La Nouvelle Revue Française N° 324

De
Eugène Ionesco, Voyages chez les morts
Paul de Roux, Poèmes surpris
Michel Chaillou, Balbutiantes destinées
Ivan Morris, Les kamikazes
J. M. G. Le Clézio, La ronde
Chroniques :
Michel Tournier, Colette ou Le premier couvert
Henri Thomas, Reportage
Jean Clair, Sans date
Chroniques : le théâtre :
Florence Delay, Le théâtre fait sa médecine
Notes : la littérature :
Jean Grosjean, Écartèlement, par E. M. Cioran (Gallimard)
Notes : le roman :
Francine de Martinoir, Les ruines du soleil, par Francis Gruyer (Gallimard)
Alain Clerval, La Figurante, par Michel Butel (Mercure de France)
Notes : les essais :
Georges Auclair, Le Collège de Sociologie, par Denis Hollier (Gallimard)
Éliane Formentelli, Vide et plein, par François Cheng (Le Seuil)
Philippe Dulac, La production du texte, par Michael Riffaterre (Le Seuil) - Introduction à l'architexte, par Gérard Genette (Le Seuil)
Pierre-Louis Rey, Mythes et rituels de l'écriture, par Claude Abastado (Éditions Complexe)
Hervé Cronel, Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, par Mircea Eliade (Gallimard)
Notes : lettres étrangères :
Christine Jordis, Tess d'Uberville, par Thomas Hardy (Plon) - La Bien-Aimée, par Thomas Hardy (Hachette-Littérature) - Les petites ironies de la vie, par Thomas Hardy (Hachette-Littérature)
Jean-Charles Gateau, Terra nostra, par Carlos Fuentes (Gallimard)
Gilles Quinsat, Mars, par Fritz Zorn (Gallimard)
Laurand Kovacs, L'État d'apesanteur, par Andrzej Kusniewicz (Albin Michel)
Mémento :
Jacques Réda, Œuvres complètes, XI, de Charles-Albert Cingria (Éditions L'Âge d'Homme) - Histoire de mes vieux habits, par Jacques Borel (Balland)
Laurand Kovacs, La vie et demie, par Sony Labou Tansi (Le Seuil)
Notes : le cinéma :
Jérôme Prieur, Crayonné dans le noir
Notes : la musique :
Pierre-Jean Remy, Rolf Liebermann, administrateur de l'Opéra de Paris (1973-1980)
Notes : le jazz :
Jacques Laurans, R.C.A. Black and White/Jazz Tribune, de Dizzy Gillespie
Notes : les arts :
Jean Revol, Post-scriptum à la F.I.A.C. 79 (Grand Palais)
L'air du mois :
Henri Thomas, Brice Parain, souvenir
Jacques Réda, La Bovary sans filtre
Textes :
Rainer Maria Rilke - Lou Andreas-Salomé, Lettres
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072380310
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFrançaise
Voyageschez
i
lesmorts
DécorLascèneestséparéeparunecloisonquiauneporte.On peutaussinepasséparerlascèneendeuxetqu'ilyaitaumilieude lascènesimplementuneporteoubienunencadrementdeporte.Dans lapartiedroite,ungrabatsurlequelestétenduunvieillard,por-tantunecalottesurlatête.Del'autrecôté,unhomme,unpeumoins vieux,assissurunautregrabat,lisantlejournal.Dechaquecôté, unechaise,unetable.Parlagauche,entrejean.Sanss'arrêterdans lapremièrechambre,ilouvrelaporteetvadanslasecondese trouvelevieillardallongé.
