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La Nouvelle Revue Française N° 392

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1.
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
Maman
IlfutuntempsMarkétan'aimaitpassabelle-mère. C'étaitàl'époqueellehabitaitchezelleavecKarel (duvivantdesonbeau-père)etelleétaitchaquejour enbutteàsahargneetàsasusceptibilité.Ilsnel'avaient passupportélongtempsetilsavaientdéménagé.Leur deviseétaitalorsleplusloin possibledemaman.Ilsétaient alléshabiterdansuneautreville,àl'autreboutdupays, etparvenaientainsiàvoirlesparentsdeKarelàpeine unefoisparan. Puisunjour,lepèredeKarelétaitmortetmaman étaitrestéeseule.Ilsl'avaientrevueàl'enterrement,elle étaithumbleetmisérable,elleleurparaissaitpluspetite qu'avant.Ilsavaienttouslesdeuxunephrasedansla têtemaman,tunepeuxpasresterseule,vienshabiterchez nous. Laphraseleurrésonnaitdanslatête,maisilsnela prononçaientpas.D'autantquelelendemaindes obsèques,pendantunetristepromenadeaucimetière, maman,toutemisérableetmenuequ'elleétait,leur avaitreprochéavecunevéhémencequ'ilstrouvaient déplacéetouslestortsqu'ilsavaientaccumulésenvers elledepuisledébut.
LaNouvelleRevueFrançaise
«Plusriennelachangerajamais,avaitditensuite KarelàMarkéta,unefoisdansletrain.C'esttriste,mais pourmoi,ceseratoujoursloindemaman.» Depuis,lesannéesavaientpassé,ets'ilétait bienvrai quemamanétaittoujourslamême,Markétaavaitsans doutechangéparcequ'elleavaitsoudainl'impression quetoutcequesabelle-mèreleuravaitfaitétait,au fond,bienanodin,etquec'étaitelle,Markéta,quiavait commislavéritablefauteenaccordanttropd'impor-tanceàsescriailleries.Ellelaconsidéraitalorscomme unenfantconsidèreunadulte,maismaintenantles rôlesétaientinversésc'étaitMarkétal'adulteet,àcette grandedistance,mamanluiparaissait petiteetsans défensecommeuneenfant.Enverselle,Markétaétait toutepatienceetindulgence,etelleavaitmêmecom-mencéàluiécrirerégulièrement.Lavieilledames'y étaittrèsvitehabituée,elleluirépondaitsoigneusement etexigeaitdeMarkétadeslettresdeplus enplusfré-quentes,carseslettres,affirmait-elle,étaientlaseule chosequiluipermîtdesupportersasolitude. Depuisquelquetemps,laphrasequiavaitprisnais-sancependantl'enterrementdupèredeKarelrecom-mençaitàleurtrotterdanslatête.Etcefutdenouveau lefilsquiréprimal'accèsdebontédelabru,sibien qu'aulieudedireàmamanmamanvienshabitercheznous, ilsl'invitèrentpourunesemaine. C'étaitPâques,etleurfilsdedixansétaitpartien vacances.Pourleweek-endilsattendaientEva. Ilsvou-laientbienpassertoutelasemainesaufledimanche avecmaman.Ilsluidirent«vienspasserunesemaine cheznous.Desamediprochainàsamedienhuit. Dimancheenhuitonestpris.On s'enva».Ilsnelui direntriendeplusprécis,parcequ'ilsnetenaientpas tellementàparlerd'Eva.Karelleluirépétaencore deuxfoisautéléphonedesamediprochainàsamedi enhuit.Dimanche enhuitonestpris,onpart.Etmaman dit«Oui,mesenfants,vousêtestrèsgentils,vous
Maman
savezbienquejem'eniraiquandvousvoudrez.Toutce quejedemandec'estd'échapperunpeuàmasoli-tude.» Maislesamedisoir,quandMarkétavintluidemander àquelleheureellevoulaitqu'ilslaconduisentàlagare lelendemainmatin,mamanannonça,carrémentetsans hésiter,qu'ellepartiraitlundi.Markétalaregardait avecsurprise,etmamanpoursuivit«Karelm'adit quevousêtesprislundisoir,quevouspartezetqu'il fautquejemesauvelundimatin.» Markétaauraitévidemmentpurépondremaman,tu t'estrompée,c'estdemainquenouspartons,maisellen'en avaitpaslecourage.Elleneparvenaitpas,surle moment,àinventerl'endroitilsallaient.Ellecompre-naitqu'ilsavaientpréparéleursexcusesbiennégligem-ment,ellenedisaitrien,etelleacceptaitl'idéequesa belle-mèreallaitresterchezeuxdimanche.Elleserassu-raitàlapenséequelachambre dupetit,couchaitsa belle-mère,étaitsituéeàl'autreboutdel'appartement etquemamannelesdérangeraitpas.EtelleditàKarel d'untondereproche «S'ilteplaît,nesoispasméchantavecelle. Regarde-la,lamalheureuse.Rienquedelavoir,ça mecrèvelecœur.»
