La Nouvelle Revue Française N° 317

De
André Pieyre de Mandiargues, L'Anglais
Norge, Le Grand Secret
Ernst Jünger, Sur Paul Léautaud
Ilya Prigogine - Isabelle Stengers, Les Deux Cultures aujourd'hui (Fin)
Patrick Modiano, Un été français
Chroniques :
Richard Blin, Jean-Philippe Salabreuil
Marie Depussé, Les Innocents [Gustave Flaubert]
Henri Meschonnic, Historicité de Saint-John Perse (Fin)
Henri Thomas, Reportage
André Berne-Joffroy, Le chemin de Chardin
Chroniques : le théâtre :
Florence Delay, 'Un doute d'ordre général'
Notes : la poésie :
Jacques Bens, Bucolique, par Robert Vigneau (Gallimard)
Notes : la littérature :
Gérard Macé, Marthe et l'enragé, par Jean de Boschère (Granit) - Satan l'obscur, par Jean de Boschère (Granit)
Jean Duvignaud, Ce fut ainsi, par Marcel Arland (Gallimard)
Laurand Kovacs, Carnets 1978, d'Albert Cohen (Gallimard)
Notes : les essais :
Gilles Quinsat, De quoi j'ai peur, par Pierre Pachet (Gallimard)
Henri Raczymow, La nouvelle question juive, par Shmuel Trigano (Gallimard)
Philippe Dulac, Microlectures, par Jean-Pierre Richard (Le Seuil)
Pierre-Louis Rey, Ernest Theodore Amadeus Hoffmann, par Marcel Schneider (Julliard)
Hervé Cronel, Recherches sur l'identité sexuelle, par Robert Stoller (Gallimard)
Gerard Barriere, L'Inde fondamentale, par Louis Renou (Hermann)
Notes : lettres étrangères :
Francine de Martinoir, Façons de perdre, par Julio Cortázar (Gallimard)
Christine Jordis, Quai des Grands-Augustins, par Jean Rhys (Denoël)
Notes : le cinéma :
Jérôme Prieur, Les belles manières, de Jean-Claude Guiguet
Notes : la musique :
Pierre-Jean Remy, Trois dames, le public et l'opéra...
L'air du mois :
Jacques Réda, Thelonious Sphere Monk : un art sans commencement
Jean Clair, Cadres et tableaux
Jean-Loup Trassard, Le fléau, le coq-girouette et la lanterne
Textes :
Antonin Artaud, Lettres à Janine (Fin)
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072384158
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFrançaise
L'Anglais
Cen'estpassansunetendresseassezparticulièreque jeregardeaujourd'huilemanuscritdeL'Anglais,rédigé pendantlesannées51et52delapetiteécritureserrée quej'avaisencesannées-là,tempspourmoid'un bonheursientieretsipurquejelesentaispeudurable etquej'avaispensétenterd'exorcisersafragilitéparla compositiond'unrécitérotiqueaussisadiqueetscan-daleuxqu'ilsepourrait,menéjusqu'auxdernières extrémitésetquiauraitétécommeunbaiserdepaix donnéauprincipedumal,àlamanièredeBlakeetde Swinburne,dontlesgrâceslucifériennes,dérivéesdu merveilleuxMilton,necesserontjamaisdem'enchanter. EdmondJaloux,disparuquelquesannéesplustôtmais quiavait étél'undemesraresconfidentsaprèslaguerre, avaitétéaucourantdemonprojet,auquelils'était intéressé,etc'estluiquedésignentlesinitialesE.J. deladédicace.Quantàla«Sociétédesamisd'Aubrey Beardsley»,dontilestquestionau-dessousetqui seraitmaintenantinnombrable,jecroisqu'ellese réduisaitalorsàJaloux,àBellmeretàmoi.L'Anglais doitbeaucoupàBeardsley,surletombeauduquel, pendantlaguerre,aucimetièredeMenton,j'allaispar-foisporterunerose.