JEANBonjourgrand-père. LEGRAND-PÈREJesuistongrand-pèrematernel,maisje veuxquetum'appellesdemonprénom,Léon. Bonj JEANourLéon. LEGRAND-PÈREPourquoimeregardes-tuainsi?J'avais soixante-quatorzeansquandjesuismort,etjesuismortily atrenteans,tutesouviens,tuétaispetit. JEANTuasl'airfurieux.Pourtanttuétaisbienplusgentil quandtuétaisvivant.Onallaitaucinématouslesdeux.C'est
LaNouvelleRevueFrançaise avectoiquejesuismontépourlapremièrefoisàlatourEiffel. Grand-mèren'estpasavectoi? LeGrand-Pèresetait. Emman'estpasavectoi? LEGRAND-PÈREElleestmorteveuve,elleestlibre. JEANTunelavoispassouventalors!Jeteregarde,jene savaispasquejeteressemblais tellement,lesmêmessour-cils,lamêmecouleurdesyeux,lemêmenezunpeufort. LEgrand-pèreLaisse-moitranquille,jeréfléchisàmon invention. JEANEncoretesinventions.Detonvivant,ellesn'ont jamaisréussi.Crois-tuquemaintenant. LEgrand-pèreVavoirErnest,monfils,tononcle,dans sachambre. JEANJereviendrai. LEgrand-pèreIlsm'onttoutpris.Ilsmedéfendentmême defumermapipe. Ilseretourne,lafacecontrelemur. Jeanfaitsemblantdefrapperàlaporte. Onpeut? JEAN Entre. ERNEST jeanentre. JEANsavecgrand-pèremaintenant? Tuhabite Quit'adonnémonadresse? ERNEST JEANrErnest. Bonjou ERNESTAppelle-moimononcle.Jetedemandecomment as-tuapprismonadresse? JEANQu'est-cequevousaveztouslesdeux?C'estde mourirquivousarendusifurieux? ERNESTJenesuispasmort.Jesuisarrivéàl'âgedequatre-vingt-dixans,jepourraispresqueêtrelepèredemonpère. J'aitoutsimplementdécidéd'arrêteretdefixermonâgeà quatre-vingt-dixans.Jen'enveuxpasplus. JEANAs-tuunebrosse?Pourarriverchezgrand-pèreet cheztoi,jesuispassépardescheminsboueux.Ilpleuvait aussiunpeu.Jesuisunpeutrempémaissurtoutj'ailes chaussuresetlebasdupantalonsalesetpuis,commetoutes lesmaisonssontblanchesetbasses,j'aieudumalàreconnaître latienne.Lavôtre,puisquetuhabitesavecLéon.
Voyageschezlesmorts ERNESTTun'aspasréponduàmaquestion.Quit'adonné monadresse? JEANJenesaisplus.Jenesaisplus.Mamère,peut-être. ERNESTEllenepouvaitpaslaconnaître.Elleestpartie avantmoi.Jenelavoisjamais.Jen'aipasdesesnouvelles. Lafamillenem'aimepas.Etpourtant,qu'est-cequej'aipu fairepourlesmiens!J'aitrouvédessituationspourtoute lafamille.Jelesaiaidéseteux,chaquefoisquecelaallait mieux,ilss'enallaientdanslagloire,jenelesvoyaisplus. Alors,quit'adonnémonadresse?Jeneveuxpasqu'onla connaisse.J'aitoujourspenséauxautres,maintenantjene veuxpluspenserqu'àmoi. Tu JEANnesaispasnonplussetrouvetanteSuzanne? Elleconnaîtpeut-êtrel'adressedemamère.Parcequec'est ellequejecherche.Ilyasilongtempsquejenel'aiplusvue. Jeneveuxpasqu'ellepensequejel'aioubliée.Jevoudrais luiapporterdescadeaux,desfleurs. Ahoui,quim'adonnéton adresse?peut-êtrel'ai-jetrou-véetoutseul?cescheminsboueuxm'ontinspiré,cesmaisons basses.Jemedisaisqu'elleavaitlegoûtdecegenred'habi-tation.Elledéménageaitsouvent,ellecherchaittoujoursdes rez-de-chausséeoudessous-sols. C'estellequejecherchais,c'esttoiquej'aitrouvé.Ces maisonsbasses,auplafondbas,blanchesmaisunpeusales, c'estbienlegoûtdelafamille. ERNESTSeulmonfrèreAndrélaconnaissait.Jeluiavais ditdenelacommuniqueràpersonne,àpersonne,àper-sonne.Jen'aiplusentenduparlerdelui. JEANIlestoctogénaire,puisquetuveuxsavoirl'âgequ'il amaintenant,maisbienportant. ERNESTOui,tumevois,jesuismalvêtu,malpropre,ma redingotenoireesttouteusée,elleestreluisanted'usure.Je nevoulaispasquetumevoiesdanscetétat.Aprèstoutceque j'aifaitpourlegenrehumain. L'injustice!l'injusticerègne.J'aitoutjustedequoiacheter lejournalunefoisparsemaine.Alors,jenesuisguèreau courant.J'ail'aird'unclochard,maisj'aigardémafierté etmonindépendance. Tu JEANnepouvaispaschanger,mononcle. ERNESTOnnem'achètepas.