2.
Karelhaussalesépaules,résigné.Markétaavaitrai-sonmamanavaitvraimentchangé.Elleétaitcontente detout,reconnaissantedetout.Karelguettaitvaine-mentl'instantilsallaientsedisputerpourunrien. L'autrejour,pendantunepromenade,elleavait regardéauloinetelleavaitdit «Qu'est-cequec'estquecejolipetitvillageblanc, là-bas?»Cen'étaitpasunvillage,c'étaientdespiquets.
LaNouvelleRevueFrançaise
Karelavaiteupitiédesamère,dontlavue baissait. Maiscedéfautdelavisionsemblaitexprimerquelque chosedeplusessentiel.Cequileurparaissaitgrand, elleletrouvaitpetit,cequ'elleprenaitpourdespiquets, c'étaientpoureuxdesmaisons. Adirevrai,cen'étaitpasuntraittoutàfaitnouveau chezelle.Ladifférence,c'étaitqu'avantilss'enindi-gnaient.Unenuit,parexemple,lescharsd'ungigan-tesquepaysvoisinavaientenvahileurpays.Celaavait étéuntelchoc,unteleffroi,quepersonne,delong-temps,n'avaitpupenseràautrechose.Onétaitau moisd'aoûtetlespoiresétaientjustemûresdanslejar-din.Unesemaineplustôt,mamanavaitinvitélephar-macienàvenirlescueillir.Maislepharmacienn'était pasvenu,ilnes'étaitpasexcusé.Mamannepouvaitpas leluipardonner,cequimettaithorsd'euxKarelet Markéta.Ilsluifaisaientdesreproches«toutlemonde penseauxtanks,ettoitupensesaux poires».Puisils avaientdéménagé,aveclesouvenirdesamesquinerie. Seulement,lescharssont-ilsvraimentplusimportants quelespoires?Amesurequeletempspassait,Karel comprenaitquelaréponseàcettequestionn'étaitpas aussiévidente,etilcommençaitàéprouverunesecrète sympathiepourlaperspectivedemaman,ilyavait unegrossepoireaupremierplanetquelquepart,loin enarrière,uncharpasplusgrosqu'unebêteàbondieu quivas'envolerd'unesecondeàl'autreetsecacher auxregards.Ahoui!c'étaitenréalitémamanqui avaitraisonletankestpérissableetlapoireestéter-nelle. Avant,mamanvoulaittoutsavoirsursonfilsetse mettaitencolèrequandilluicachaitquelquechosede savie.Donc,cettefois-ci,pourluifaireplaisir,ilslui parlèrentdecequ'ilsfaisaient,decequileurarrivait, desprojetsqu'ilsavaient.Maisilss'aperçurentbientôt quemamanlesécoutaitplutôtparpolitesseetqu'elle enchaînaitsurleurrécitenparlantdesoncaniche
Maman
qu'elleavaitconfiéàunevoisinepourladuréedeson absence. Avant,Kareleûtconsidérécelacommedel'égocen-trismeoudelamesquinerie;maisàprésentilsavait qu'iln'enétaitrien.Ils'étaitécouléplusde tempsqu'ils nel'imaginaient.Mamanavaitrenoncéaubâtonde maréchaldesamaternitéets'enétaitalléedansun mondedifférent.Unefois,pendantunepromenade, ilsavaientétésurprisparunetempête.Ilslatenaient parlesbraschacund'uncôté,ilsdevaientlittérale-mentlaporter,sinonleventl'auraitbalayée;Karel sentaitavecémotiondanssamainsonpoids dérisoire, etilcomprenaitquesamèreappartenaitauroyaume d'autrescréaturespluspetites,pluslégèresetplusfaci-lementsouffléesparlevent.