LaNouvelleRevueFrançaise Letitrequiestmisàlapremièrepagedumanuscrit etquiestsimplementlenomduhéros,Montcul,nefut jamaisdansmonespritqu'untitredetravailetprovi-soire,àcaused'unegrossièretétropgrossedontla détonationvolontairementrépétéeaucourantdespages estcommeunsigned'intelligencefaitaulecteurpour qu'ilneprennepastropausérieuxcequ'ilestentrain delire,maisdontlaprovocationvulgairenem'aurait pasétésupportablesijel'avaislaisséparaîtreencouver-ture,carilyamanièreetmanière,commeditl'unedes quelquesaimablespersonnesdurécit,lajolieViola,de mettrelespiedsdansleplat!Celuiquil'aremplacé,peu encourageant,sansdoute,pourlesamateursdecom-munporno,etlepremieréditeurs'enplaignit,doit avoirprisoriginedanslesentretiensdugroupesur-réalistel'ons'intéressaitfortàl'alchimieàcette époquej'yétaisassidu.L'onyentendcommeun échodunomdelagaleriesurréalistedeL'Étoilescellée, dontleparrainavaitétéAndréBretonet,quoiqu'iln'ap-partiennepasàsonauteurdeseprononcersurlaques-tion,jepensequepourbiendesraisons,danslafureur desonraccourcimême,L'Anglaisestl'undesrares exemplesderomansurréalistequisepuissentaujour-d'huiciter.Enfrappantd'unesortedesceauledonjon marindeGamehuche,domiciledujeucrimineldemon héros,c'estàlafaçonstrictementimpitoyabledontest scellél'athanorsadienduchâteaudeSilling,dansune hautevalléedelaForêt-Noire,bienentendu,queje songeais.Récemment,quandnousavonsvulefilmde Pasolini,Salé,principalobjetquenousayonsd'aimer etd'admirertantcepoètecinéaste,j'aicrucomprendre qu'iln'étaitpasmoinsfamilierdeL'Anglais,traduiten italienquelquesannéesplustôt,quedesCentvingt journées.Etj'aiétéheureuxdecesemblantdeconni-vence. JeanPaulhan,quifutlepremieràlire,soussontitre provisoireencore,lemanuscrit,etàquijedoisquelques
L'Anglais observationsdestyledontj'aitenucompte,aurait vouluquelelivresoitéditéchezGallimarddansune collectionréservéesinonsecrète,auraitprendre placeaussi,plustard,Histoired'O.Sansdouteétait-il troptôt,etcettecollectionidéale,dontileûtétélesou-verain,nedépassapasl'étatdeprojet.Pourcequiestde L'Anglais,aumoins,voilàdonclavolontédePaulhan accomplie,cequimeparaîtjustifieramplementcette éditionavouéeavecquelquefiertéj'enconviensau momentjevaisavoirsoixante-dixans,carjen'ai jamaisconnuunmélanged'intelligenceetdecuriosité comparableàceluiquifonctionnaitdanslatêtedecet homme,pourlequelj'avaisunesortedevénération, mêmequandjen'étaispasd'accordaveclui.L'achevé d'imprimerdelapremièreédition,publiée,comme lesdeuxsuivantes,souslepseudonymedePierre Morion(nomd'uncasque,d'unepierreprécieuseet d'uncoléoptère;nomaussidepersonnagesbossuset contrefaits,àlonguesoreillesetdephysionomie ridi-cule,quel'onadmettaitdanslesfestinsdesanciens pouramuserlesconvives),estdatédu2juin1953,jour ducouronnementdelaReined'Angleterre.Ilm'avait semblécourtoisdecontribueruntantsoitpeuaux fêtesdonnéesenl'honneurde cettedame,etjeregret-taiquel'éditeur,parprudence,aitrefuséd'imprimer àlasuitelesmotsCoronationday,quej'avaisproposés. Lasecondeédition,publiéesouscape,commelapré-cédente,maischezunautreéditeur,reproduitenpho-totypielepremiertexte,sousunecouvertureàdessin écossais.Latroisièmeest cellede«L'Ordutemps», quieutunepluslargediffusionavantd'êtrecondamnée. J'ajouteraiqueL'AnglaisinspiraàHansBellmerune suitedesept gravuresauburinquisontparmilesplus bellesquel'onsachedeluietquiauraitillustrerun tiragedeluxedelapremièreédition.Malheureusement ceprojet,dontBellmerm'entretintpardeslettres nombreusespendantqu'iltravaillaitsescuivres,neput