LaNouvelleRevueFrançaise EANJ'aidel'argentsurmoi,j'enaibeaucoup,jepeuxt'en J donnerpuisquetuessonfrère. jeansortuneliassedebilletsdesapoche. Tiens,pourtoietgrand-père.Ilyenabiensixcentsdedix mille,dixmillenouveaux. ERNEST,quin'apasl'airreconnaissantCelasuffitpourle moment.Cen'estpastout,ilfautquetum'enrapportes. JEANJemesouviensmaintenantcommentj'aiconnuton adresseouàpeuprès,dumoinsladirection.Jet'avaisunpeu suividanslesruesdelaville,j'avaisperdutatrace.Mais, avant,jet'avaisvupasserdemaisonenmaison,deboutique enboutique.C'étaitbizarre.Pourdesaffaires,sansdoute. Puis,jem'étaiscachépourquetunemevoiespas,derrièrele coind'unerueetpuis tuavaisdisparu,tum'avaiséchappé. Commentai-jefaitpourteretrouver?Quelqu'un,maisqui?, m'avaitaccompagnéunboutdechemin,quelqu'unqui m'avaitdonnéquandmêmedesindicationssurladirection. ERNEST,finissantdecompterlesbilletsIlyenabiensixcents. JEAN,sortantàgaucheJereviendrai,maisjedoisallerla chercher. ErnestvadanslachambreduGrand-Père,aveclesbillets danslamain. ERNESTLéon,regarde,j'aidel'argent,c'estVictorqui m'adonnécela,ilm'arenduunepartiedecequ'ilmedevait. LEGRAND-PÈREJecroisqu'ilnes'appellepasVictor. ERNESTPeuimporte. LeGrand-Pèresesoulève,s'assoitsurleborddulit,regarde l'argent. GRAND-PÈRECesbank-notesnevalentrien.Ellesn'ont LE pascoursdansnotrevillage.Pasmêmeàlabourse.
Décorpasdedécorconstruit unechaise,unetable. PersonnagesJean.Unautrehomme,lacinquantaine(l'autre hommeestassisdevantlatable,unporte-documentsestsurlatable. L'hommeentreparladroite).
Voyageschezlesmorts
LEPÈRETuesvenumevoir?jen'attendaispastavisite. Est-cebienpourmoiquetuesvenu?C'estplutôtpourelle, n'est-cepas? JEANCequimesurprendleplus,c'estdedécouvrirdans mesvoyagesdesvillesinattendues,desvillesdontjen'avais jamaisentenduparler.Jen'aijamaisétéfortengéographie, c'estvrai,pourtantj'enconnaissaisl'essentiel.Ehbien!voilà, toutd'uncoupenpleindésert,unevilleneuve.Celadevait êtreunecoloniefrançaise.C'esttrèsharmonieux.Ilyades places,pastropgrandes,desrues,pastropétroites,desbou-levards,pastroplarges,desmaisonsbienéquilibrées,nitrop hautes,nitropbasses,onsentqu'àl'intérieurlesapparte-mentssontconfortables,ilyadesbalcons.Pasbeaucoup demondedehors,sansdouteparcequeleshabitantsse sententbienchezeux,ilsonttoutcequ'ilfaut. LEPÈREJ'aientendreparlerdecepays,maisoui,mon frère,quiétaitungrandgéographe,quiestmorttrèsjeune, avaitdessinélescontoursdecepays.C'est,eneffet,une anciennecoloniefrançaisequisetrouveaunorddelaChine. Leshommesyfontdel'équitation,onlesappelle«lesder-nierschevaliersdel'Occident».Pourtantilshabitenten