3.
Evaestarrivéeaprèsledéjeuner.C'estMarkétaqui estalléelachercheràlagare,parcequ'ellelaconsidère commesonamieàelle.Ellen'aimepaslesamiesde Karel.MaisavecEvac'estautrechose.Parcequ'ellea faitsaconnaissanceavantKarel. Ilyavaitdecelaàpeuprèssixans.Ellesereposait avecKareldansunevilled'eaux.Unjoursurdeux,elle allaitausauna.Elleétaitdanslacabine,ennage,assise avecd'autresdamessurunbancdebois,quandelle avaitvuentrerunegrandefillenue.Elless'étaientsouri sansseconnaître,etauboutd'unmomentlajeune femmes'étaitmiseàparleràMarkéta.Commeelleétait trèsdirecteetqueMarkétaluiétaittrèsreconnaissante decettemanifestationdesympathie,elless'étaientrapi-dementliéesd'amitié. Cequi séduisaitMarkétachezEva,c'étaitlecharme desasingularitédéjàcettefaçondeluiadressertout desuitelaparole!Commesielless'étaientdonnéren-dez-vousausauna!Etelleneperdaitpasdetempsen
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engageantlaconversation,selonlesrèglesetlesconve-nances,surlesaunaquiestbonpourlasantéetdonne del'appétit,maisellesemettaitaussitôtàparlerd'elle, unpeucommelesgensquifontconnaissanceparpetites annoncesets'efforcentdèslapremièrelettred'expli-queràleurfuturpartenaire,avecunelaconiquedensité, quiilssontetcequ'ilsfont. QuidoncétaitEvad'aprèslespropresmotsd'Eva? Evaétaitunjoyeuxchasseurd'hommes.Maiselleneles chassaitpaspourlemariage.Elleleschassaitcomme leshommeschassentlesfemmes.L'amourn'existait paspourelle,iln'yavaitquel'amitiéetlasensualité. Aussiavait-ellebeaucoupd'amisleshommesne craignaientpasqu'ellevoulûtlesépouseretlesfemmes n'avaientpaspeurqu'ellecherchâtàlespriverd'un mari.D'ailleurs,sijamaisellesemariait,sonmari seraitunamiauquelellepermettraittoutetdontelle n'exigeraitrien. AprèsavoirexpliquétoutcelaàMarkéta,elleavait déclaréqueMarkétaavaitunebellecharpenteetque c'étaitunechosetrèsrareparcequebienpeude femmes,àl'encroire,avaientunvraibeaucorps. Cetélogeluiavaitéchappéavectantdenaturelque Markétaenéprouvaitplusdeplaisirquesilecompli-mentétaitvenud'unhomme.Cettefilleluitournaitla tête.Elleavaitlesentimentd'êtreentréedansleroyaume delasincéritéet elleavaitdonnérendez-vousàEvapour lesurlendemainàlamêmeheureausauna.Plustard, elleluiavaitprésentéKarel,maisdanscetteamitiéil avaittoujoursfait figuredetiers. «Nousavonsmabelle-mèreàlamaison,luidit Markétad'untoncoupableensortantdelagare.Jevais teprésentercommemacousine.J'espèrequeçanete gênepas. Aucontraire»,ditEva,etelledemandaàMarkéta deluidonnerquelquesindicationssommairessursa famille.