LaNouvelleRevueFrançaise êtreréalisé,àcausedelaméconnaissancedontsouffrait alorslegrandartisteparrapportaupublic.Presque quinzeansplustard,en1967,cesgravuresfurent publiéesavecuntextedeBellmerchezGeorgesVisat. Aisémentl'onyreconnaîtradiverspersonnageset diversesscènesdeL'Anglaisdécritdanslechâteaufermé. L'ondevineraqu'avecHansBellmerj'avaisdesgoûts encommun,outreceluidemangerdegrandscrabes(mais Hanspréféraitlestourteauxetmoijen'aimerienautant quel'araignéedemer,diteaussicrabemayaet,àVenise, granceola)crustacésdontladégustationtientdudémon-tageanatomique,deladissectionetdudépeçageautant ouplusquedel'innocentegastronomie,cequi,selon Bellmer,justifieleurinscriptionaucataloguedesnour-rituressadiennes.Uncertaingoûtdecrabenesefait-il sentirtoutàtraverslespagesdeL'Anglais?Répondant parl'affirmative,j'espèrenepasmetromper,ensou-venird'unegourmandisequichezBellmerfrôlaitsou-ventlaperversité.QuantàAubreyBeardsley,aujour-d'huireconnudanslamêmeproportionqu'ilétait ignoréautempsdecesannéesd'après-guerrenous enchantaientsesgravures,sadémarche,quiestsouvent d'anoblirlepervers,sinonl'ignoblemême,parlagrâce unpeublessante dutraitquilesdécritetdesdentelles oudesarabesquesquilesparent,évoquesivivementla préciositécruelledemonamiBellmerqueleursgénies nousparaissentinséparables.Cequimerapprochaitde luiencoreencesannéesmorosesétaituneadmiration etunecuriosité égalementpassionnéesquenousavions pourl'oeuvrepoétiqueetpourlesécritsenprosede Swinburne,citéplushautetqueBellmerauraitvoulu illustrer.Dansmonidée,L'Anglaisétaituntémoignage demonadmirationardente,etc'estd'unportraitgravé d'AlgernonCharlesSwinburne,peurassurantavecses grandesbouclesetsachemiseàcolouvertensignede provocationdanslerigorismedel'époquevictorienne, quejem'étaisinspirépourleportraitphysiquedu
L'Anglais personnagedeMontcul.C'estàSwinburneaussi, commeonsait,quel'ondoitlalégende,vraisemblable-mentinexactemaisréjouissante,desamoursdelaReine VictoriaaveclePoèteLauréatAlfredTennyson.Et l'épigraphedeRossettiquiouvrelerécitentraitantde l'attractionsexuelleverslesraffinementsdeladouleur (enunmotdusadisme)esttiréed'unessaisurSwin-burne. Pasplus deréalisme,d'ailleurs,dansL'Anglaisquedans unegravuredeHansBellmer.Preuveenestdonnée,me semble-t-il,parladescriptiondusexedeMontcul,objet essentielduromanetobjettotalementfantastique, propreàrebuterlelecteurenquêtedegrivoiserie. «Rebuter»,verbequel'onaimebienàNîmes,appar-tientàcettecatégorieassezparticulièreetpersonnelledu zendeJeanPaulhan,dontàmafaçon,quiestdifférente delasienne,jen'aipascessédefaireusage.SiL'Anglais aledéfaut,dontjesuisconscient,d'êtrebrefavecexcès, c'estd'abordetcommejedisaispourrebuterlesgrivois, quidanstoutlivreérotiquesontenquêtederépétitions sempiternellesd'orgiesoudetortures,répétitionsqueje trouveunpeufastidieuses,mêmeenl'oeuvredesplus grands,mêmechezSade,même danslemerveilleux romand'Apollinaire,Lesonzemilleverges,quiaprès avoirétélongtempspoursuivietpersécutéauraitdû,si leshéritiersl'avaientpermis,trouversajusteplacedans lacollectionde«LaPléiade»àlasuitedePascal,de RacineetdeChateaubriand.Unpeucommelamer, dontestentourésonlieu,l'irréelchâteausombre,L'An-glaisvadutempsriantauplusnoiretauplustempé-tueuxsivitequelelecteur,commeunplaisanciersurpris parlabourrasque,risquedeperdrelegouvernail.Faut-il ajouterqu'ilnem'auraitrienditd'écrireunlivreéro-tiquepourl'agrémentdesplaisanciers?a Cen'estpastout,carlarêverienourried'érotisme crueletexpriméeselonladisciplinedel'érotologieplus oumoinsclassiqueconduitàunesortedevertigedans