Extrême-Orient.Lesextrémitéssetouchent.Tunelesaspas vusparcequ'ilsétaientauxchampsprobablement,quandtu asvisitécepays. JEANJel'aitrouvétoutàfaitparhasardauboutdema route,àl'undesboutsdemaroute.Tumedisquecepaysse trouveaunorddelaChine? LEPÈRECelas'appelleleBogandi,lacapitales'appelle Bocal,ellesetrouvedanslaplaineduBocala,aumilieudes terres. JEANCommentsefait-ilalorsqu'ilyavaitlamer,l'océan? Ilm'estapparutoutd'uncoupentournantlecoind'une rue,bleu,commesurlaCôted'Azur,ilyavaitmêmeun port. LEPÈRECen'estpasmoiquetuesvenuchercher.Cela m'estégal,j'aidépassél'amertume. jeanVoilàcommentc'étaitlamerauboutdelarue,la ruedescendaitunpeu,commeàSanFranciscoparait-il,et toutd'uncoupjel'aiaperçue,avecdesbateaux,tiens, commececi.
LaNouvelleRevueFrançaise
Onvoitapparaîtresurlemurdufonddelascèneungrand fleuvebleu,delavégétationetdesarbresbienverts,dans beaucoupdelumière. Tuvois,c'étaitcommecela. Lesimagesdisparaissent. LEPÈREJesavaisquetuviendraisetjesavaisquecen'était paspourmoi.Maisjet'assure,celam'estparfaitementégal. Lesnouvellesautoritésontexcludubarreautouslesavocats, sauftroisouquatredontj'étais.J'aitoujoursétéunsage, jeleurobéissais.Jedéfendaislesaccusésqu'ilsmedeman-daientdedéfendre,maisdansleslimitesprescritespareux, deladéfense. JEANQuias-tupudéfendre?Tu n'avaispasledroitde défendre.Tuleschargeaisplutôt,tesclients. LEPÈRETutetrompes,vousvoustrompeztous.Vousavez lecrânebourréparlapropagandedesautres.J'aidéfendu lespostiersquifaisaientlagrèveàcausedelachaleur.J'ai soutenuleursrevendications.Maisileûtétéanormalqueje nedéfendissepaslescriminelsd'État.Aprèsilsontsupprimé totalementlafonctiond'avocat.Maiscommej'avaisété obéissant,ilsontétégentils,ilsm'ontrecyclé. JEANIlst'ontrecyclédanslapolice? LEPÈRENon,onm'arecyclédansleroman,dansleroman réaliste.NousappartenonsauministèredelaPolice,nous sommessubventionnésparleministèredelaPolice,nous nesommespas despoliciers.Jenesuispasunpolicier.La preuve,onmecensure.Ilsontcoupédansmesromans quelqueslongueurspar=ci,quelqueslongueurspar-là,très peudechosesensomme.Jefaisdesromans-fleuve,pasaussi bleusquel'océanquetuasvuouquetucroisavoirvuau Boganda. Ilsortunénormepaquetdutiroirdelatable. Tuvois,c'estlepremierchapitre,c'estunromangris. JEANDespaperasses,delapaperasserie,tuesbureaucrate. LEPÈRECen'estpaspourdesraisonspolitiquesquetu m'enveux,tum'enveux,enréalité,parcequej'aidivorcé. JEANTul'asabandonnée. LEPÈREJeregrettede nepaspouvoirtedonnerson adresse.Elleadisparu,jel'aiaccompagnéejusqu'àlagare.
