditqu'ilpréféraitres-terenFranceetqu'ilnerisquaitrien.Avantqu'elle s'embarquât,ilss'étaientassistouslesdeuxsurl'undes bancsdupetitsquare,prèsduquai. AParis,ilavaitrôdéautourdesstudiosdecinémaen cherchantunemploidefigurantmaisilfallaitunecarte professionnelleetonlarefusaitauxJuifs,àplusforte raisonauxJuifsétrangers commelui.Ilétaitallévoir auRacing-Clubsil'onavaitbesoind'unprofesseurde tennisoudenatationoumêmed'unprofesseurdegym-nastique.Peineperdue.Alorsilavaitprojetédepasser l'hiverdansunestationdeskiilpourraitpeut-être trouverunpostedemoniteur.Maiscommentgagnerla zonelibre? Grâceàunepetiteannonce,ilavaitréussiàsefaire embaucherenqualitédemannequinpourleschapeaux Morreton.Ilposaitdansunstudiodu boulevardDeles-sertetcefutàlasortiedecelieudetravailqu'ilren-contraArletted'Alwyn.Onlephotographiaitdeface,de profil,detroisquarts,coifféchaquefoisd'unchapeau Morretondifférentdeformeoudecouleur.Unteltra-vailexigecequelephotographeappelaitune«gueule» carlechapeauaccentuelesdéfautsduvisage.Ilfaut avoirlenezdroit,lementonbiendessiné,etsurtoutune bellearcadesourcilière.Celaavaitduréunmoiseton l'avaitcongédié. Alorsilvenditunparunlesmeublesdupetitapparte-mentqu'ilavaithabitéavecsagrand-mère,avenuedu Général-Balfourier.Ilpassaitpardesmomentsdecafard etd'inquiétude.Onnepouvaitrienfairedanscetteville. Onyétaitpiégé.Aufond,ilauraitpartirpourl'Amé-rique. Lespremierstemps,pourgarderlemoral,ilavait
LaNouvelleRevueFrançaise
décidédeseplieràunedisciplinesportive,commeil avaittoujoursaimélefaire.Chaquematin,ilseren-daitàlapiscineDelignyetnageaitsurunedistancede millemètres.Maisbientôt,ilsesentitsiseulparmices femmesetceshommesindifférentsquiprenaientdes bainsdesoleilqu'ilrenonçaàlapiscineDeligny.Il étaitprostrédansl'appartementminusculeetvide del'avenueduGénéral-Balfourieretquandhuitheures sonnaient,ilallaitretrouverArletted'Alwyn. Pourquoi,certainssoirs,retardait-ilcetinstant?Il seraitvolontiersdemeurétoutseuldansl'appartement auxvoletsfermés.Ilsesentaitincapabledeparleràquel-qu'un.Unefois,iln'avaitpaseulaforcedequitter l'avenueduGénéral-Balfourier.Lelendemainsoir,il s'étaitprésentéchezelle,hirsute,sanss'êtrerasé,et elleluiavaitditqu'elleavaitétéinquièteetqu'unjeune hommebeauetdistinguécommeluinedevaitjamais senégliger. Maisd'autresfois,l'airétaitsichaudetlanuitsi clairequ'ilslaissaientlesfenêtresouvertes.Ilsdispo-saientlescoussinsdeveloursdudivansurlapetiteter-rasseetilsyrestaienttrèstard.Audernierétaged'un immeublevoisin,ilyavaituneterrassecommelaleursetenaientquelquespersonnesdontilsentendaientles rires. Ilsfaisaientdesprojets.Johnnycaressaittoujoursson idéedesportsd'hiver.Arletted'Alwynconnaissaittrès peulamontagne.ElleétaitalléeunefoisàSestrièreset elleengardaitunbonsouvenir.Pourquoinepasy retournerensemble?Johnny,lui,pensaitàlaSuisse. Uneautrefois,lesoirétaitdouxetildécidade nepas descendreàlastation«Passy»commeilenavaitl'habi-tudemaisà«Trocadéro».Iliraitàpiedparlesjardins etlequaidePassyjusquechezArletted'Alwyn. Ilarrivaitenhautdel'escalierdumétroetilvitun cordondepoliciersquiattendaientsurletrottoir.On luidemandasespapiers.Iln'enavaitpas.Onlepoussa
Johnny danslepanieràsalade,unpeuplusloin,setrou-vaientdéjàunedizained'ombres. C'étaitl'unedesraflesqui,depuisleprintemps,pré-cédaientrégulièrementlesconvoispourAuschwitz.
PATRICK
MODIANO
PoèmesduTrobarClus
Nil'orgueilsanspersonned'Orphée,nilafatuité blesséedeNarcisse. Mortelparmid'autres,avouantnotre nostalgie d'être.
Vertdanslabrumeacideetprintanier Lainedel'automneàlatièdehaleine Verrequevintbriserl'ivresseenpleurs L'aineappelaitlacorned'amouroudehaine. Versdupoèmeoudutombeauversval'heure? Lesnœudssontrompusd'âmeetnondechair Quandlepauvrefauneenfourcheunefoisdernière Lesbeauxreinsdugénie jeuneetfou Puispauvrefollefaitfeusurl'infidèle Lesliantangesdéchusauxsaisonsdel'enfer.
Desaislesenladextre,enlagaucheunegerbe. ApreslesfeuxpuceauxleTresbuchetreluit, Quijustementbalanceet~~OMr,etlanuict D'orsontsesdeuxbassins,sessixcordonssontd'or D'orsontsestroisanneaux,d'orestsonfleauencor. LetraistreScorpionsecondantlaBalance, ~M~aM~ Couvredevenindesapance, Etcruel,chasquejourparl'unetl'autrebout SespestesvomiroitésmembresdeceTout, Sil'archerPhillyride,homme,etchevalensemble Galoppantperleciel,quisoussesonglestremble, Nemenaçoittousjoursdesontraitenflammé LesmembresbluetansduSigneenvenimé. OrlechenuCentaureestpartouslieuxqu'ilpasse, Tellementattentifàcesteuniquechasse, QueleChevreulcelesteesclatanttoutderais Tallonneceveneursansredoutersestraicts. Cependantl'Eschansonsursesclairstalonsverse Desonestoillévaseuneondeblondeperse, E~ya~~M:Cr0!7'<2/~)MCM~~<:?7~~aMX Poufrailte(squsiuylveancsroPiroais!s)onsa,isutrneridchetorrentd'eaux. Et~or~M~~~<2M.)c LesalterezNageurscourentverscestesource, Maislefleuveàplisd'ors'enfuitdevantleurcourse AinsiquelesPoissonsfuienttousjoursdevant LecelesteBelier,quilesvapoursuivant. Outrecesdouzefeux,ducostédelaBise, UnDragonflamboyantlesdeuxOursesdivise ApresvientleBouvier,laCouronne,leTrait, L'Enfantagenouillé,laLyre,lePourtrait SoitdudocteEsculape,ousoitdufilsd'Alcmene, Quiledoréserpentparmilesastresmene, Pegase,leDaufin,l'Aigle,leCygneblanc, Andromede,quivoidassezpresde~OK~a~C, Cassiopesamere,etsonpereCephee, Etlesmembresastrezdeson~aM~~Persee, Lern<7~g/fluisant,lefrontMedusien, Etl'estoilléChartonducharTyndarien.
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