LaNouvelleRevueFrançaise
lafantaisie,sinondansl'écriture,dontonvoudraitpré-cipiterlecoursjusqu'àunaboutissementcatastrophique dontlaconclusionpourraitêtreunerevanche,aussi inconscientequ'involontaire,delamorale.Chezmoi (puisquec'estdel'auteurdeL'Anglaisqu'ilestquestion), commechezdenombreuxécrivainsd'origineprotes-tante,Français(duxviesièclesurtout)ouAnglo-Saxons (duxixeprincipalement),jesaisbienqu'unecertaine érotomanieetuncertainpuritanismefontunsingulier mélangelesdeuxconstituants,quimutuellement s'exaltent,sontencontrastemoinsvifqu'onnepenserait. Aufonddelaplupartdenous,dansdescavesquebeau-coup,jelereconnais,saventtenirfermées,lesado-masochismefaitétincelerdesfeuxdejoiequicélèbrent lesnocesspirituellesdusalutetdeladamnation.Délec-tationsmoroses,disaientlesthéologiensdejadis,non sansquelqueindulgence.Danslepaysdel'Anglais, cependant,onparleencoredeJackl'Éventreur,etla sollicitudeétrangementrespectueusedontilsembleque bénéficiacepersonnagedelapartdelapolicebritan-niqueafaitpenseràplusd'unqu'ilauraitpus'agird'un membredelafamilleroyale.Scandaleusehypothèse, certes,quin'eûtpasétédéplacéedanslesproposde Montcul.Laissonspourtantenpaixlà-dessusl'ombre delaReineVictoria!Etbornons-nousàconstaterl'évi-dencemême,quiestquel'éventreuranglaisétaitun moralisteetunpuritaindéchaîné.Sonmalheur,celuide biend'autrescriminelsquiontaccomplidanslesang leuréthiquepuritaine,socialeoupolitique,futde n'avoiréténiunartisteniunécrivain. Lesécrivains,hommesoufemmes,quiontreçuce privilègeintellectueldepouvoirjoueraveclepire,je voudraisqu'ilslaissentfuserparfoislasoupapedesûreté deleurenferetqu'ilssemontrentcapables,àforcede motsaumoins,debalancerleurPlineouleurprin-cesseBorghèseaugrandfeuduVésuve,quedessupé-rieursinconnusn'ontpeut-êtremaintenuenactivité
L'Anglais
quepourcettefinprécisément,aprèsqu'ileutmodelé danssacendrelesdépouillesparfuméesdesbellesputes dePompéi.LéonBloy,quiseréjouissaitendesipieux etsuperbesaccentsdel'incendieduBazardelaCharité, eût-ilconsentiàl'allumer?Araison,sansdoute,illui suffisaitd'ytrouvermatièreàsoninspiration. Jenecroispasm'écarterdel'objetdecetteintroduc-tionàunvieuxlivreassezabominable,maisquej'avoue chériretquimeparaîtdigned'êtrereconnu,endisant enfinquesij'aieudespassions,dans mavie,cen'aura étéquepourl'amour,lelangageet laliberté.Malgréle désir,présentenmoitoujours,d'êtrepoli,l'exercice decestroispassionscapitalesn'apualler,nevapaset n'iraencoresansquelqueinsolence.Tantpis,tant mieux!
ANDRÉPIEYREDEMANDIARGUES
LaNouvelleRevueFrançaise
PIERRE-JEANREMY Troisdames etl'Opéra
EugèneLeroy
JEANREVOL
PIERRE-LOUISREY AlbertCamus,deH.R.Lottman LaBibliothèquea"Mnamateur,deJ.-B.Puech E.T.A.Hoffmann,deM.Schneider
CLÉMENTROSSET Remarquessurlepouvoir(I) Remarquessurlepouvoir(II) Remarquessurlepouvoir(fin)
JEANROUDAUT LeGrandŒM~r~dévoilé,deN.-Ch.Coutan Puramour,cruelamour
CLAUDEROY Sais-tusinoussommesencoreloindelamer?
ADOLFRUDNICKI Trahitl'ami,trahiral'amie,cruellementinfidèle (traduitdupolonaisparJ.-Y.Erhel) UMBERTOSABA Macé). Commeunvieillardquirêve(traduitdel'italienpar Gérard MARCELSCHNEIDER LaDanse
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