Voyageschezlesmorts Ellen'apasvoulumedireelleallait.Jesaisseulement qu'elleaprisunecouchette. JEANSic'étaientdeswagons-lits,ladirectiondevaitêtre indiquéesurlesécriteaux.Tupouvaisdemanderaux employés.Jecroisquetuétaiscontentqu'elles'enaille,tuas. toutfaitpourcela,tun'aspastentédelaretenir.Tun'avais qu'àdireunmot. Ellenem'ajamaisécrit. LEPÈRE jeanPardiscrétion. LEPÈREAtoi,est-cequ'ellet'aécrit? JEAN:Leslettresnemesontpasparvenues,maisellem'a écrit,j'ensuissûr,j'ailapreuve.Si,si,unepreuvementale. LEPÈREElleaallertrèsloin.Elleestarrivéed'où l'onnepeutplusapercevoirpersonne,niaveclesyeuxnipar lamécanique. C'estellequinousaabandonnés. C'estpour JEANtoi,teremarier. LEPÈREJesuisseul. Madeuxièmefemmeestmorte.Tout lemondelacroyaitvivanteetveuvedepuislongtemps.Tu voiscommeonsetrompe. Apparaîtsurleplateauunlitancien avecuncieldelitet desrideauxtirés.Deuxhommes,quel'onappelleraPierreet Paul,poussentlelitjusqu'aumilieuduplateau. LEPÈRETuvasvoir PierreetPaultirentlesrideauxetapparaîtlelitdans lequelestcouchéeunefemmemorte.Auxquatrecoinsdulit. ila desciergesallumés. Lapreuve,lavoilà. JEANQu'est-cequec'estquecettemascarade? LEPÈRECen'estpasunemascarade.Cecadavreenestla preuvevivante.CesontsesfrèresPierreetPaul. PIERRE,àJeanTumereconnais?Tuétaistoutpetit. PAULNousavonsapprisquetuétaisdevenuungrandper-sonnage.Onaétéfiersdetoiquandonaapprisquetuavais gagnélacoupeDavis. PIERRE,montrantlelitaveclamorteTuvois,masœurest morte. PAULOui,masœurestmorte. pierreHélène,notresœuraînée,labelledelafamille.
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donnesmaintenantcettedoubleimpressiond'êtreàla foisdépriméetgrandi.Désormais,jecomprendstout. GrâceàtonRodin. Pendantcette«périodeRodin))tut'essenti«un peupréservéparcetteimmenserencontre»,tuasconsa-crétesforcesdecréateuràreconstituerlacréationd'un autre.Unefoissortidelà,tuesrestéimprégnédessug-gestionsreçuesetrenduespartoisibienqu'elles semblenttiennes;tuastoutregardé,étrangement,par lesyeuxdeRodin,braquéssurledétailàlafoisphy-siqueetpsychique,enconcentranttoutetonénergiesur l'éloquencedela«physis»,alorsqueriendetoutcela nepouvaittrouversonmoyend'expressionparfaite-mentadéquatdanstoninstrument,lapoésie.Cetravail toutoptique,cetteaccommodationforcéedel'œilont puêtreàeuxseulsexténuants.Situétaisunsculpteur, tuteseraisdéchargédecelad'uncoup,dansl'exercice mêmedetonart;maislà,celan'apuquet'entraîner dansl'étrangetéd'unmondeinconnuetdissocierentoi l'âmeetlessens.Situn'étaisqu'uncréateurausecond degré,cetravailsurRodint'auraitvalulapaisiblesatis-factionetl'agréablefatiguedelatâcheaccomplie;mais là,tontravailestrestéàmi-cheminentrel'œuvreperson-nelleet latâcheimposée;sondévouementmêmecompor-taitunepartderefoulementetunconstantbrassage d'élémentspersonnelsqui,nepouvantépuiserleur résonancedanscelivre,devaientcontinueràvibrer dansunesortedevide,dufaitqu'ilsétaientsousl'em-prisedecethèmetoutenluirestantextérieurs.Ilest significatifquetesétatsd'anxiétéquienétaientsûre-mentlerésultatnesesoientaggravésqu'àViareggio, tuavaiscommencépourtantà«résonnerdenou-veau».Là,eneffet,cesdeuxaspectsdelacréationont s'incorporeraupointdeseconfondreavantdepou-voirretrouverleurindépendanceetleuréquilibre,et l'undesdeux,souslesignedelasculpture,c'est-à-dire ducorporel,étrangeràl'instrumentpoétique,a
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