4.
Maman
Mamannes'étaitjamais beaucoupintéresséeàla familledesabru,maislesmotscousine,nièce,tanteet petitefilleluiréchauffaientlecœurc'étaitlebon royaumedesnotionsfamilières. Etellevenaitderecevoirunenouvelleconfirmation decequ'ellesavaitdepuislongtempssonfilsétaitun incorrigibleoriginal.Commesiçapouvaitlesgêner qu'ellesoitchezeuxenmêmetempsqu'uneparente! Qu'ilsveuillentêtreseulspourbavarderàleuraise,elle lecomprenait.Maiscen'étaitpasuneraisonpourla mettredehorsunjourplustôt.Heureusement,ellesavait s'yprendreaveceux.Elleavaittoutsimplementdécidé qu'elles'étaittrompéedejour,etpourunpeuelleaurait ridevoirquelabraveMarkétan'arrivaitpas àluidire defilerledimanchematin. Oui,ilfallaitlereconnaître,ilsétaientplusgentils qu'avant.Voiciquelquesannées,Karelluiauraitdit impitoyablementdes'enaller.Enfaithier,aveccette petiteruse,elleleuravaitrenduungrandservice.Au moins,pourunefois,ilsn'auraientpasàsereprocher d'avoirsansraisonrenvoyéunjourplustôtleurmère àsasolitude. D'ailleurs,elleétaittrèscontented'avoirfaitla connaissancedecettenouvelleparente.C'étaitunetrès gentillefille.(Etc'étaitinouïcommeelleluirappelait quelqu'un,maisqui?)Pendantdeuxbonnesheures, ilavaitfalluqu'ellerépondeàsesquestions.Comment est-cequeMamansecoiffaitquandelleétaitjeunefille? Elleavaitunenatte.Évidemment,c'étaitencoresous l'ancienneAutriche-Hongrie.Vienneétaitlacapitale. Lecollègedemamanétaittchèqueetmamanétaitune patriote.Etsoudainelleavaiteuenviedeleurchanter
LaNouvelleRevueFrançaise Aurevoir.Aurevoir.Quandpourrais-jevousdire bientôt.Comprenezquejesuisvotreami.
AndréGide.
DorothyBussyàAndréGide
à
10février(1920)
Cher Gide J'aiététrèsheureusederecevoirvotrelettreet d'apprendrecequevousfaites.Celasembleassezacca-blantetvoussemblezdevenirtoutàfait àlamode. Allons!tantmieux,tantquevousnevouslaissezpas tuerpartropdetravail.Entreautreschoses,j'aiété heureused'apprendrequ'ilyavaitquelqueespoirque DentprenneLa PorteÉtroite.Jesupposequevousnevous ensouvenezpas,mais,voilàquelquesmois,vousavez suggéréquejetraduiseuneautrechosedevous.J'ai eualorsl'impressionquejenepourraisrienentre-prendredenouveauavantquelesortdeLaPorteÉtroite nesoitfixé.Maissielledoitêtrepubliée,jecroisque j'aimeraisessayeruneautretraduction.Enoutre,jesuis terrifiéeàl'idéequevousdonniezàquelqueLady Rothermerelalibertédemassacrerunautredevos livres.Entoutcas,j'espèrequevousmelaissereztou-jourslepremierchoixpourtouteslestraductionsque voussouhaiterezvoirfaire,parce quejesaisqueper-sonneaumondenevoustraduiramoinsmalquemoi. Voulez-vousmedire,quandvousécrirez,s'ilyaunlivre quevouschoisiriezdepréférence?Maisriennepresse, voussavez,pourquevousécriviezcettefois.Jesuis arméedepatiencepouraussilongtempsqu'ilvous plaira.dumoinsjelecrois.
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